Fils des brumes

Une incursion spectaculaire dans les romans de fantasy américains qui va vous laisser scotché à votre fauteuil.

Note : 4/5.

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Je voulais partager avec vous la découverte récente de ce grand auteur américain de fantasy adulte. Après avoir approché de façon assez poussée les auteurs français de fantasy (au passage, je vous recommande mon chouchou Gabriel KATZ, dans sa trilogie Le Puits des Mémoires !), je voulais goûter aux grands maîtres américains… Après Robin HOBB que je n’ose pas vous présenter, j’ai choisi Brandon SANDERSON.

Je viens de finir avec beaucoup de plaisir ce premier tome, qui nous plonge dans un univers de fantasy typique : sombre, brumeux, avec un oppresseur et donc des opprimés qui veulent se révolter… donc rien de bien original… mais j’y ai trouvé de vraies petites pépites qui ont rendu ma lecture passionnante :

Une magie originale et spectaculaire fondée sur le pouvoir des métaux : Brandon SANDERSON paraît avoir une appétence particulière pour les minéraux, et l’avait déjà utilisée dans sa série  » Coeur d’acier « . Certaines personnes avalent différents métaux, les  » brûlent  » dans leur corps, et les utilisent comme sources de pouvoir. Certaines scènes sont dignes d’un film à effets spéciaux très spectaculaires !

Des personnages attachants, et qui évoluent tout au long de ce premier tome : la principale héroïne est Vin, une ado de 16 ans qui a toujours vécu à la rue, abandonnée par son frère, embarquée au sein d’une bande de voleurs pour ses talents très particuliers où elle cherche juste à survivre. Elle se retrouve sur le chemin du très charismatique Kelsier, le plus célèbre voleur et chef de bande de l’Empire, survivant de terribles épreuves, mais qui ont laissé des traces…

De l’action et de la politique, … Brandon SANDERSON manie les différents ressorts du suspense, avec de l’action, des cascades spectaculaires, des révoltes aux bals avec petits fours, il assaisonne son récit de manoeuvres politiciennes et de toutes sortes de manigances. J’avais presque envie de noter dans un petit carnet tout au long de ma lecture, « comment renverser un pouvoir tyrannique en 10 leçons », tellement cest bien construit et d’une intelligence subtile.

Bref, du grand art dans ses rebondissements qui vous scotchent au fauteuil comme au cinéma : il vous capte et ne vous lâche plus. S’il vous tient, vous êtes foutus. Essayez.

fannyFils-des-Brumes, tome 1 : L’empire ultime, par Brandon Sanderson. Editions Orbit, 2010. Le Livre de poche, 2011.

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Songe à la douceur

Attention OLNI : Objet Littéraire Non Identifié. Critique écrite dans le cadre du Prix des chroniqueurs web, sélection Romans jeunesse / Young Adult.

Note : 3,5/5.

Songe à la douceur

Ce roman est un OLNI : Objet Littéraire Non Identifié ! Histoire d’amour d’adolescents revue par les adultes qu’ils sont devenus, d’une profondeur et d’une justesse émouvantes, elle est écrite en vers, d’une poésie tantôt douce tantôt percutante, d’un humour qui vous laisse un sourire accroché au visage tout au long de cette lecture, finalement bien moins naïve qu’il n’y paraîtrait au premier abord.

Les mots ne sont pas sagement alignés sur la page, non, ils dansent, épousent les propos de l’auteur dans des courbes délicates, ils sursautent, sautent à la ligne, vous sautent au visage ; allant même jusqu’à former les courbes des visages des deux personnages dans un duel de volonté et de désir… L’écriture dynamique, originale, poétique, presque comme des calligrammes, en devient un personnage à part entière et porte visuellement le sens des mots.

Pour que tous nos sens soient comblés, l’auteure a également fourni au lecteur sa bande-son (que je n’ai pas écoutée), et a précisé que ce roman était librement inspiré du roman Engène Onéguine de Pouchkine, et de l’opéra de Tchaïkovski du même nom (que je n’ai jamais lu, ni vu). Mais mon ignorance de ces deux points n’a pas été un handicap (au contraire, une invitation à découvrir cette oeuvre russe).

