Camille, mon envolée

Un livre-témoignage très touchant, sans verser dans le pathos, sur la mort d’une jeune fille de 16 ans, écrit par sa mère.

Note : 5/5

9782253068747-001-T

Cette chronique est écrite dans le cadre du Prix littéraire des Chroniqueurs web, catégorie Livres de Poche, sous-catégorie (que j’invente) : la mort, le deuil et après (1).

Je ne voulais pas lire ce livre. J’en ai lu le résumé sur Babelio :

Dans les semaines qui ont suivi la mort de sa fille Camille, 16 ans, emportée une veille de Noël après quatre jours d’une fièvre sidérante, Sophie Daull a commencé à écrire.

Je suis bi-maman depuis 2 mois, ma fille a bientôt 3 ans, mon fils est un mini-bébé… Je ne voulais pas lire ce livre. Depuis que je suis maman, les histoires de mort-problème-torture-maltraitance-etc d’enfants, réelles, faits divers ou littéraires, me touchent à outrance. J’ai même pleuré comme une passoire en lisant Les gens heureux lisent et boivent du café, que je n’ai pourtant pas trouvé spécialement bien écrit ou intéressant. Alors, un livre-témoignage écrit à la première personne, racontant ce décès foudroyant d’une ado sympathique et épanouie, je ne voulais pas le lire. Je lirai les 9 autres livres de la sélection Poche, et puis voilà tout, pensais-je.

Sauf que les commentaires sont bons, qu’il y a dans le résumé un je ne sais quoi de rassurant, et que je me retrouve entraînée. C’est même le premier livre que je lis en rentrant chez moi. Sa faible épaisseur facilite son abord, 192 pages en édition de poche. Je le dévore en peu de temps.

Ce livre est une auto-fiction, écrite à partir d’un carnet rempli par Sophie Daull peu de temps après la mort de sa fille. S’il est court, c’est que l’auteure s’est promis d’arrêter son carnet lorsqu’elle ne parlerait plus de Camille, mais d’elle-même ; lorsqu’elle ne parlerait plus de sa fille, mais de sa peine à elle.

Là est toute la force de ce roman : on n’y veille pas une morte, on ne s’enfonce pas dans son absence, mais on découvre deux vies. Celle de Camille, à travers ces 4 jours de fièvre, celle de Sophie, 3 mois après le décès ; celle qu’elles partageaient, via quelques souvenirs.

Comme le dit si bien la 4e de couverture,

Loin de l’épanchement d’une mère endeuillée, Camille, mon envolée est le récit d’une résistance à l’insupportable, où l’agencement des mots tient lieu de programme de survie.

Les 4 derniers jours de Camille, c’est l’histoire d’une fièvre terrassant cette jeune fille, de l’absence d’écoute médicale, d’une mort inattendue et incongrue – d’autant plus bouleversante que nous, lecteurs, savons que Camille va mourir et que sa mère, la narratrice, en ignore tout.

C’est une histoire pleine de moments tendres, drôles aussi. La visite des différentes entreprises de pompes funèbres est un délice, c’est frais, c’est décalé. Le réseau d’amis autour de Camille et de Sophie étonne et donne envie d’avoir le même : que d’amitié ! Que de gens différents ! Sophie Daull est comédienne de théâtre, cela aide peut-être à avoir des entourages variés ?

Sophie Daull réussit l’exploit de nous faire aimer sa fille, de nous donner la sensation de la connaître ; elle la fait réellement vivre par ses mots et, de là, nous la pleurons également, nous pleurons sa perte.

Car, ne vous leurrez pas : vous pleurerez. Si ce livre vous touche, et je pense qu’il vous touchera, vous pleurerez.

Addendum : quelle est cette étrange coïncidence qui m’a amenée à lire ce livre deux jours avant d’apprendre la tragédie, similaire, qui touche le frère d’une très bonne amie ? Cette lecture m’a peut-être permis de mieux comprendre leur douleur.

Camille, mon envolée, par Sophie Daull. Le Livre de Poche, 2016.alice

 

Publicités

Une fille au manteau bleu

Une fiction historique réussie dans l’Amsterdam occupé de 1943.

