Dernier meurtre avant la fin du monde

Ou comment et pourquoi enquêter sur un suicide qui est peut-être un meurtre, alors qu’un astéroïde va s’écraser dans six mois sur la Terre…

Note : 4/5

Avis aux amateurs de bons polars ! Avis aux amateurs de scénarios catastrophe ! Avis aux amateurs de bonne littérature ! En voilà un roman qu’il fait du bien : sobre, sensible, efficace, étrange, j’ai aimé chaque moment du livre, qui se déroule comme une petite musique bien réglée au milieu du chaos généralisé. Mais attention, pas un chaos avec cris et fracas, larmes et explosions. Un chaos ordinaire, où l’espoir  a déserté, où le « à quoi bon » s’est fait une place dans les choix de Monsieur et Madame Tout-le-monde. 

Hank Palace est devenu policier. Il a toujours été réservé, un peu à part. Difficile de savoir ce qu’il se passe dans sa tête, ce qui le motive. Il ne ressemble pas du tout à sa soeur Nico, au style de vie débridé. Il est proche d’elle, toutefois, elle est tout ce qui lui reste comme famille après qu’un drame familial survenu dans leur enfance les ait soudés. Après le meurtre de sa mère suivi du suicide de son père, alors qu’il n’avait qu’une dizaine d’années, un détective a pris l’affaire en main et l’enquête de police a permis de résoudre l’affaire. C’est devenu une vocation : Hank Palace veut résoudre des meurtres.

Et c’est un nouveau drame, celui qui touche le monde entier, qui a précipité sa promotion à la criminelle de Concord, dans le New Hampshire. C’est depuis cette ville qu’on assiste aux réactions pré-apocalyptiques qui suivent la grande nouvelle : un astéroïde va s’abattre sur la Terre, engendrant des tremblements de terre, des tsunamis et une destruction quasi totale de toute vie humaine. Il reste à l’humanité six mois à vivre.

Quand il n’y a plus aucune perspective d’avenir, à quoi bon ? Toute la société se dérègle, les gens disparaissent pour accomplir leurs rêves, ou disparaissent tout court : à Concord, cela prend la forme d’une vague de suicides par pendaison. Hank Palace, un matin, est appelé sur une telle scène : un homme, Peter Zell, agent d’assurance sans relief, pendu à une ceinture dans les toilettes d’un McDo. Un autre suicide de toute évidence, et la police n’accorde pas plus d’importance que cela à l’affaire. Oui mais voilà, quelque chose cloche. Malgré toutes les apparences et l’inanité d’une telle démarche, Hank Palace se lance dans une enquête qui va remettre en cause, si c’est encore possible, sa vision du monde et son équilibre.

La référence ne vous a peut-être pas échappé, le titre du roman, forgé spécialement pour le public français, est très accrocheur : pourtant le roman n’a rien à voir avec le film, Dernier pub avant la fin du monde, titre lui-même inspiré d’un fameux vieux pub d’Edimbourg, The World’s End, très sympa (on a testé).

J’ai ressenti une forme de fascination pour ce roman. Le héros est étrange et digne des grands romans noirs. C’est sa sobriété qui ressort fortement sur le chaos provoqué par l’étrange nouvelle. Palace continue malgré tout, alors que tout le monde réagit à son niveau, souvent mal, avec forces démonstrations. C’est sa façon à lui de gérer l’ingérable, pas de vagues, faire son travail et le faire de son mieux, malgré tout ce qui ce passe. Une forme de dignité et de décence qui détonnent fort dans ce contexte. Mais une discrétion à fleur de peau. Comme tout le monde, Palace va mal et cette enquête l’emmène au bout de ses ressources. 

La peinture de ce monde au bord de la destruction est plus que crédible. Ben H. Winters, l’écrivain, a réussi à nous plonger dans une évocation sensible d’un monde à l’agonie, qui fait écho à ce qu’on a l’impression de vivre en ce moment, plus dans le mode auto-destruction que menace extérieure, mais cela revient au même. Le monde est au bord du gouffre, et en a pris conscience, c’est devenu une réalité. C’est là le niveau de conscience mondiale qui n’est pas encore atteint dans notre vraie vie, mais ce bouquin décrit quelque chose qui nous touche vraiment. Et je me suis dit en lisant : mais oui… c’est ce qui risque d’arriver si on prend conscience qu’on n’a tous plus que quelques mois à vivre…

Pour autant, ce n’est pas un livre qui plombe, il ne montre pas de complaisance à poser ce contexte : on est dans une enquête policière avant tout, et ce contexte qui s’immisce partout, jusque dans les motivations et les réactions de la galerie de personnages très bien campée, reste un contexte. L’auteur américain montre un super sens de la narration, on est pris par l’enquête comme dans tout bon roman policier.  C’est par petites touches qu’on comprend ce qui se passe, qu’on perçoit que cette donnée : « la fin du monde est dans six mois », est en fait dans toutes les pensées, tout le temps. 