L’histoire donc, c’est celle de Tatiana et d’Eugène, qui se sont connus lors de leur adolescence, et qui se retrouvent dix ans plus tard, par hasard dans le métro. Tatiana n’a jamais oublié cet amour, et le passé et le présent s’entremêlent autour d’eux, dans un sens propre à chacun, pour voir s’accomplir un dénouement – finalement – non cousu de fil blanc.

Certains dialogues sont absolument irrésistibles, Clémentine Beauvais a le sens de la mise en scène, de la métaphore pour décrire les émois et du détail qui fait toute la différence, du mot juste, qui touche au coeur dans un petit pincement, de la mélopée de pensées répandues dans une tendre nostalgie.

J’ai vraiment apprécié cette lecture jeunes adultes, à découvrir pour ceux en recherche d’originalité et de douceur, amateurs de poésie.

fannySonge à la douceur, par Clémentine Beauvais. Editions Sarbacane, 2016.

Lady Helen

Entre romance à la Jane Austen et Fantasy Noire.

Note : 5/5.

 

Je finissais justement ma correspondance à Lady Helen, quand je me suis dit que je pouvais vous faire une petite critique de ce roman coup de coeur !

Ma chère Lady Helen Wrexhall !

Comme il m’a été difficile de refermer le tome 2 de vos aventures, après 1148 pages en votre charmante et tonique compagnie, le petit doigt en l’air en tenant ma tasse de thé, et l’autre main sur mon couteau en verre caché sous mon ample jupon…

Qu’il a été délicieux de faire votre connaissance, très chère, vous, fille de Lady Catherine, comtesse de Hayden, dont on chuchote dans les cercles très privés qu’elle était atteinte de folie, et que sa mort tragique lui a évité de bien pires ennuis…., jetant ainsi sur votre douce personne un soupçon d’opprobre au relent délicat de scandale…

Recueillie par votre oncle, vous vous apprêtiez en cette année 1812, à Londres, à faire votre entrée dans le monde, en vous présentant à la cour devant la reine, dans le respect total et absolu de l’étiquette,

Ah oui, chère Lady, pour une entrée, elle fut fracassante !!!

Car cette aristocratie pudibonde cache en fait de sombres desseins, entre disparition, meurtres, tendances licencieuses, vous avez fort à faire, Lady Helen, vous qui êtes dotée d’étranges pouvoirs dont le Club des mauvais joueurs voudrait faire usage… Votre rencontre avec Lord Carlston, un homme à la réputation sulfureuse, va marquer la fin de votre vie superficielle et insouciante, pour vous plonger dans les pires ténèbres…

J’ai plus que hâte de vous revoir dans le tome 3.

Votre tendre amie,

Fanny

Vous l’avez compris, quand on se met à écrire à l’héroïne d’un roman, c’est que vraiment on est déjà bien atteint !

Atteinte, oui, par le style de l’auteure, nous plongeant dans ces années de Régence en Angleterre, où chaque petit détail sonne tellement juste ( l’auteure s’est beaucoup documentée pour écrire ce roman, sur la politique, la mode, la météo, les faits divers de l’époque… ), et la reconstitution nous permet de nous projeter facilement dans ce monde so british.

Atteinte, également, par l’héroïne, dont la mesure, l’intelligence, la délicatesse, la noblesse nous font l’aimer immédiatement et sans condition, bref nous sommes toutes des Lady Helen ! Son personnage évolue au cours de ces deux tomes, en maturité, en prestance, en assurance, elle se rend compte que de soumise, elle doit devenir leader, et cette prise de conscience est délicieuse à suivre, jusqu’à la scène finale du tome 2, où on lui tire notre chapeau : respect ! (nous, on se serait jeté sur le jeune homme en question sans réfléchir, mais pas elle ! non, non, un peu de tenue, bon sens !).

Atteinte, encore, par la palette de personnages principaux et secondaires, et une palme d’or spéciale au « boulet » de l’année, extraordinaire dans son rôle de pot de colle empêcheur de tourner en rond ! j’ai cité le duc de Selburn. Lord Carlston, lui, est d’un autre style, très mystérieux (et il entend le rester…).

