La 5ème vague

Vivez la fin du monde en direct !

Note : 4/5

La 5ème vague

Fan de dystopie :  voici la critique du premier tome d’une trilogie plutôt « young-adult » rayon ados et science-fiction.

Ce livre recèle pour moi une originalité par rapport aux autres romans pour ados et dystopies que j’ai lus jusqu’à maintenant. Habituellement, l’action se situe dans un univers post-apocalyptique, où une héroïne va se rebeller contre le nouveau système politique, qui, sous couvert de survie et bien-être de la population rescapée, n’est en fait qu’une dictature plus ou moins sanguinaire.

Dans la 5ème vague, nous vivons en direct la fin du monde à travers les yeux d’une héroïne prénommée Cassie. De jeune ado vivant sa petite vie tranquille au lycée entre sa famille, ses amies et ses premiers flirts, elle va se retrouver seule après les quatre premières vagues d’attaques qui ont tué 7 milliards d’humains, à tenter de survivre dans les bois avec comme seuls compagnons une arme de guerre et un nounours… Je remercie notre héroïne de ne pas avoir eu l’ambition démesurée et ridicule de vouloir sauver la Terre des envahisseurs (enfin, c’est peut être pour le tome 2…). Non, son objectif est plus humble et « humain » : ses parents sont morts et elle a fait la promesse à son petit frère de le retrouver (je ne vous dévoile pas dans quelles circonstances il a été kidnappé…).

Cette apocalypse est orchestrée par des forces extra-terrestres obscures, dont Cassie ignore totalement l’apparence (c’est d’ailleurs un des éléments de suspense intéressant de ce livre : qui sont-ils ? Où sont-ils ? Que veulent-ils ?). L’auteur nous dévoile également les points de vue d’autres personnages, ce qui permet de donner une vision à 360° des événements, en nous embrouillant bien sûr encore un peu plus au passage… Et bien sûr n’oublions pas l’histoire d’amour inévitable, mais qui reste bien intégrée dans l’histoire et ne prend pas le pas sur les événements.

Dernière touche, la plus marquante de ce livre pour moi : une violence assez prononcée, ce qui m’incite à recommander ce livre plutôt pour un public averti. Les premières pages vous percutent et vous plongent dans l’ambiance sans préavis. On se doutait que la fin du monde n’allait pas se dérouler gentiment, mais là l’auteur n’y va pas de main morte. Meurtres, exterminations de masse, enlèvements, pandémies mortelles… il y a le choix… avec un vocabulaire parfois un peu cru, trash, direct.

Extrait de la 1ère scène :

« J’ai entendu quelqu’un crier, mais ce n’était pas lui, cet inconnu affalé là qui poussait un hurlement, mais moi, moi et tous les humains encore vivants – s’il en existait toujours -, sans défense, sans plus aucun espoir, stupides humains que nous sommes, parce que nous nous sommes plantés, nous nous somme foutrement plantés. Il n’y a aucun essaim d’extraterrestre descendant du ciel dans leurs soucoupes volantes, ni de grands robots de métal comme dans Star Wars, ni d’adorables petites créatures ridées comme E.T. qui voulait juste ramasser quelques feuilles sur la Terre, avaler des poignées de bonbons multicolores et rentrer chez lui. Non, ça ne finit pas ainsi.

Pas du tout.

Ca finit avec deux individus s’entretuant entre des frigos vides, dans la lumière déclinante d’un soir d’été. »

fannyLa 5ème vague (t.1), de Rick YANCEY. Robert Laffont, 2013.

Réparer les vivants

Un livre intense et bouleversant.

Note : 5/5.

Reparervivants

Il m’a fallu un petit temps pour m’habituer au style de Maylis de Kerangal, très haché et parfois à la limite du name dropping… mais au bout de quelques pages, j’ai été happée par cette histoire qui se lit d’une traite.

