Un roman très touchant, qui donne à penser et laisse rêveur encore longtemps après l’avoir refermé

Note : 5/5

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City (Demain les chiens en français) tient une place particulière dans mes mécaniques imaginaires. Je triche un peu en en parlant ici, puisqu’il n’a rien de récent, même s’il a été réédité en 2013 dans une nouvelle traduction et dans son entièreté : l’épilogue y est inclus, alors que les éditions précédentes le passaient sous silence.

Demain les chiens condense en 8 nouvelles et 329 pages de nombreux thèmes de science-fiction, depuis l’anticipation sociale, la conquête spatiale, l’intelligence animale, la mutation génétique, l’intelligence artificielle, la cryogénisation, les mondes parallèles… Mais avec légèreté, finesse, avec doigté. Il témoigne par sa forme d’une période de l’édition de SF américaine : avant de constituer un roman, il s’agissait de nouvelles publiées dans des « pulps ». L’édition du roman en 1952 n’est pourtant pas que la mise bout à bout de textes épars : chaque nouvelle devient une chronique introduite par de brefs prologues rédigés par des experts en légendes anciennes, experts… canins, dont les travaux visent principalement à statuer si l’homme a existé ou non, ou bien s’il n’est qu’un dieu mythique et antique.

Car Demain les chiens fait la chronique sur 17 000 ans de la lente disparition de l’humanité et de l’émergence d’une nouvelle intelligence, propulsée par la famille Webster : l’intelligence canine. En leur apportant le langage, Bruce Webster libère leur esprit. Pendant que les hommes désertent les villes et s’enracinent de plus en plus fortement dans leurs maisons, leurs propriétés, jusqu’à la névrose, d’autres civilisations s’installent progressivement. La société des chiens, qui refuse le concept de meurtre ; celle des mutants, individualistes absolus, qui jouent avec les hommes et poursuivent un but inconnu de tous ; celle des robots « sauvages »… Chaque nouvelle est ouverte par un prologue, qui oriente d’emblée le récit et nous coupe tout espoir d’un soudain retournement de situation : l’homme a disparu, il n’en reste que le souvenir d’un souvenir que les chiens se racontent le soir, au coin du feu.

Dans le cercle familial, bien des conteurs ont dû se replier sur une vieille antienne : tout cela n’est qu’une histoire, l’homme ou la ville n’existe pas, il ne faut pas rechercher la vérité dans ces simples récits, juste les apprécier et s’en contenter (p. 9)

L’écriture est attachante, les personnages touchants : les membres de la famille Webster vont, de génération en génération, réaliser des choix désastreux pour la survie de l’espèce humaine, mais souvent nobles, bien intentionnés, évitant le meurtre pour maintenir une société pacifiste, jusqu’à se retirer complètement du monde afin de permettre aux chiens d’oublier l’homme et créer leur société animale unie.

Simak, profondément révulsé par la 2e guerre mondiale, invente avec ce récit une SF humaniste et sensible. S’il n’est à cette époque plus capable de penser une utopie pour les hommes, il la base sur une autre espèce, les chiens, une autre intelligence. Qu’elle est tentante cette utopie ! Et que la tristesse lasse des Webster, qui savent que l’homme réinventera toujours l’arme et le meurtre, est troublante pour le lecteur ! Chaque prologue donne un peu plus l’envie de rentrer dans le livre et de prouver aux chiens que, oui, l’homme a existé !

La conclusion du roman, que je me garde bien de noter ici, introduit un humour noir qui achève parfaitement le cycle de nouvelles.

Je conseille toujours l’un de mes romans préférés de Simak, Demain les chiens ou Au carrefour des étoiles, à qui me demande un conseil de lecture en SF tout en précisant qu’il n’y connaît rien et n’en lit jamais. Ce n’est finalement peut-être pas de la science-fiction : les fondements scientifiques sont inexistants ; le roman parle davantage d’une société du milieu du XXe siècle, qui se demande comment réinventer le monde après l’utilisation de la bombe nucléaire, que de l’évolution possible de l’humanité dans quelques années. Avec en prime le plaisir d’une histoire mettant en scène des chiens qui parlent !

Demain les chiens, par Clifford D. Simak. J’ai lu, 2013.alice

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