Dernier meurtre avant la fin du monde est une trilogie :
le tome 2 se nomme J-77, le tome 3 Impact

Je suis en train de lire le deuxième tome, J-77, une enquête de Palace sur la disparition d’un proche, qui monte en puissance à mesure que l’échéance approche. C’est une trilogie, et je suis bien curieuse de voir comment ça va finir… même si on a déjà l’image générale !

Dernier meurtre avant la fin du monde, par Ben H. Winters. Super8 Editions, 2015. Il existe aussi en poche aux éditions 10/18.

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Les mécaniques étaient aux Utopiales 2018

Alice a filmé les Utopiales des Mécaniques :

visitez les Utopiales sur nos épaules !

John Scalzi était l’une des têtes d’affiche de ces Utopiales 2018. Venu une première fois il y a presque dix ans, le romancier revient avec son dernier ouvrage traduit chez l’Atalante, Prise de tête (dans notre Pile de Lecture), suite des Enfermés chroniqué par Alice sur le blog. En entretien sur la grande scène, ce vendredi-là, on lui demande ce qui a changé en 10 ans : « It’s bigger« , répond-il – sobre, bien vu, drôle. Le ton est posé.

Les Utopiales, c’est une grosse machine nantaise. D’après actusf, cette année, la Cité des Congrès de Nantes a accueilli 90 000 visiteurs en 4 jours, 167 tables rondes et rencontres, 103 films courts et longs, plus de 225 invités. Et on l’a bien vu ! Des longues queues qui s’étirent devant les salles, un café bondé du matin au soir, des gens assis par terre, des files d’attente en librairie, partout la foule.

Nous étions deux des trois chroniqueuses des mécaniques imaginaires présentes à ce grand raout de la SF européenne. Justine, un peu perdue dans cet univers de SF, et Alice, de retour après plusieurs années. Voici notre top 5 de ces Utopiales :

  1. Il y en a pour tout les goûts !

Même si on était là principalement pour la littérature, ce qui fait l’attrait de ce festival, c’est la diversité de l’offre, au point qu’on peut vivre les Utopiales de plein de manières différentes : cinéma, littérature, BD, sciences, jeux, expos… l’offre est pléthorique et on peut enchaîner table-ronde, signature, projection et jeux sans problème.

Jules Verne en playmobil… pour tous les goûts on vous dit !

2. C’est un rendez-vous européen !

Contrairement aux Imaginales, l’autre grand rendez-vous de la SFFF qui se concentre sur la fantasy française, les Utopiales invitent et sélectionnent des auteurs de SF européens pour le prix (le francophile Andreas Eschbach, Karin Tidbeck pour Amatka), et font venir plusieurs auteurs d’Amérique aussi. Et la SF anglo-saxonne est toujours aussi inventive et dynamique (hello Jim C. Hines, What a pleasure Ben H. Winters, im such a big fan John Scalzi, who is C. Priest)… Mais bon les Frenchies n’étaient pas en reste même si du coup  un peu en retrait, avec le prometteur Patrick K. Dewdney que je vais m’empresser de lire, Mélanie Fazi, sous oublier l’éternel Philippe Curval.

3. On apprend des trucs sur le métier !

Les interventions sur la traduction ont été riches de réflexions sur la littérature et ses métiers. Les émissions de radio en direct donnaient un peu plus à la grande scène, intéressantes à regarder et à écouter, les interviews étaient de bonne qualité. Dans des loges à mi-hauteur, des personnes derrière des vitres qui parlent, agitent les mains, un casque sur les oreilles : la traduction simultanée permet d’entendre et comprendre les auteurs anglo-saxons sans problème. Alice a aussi suivi une présentation de la SF chinoise et du rapport des chinois au corps.

4. Ça se passe à Nantes !

On ne peut aller aux Utopiales sans profiter de la ville de Nantes, propre à éveiller l’imagination. L’urbanisme transforme la ville d’année en année, et on apprécie l’ambiance et les librairies du centre. Le week-end des Utopiales nous a permis de faire un tour des librairies nantaises, et on a bien sûr craqué pour la librairie de l’Atalante et ses libraires chanteurs qui offrent des bonbons, une véritable caverne d’Ali Baba pour la sphère SFFF.