La tragédie frappe un jeune homme fan de surf, Simon, un dimanche matin au retour d’une sortie dans les vagues. Tout s’écroule alors pour sa famille : comment réagir à la mort qui frappe si brutalement ? Comment se résoudre à l’incompréhensible ? Face à leur sidération, un autre enjeu prend le pas : en état de mort cérébrale, Simon est un donneur d’organe potentiel. C’est donc l’aventure médicale, de la délicate relation avec les proches en deuil jusqu’à la réalisation minutieuse du transfert des organes, qui se déroule alors, dépeinte avec une attention particulière envers les différents protagonistes. Chaque acteur de cette aventure prend vie par petites touches, chacun décrit à travers une passion, qu’elle soit sportive, artistique ou amoureuse.

Ce livre court et dense m’a vraiment touchée, à tel point que je me suis sentie un peu sonnée après l’avoir fini, et surtout que j’ai eu vraiment du mal à revenir à ma lecture précédente qui me paraissait soudain bien fade (une saga fort populaire actuellement avec des dragons et des morts-vivants, ça devrait vous rappeler quelque chose). Finalement, je n’ai réussi à enchaîner qu’avec la lecture de bon vieux classiques. Réparer les vivants, déjà un classique ? Peut-être bien…

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Réparer les vivants, par Maylis DE KERANGAL. Éditions Verticales, 2014.

 

 

Une bonne dose d’héroïnes (de comics)

Un article spécial vacances pour faire le plein de lectures, où il est question de comics et de personnages féminins qui occupent le haut de l’affiche.

Velvet bannière

J’ai commencé à lire des comics il y a deux ans et demi, à mon arrivée à Bordeaux. La base de ces BD américaines : 20 petites pages. Un « single », soit un épisode, qui paraît chaque mois en brochure à prix modique. Quand on est fan, comme je le suis de Saga, attendre un mois, c’est long. Et pour lire vingt pages en dix minutes, c’est raide. Mais il est impossible d’attendre huit mois que paraisse un volume en couverture souple, qui regroupe 6 ou 7 épisodes formant un « arc narratif », un TPB.

Me voilà donc réduite à lire des singles et à être continuellement frustrée de lecture, parce que je me suis nourrie de romans, de longues chevauchées fictionnelles, de pavés que ces bavards de romanciers aiment écrire, ne serait-ce que pour caler l’armoire de mamie. Alors quand j’aime un premier numéro de single, maintenant, je patiente quelques mois, en attendant le TP, pour en avoir plus à me mettre sous la dent d’un coup.

catwoman a long halloweenEn même temps que je m’habituais au format de lecture particulier au genre, je découvrais peu à peu mes goûts en comics grâce aux conseils de mon vendeur, fin psychologue et grand connaisseur de ces mondes imaginaires. Je suis entrée pour la première fois dans la boutique avec l’idée de lire Batman. Je suis sortie avec Batman : The Long Halloween, un volume renversant, avec une galerie de personnages qui crèvent littéralement la page et un univers complexe et sombre, admirablement rendu par ce qui fait l’intérêt du genre :  une histoire qui avance dans l’inextricable association image-texte. J’ai été fortement impressionnée par Catwoman, musculeuse et puissante ; et par Poison Ivy, vénéneuse et écoeurante.

J’ai lu à toute vitesse, pendant des semaines, des mois, les classiques du genre de ces vingt dernières années. J’ai découvert deux mondes : le « mainstream », DC et Marvel, aux univers que j’ai rapidement dédaignés (sauf Batman), car trop complexes et imbriqués. Je n’avais pas le temps de m’y plonger correctement, d’autant que ce sont des univers très adolescents, très masculins.

L’autre univers, c’est celui de l' »indépendant ». On retrouve souvent les auteurs des grandes franchises, mais dans des projets plus personnels, des histoires moins vastes, des genres plus osés. Je ne lis plus que des comics indés, très variés. De mon univers natif, le roman, j’ai gardé un goût certain pour les intrigues bien construites, des personnages assez fouillés. J’aime les intrigues politiques et les mystères. Et surtout, je cherche des lectures qui soient pour les femmes, ou écrits par des femmes.

Ce n’est pas un scoop, l’univers du comics a toujours été une affaire d’hommes. Avec les stéréotypes sexistes qui vont avec. Bien souvent, la caution féminine d’un titre est un super-héros avec des formes pulpeuses, une machine à fantasmes.