Note : 4/5.

Une fille au manteau bleu

Au rayon ados, les tables des libraires regorgent de fantasy, de romans d’anticipation et de sagas post-apocalyptiques : la magie, les luttes de pouvoir, la résistance à un oppresseur orwellien règnent dans ce domaine. Une fille au manteau bleu nous fait sortir de ces sillons et redonne des couleurs au genre du roman historique pour adolescents.

Nul besoin de catastrophes dans un proche futur, pour résister dans la clandestinité contre un oppresseur, tout cela est déjà arrivé, dans le passé. Une fille au manteau bleu est construit comme un huis-clos en temps de guerre. Le théâtre de cette histoire est l’Amsterdam d’Anne Franck, occupé par les nazis. Les conditions de vie sont difficiles, entre les couvre-feux, les rationnements, les morts au combat, les rafles et la clandestinité forcée pour nombre de persécutés.

Notre héroïne, Hanneke, dix-huit ans, sous couvert d’un emploi pour une maison funéraire, parcourt Amsterdam à vélo pour chercher des produits au marché noir et les revendre à des particuliers. Ce talent pour dénicher ce qui est rare ou interdit en temps de guerre est mis à l’épreuve, lorsqu’elle est engagée pour retrouver une jeune fille juive qui se cachait chez l’une de ses clientes et qui a disparu. Pour Hanneke, cette mission dangereuse se transforme rapidement en lutte personnelle, elle qui cherche une forme de résilience et une manière de vaincre sa culpabilité, après avoir envoyé son petit-ami au front et à la mort, au début de la guerre. Une vie pour une vie en quelque sorte.

J’ai lu ce livre dans le cadre du Prix des Chroniqueurs Web. Aux mécaniques imaginaires, c’est plutôt Fanny la fan de littérature ado, surtout dans le genre girl power fantasy. Mais au moment de choisir les livres à chroniquer et pour lesquels voter, je suis sortie de mes sentes littéraires habituelles, pour essayer autre chose. Et je vous recommande aussi d’essayer, ce fut une belle surprise et une lecture très agréable. Les héros sont des adolescents qui ont grandi trop vite au milieu d’événements dramatiques. Il en résulte un mélange de naïveté et de maturité bien amenés. Je me suis modérément attachée au personnage d’Hanneke toutefois, qui était dans l’action mais aussi beaucoup dans ses états d’âme, même finement décrits. Reste que l’intrigue est très bien construite, on se laisse entraîner dans Amsterdam à la suite d’Hanneke, et les rebondissements, les moments de forte tension, les retournements de situation mais aussi les moments d’introspection, les menues tâches du quotidien occupé, font qu’on tourne les pages sans s’arrêter avant la fin, qu’on ne devine pas !

C’est que le livre joue beaucoup sur les vérités et mensonges, les faux-semblants, la dissimulation, mais aussi l’amitié et la solidarité. Derrière ce mystère et sous cette histoire de trahisons et d’entraide comme il y en a eu tant, on découvre l’Histoire, une ville et un quotidien dans une période extra-ordinaire. A lire et à offrir !

Cette critique a été écrite dans le cadre du Prix des Chroniqueurs Web, catégorie Livres Jeunesse.

justine3Une fille au manteau bleu, par Monica Hesse. Gallimard Jeunesse, 2016.

Sur le Giro 1949

Pour les fans d’Italie, de mollets musclés et de fresque épique – et oui, tout cela à la fois dans ce recueil de chroniques écrites par Buzzati en 1949.

Note : 4/5

sur-le-giro-1949-dino-buzzati

Prenez un écrivain déjà connu, Buzzati : son œuvre la plus célèbre, Le désert des Tartares, a déjà 9 ans. Considérez le fait qu’il est aussi – avant tout – journaliste au Corriere della Sera, quotidien milanais très diffusé. Prenez en compte le fait qu’il n’a absolument aucune connaissance du cyclisme, que c’est un sport auquel il n’a jamais pensé et dont, je pense, il se fiche pas mal.