5. On est venues avec de attentes différentes, on en est sorties avec une vision différente !

L’avis d’Alice.

Revenir aux Utopiales, c’est pour moi comme renouer avec une ancienne communauté que j’avais trop délaissée. Lors de ma première venue, aux débuts des Utopiales, nous étions une bande de fans d’un genre littéraire mal vu, une micro-société aux codes vestimentaires bien particuliers (cuir, cuir, cuir), des gens réunis par une passion plutôt littéraire et élitistement cool. Les Utopiales n’avaient pas, dans mon souvenir, de journée scolaire ou jeunesse à l’époque ! Quel plaisir de revenir maintenant, retrouver le fil ténu de cet intérêt qui me relie à tout un tas d’inconnus à travers livres, BD, sciences, films… même si le thème du festival me laissait plutôt froide. J’ai fait quelques très bonnes découvertes, dont deux autrices de La Volte, Luvan et Karin Tidbeck, via les tables rondes. D’autres tables rondes m’ont laissée froide : pourquoi faire parler les auteurs de leur rapport à la société, à tel ou tel débat, plutôt que de leurs romans ? Dommage de leur considérer comme des personnalités plutôt que comme des créateurs ! C’est la tendance de l’époque, me dit Justine. Enfin, la librairie du festival a tenu ses promesses, comme d’habitude je suis repartie avec deux fois plus de livres que prévu, ma pile à lire vous réserve bien des chroniques !

L’avis de Justine.

Je n’y suis allée qu’une seule journée. Je venais uniquement pour la littérature, ce qui fait que les trois-quarts du festival ne m’intéressait pas plus que ça. Le thème, le corps, ne me bottait pas trop non plus. Je suis bien de celles qui voient la richesse dans la diversité des approches, mais connaissant mal la SF, je cherchais surtout des découvertes littéraires, je voulais entendre parler de livres, de comment ils s’imaginent, se forgent. Alors j’ai dû mal choisir mes interventions, mais j’ai été un peu déçue par cette tendance à attendre tout d’un auteur, devenu un décrypteur de notre temps, un « gourou » me dit Alice, au point que les modérateurs en oubliaient de poser des questions… sur les livres. J’ai aussi regretté que les dédicaces soient courtes et coincées dans un recoin de la librairie, rendant les auteurs peu accessibles, qu’on ne puisse pas échanger avec les éditeurs ou les libraires. Mais on se sentait bien sur le site, la richesse de la prog nous a permis de circuler sans temps mort et j’ai passé un excellent moment à écouter Luvan et Mélanie Fazi parler de leur activité de traductrice, et de la manière dont on peut la concilier avec l’écriture. Et puis Nantes, quand même, chouette ville, et du temps passé avec Alice à parler bouquins, ça fait du bien ! Vous l’aurez compris, j’attends avec impatience les prochaines Imaginales d’Epinal !

Mémoires d’un détective à vapeur

Un moment agréable passé avec le détective Bodichiev, pour des enquêtes agréablement classiques, dans un univers agréablement original. Une édition des Saisons de l’étrange, nouvelle venue dans le paysage des littératures imaginaires.

Note : 3/5.

Et si l’Empire ottoman l’avait emporté sur l’Occident à la fin du Moyen-Age ? Et si les Nazis avaient gagné la Seconde guerre mondiale ? Et si les Russes avaient été les premiers sur la Lune ? Imaginez… un événement a changé le cours de l’Histoire, et le monde que nous connaissons est devenu un monde alternatif, aux repères bouleversés…

Dans la famille des « -ie », j’appelle l’uchronie ! Sous-genre de science-fiction aux côtés de la dystopie ou de l’utopie, l’uchronie est le monde tel que nous le connaissons, mais un monde un peu différent, divergent, un monde dont un événement a changé le cours. L’inspiration de l’époque tend à présenter ce monde avec des forces géopolitiques bouleversées. Ici le postulat de départ est assez facétieux, façon salade niçoise : les Russes et les Anglais ont fusionné, le bouddhisme est la religion principale et son calendrier a été adopté : nous sommes en l’an 3000 (j’ai calculé, en calendrier bouddhiste cela correspond à notre future année 2457), dans une Europe tendance steampunk avec des robots intelligents. Le temps et l’espace en sont tout bouleversés. Ainsi commence le résumé du livre :