Ms._Marvel_Vol_3_2_Molina_Variant_TextlessIl ne faut pas tomber non plus dans la caricature, des personnages féminins existent dans le mainstream du comics, et sont des héroïnes à part entière. Ms. Marvel en est un bon exemple : elle est une adolescente Paki, vivant à Jersey City, près de New York, et se découvre des super-pouvoirs, qu’elle devra apprivoiser, tout en gérant sa vie quotidienne pas évidente dans son quartier entre deux identités socio-culturelles.

Vous l’aurez compris, dans cet article, je ne vais pas poncifier sur la femme dans le comics, j’en serais bien incapable. Je vais vous conseiller quelques lectures qui m’ont bien plu, écrites par des femmes, où dont les personnages principaux sont des femmes. Parce qu’il existe aujourd’hui un lectorat féminin, et des créatrices très talentueuses.

Comme dans tout roman qui se respecte, les rôles-titre féminins de comics sont tenus par des femmes fortes. Certaines volent la vedette aux hommes et sont mises dans des situations, des intrigues, des genres habituellement tenus par des hommes.

L’espionne sexy et ténébreuse

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Velvet est un comics d’espionnage très classieux. Un cocktail cinématographique d’action, d’élégance, de mystère. On retrouve l’ambiance roman noir chère à Brubaker, l’auteur, un dessin superbe, très rythmé, coloré comme il faut, avec beaucoup de clair-obscurs, et une narration fluide, qui manie à merveille les codes de l’histoire d’espionnage, avec ses secrets, ses volte-faces, son héroïne terrible et sexy. Un titre sans vraiment d’humour, mais diablement efficace. J’attends le 3ème tome à paraître pour suivre les aventures de Velvet Templeton.

velvet1a-covRésumé : Velvet est l’assistante du Directeur d’une agence de renseignement. Officiellement du moins. Lorsque le plus grand agent secret du monde est tué en mission, elle se trouve engluée dans un imbroglio de mystères et de meurtres. Envoyée sur le terrain, dans un milieu qu’elle avait abandonné, son propre passé lui revient alors en plein figure. Heureusement pour elle, elle n’a rien perdu de ses talents.

Velvet par Ed Brubaker, Steve Epting, Elizabeth Breitweiser. T.1 et 2 chez Delcourt pour la VF (2014-…), Image Comics pour la version en VO. Série en cours.

 

La bodyguard génétiquement modifiée

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Dans la même veine d’héroïnes fortes aux métiers d’hommes, l’impitoyable garde du corps génétiquement modifiée. Lazarus est un titre de science-fiction aux couleurs froides, quoi que l’essentiel de l’action se passe dans le désert, qui montre une héroïne paumée et violente, dont la raison d’être est le protection d’une famille dominante, coûte que coûte. Forever est un Lazarus. Et Forever n’a pas de pitié pour les croissants. Mais bon, au-delà des intrigues de pouvoir et d’influence où elle se trouve mêlée, elle doit faire face à des questions d’identité et de sentiments qui remuent sa conscience. C’est bien foutu, ça se lit comme un film d’action, rythmé et sans effusion de sentiments, mais avec un peu d’effusion de sang par contre. L’univers dystopique est bien rendu, intéressant à voir se développer au fil des numéros.

lazarus-rucka-lark-1Résumé : Dans un futur proche et dystopique, les gouvernements ne sont plus que des concepts archaïques : le monde n’est plus divisé par zones géographiques mais par frontières financières. La richesse est synonyme de pouvoir, mais elle n’est l’apanage que d’une poignée de familles qui la conservent jalousement. Le reste de l’humanité peut bien aller au Diable… Dans chaque famille, une personne est élue pour subir un entraînement intensif, et obtenir le meilleur de ce que l’argent et la technologie peuvent offrir. Cette personne est à la fois la main qui frappe et le bouclier qui protège ; le représentant et le gardien de son clan, son… Lazarus ! Dans la famille Carlyle, le Lazarus est une femme, sexy et redoutable, baptisée Forever. Laissée pour morte dans un combat sans merci, Forever ne devra son salut qu’à ses insoupçonnables ressources. Mais est-elle prête à affronter la vérité ? Ceci est son histoire…

Lazarus, par Greg Rucka et Michael Lark. T. 1 à 3, chez Glénat pour la VF, Image Comics pour la version en VO. Série en cours.

