Les Noces de la Renarde

Ce roman fait partie de la sélection du prix Poche de L’Ouest Hurlant.

Note : 5/5

Ce livre m’a fait penser à mes dernières lectures orientales écrites par des occidentaux : Porcelaine, d’Estelle Faye, qui se déroule en Chine et pendant 1 millénaire, ou dans un tout autre registre Les évaporés, de Thomas B. Reverdy (sorte de roman policier, pas du tout de la littérature de l’imaginaire). Une partie de l’histoire m’a aussi remis en tête des images du Voyage de Chihiro, pour l’entremêlement entre le monde « réel » (pour autant qu’il existe) et le monde des esprits.

Quel plaisir ! Quelle belle découverte !

Depuis notre participation au PLIB cru 2019, je me méfiais quelque peu des publications de la maison Scrinéo : en bon dinosaure du siècle dernier, je ne me reconnaissais que peu dans ces récits adulescents, je trouvais les romans pas assez fouillés, non aboutis. C’était d’ailleurs le reproche que les Mécaniques imaginaires avait fait à Rouille, de Floriane Soulas, l’autrice des Noces de la Renarde, le roman qui nous occupe aujourd’hui.

Les Noces de la Renarde m’a au contraire comblée : un cadre extrêmement travaillé, une narration bien pensée oscillant entre deux époques, le 15e siècle et le 21e siècle, une intrigue fine, intelligente, faisant appel à la patience du lecteur… Floriane Soulas ne se cantonne pas au fantastique nippon mais entremêle roman policier, thriller, croyances fantastiques en un combo très réussi.

Nous sommes au Japon (que l’autrice semble particulièrement bien connaître !), au cœur d’une forêt de montagne, en 1467, auprès de Hikari. Hikari semble humaine, au premier abord, mais c’est une yokaï, une créature surnaturelle, plus précisément une kitsune, un esprit renard qui « prend souvent la forme de belles jeunes femmes pour séduire les humains et voler leur vie ou leur énergie vitale », nous apprend une note de bas de page.

(Car oui, quelques notes de bas de page émaillent la lecture, renforçant l’illusion d’un récit japonais traduit en français, mais rien de pénible : je suis assez allergique à ce procédé en fiction mais ici, il ne m’a pas dérangée).

Nous sommes aussi à Tokyo, auprès d’une (vraie) jeune fille, Mina, qui sort tout de même de l’ordinaire : elle a le pouvoir de voir les yokaïs (esprits et monstres du folklore japonais), ce qu’elle cache à tous. Elle en voit d’ailleurs énormément, peut-être un peu trop à mon goût : la quantité de fantômes présents sur sa route quotidienne maison – lycée m’a laissée perplexe et a un peu entamé ma suspension de l’incrédulité. L’une de ses camarades de classe souffre d’ailleurs d’une possession :

Une jeune fille à la peau livide et aux mains crochues comme des serres s’agrippait à Emiko. Ses cheveux emmêlés poissaient jusque sur ses épaules décharnées. Elle dut sentir le regard de Mina car sa tête pivota à cent quatre-vingt degrés sur son cou, dans un tortillement de chair répugnant. Elle pointa sur elle son unique œil. L’autre pendait, inutile, sur sa joue creuse et sale. Mina retint un hoquet dégoûté alors que l’esprit lui offrait une grimace édentée avant de se pencher de nouveau sur Emiko pour lui murmurer des mots qu’elle seule pouvait entendre.

Hikari, la kitsune, et Mina, l’humaine d’aujourd’hui, évoluent en parallèle de chapitre en chapitre. Le quotidien d’Hikari est celui de la chasseuse de son clan, talentueuse mais trop curieuse des humains au goût de ses sœurs. Elle est captivée par le village situé plus bas dans la montagne, elle aime observer la vie des villageois. Mais ces derniers s’aventurent trop près du territoire des petits dieux et risquent de rentrer en contact avec les kitsune, ce qui est fortement interdit. C’est une histoire de pouvoir, de clan et d’amour qui se joue ici.

Pour Mina, les tensions à l’œuvre sont d’une toute autre nature : la déléguée de sa classe l’entraîne dans une enquête… policière, disons, si les policiers sont des exorcistes et les malfrats, des démons.

Les deux histoires s’entremêlent lentement, au gré des pages et des échos, mais sans urgence, sans se presser. Si l’on devine peu à peu le point de convergence, le récit aménage des surprises jusqu’à la fin, en douceur.

Les Noces de la Renarde est donc assez noir, mais aussi emprunt de subtilité. Je le conseille fortement !

Les Noces de la Renarde, par Floriane Soulias. Scrinéo, 2019

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