Londres est la plus grande métropole anglo-russe, une statue géante du Bouddah Amida vient d’y être érigée et l’on prépare les festivités impériales du troisième millénaire…

Mais à la lecture, point de savants développements sur l’état du monde. Ce dernier se dévoile par petites touches, de menus détails qui font tressaillir les lignes de nos repères familiers. Pour certains, moi comprise, cela donne du plaisir à la lecture ; pour d’autre c’est assez déstabilisant car ce contexte social reste un contexte, un prétexte. Pour les lecteurs débutant en science-fiction, cela peut tout aussi bien être une cerise sur le gâteau qu’un caillou dans la chaussure. Et le gâteau (ou la chaussure), alors, quel est-il ? La suite  du résumé nous donne quelques indices :

Jan Marcus Bodichiev, détective privé et spécialiste en sécurité informatique, mène l’enquête sur une station extraterrestre, des crimes météorologiques, des cambrioleurs génétiquement modifiés ou dans la France soviétique…

Pour s’emparer de cet étrange petit livre, ce plaisant OLNI, Objet Littéraire Non Identifié, alors il faut aimer le risque et l’inconnu… que vous croyez, de prime abord. Mais que nenni : vous avez devant nous une série de nouvelles policières dans la plus traditionnelle tradition du genre !

Un tel livre pourrait être l’occasion d’une analyse sociétale et politique profonde, dans une démarche du type « montrez-moi une société qui diffère pour me faire réfléchir sur ma société réelle », mais il n’en est rien. L’an 3000 et l’anglo-russe s’imbriquent dans les intrigues, les sujets, les suspects, mais on reste en terrain connu, celui de l’enquête policière. Un mélange des genres tout à fait en vogue actuellement dans l’écriture de science-fiction, qui ici est poussé jusqu’à la caricature ou la parodie. Ce livre est une fantaisie, un jeu, un hommage, mais aussi une gentille supercherie littéraire.

Réunis après sa mort par son fils Olav, les écrits et fragments de Viatcheslav Pavlovitch Koulikov retracent la carrière d’un détective hors pair au temps des grands dirigeables, des premières intelligences artificielles et de la longue paix : souvenez-vous de l’an 3000.

Le postulat de départ est exagérément compliqué, au point qu’on en sourit : le fils d’un ancien collaborateur d’un célèbre détective, qu’il a lui-même croisé dans une ou deux enquêtes, qui réunit des fragments, à peine de quoi faire des récits, longtemps après les faits… le tout expliqué dans un avertissement, lui-même suivi d’une préface et des chapitres, chacun faisant l’objet d’une enquête, et d’une courte introduction d’Olav. A cela s’ajoutent de fausses critiques, des publicités loufoques, des photographies, et même une histoire inachevée pour faire plus « fragment ».

L’auteur sous pseudonyme s’est visiblement beaucoup amusé à l’écriture, et le lecteur le ressent à la lecture. Nous avons décelé la supercherie littéraire, M. Koulikov ! Mais nous n’avons pas voulu pousser trop loin l’enquête sur votre identité, pour ne pas déflorer cette savante construction. De toute évidence, vous êtes un fin connaisseur de la littérature de genre du 19e et du 20e siècle ; il ne serait pas surprenant que vous l’ayez étudiée, que vous ayez écrit dessus, avant de vous prêter vous-même au jeu. Vous apparaissez dans les salons littéraires sous votre nom de plume, M. Koulikov, et vous semblez bien familier de ce milieu d’éditeurs et de libraires de la science-fiction. Vous prétendez n’avoir jamais vu Biarritz, alors que vous semblez bien connaître Bordeaux, où vous prétendez avoir travaillé, dans votre Avertissement, pour l’université… Bordeaux est d’ailleurs le théâtre d’une des nouvelles de cet inénarrable détective Bodichiev.

De gauche à droite : Melchior Ascaride, Olav Koulikov et Jean-Philippe Depotte

Comme toute bonne parodie, les fils sont apparents mais assez fins, ce qui donne une jolie histoire bien articulée et les enquêtes, courtes et bien tournées, ont un rythme enlevé, avec un style classique. On suit donc avec grand plaisir les enquêtes de Bodichiev, croisement réussi de Sherlock Holmes, d’Hercule Poirot et de Maigret. On se balade avec lui dans cette Europe redessinée, en touristes ; on retrouve des ambiances, des lieux (le pub The Blackfriars à Londres, qui se trouve être notre QG londonien dans la vraie vie !), qui sont un peu décalés. Je me suis sentie replonger dans cette période où je lisais Agatha Christie, Conan Doyle ou Gaston Leroux. Une parenthèse bienvenue et sympathique ! Et même si vous n’êtes pas familiers ni spécialement attirés par la science-fiction, vous passerez un bon moment de lecture !