 

LA femme fatale

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Fatale est l’exemple ultime de l’histoire de la femme fatale : ce comics imprégné de surnaturel et d’occulte, très léché visuellement, dans un ambiance de roman noir (oui, l’histoire est d’Ed Brubaker, encore lui !), raconte l’histoire maudite de Joséphine. Tous les hommes qui l’approchent tombent sous son charme, se laissent prendre dans ses griffes, et leur amour obsessionnel et irrépressible les conduit invariablement vers la mort. Joséphine, elle, cherche à percer le mystère de son existence et de son malheur.

fatale chapt 2Il y a de la beauté noire, du bruit et de la fureur dans son histoire marquante. Il y fait sombre, souvent nuit, on a froid à l’âme, que la bouche rouge et pulpeuse de Joséphine ne parvient pas à réchauffer. On se croirait dans un film hollywoodien des années 50, sans humour et sans espoir. Brubaker et Phillips, le duo gagnant des histoires rétro, excellent dans ce titre qui marque sans doute plus la gent masculine qui voit là se matérialiser une crainte ancestrale. Méfiez-vous des femmes… elles vous conduiront à la folie et à la mort !!!! Mouahahahahah !

Fatale-Résumé : De nos jours, aux Etats-Unis. Lors des obsèques de son parrain, Nicolas Lash rencontre une mystérieuse jeune femme qui se fait appeler Jo. Intrigué par ses propos, surtout subjugué par sa beauté, il se laisse séduire. Or bien des hommes sont déjà tombés dans ses filets… Il ignore encore que celle qui le fascine tant traverse les années sans vieillir, cherchant à échapper à un monstrueux démon immortel.

Fatale, par Ed Brubaker, Sean Phillips et Dave Stewart. T. 1 à 5, série achevée. Chez Delcourt pour la VF, Image Comics pour la VO.

La femme au foyer tueuse

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Ah… le beau fantasme de la femme au foyer des années 50 : parfaite ménagère, mère exemplaire, intendante domestiquée du coquet pavillon de banlieue, et en plus bien baisable. Joëlle Jones s’en donne à coeur joie dans Lady Killer, où elle s’amuse à faire voler en éclat ce poncife féminin. La couverture du vol. 1, de ce titre paru pour le moment uniquement en VO, résume très bien l’ambiance. Un dessin nerveux, des couleurs vitaminées, beaucoup d’humour noir et d’action. lady-killer-1-jones-rich-dark-horse-02Le postulat de départ est certes un peu convenu, on est dans l’ambiance espionne glamour à double vie, et on joue des situations, du contre-pied de ces deux vies diamétralement opposées, avec un mari un peu trop benêt et un contact espion un peu trop beau. On ne s’ennuie pas une seconde, et on suit les aventures de Josie Schuller avec beaucoup de plaisir.

ladykiller1Résumé : Josie Schuller est la parfaite incarnation de la femme au foyer, épouse et mère – mais elle est aussi une tueuse impitoyable et efficace ! Elle jongle entre une vie domestique heureuse et sans nuage, et des assassinats exécutés de sang-froid. Mais lorsque Josie se retrouve à la croisée des chemins, son rêve américain est en danger !

Lady Killer, par Joëlle Jones et Jamie S. Rich. Vol. 1 en VO chez Dark Horse (2015).

 

 

On continue dans la violence (ce qui fait le suc de la très grande majorité des comics, il faut bien l’avouer…), avec des héroïnes non plus seules, mais en bande !

Les mafieuses seventies

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Il fallait bien un pendant féminin aux histoires de mafia.Les trois héroïnes de The Kitchen sont soeurs et ont chacune leur histoire. Quand leurs compagnons sont envoyés en prison, elles reprennent leur affaire… à  leur compte toutefois. Par le racket et le meurtre, elles s’imposent dans ce quartier de Manhattan des années 70 rongé par la pègre et la violence, appelé Hell’s Kitchen. Et quand leurs hommes sortent de prison, elles vont tout faire pour garder leur fief.

