Pyongyang

A la découverte de la Corée du Nord

Note : 4,5 / 5

Couverture du livre

Vous pouvez souffler un peu, je ne vais pas parler de SF cette fois-ci, mais d’un « roman graphique », une BD, qui m’a beaucoup plu : Pyongyang, de Guy Delisle. Je l’ai découverte tout récemment en pillant la médiathèque de mon village, en même temps que ses deux titres plus connus, Chroniques de Birmanie et Chroniques de Jérusalem.  Le gros avantage de cet auteur, au-delà des pays où il se rend et de son style facile à aimer, c’est le regard naïf (dans le bon sens du terme) qu’il porte sur les pays qu’il chronique : pas de jugement a priori, pas de caricature, une approche humaniste, à l’écoute des gens et des rencontres possibles.

Savoir ce qui se passe en Corée du Nord ; la visiter, même à plusieurs années de là (G. Delisle publie la BD en 2003), voilà qui m’intriguait énormément : dictature militaire, d’accord, mais qu’est-ce que ça veut dire ? J’ai déjà découvert que quelques occidentaux pouvaient y séjourner pour des durées courtes, ce qui a été le cas de l’auteur.

Première étape pour tout étranger arrivant en Corée du Nord : déposer une gerbe de fleurs au pied de la statue gigantesque de Kim Il-Sung :

Kim Il-Sung, 22 mètres de bronze. C’est, pour chaque visiteur, un face-à-face disproportionné avec la gigantesque figure de la nation. Qui, même après sa mort (1912-1994), est demeuré le président.

Et plus on rentre le récit, plus c’est surréaliste ! Je vous ai dit que je ne parlais pas de SF, mais le parallèle avec 1984 d’Orwell est étonnant ; d’ailleurs Guy Delisle le fait lui-même, ayant amené le bouquin lors de son voyage.

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Pyongyang – extrait p. 2

La propagande est partout, on la dirait burlesque si c’était dans un roman. Là, dans la « vraie vie », ça devient complètement fou. Même si les contacts qu’il peut avoir avec des nord-coréens sont très limités, Guy Delisle parvient à délier quelques langues… Mais sans jamais savoir vraiment ce qu’ils pensent de leur pays.

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Pyongyang – extrait

Il ne peut jamais se déplacer seul, il est toujours accompagné d’un traducteur et d’un guide, qui ne le lâchent pas d’une semelle et dont il comprendra tardivement qu’ils sont complètement séparés de leurs familles pour cette mission et dorment dans le même hôtel que lui.

Pas de lumière le soir, des portraits du dictateur (père et fils) partout, des gens qui disparaissent corps et bien et dont on ne reparle plus… Mais aussi des moments de franche rigolade, un impossible décalage culturel, une légère ironie : on trouve tout ça, et plus encore, dans cette BD. Des règles improbables.

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Pyongyang – extrait p. 2

Je vous conseille donc très fortement cette lecture ! 176 pages de découverte dont on ne sort pas déprimé ou avec l’impression qu’on a subit une leçon de vie ou de politique, mais plutôt éberlué, complice de l’auteur et beaucoup plus conscient que naître dans un pays plutôt qu’un autre, ça change pas mal de choses…

 Pyongyang par Guy Delisle. L’Association, 2003.alice