17 nouvelles différentes, qui sont aussi la trame d’un récit unique, autant qu’un poème déguisé, une histoire de monde parallèle, de fantômes, de vampires et de soldats de plomb : les Chroniques illégitimes sous la Fédération.

Note : 5/5

Les soldats de la mer - Dystopia workshop

Magnifique et étrange roman / recueil de nouvelles fantastiques.

« Suicide par imprudence », « Le joueur de dames », « La seconde carrière du général des Fosses », « Olga mensonge » : quelques titres de ces 17 nouvelles qui racontent les histoires étranges arrivées à des soldats, des lieutenants, un général… Schaeffer, qui hante un fort sordide ; Laban, dont la troupe subit les assauts d’un vampire ; Rozzo, qui a découvert un passage vers un autre monde ; Niccolo Pasani, dont les chevaux de plombs semblent avoir disparu pour livrer une vraie bataille…

Les Soldats de la mer se présente comme une boule à facettes : chaque histoire est indépendante des autres, mais elles sont reliées de 3 manières entre elle.

Par un fil historique d’abord, la création et l’évolution de la Fédération. Fédération pour regroupement politique de grandes villes : 3, puis 4, 5, etc. La Fédération se construit de conquête militaire en conquête militaire. Ses héros, ses personnages sont des militaires. Ses fantômes, ses étrangetés, ses ensorcelés, ses maudits, ses endiablés sont des militaires. Les noms, les lieux évoquent l’Europe : l’histoire de la Fédération constitue une doublure étrange de l’Europe, un développement qui aurait pu avoir lieu si les Villes-État avaient supplanté les États-Nation. Une « géographie heurtée », dit la préfacière. Et s’il y avait deux lunes dans le ciel au lieu d’une. Mais pas de politique dans ce livre, seulement des chroniques morcelées.

Prenez le joueur de dames, qui a gagné toutes ses grandes batailles grâce à un personnage mystérieux qui, la veille de la bataille, apparaît soudainement et lui propose de disputer une partie. L’homme étrange joue cette partie comme le général adverse mènera la bataille le lendemain. Et le joueur de dames, préparé, gagne les batailles. Jusqu’à la dernière bataille…

Par un fil narratif ensuite, ou plutôt une atmosphère : comme si les deux belles grandes lunes pleines de la couverture du livre diffusaient une lumière pale et fantomatique sur toutes les nouvelles, les personnages, les lieux, les dessaisissant de leur substance pour en faire un théâtre d’ombre plutôt que des nouvelles ancrées dans leur réalité.

Et par un dernier fil dont je tairai tout car il appartient au lecteur qui lit la dernière des 17 nouvelles… Et qui réécrit toutes les nouvelles précédentes dans votre mémoire en leur donnant un autre sens.

Les Soldats de la mer est envoûtant, la succession des nouvelles est très agréable : on ne perd pas le fil, on n’a pas non plus le temps de se lasser d’une situation. Ce livre a été publié une première fois en 1968 ; cette édition est la 5e. Je vous conseille fortement cette lecture. Pour ceux qui ont envie de quelque chose d’un peu plus court, Le prophète et le vizir, chez le même (ré-)éditeur (2012), tient également toutes ses promesses.

Les Soldats de la mer, d’Yves et Ada Rémy. Dystopia Workshop, 2013.alice

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