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Une sacrée histoire, du type « rise and fall », un peu dure j’ai trouvé, très violente et froide. Peu d’espoir au bout du compte, une lutte pour l’indépendance et une vie calquée sur le modèle de l’American way of life façon criminelle. Les héroïnes sont des self-made women qui le paient cher. J’ai bien aimé la garde-robe seventies des héroïnes, leur morphologie et le trait des dessins qui rappelle les comics de cette époque. Comme toute histoire basée sur la haine et la violence, les raisons du départ perdent peu à peu de leur sens. La narration est puissante et dense, le dessin nous met bien dans l’ambiance. Il y a de la tragédie dans l’air…

ming-doyle-coverRésumé : New York, fin des années 70. Times Square est un paradis du sexe et de la drogue. La ville oscille au bord de la faillite, des pannes générales d’électricité pouvant frapper à tout moment. Bienvenue dans l’univers de The Kitchen. Les gangs irlandais contrôlent le quartier de Hell’Kitchen, semant la terreur dans les rues et faisant le sale boulot de la mafia italienne. Jimmy Brennan et sa bande étaient les ordures les plus impitoyables du Kitchen. Mais une fois en prison, leurs femmes – Kath, Raven et Angie – décident de poursuivre leurs rackets. Et une fois qu’elles ont goûté à cette vie et à l’argent facile, elle ne sont pas prêtes à arrêter.

The Kitchen, par Ollie Masters, Ming Doyle, Jordie Bellaire. Mini-série en 1 volume. Uniquement en VO chez Vertigo (2015). Série terminée.

Les quatre mercenaires.

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Pour respirer un peu et rigoler un bon coup après toutes ces histoires de malheur et de violence que je viens de vous raconter, je vous recommande Rat Queens. Ce qui distingue ce titre assez barré, qui se déroule dans un monde teinté de fantasy moyenâgeuse, c’est son humour bad-ass, et ses personnages hautes en couleur. Elles sont mercenaires, mais ce sont aussi des copines et des colocs, avec leurs histoires d’amour, d’alcool et de famille.

rat queens plancheVisuellement et psychologiquement elles ont chacune un profil différent, outré même, mais c’est bien troussé. Des personnages si bien campées qu’elles deviennent assez vite des familières de notre univers imaginaire.

rat-queens-tome-1Résumé : Elles sont une bande de mercenaires célibataires siffleuses de bière et leur boulot c’est de tuer toutes les créatures que le bon dieu a fait pour de l’argent. Dites bonjour à Hannah l’Elfe magicienne rockabilly, Violet la Naine guerrière hipster, Dee la Nonne humaine athéiste et Betty la Hippie un brin voleuse. Ce conte moderne d’un genre ancien est une épopée violente de tueuses de monstres, comme si Buffy rencontrait Tank Girl, dans un monde à la Seigneur des Anneaux sous crack !!

Rat Queens, de Kurtis J. Wiebe et Roc Upchurch’s. Vol. 1 et 2 uniquement en VO, chez Image / Shadowline. Série en cours.

 

L’héroïne originale et aventurière qui a une section pour elle toute seule (et qui ressemble furieusement à Amélie, notre chroniqueuse !)

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Shutter_Issue01_p15finLe dernier titre à héroïne que je vous recommande est une perle. Shutter est ce que l’on appelle une création originale. Un univers qui s’inspire de nombreuses références, mais qui n’existait pas avant que l’imagination géniale de Joe Keatinge ne lui donne vie, et la folie douce du crayon de Leila del Duca ne lui donne chair. Pour l’incarner, un duo de légende, Kate Kristopher, jeune reporter-photographe et son chat-réveil.
Dans un univers chamarré un peu rétro, peuplé d’humains et de créatures anthropomorphes, de robots et de squelettes, les occasions de s’émerveiller et de s’interroger sont nombreuses. « La magie est dans le détail », pourrait être le motto de cette équipe de créateurs. C’est de l’aventure à l’ancienne, avec une quête, une histoire de racines et de famille, des rebondissements multiples, une héroïne lumineuse et décidée, un fidèle compagnon qui donne l’heure… Je vous laisse découvrir, c’est mon coup de coeur !