Ajoutez dans le cocktail l’Italie de 1949, l’Italie d’après guerre, avec ses élans d’enthousiasme, sa ferveur populaire, ses quartiers détruits, ses villes emblématiques, ses campagnes tristes ou magnifiques – c’est selon.

Imaginez la mécanique, la dynamique d’un tour d’Italie d’il y a presque 70 ans, l’état des routes des cols (pas de bitume !), le poids des bicyclettes, la durée des épreuves (jusqu’à 10 heures !). Pas de télé, de survol en hélicoptère, de mesure en direct des distances et vitesses, mais des voitures et des motos qui font des aller-retours permanents sur des routes qui ne sont pas fermées à la ciruclation pour le passage du Tour, des myriades de reporters qui suivent le Giro dans des autos et le chroniquent le soir pour les grands journaux italiens.

Sur le Giro 1949 : le duel Coppi-Bartali, publié en français en 2017, réunit les chroniques écrites par Buzzati avant et pendant le Giro, tous les soirs depuis les différentes villes-étape pour le Corriere della Sierra.

De ce sport dont il ne connaît rien, il extrait une bataille épique, un duel au sommet dont il devine très tôt la fin avec une intuition étonnante. Par ce Giro il convoque le mythe de David et Goliath, les guerres de succession, mais aussi l’effort surhumain et vain de Sisyfe réalisé par tous ces coureurs qui poussent leurs bicyclettes en avant pour d’autres, pour le champion de leur équipe et qui n’y gagnent que l’oubli.

Très conscient de ses limites en matière de commentaire sportif, Buzzati s’attache surtout à des détails délicieux et drôles : l’histoire de la fanfare qui accueille les coureurs dans un mini-village, celle du vieil amateur qui essaye de suivre les coureurs d’étape en étape (« Un grand père un peu farfelu pédale dans le sillage des champions »), l’arrivée des heures après tous les autres de trois coureurs à Venise (« Les laissés-pour-compte du « temps maximum » », petit trésor d’écriture), un officier génois qui tabasse un groupe de journalistes, de juges et le directeur de la course car ils sont trop près de la ligne d’arrivée…

Mais plus que de tout cela, de vélo et d’anecdotes, Buzzati profite de ces chroniques pour parler de l’Italie d’après-guerre, de ses populations, des foules au bord des routes, des motivations des uns et des autres, de ses paysages. Avec une chronique toute particulière, « Les fantômes du vieux Cassino se réveillent pour le Giro », où le tour passe par un faubourg disparu, rasé par la guerre, dont les fantômes se lèvent pour saluer les joueurs. Ailleurs, il fait parler l’Etna ; routes, montagnes, bords de mer, beaux ou non, tous prennent vie pour saluer le Giro de Buzzati.

Vous ne vous intéressez pas particulièrement au vélo ? Vous recherchez de courts textes à lire de façon fragmentée ? Vous aimez l’humour subtile et la belle écriture ? Ce livre est fait pour vous – et moi, je vais m’empresser de l’offrir à Noël à une ou deux personnes !

 Sur le Giro 1949, par Dino Buzzati. So lonely, 2017.alice

 

 

Dans la forêt

Une critique du bestseller de Jean Hegland, et quelques suggestions de lectures sur le thème de la forêt et des arbres : un article spécial des mécaniques imaginaires.

Dans la foret_JHegland

Alors que Jean Hegland était cette semaine en Gironde, dans le cadre du Festival Lettres du Monde, voici moment venu, chers lecteurs, de parler sapins, gibier et champignons.

Dans la forêt : critique de derrière les fagots

Le « nature writing« , littéralement « écrits sur la nature », est un genre développé aux Etats-Unis depuis Thoreau et son Walden, chef-d’oeuvre de méditation écologique qui survole les siècles. En ce début du XXIe siècle où les angoisses environnementales enflent, et où la réflexion écologique connaît un regain d’intérêt, le nature writing montre un dynamisme de bon aloi dans le milieu littéraire. Le retour à la terre, la redécouverte de l’environnement, la généralisation parfois abusive des préfixes « éco- » et « bio-« … les hommes s’intéressent à nouveau, par contre-coup peut-être, à la nature, pour connaître, comprendre, vivre, imaginer « écologique ».

