Un polar-de-science-fiction très sympathique, une lecture détente pour les week-ends d’hiver.

Note : 4/5

John Scalzi - Les enfermés - L'Atalante

C’est un achat automatique : le genre de livre que j’aurais boudé, si je ne connaissais pas déjà son auteur. John Scalzi a écrit Le vieil homme et la guerre, qui fut un véritable coup de cœur. Dans un petit recueil de nouvelles intitulé Denise Jones, agente superhéroïque (le genre de tout petit livre diffusé uniquement comme cadeau d’éditeur) il a décrit l’avènement du yaourt comme maître du monde, ce qui a achevé d’installer Scalzi au fond de mon cœur autant que sur mes rayonnages. Flânant en rayon, je croise donc ces Enfermés, dont la couverture ne me tente guère, mais bon… c’est Scalzi, et puis suite à de nombreux remaniements j’ai dégagé une étagère dans ma bibliothèque, qu’il est donc urgent de re-remplir.

Le devinerez-vous ?

J’ai bien fait ! Les enfermés est un bon livre, un de ceux qui l’on lit facilement, bourré d’action sans pour autant en fait trop, gorgé d’optimisme et de rythme, autant que d’humour – même si le résumé peut sembler légèrement déprimant, au premier abord.

En quelques mots : une super-grippe extrêmement mortelle (400 millions de morts) et mondialement répandue (le foyer initial étant un colloque de scientifiques spécialisés en virologie, Scalzi ne se refuse rien) est apparue 25 ans avant le début du roman. Je cite le résumé : Si la plupart des malades, cependant, n’y ont réagi que par des symptômes grippaux dont ils se sont vite remis, un pour cent des victimes ont subi ce qu’il est convenu d’appeler le « syndrome d’Haden » : parfaitement conscients, ils ont perdu tout contrôle de leur organisme ; sans contact avec le monde, prisonniers de leur chair, ils sont devenus des « enfermés ».

Autant pour le résumé légèrement déprimant ! Mais rassurez-vous : l’humanité a vite réagi et a trouvé des solutions. Des implants cérébraux permettant aux « Haden » de communiquer, puis de commander des androïdes qui leur servent de corps, et même des « intégrateurs », des rescapés de la maladie qui parviennent à accueillir la conscience d’un Haden. Les intégrateurs louent leurs services pour la 1/2 journée ou la journée et sont très demandés : c’est la seule façon qu’ont les Haden de ressentir à nouveau le goût de la nourriture bien consistante, le souffle du vent sur la joue, ou tout autre activité humaine à laquelle vous pourriez penser si vous étiez enfermé H24 dans votre lit.

[Je vous laisse le temps de réfléchir à cette question]

Chris est un Haden, qui a été enfermé très jeune et n’a rien connu d’autre que sa vie d’Haden, le corps dans un lit, la conscience dans son « Cispé » (son droïde). Il vient de rentrer au FBI ; le livre commence avec le début de sa première enquête. Un meurtre, dont le suspect est un intégrateur. Oui, mais était-il aux manettes de son corps, ou bien était-il intégré au moment du meurtre ?

Le rythme du livre est celui de l’enquête, haletant comme un bon thriller. Seule différence : dans Les enfermés, on ne casse pas de la bagnole en de folles poursuites, mais des Cispés…

Avec un fort zeste d’éthique et une pincée de politique pour assaisonner le tout et permettre au roman de tourner dans la tête une fois qu’on l’a fini. Vous ne penserez plus le handicap de la même manière.

Les enfermés, de John Scalzi. L’Atalante, 2016.alice

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