Shutter_Vol1-1Résumé : Kate Kristopher, autrefois la plus célèbre exploratrice d’une terre beaucoup plus fantastique que celle que nous connaissons, est forcée de retourner à cette vie aventureuse qu’elle avait laissé derrière elle, lorsqu’un secret de famille menace de détruire tout ce qu’elle avait passé sa vie à protéger.

Shutter, de Joe Keatinge, Leila del Duca, Owen Gieni, Ed Brisson. Vol. 1-3 uniquement en VO, chez Image Comics. Série en cours.

 

 

 

Sans surprise, parmi toutes ces héroïnes, certaines sont des émanations des stéréotypes comics ou issues de l’imaginaire cinématographique, de la pop culture. Beaucoup ont besoin de manier les codes masculins pour exister en contrepoint. Toutes sont belles, femmes, sauf peut-être de façon contradictoire la plus mainstream de celles que je vous ai présentées, Ms. Marvel, une simple adolescente. A certains moments, la cause féministe n’est pas très loin. Comme dans cette déclaration de l’héroïne de The Kitchen :

« Our mom never lived her own life. She just lived in the background of our dad’s. I ain’t gonna bel like that, Tommy. I don’t care what I have to do or who I have to fuckin’ kill… »

« Notre maman n’a jamais vécu sa propre vie. Elle a juste vécu à l’arrière-plan de celle de papa. Je serai pas comme ça, Tommy. Je m’en fous de ce que je dois faire pour ça, ou de qui je dois tuer, putain… ».

PS : je peux prêter ces titres ou les fournir via ma boutique de comics préférée à qui veut !

Intérieur

Une très belle BD empreinte de poésie et de mélancolie.

Note : 5/5

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Aimez-vous les lapins ? En peluche, en tant qu’animal de compagnie, ou tout simplement à la moutarde (shame on you !). On a tous un souvenir nous rattachant à ces boules de poils dépourvues de malveillance. Et pour compte, on rencontre souvent ces animaux au cinéma, en littérature infantile. Pour en citer quelques-uns qui ont marqué mon enfance : le lapin blanc d’Alice au pays des merveilles, Pan-pan, Bugs Bunny… Je me permets une petite pensée aux lapins qui m’ont accompagnée de l’enfance à l’âge adulte : Pitou, Diablotine et Crakotte (Repose in peace).

Gabriella Giannelli vient enrichir ce domaine en nous présentant son lapin blanc au trait simple et enfantin qui rappellera par certains aspects le Nanabozo, personnage de la mythologie amérindienne, créateur de la terre, auquel il est fait référence au sein de cet ouvrage.

Cet animal nous fait découvrir l’intérieur d’un immeuble de banlieue de classe moyenne en errant d’appartement en appartement, nous permettant de sonder la vie de ses habitants. Le soir, lorsque l’immeuble s’endort il accomplit sa mission : connecter à l’immeuble le Grand Sombre du sous-sol pour qu’il puisse se nourrir des rêves de ses occupants.

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J’ai eu un gros coup de coeur pour cette BD tant pour son dessin que pour son texte. Le trait de G. Giandelli est fin et arrondi, les douces couleurs choisies accentuent l’univers poétique et féérique de ce conte pour adulte.

Les pérégrinations du lapin nous font pénétrer l’intimité des habitants de l’immeuble en révélant leurs angoisses, leur routine et le vide de leur vie. La représentation du lapin blanc permet de prendre de la distance par rapport à la mélancolie qui se dégage de ces vies (de la vie tout simplement ?)

La vie parallèle qui se trame dans cette immeuble reste invisible à la majorité des habitants sauf aux enfants et ceux qui ont su garder la capacité de croire en la magie.

Pour ma part, le sous-sol de l’immeuble où je vis, abrite un parking avec un local à vélo mais bien en dessous un Grand Sombre se nourrit de nos rêveries. Je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer le lapin blanc, sans doute à cause de mon chat 😉 .

 

amelieIntérieur de Gabriella Giandelli. Ed. Actes Sud BD, 2010.