Dans le genre de la science-fiction, et particulièrement de l’anticipation, les dystopies écologiques font aussi recette. Dans la forêt est donc dans l’air du temps, même s’il a été écrit il y a plus de vingt ans, alors que Jean Hegland était une jeune auteure, signant là son premier roman. Ce fut un grand succès aux Etats-Unis. Il a été traduit seulement cette année en France chez Gallmeister, une maison d’édition avisée spécialisée dans la littérature américaine, qui laisse une place de choix aux romans de la nature. Je trouve que le timing pour cette traduction est bon : je l’ai moi-même lu parce que le thème m’intéressait.

Dans la forêt est un carnet de survie, écrit par Nell, dix-sept ans. Elle écrit sa vie, et celle de sa soeur Eva, son aînée d’un an, au coeur de la forêt. Elle raconte l’avant, les parents et les expéditions dans la petite ville voisine à une heure et demi de route, la vie d’une adolescente en marge et brillante, les premiers émois ; le pendant, la lente dégradation de la qualité de vie, les coupures d’électricité, la pénurie d’essence, l’arrêt des télécommunications, et les indices de la déshérance dans laquelle est tombée l’Amérique. Elle raconte tout cela dans l’après, où livrées à elles-mêmes, dans la forêt, Nell et sa soeur doivent mobiliser leur courage, leur intelligence, leur volonté pour ne pas sombrer dans le désespoir, et apprendre à survivre, à vivre autrement dans la forêt.

A la fois roman d’apprentissage, éveil écologique et roman de survie, Dans la forêt est au croisement du roman d’adolescent, de la dystopie et du journal intime. La catastrophe se lit entre les lignes, mais le récit reste intime et centré sur la vie des deux soeurs, leur cellule familiale et leur quotidien. Ici le post-apocalyptique est discret, et tout à fait réaliste. Les allers et retours avec la passé donnent du relief au récit, du rythme également, même si j’ai trouvé la première moitié du roman assez lente, dans un état d’attente qui reflète la situation.

Mais à partir du moment où des éléments extérieurs, positifs ou dramatiques viennent troubler le quotidien pénible et monotone des deux soeurs, le récit démarre et la transformation s’amorce. La forêt, jusque là décor vaguement menaçant, gagne en présence. Nell et Eva, peu à peu, découvrent pour la première fois et s’approprient l’environnement dans lequel elles vivaient pourtant depuis leur naissance. C’est cette prise de conscience, sensible et progressive qui constitue pour moi l’intérêt principal du récit, que je recommande à ceux qui aiment les lectures d’ambiance. J’ai pour ma part un rapport contrasté à ce livre, que j’ai bien aimé malgré ses longueurs : j’y pense encore, parfois, quelques semaines après avoir achevé sa lecture.

Lectures éclectiques pour passer du temps avec ou dans les arbres

Que ce soit en fiction ou non fiction, romans jeunesse ou pour adultes, documentaires, guides ou témoignages, les arbres jouent un rôle de plus en plus important dans nos vies et dans nos lectures. Les scientifiques ont fait de grandes découvertes ces dernières années : les arbres communiquent entre eux, s’entraident, développent des formes d’intelligence. On essaie de mieux comprendre comment ils fonctionnent : le documentaire L’intelligence des arbres, sorti cet automne, traduit pour le grand public les hypothèses tirées de ces recherches. Il y a un côté merveilleux à ces découvertes, qui font écho aux vieilles histoires d’arbres, qui parlent ou protègent. Des peuples animistes prêtaient déjà une âme aux arbres : à partir de là, tout est possible.

IMGP6633 (800x600)

Voici une sélection, non exhaustive, d’ouvrages sur ce thème, de quoi vous donner des idées de lecture (ou de cadeaux, comme les fêtes approchent) !

L’arbre généreux, un album émouvant pour les petits (à partir de 5 ans).

