L’ordre du jour

Prix Goncourt 2017, bien mérité.

Note : 5/5.

L'ordre du jour

Bonjour à vous, qui lisez ces lignes. La chronique d’aujourd’hui, je vous la fais courte : courte comme le livre, courte aussi parce que vous en avez forcément entendu parler. Un prix Goncourt, ça ne passe pas inaperçu.

D’Eric Vuillard, je connaissais le nom. Comme Laurent Gaudé, Emmanuel Carrère, Pierre Lemaître , il fait partie des grands noms actuels de la littérature hexagonale. Comme je ne lis pas beaucoup de littérature française, je n’avais aucune idée de son style, ses sujets, sa place dans la paysage littéraire. C’est donc sans a priori et sans idée de contexte que j’ai lu ce petit livre étroit, au format particulier des publications d’Actes Sud. Chapitres courts, une ou deux bonne soirées suffisent pour en venir à bout.

 

L’histoire : c’est l’Histoire. Le bal des dupes, des industriels, des banquiers, des politiques, d’Hitler, qui a mené, par une mécanique humaine et économique, à la Seconde Guerre Mondiale. L’histoire commence avec vingt-quatre têtes, celles des grands industriels allemands, tous nommés, tous pointés par Eric Vuillard, réunis à l’appel d’Hitler, pour apporter leur force de travail, leur argent, au futur effort de guerre. Tous s’engouffrent et se gaussent. L’Histoire nous mène ensuite en Autriche, où la lâcheté côtoie l’absurde, où l’on voit les premiers ratés, mécaniques, de l’armée allemande mise en branle. On ne sait déjà plus très bien où se situe le curseur du réel, on commence à ressentir l’effarement devant l’impensable. Eric Vuillard se promène dans cette mer d’événements, certains insignifiants mais ô combien révélateurs, d’autres charnières, et file parfois dans des trajectoires individuelles, jusque loin après la guerre. Ce sont des hommes qui ont fait la guerre et l’auteur revient, dans ce livre, sur le rôle des industriels dans son déclenchement.

Ca que j’ai ressenti à la lecture : imaginez un tableau façon Troisième République, avec vingt quatre bons hommes bedonnants au visage grave et sévère, en habit d’apparat, dans un salon tout tendu de velours. Ils sont un peu figés dans leur pose, mais suent l’argent et le pouvoir. Eric Vuillard arrive, avec un stylo point comme une lame, et lacère la toile, à coups brefs et tranchants, les visages, les médailles, les goussets, tout est fendu, béant, terrible et laid.

Voilà ce que j’ai ressenti, à la lecture de ce livre brillant et saisissant : une cruelle limpidité, de la colère froide, et des coups. Coups de coeur, coups au portefeuille. Une des grandes lectures de ce début d’année pour moi.

justine3L’ordre du jour, par Eric Vuillard. Editions Actes Sud, 2017.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s