 

Un feu sur l’abîme

800 pages, une galerie d’extraterrestres comme on en voit peu, une entité méga-méchante, des anti-héros dépassés par tout ça et un zeste de vraie physique.

Note : 4,5/5

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Je ne vous le cacherai pas, mes bibliothèques (pas « ma bibliothèque », je suis bien trop collectionneuse !) débordent de science-fiction, et j’ai grandi à bonne école : mon père est pire que moi en la matière (et pour la SF, et pour la collection). Malgré cette tendance, ce livre, et même cet auteur, nous avait complètement échappé jusqu’à présent, malgré les 4 (!) prix Hugo décernés à Vernor Vinge. Un feu sur l’abîme l’obtient en 1993. Une sorte de blackout entoure donc ce roman – à tel point que mon libraire, pourtant spécialisé en SF et particulièrement averti, ne l’a plus sur ses rayons : il serait épuisé. NB : S’il vous intéresse, il est disponible un peu partout d’occasion.

Un feu sur l’abîme a tout du space opera comme Dune ou les trilogies de Peter F. Hamilton : on parcourt l’univers dans tous les sens,  on rencontre des êtres bizarres, on se bat contre un grand méchant, tout cela pourrait relever du carton-plâtre mais pas du tout, on y croit, on s’y prend.

L’intrigue et le super-méchant sont peut-être des prétextes : une expédition humaine déterre dans un coin lambda de la galaxie une « archive » informatique et l’active par erreur, créant une Perversion, sorte d’intelligence artificielle dont le but ultime est la pure destruction de toute chose dans l’univers. Une famille s’échappe et se scratche sur une planète, avec dans ses bagages un possible antidote à cette Perversion. En parallèle une expédition se monte cahin-caha pour tenter d’agir… Le résumé n’est pas clair mais ce n’est pas franchement la trame qui importe.

Ce qui donne à ce livre tout son intérêt et amène à tourner les 800 pages bien vite, ce sont les détails de cet univers. 2 des personnages principaux sont des cavaliers de Strodes, sortes de croisement entre des plantes en pot et des algues marines montés sur chariot à roulette. Ça pourrait être ridicule, mais on y croit – même si on rigole bien. La planète sur laquelle la famille échappée de la Perversion s’écrase est peuplée par les Dards, sortes de chiens-loups mais dont un individu est composé de 2 à 8 membres qui peuvent sembler autonomes, mais qui, en fait, ne font qu’un. Et ça marche ! Nous découvrons peu à peu comment leur mode de pensée influe leur civilisation, très médiévale, et on se prend au jeu !

Encore mieux, l’univers est constitué de plusieurs zones : les Profondeurs inconscientes, les Lenteurs, l’En-delà. Plus on se rapproche des profondeurs, moins la technologie fonctionne, plus il est difficile de voyager vite. Dépasser la vitesse de la lumière y est impossible. A l’inverse, il y a après l’en-delà des êtres immatériels, surpuissants, qui n’ont plus de limite. C’est une trouvaille géniale, extrêmement puissante narrativement : la solution face à la Perversion se trouve probablement sur le monde des Dards, mais ce monde est très proche des Lenteurs, où tout prend plus de temps, où tout vaisseau non équipé peut voir sa technologie régresser formidablement… Et parfois la frontière entre l’En delà et les Lenteurs se déplace.

Un feu sur l'abîme

Ces quelques détails peuvent sembler difficiles à gober, mais Vernor Vinge parvient à en faire un tout cohérent, crédible, accrocheur. Résultat : on voyage, on rigole, on est surpris, on palpite, bref ce roman nous fait passer par toutes les couleurs comme tout bon space opera.

Seul bémol : le rythme est parfois un peu plat, ou bien est-ce l’écriture qui se prend de quelques détours superflus ? Peut-être est-ce dû à la traduction, ou bien à la comparaison avec le maître de la grande narration haletante, efficace et qui vous met en apnée, Peter F. Hamilton ?. Ça reste néanmoins un très très bon livre, que je vous recommande chaudement.

aliceUn feu sur l’abîme, de Vernor Vinge. Le livre de poche, 1998. Robert Laffon, éd. « Ailleurs et demain », 2011.