L’avis de notre chroniqueuse Sophie : « très émouvant, un peu trop d’ailleurs pour mon petit coeur ! »

L'arbre généreux ok

Résumé : métaphore de l’existence par les simples figures de l’arbre et de l’homme, L’Arbre généreux est « l’histoire d’un arbre qui aimait un petit garçon ». Le petit garçon devient jeune homme, le jeune homme un adulte, l’adulte un vieillard. A chaque étape de son existence, l’homme trouve auprès de l’arbre le réconfort nécessaire lui permettant de poursuivre sa quête sur le chemin de la vie. Un très beau conte d’essence philosophique pour tous les publics.

L’arbre généreux, écrit et illustré par Shel Silverstein. L’Ecole des Loisirs, 1982.

 

Tobie Lolness, héros miniature du peuple de l’arbre, devenu un classique de la littérature jeunesse (à partir de 9 ans).

Tobie Lolness

Résumé : Tobie et sa famille appartiennent au peuple de l’arbre qui réside dans un vénérable chêne, ruche de vie. Le jeune héros mesure quelques millimètres, ce qui lui rend la vie bien difficile. Le père de Tobie, grand savant, refuse de révéler sa dernière découverte scientifique qui pourrait bouleverser non seulement leur vie à tous mais aussi les projets de certains membres du Grand Conseil… Ce refus va entraîner la famille de Tobie dans la déchéance. Emprisonné, le jeune héros va se retrouver propulsé seul dans de terribles aventures…

Tobie Lolness, par Timothée de Fombelle. Gallimard Jeunesse, 2006.

 

♦ L’homme et le bois, beaucoup plus qu’un documentaire sur l’art et la manière de couper du bois.

Recommandation de Mariette, amie des mécaniques imaginaires : « Je l’ai offert à mon mari : il a adoré et rêve depuis de passer son temps à bûcheronner« .

l'homme et le bois

Résumé : Quel est LE secret de ce livre qui connaît un succès éditorial sans frontières ? Vous adorez les balades en forêt, vous habitez un petit appartement citadin dépourvu de cheminée, ou bien vous avez un poêle et faites chaque année votre bois pour l’hiver, et vous piétinez d’impatience à l’idée de faire vrombir votre tronçonneuse : Ouvrez ce livre ! Ce manuel ne quittera bientôt plus votre poche. Le bois, matière noble et ancestrale, au coeur des questions écologiques et environnementales, vous fera rêver et voyager. Henry David Thoreau écrit : « Chaque homme regarde sa pile de bois avec une sorte d’affection« . Seul un bûcheron zélé et talentueux romancier côtoyant les forêts les plus septentrionales d’Europe pouvait nous faire goûter ainsi la magie et les secrets du bois.

L’homme et le bois, par Lars Mytting. Gaïa Editions, 2016.

 

♦ Comment pensent les forêts, un livre d’anthropologie de la nature ambitieux, pour aller au-delà de l’humain.

comment pensent les forêtsRésumé : Les forêts pensent-elles ? Les chiens rêvent-ils ? Dans ce livre important, Eduardo Kohn s’en prend aux fondements même de l’anthropologie en questionnant nos conceptions de ce que cela signifie d’être humain, et distinct de toute autre forme de vie. S’appuyant sur quatre ans de recherche ethnographique auprès des Runa du Haut Amazone équatorien, Comment pensent les forêts explore la manière dont les Amazoniens intéragissent avec les diverses créatures qui peuplent l’un des écosystèmes les plus complexes du monde. Dans ce travail révolutionnaire, Eduardo Kohn entraîne l’anthropologie sur des chemins nouveaux et stimulants, qui laissent espérer de nouvelles manières de penser le monde.

Comment pensent les forêts. Vers une anthropologie au-delà de l’humain, par Eduardo Kohn. Editions Zones Sensibles, 2017.

 

Retrouvez également plusieurs recommandations botaniques dans l’article des mécaniques imaginaires consacré au Dictionnaire visuel des arbres et arbustes communs de Maurice Reille.