Ce texte illustre bien le credo des Saisons de l’Etrange, nouvelle maison d’édition lancée en 2018, d’abord comme collection des Montons Electriques, puis en 2019 de façon indépendante. Elle est dirigée par Melchior Ascaride, l’imaginatif illustrateur des Moutons électriques. Ses couvertures font mouche et épousent l’ambiance et les codes des textes édités, sans tomber dans les clichés : il a d’ailleurs signé celle des Mémoires d’un détective à vapeur. Ses couvertures sont flashy, colorées, dans une démarche de « récupération esthétique du roman pulp », réinterprété pour les Saisons de l’Etrange.

Pour mettre en place cette nouvelle maison d’édition, c’est le financement participatif, sur Ulule, qui a été retenu. Avec succès. Cette collection a pour ambition de publier des récits courts, inédits ou rééditions, inspirés des pulps, pas du tout dans une démarche nostalgique,  mais plutôt pour « ramener des gens vers la lecture », revenir à une littérature populaire, aux inspirations pop, qui parle à la génération des séries télé. Des enquêtes policières mâtinées de surnaturel et de plein d’autres genres et influences, fantastique, steampunk, lovecraftienne…

C’est le format court qui est privilégié, qui fonctionne bien en ce moment dans l’édition SF, comme la très belle collection Une Heure-Lumière du Bélial’, qui publie « des romans courts et à la facture élégante ».

Pour les Saisons de l’Etrange, les éditeurs sont partis sur un rythme de saisons : en 2018, entre 3 et 12 épisodes. Pour le moment 7 titres sont sortis. Le dernier en date, Les fantômes du nouveau siècle, a paru en octobre dernier.

Une saison 2 est prévue en 2019, avec notamment la suite des aventures du détective Bodichiev !

Astuces livresques sur internet : achetez vert avec Recyclivre

Pour encourager à notre manière la Semaine Européenne de la Réduction des Déchets du 17 au 25 novembre, Fanny partage avec vous un bon plan pour acheter des livres d’occasion sur internet.

 Je soutiens la réflexion sur l’aspect écolo et éthique d’achat des livres, je vous encourage donc à acheter vos livres dans cet esprit sur Recyclivre, une entreprise éco-citoyenne, qui récupère à travers toute la France des livres d’occasion, donne du travail à des personnes en réinsertion, et vous les envoie gratuitement à domicile, à des prix défiant toute concurrence ! Donc, avant de vous jeter sur Amazon ou la Fnac, vérifiez que votre livre n’est pas disponible sur Recyclivre… les bénéfices soutiennent également des associations autour de la promotion de la lecture.

On eut acheter de partout en France, et donner à Paris, Lille, Bordeaux, Lyon, Nantes, Strasbourg, Toulouse et leurs environs. Des collectes ponctuelles sont aussi organisées.

Les seigneurs de Bohen

Un roman à la fantasy pure, sombre et poétique.

Note : 5/5.

Un coup de coeur pour ce roman de 600 pages, écrit par une belle plume de la fantasy française, qui nous emmène dans le royaume de Bohen, un royaume emprunt de magie, rempli de monstres, sur le déclin, qui vacille sous les vies brisées et les rêves de ces héros aux aventures épiques, sombres et violentes.

Le résumé m’a séduite, je vous livre une partie du quatrième de couverture qui dit mieux que je ne pourrais le faire l’essence de ce récit :

Je vais vous raconter comment l’Empire est mort. L’Empire de Bohen, le plus puissant jamais connu, qui tirait sa richesse du lirium, ce métal aux reflets d’étoile, que les nomades de ma steppe appellent le sang blanc du monde. Un empire fort de dix siècles d’existence, qui dans son aveuglement se croyait éternel.

J’évoquerai pour vous les héros qui provoquèrent sa chute. Vous ne trouverez parmi eux ni grands seigneurs, ni sages conseillers, ni splendides princesses, ni nobles chevaliers… Non, je vais vous narrer les hauts faits de Sainte-Etoile, l’escrimeur errant au passé trouble, persuadé de porter un monstre dans son crâne. De Maëve la morguenne, la sorcière des ports des Havres, qui voulait libérer les océans. De Wens, le clerc de notaire, 

Pourquoi j’ai aimé ?

