Toute la lumière que nous ne pouvons voir

Un beau roman d’apprentissage qui nous plonge dans le Saint-Malo de la Seconde guerre mondiale.

Note : 4/5

DAPHNE REBECCA

Anthony Doerr a eu l’idée de ce livre lors de sa venue à Saint-Malo pour un salon du livre. Il a dû éprouver un choc en découvrant la beauté rude et fière de la ville aux hautes murailles sombres battues par les vents et la mer. L’âme malouine est alors descendue sur lui, et il a créé un roman magnifique.

Les héros de Toute la lumière que nous ne pouvons voir (je n’arrive pas à m’y faire, à ce titre à rallonge !) sont des enfants. D’un côté Marie-Laure, jeune aveugle qui se réfugie avec son père chez sa famille à Saint-Malo, où la Résistance s’organise ; de l’autre Werner, orphelin surdoué en mécanique et en électricité, enrôlé dans la Wermacht pour intercepter les transmissions de l’ennemi. Chacun de son côté, les deux jeunes gens sont ballottés par des événements qui les dépassent et menacent de tout emporter.

J’étais réticente à commencer cette lecture, à cause du sujet, mais attirée par l’évocation du Saint-Malo occupé, décrit à l’américaine. Dès les premières pages, les doutes s’envolent : on sait qu’on tient un bon roman entre les mains. La narration, caractéristique des grands romans américains, est totalement maîtrisée, tout est parfaitement dosé. La facture est assez classique, c’est au fond un roman d’apprentissage, dans des circonstances extraordinaires et une réalité distordue par la guerre et accentuée par le handicap de Marie-Laure. Même si quelques ressorts de narration sont un peu convenus (les destins se nouent autour d’un mystérieux diamant disparu), ça ne gêne pas du tout la lecture, tant les personnages sont attachants. On a l’impression de vivre la guerre de l’intérieur, de sentir la menace latente, le malaise, le danger de manière confuse, tout en suivant le quotidien de ces enfants. Le tout est très rythmé, grâce à une succession de petits chapitres de quelques pages, qui nous emmène dans un mouvement de balancier entre France et Allemagne.

Tout en lisant, on ressent, on imagine, on suit la voix de la narration, jamais intrusive. Le roman a une sorte d’aura, de puissance romanesque issue de cette conjonction de temps, de lieu, de destins, et surtout de récit. Un roman tellement complet qu’il a déjà cette patine, cette très légère distance qu’on trouve dans les contes sans âge. Anthony Doerr a reçu le prix Pulitzer pour ce roman qui se lit, s’offre et se partage.

Tjustine3oute la lumière que nous ne pouvons voir, par Anthony Doerr. Albin Michel, 2015.

 

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