Sur les tables des libraires : quelques livres sur l’esclavage en Amérique

Ma dernière critique portait sur le bestseller de Colson Whitehead, Underground Railroad. Le thème de l’esclavage nord-américain au 19e siècle inspire nombre d’auteurs contemporains, tant ce pan de l’histoire américaine et mondiale est encore douloureux, sensible, et actuel.

Alors que je lisais ce roman, j’ai repéré d’autres lectures proposées par mes libraires préférés sur le même thème : la fuite d’esclaves aux Etats-Unis. Voici deux titres vus sur leurs tables, qui vont rejoindre ma Pile A Lire !

♥ La librairie Saint-Martin à Bazas ♥

recommande un livre pour la jeunesse, qui « mériterait aussi un prix » :

Esclavage_Marche à l'étoileMarche à l’étoile, par Hélène Montarde, aux éditions Rageot (2017). A partir de 12 ans.

Résumé : Billy a quinze ans et il est esclave dans le Sud des Etats-Unis. Un soir d’automne, il s’échappe. Poursuivi, traqué, il entame une course folle au coeur d’un pays gigantesque. Jasper est un brillant étudiant américain, plutôt sûr de lui. Mais le jour où il trouve un vieux carnet qui raconte l’étrange histoire d’un esclave en fuite, son monde bascule. Qui est l’auteur de ce texte ? Et lui, Jasper, qui est-il vraiment ? Pour le découvrir, il doit à son tour prendre la route. Entre le passé et le présent, entre l’Amérique et l’Europe, deux voyages s’engagent.

 

♥ La librairie Ombres Blanches à Toulouse ♥

recommande un roman pour le moins truculent, National Book Award 2013 :

couv rivireL’oiseau du bon Dieu, par James McBride, aux éditions Gallmeister (trad. 2015).

Résumé : En 1856, Henry Shackleford, douze ans, traîne avec insouciance sa condition de jeune esclave noir. Jusqu’à ce que le légendaire abolitionniste John Brown débarque en ville avec sa bande de renégats. Henry se retrouve alors libéré malgré lui et embarqué à la suite de ce chef illuminé qui le prend pour une fille. Affublé d’une robe et d’un bonnet, le jeune garçon sera brinquebalé des forêts où campent les révoltés aux salons des philanthropes en passant par les bordels de l’Ouest, traversant quelques-unes des plus heures les plus marquantes du XIXe siècle américain. Dans cette épopée romanesque inventive et désopilante, James McBride revisite avec un humour féroce et une verve truculente l’histoire de son pays et de l’un de ses héros les plus méconnus.

 

 

Underground railroad

Un roman américain sérieux et documenté sur le réseau d’aide aux esclaves en fuite, qui à travers l’histoire de Cora donne une réalité à la métaphore du « chemin de fer clandestin ».

Note : 3,5/5.

Underground Railroad.jpg

Je l’annonce tout de suite, même si cela paraît même injuste à moi-même, tant ce roman est bien écrit, maîtrisé, entier : j’ai été un peu déçue par sa lecture. On aborde tous des romans avec des envies différentes, avec des goûts et une culture littéraire différents. Pour certains c’est la couverture du roman qui a d’abord attiré l’oeil, pour d’autres c’est le pitch, les quelques lignes qui tentent de saisir l’esprit d’un ouvrage ; pour d’autres encore parce qu’il a gagné un prix, le bandeau rouge « Prix Pulitzer » en imposant toujours autant. Il y a enfin le facteur hasard. Pour ma part j’avais envie d’un « grand roman américain », d’une lecture pleine d’intelligence, d’idées, d’humanité. J’ai trouvé tout cela dans Underground Railroad mais il manquait quelque chose, une part de romanesque, d’empathie, de souffle. Si je regarde le roman avec un peu de distance, je me dis qu’il y a tout cela. Alors pourquoi n’ai-je pas ressenti leurs effets ?