Pour l’originalité du style narratif tout d’abord : la narratrice – omnisciente – est Loulia la Perdrix, une métamorphe très discrète qui nous conduit d’un personnage à l’autre, sur des rythmes inégaux, ce qui nous permet de ne pas nous ennuyer, comme si nous volions à travers le Royaume d’une scène à l’autre, créant ainsi une attente, et le plaisir des retrouvailles… tricotant ainsi le destin de nos héros dont on pressent qu’ils vont se croiser (ou pas) ;

l’originalité également des relations intimes entre les personnages, dont a sexualité ne s’exprime pas sur un mode conventionnel, mais trouble, flou, aux limites indéfinies et à l’expression propre à chacun.

Les personnages ensuite m’ont charmée, le récit est plutôt centré sur leur intimité, dans un rythme lent qui nous berce au fil des mots, leurs rêves et leurs désirs, leurs souffrances, exprimés de façon très poétique, se dévoilant tout doucement. Je me suis beaucoup attachée à certains, dont Sainte-Etoile (celui qui a un monstre qui lui parle dans sa tête à l’humour décapant), et Sorenz, chien de guerre mystérieux et envoûtant.

Enfin, même si je me répète, j’ai apprécié l’univers sombre, violent, mais poétique, qui fait le charme de ce roman, presque hypnotique pour moi ; c’est ce style qui m’attache au récit, et me fait tourner les pages sans vouloir m’arrêter.

Les seigneurs de Bohen, par Estelle Faye. Editions Critic, 2017.

Astuces livresques sur internet : écrire en ligne sur Writecontrol.fr

J’avoue passer du temps avec les livres… sur internet ! Pour découvrir les critiques de livres sur Youtube, ou pour trouver des livres d’occasion (oui, je boycotte Amazon), et maintenant pour écrire…

Ce mois de novembre est le mois du défi mondial de l’écriture créative : le NaNoWriMo. Le défi des participants : écrire 50000 mots en un mois, soit un petit roman d’environ 200 pages !

Et pour les amateurs de ce genre de challenge, j’ai découvert un site internet bien utile : la plateforme d’écriture en ligne Writecontrol.fr, française et gratuite.

writecontrol

Vous organisez vos chapitres, vos résumés, vos personnages, vous écrivez dans un environnement plaisant, vous vous fixez des objectifs de mots à atteindre, vous consultez vos statistiques perso (nombre de mots/jour, durée d’écriture…) et on vous donne même la date prévisionnelle de fin d’écriture de votre livre si vous tenez vos objectifs !

Vous pouvez exporter votre oeuvre à tout moment vers votre ordi (ou un éditeur…). Très facile à utiliser. A essayer pour tous les écrivains en herbe ou confirmés.

fanny

 

La mort est une femme comme les autres

La Mort en a ras-la-faux et fait un burn-out : attention, c’est à mourir de rire !

Note : 3/5.

La-mort-est-une-femme-comme-les-autres

Vous cherchez un petit roman court ? un peu barj et déjanté ? complètement marteau ? stop, n’allez pas plus loin ! Marie Pavlenko va vous surprendre…

Je connaissais déjà cette autrice pour La fille-sortilège, que j’avais déjà chroniqué sur le blog ; la voici dans un autre registre, un OVNI littéraire de passage dans le ciel du fantastique sarcastique.

Nous suivons l’histoire de plusieurs personnages : Emm, la Mort, sous les traits d’une jeune femme accompagnée de sa Faux qui lui parle, en situation de burn-out. Elle n’en peut plus de faire son travail harassant et sans relâche, trop d’humains désormais sur Terre, elle n’a plus le temps de rien… Anatole, un médecin beau et ténébreux, mais qui est en fait un vieux garçon sous la coupe d’une mère tyrannique et étouffante… Suzy, une jeune institutrice qui devrait mourir d’un cancer foudroyant…

Mettez tout ce petit monde dans un hôpital pris d’assaut par des vivants pas encore morts mais qui devraient l’être… Vous aurez un mélange détonnant d’humour trash et déjanté, des situations burlesques, et quelques moments d’anthologie (quand la Mort se rend chez un psy…).

Je n’en dis pas plus (ma critique est proportionnelle à la longueur du roman – 218 pages) : si un jour vous tombez sur ce livre, offrez-vous un moment surréaliste et barjo !

fannyLa mort est une femme comme les autres, par Marie Pavlenko. Pygmalion, 2015 ; J’ai Lu, 2018.