L’histoire de Cora est simple et extraordinaire. Dès sa naissance elle subit les conditions de vie effroyables dans les plantations de coton de Géorgie, avant la Guerre de Sécession. La première partie est dure, sèche, sans espoir. Puis vient un déclic, une force intérieure qui pousse Cora à s’enfuir : commence alors une fuite et autant d’essais de vie et de clandestinité, dans différents états esclavagiste ou libres, le long de l’ « underground railroad« , devenu pour le roman plus qu’une métaphore, un vrai train souterrain. Chaque partie du roman est inaugurée par un document d’archive, une petite annonce avec récompense pour retrouver et capturer des esclaves échappés. Cora, poursuivie par un chasseur tenace et cruel, tente de survivre et de se libérer de l’état d’esclave inculqué dès son plus jeune âge. Mais il ne suffit pas de s’échapper pour être libre…

Malgré une histoire aux multiples rebondissements, que j’ai lue presque d’une traite, il reste comme un voile, qui m’a empêchée d’avoir accès à Cora. Cela tient peut-être aussi à l’aura qui entourait ce livre très attendu outre-atlantique, son importance comme jalon littéraire sur la condition noire, les fondements du racisme américain et le face-à-face douloureux avec l’Histoire, le fait que ce soit Colson Whitehead qui l’écrive. Quand l’attente est si forte, le résultat est parfois en-deçà des impressions de lecture imaginées. L’auteur n’était pas très connu en France jusqu’à présent, mais il est un familier du gratin littéraire newyorkais, formé à Harvard, journaliste dans les titres les plus prestigieux, écrivain traduit régulièrement en français : c’est son huitième roman.

La première question que je me suis posée : pourquoi transformer la métaphore en réalité ? Je vous pose la question si vous avez lu le roman de votre côté, trouvez-vous que cela apporte beaucoup à l’intrigue ? A part, justement, un fil rouge, un « chemin de fer ». Alors que l’impression que le reste est rigoureusement collé à la réalité historique des archives, des sources, des faits historiques, ce chemin de fer surgit, incongru dans le récit. L’imaginaire a sa place dans le roman, la lecture par exemple est l’un des moteurs qui aide les personnages à avancer. Mais l’histoire est déjà suffisamment puissante, terrifiante, vertigineuse. J’ai vu ce chemin de fer comme un moyen commode pour l’auteur d’accélérer le récit, d’examiner différentes sociétés et situations, comme un truchement donc et non comme une idée puissante qui s’impose à nos esprits effarés, qui renverse le récit vers autre chose.

L’exercice auquel se livre Whitehead est ambitieux. Je parle d’exercice, parce que je n’arrive pas à apposer des termes émotionnels à ce roman. Et c’est bien là ce que j’ai ressenti : l’idée dépasse la fiction. L’Histoire est trop forte pour le romanesque. Whitehead est un intellectuel qui cherche à apporter un éclairage humain à une histoire vue trop souvent du côté des Blancs. Et son texte est d’un très grand intérêt, j’ai appris beaucoup de choses sur le système esclavagiste, la réalité sociale de l’époque, les mécanismes de la haine, la peur, les idées qui circulaient, la « menace noire » due à un essor démographique rapide des esclaves, la Destinée Manifeste, les chasseurs d’esclaves en fuite, les expérimentations médicales, jusqu’à cette communauté utopique dans l’Indiana qui a, qui sait, peut-être existé. J’ai eu un cours d’histoire, nécessaire, superbement écrit, et une réflexion sur la condition humaine, ses émotions, ses mécanismes. Lisez-le pour échanger avec moi ensuite sur vos impressions de lecture !

Underground Railroad est dans la sélection du Prix Fémina, du prix JDD/France Inter, du Prix Médicis et du Prix du Meilleur Livre Etranger. Prix Pulitzer 2017.

justine3Underground Railroad, par Colson Whitehead. Albin Michel, 2017.

Comment écrire un roman en 30 jours ?

Je partage en bonus à la brève de la semaine dernière un article du blog Livresdeproches.fr, qui donne des conseils de lectures pour se lancer… dans l’écriture en période de NaNoWriMo. Des titres accompagnent chaque étapes de la création : prendre confiance, rédiger un scénario, s’organiser… et écrire !

Commentecrireunlivre

Bon certains sautent les étapes, d’autres développent des techniques qui leur sont propres : nombreux sont les chemins qui mènent à l’écriture… mais tous passent par le chemin de la lecture !