Atteinte donc en plein coeur pour ces deux tomes à classer pour moi dans le registre « fantasy féministe », GRL PWR !

fannyLady Helen, Le club des mauvais jours (t.1) et Le pacte des mauvais jours (t.2) par Alison Goodman. Gallimard Jeunesse, 2016-2017.

Le courage qu’il faut aux rivières

Spécial rentrée littéraire. Coup de coeur de Fanny.

Note : 4/5.

Le courage qu'il faut aux rivières

Premier roman d’une jeune auteure trentenaire et coup de coeur de mon libraire, ce récit vous emporte dans un pays des Balkans, où les femmes peuvent devenir des hommes en prêtant serment et acquièrent ainsi tous les privilèges rattachés au sexe fort.

Emmanuelle Favier s’est inspirée du phénomène des vierges jurées pour écrire ce roman. Elle a créé une héroïne, Manushe, qui pour avoir refusé le mariage arrangé auquel elle était destinée, se trouve obligée de prêter serment de rester vierge toute sa vie, tout en devenant un homme. Arrive un jour au village un mystérieux homme, Adrian, qui va bouleverser la vie trop bien régie de Manushe.

Si j’ai pu avoir peur de tomber sur un style documentaire, j’ai rapidement été rassurée par l’auteure qui m’a embarquée dans une atmosphère rêveuse et poétique, violente et douce, brutale et émouvante, jouant sans cesse sur l’ambiguïté féminin/masculin, nous perdant dans les identités et les genres, avec des personnages dont on ne sait plus vraiment s’ils sont femme ou homme. L’auteure joue également entre passé et présent, entre réalité et souvenir, alternant les points de vue de ces personnages tout au long du récit.

C’est l’histoire universelle du genre féminin qui est racontée ici, où seuls les hommes ont le choix de leur vie et de leur destinée, et si une femme se rebelle, elle ne peut finalement que devenir un homme. C’est l’histoire des femmes dans toute la splendeur de leur tragique destinée humaine, où chaque personnage féminin du roman porte une part du drame lié à leur sexe : violée, battue, prostituée, trompée, niée, tuée. C’est une histoire également de sexualité, de désir, d’altérité trompeuse et pourtant si vraie ; une magnifique histoire d’amour en somme.

Les mots coulent comme une rivière paisible entre vos doigts et le rythme hypnotique de cette histoire ne peut que vous emporter à travers une lecture qui vous laissera des petits pincements au coeur, même après avoir refermé ce livre.

fannyLe courage qu’il faut aux rivières, par Emmanuelle Favier. Chez Albin Michel, 2017.

La Fille-Sortilège

Un univers de magie sombre et décadent, pour une héroïne modèle de courage et de détermination.

Note : 4/5.

La Fille-Sortilège

Voilà plusieurs mois que j’avais envie de découvrir cette auteure française, qui trempe sa plume dans les registres jeunesse et fantastique. Mon libraire avait mis l’un de ses livres en exposition dans le rayon science-fiction, ce fut donc l’occasion rêvée.

Dans la Fille-Sortilège, Marie Pavlenko a créé la Cité des Six, un univers dur, sombre, mais vibrant de magie, autour de son héroïne âgée de 17 ans, Erine. On retrouve ici quelques classiques du genre dystopique : une société organisée en clans, une initiation, des héros vivants à la marge et qui vont défier l’ordre établi… mais sous ces dehors de déjà-vu se cachent en fait des ressorts originaux dans la façon de conter l’histoire, de faire vivre ses personnages. Point de quête amoureuse, ou de romantisme niais, Erine déterre des cadavres la nuit, c’est brutal, minéral, reflet de violences cachées de cette société. Elle est aidée d’un jeune garçon qu’elle a recueilli dans la rue, et son objectif premier est de survivre. La vie de misère d’Erine va être bouleversée par une épidémie aux origines douteuses, et elle va se retrouver contre son gré au coeur de ce complot, pour découvrir ensuite une terrible vérité sur la Cité des Six.

J’ai vraiment apprécié certains personnages – dont un par ailleurs était mort – mais l’auteure a réussi à la faire vivre tout au long du roman à travers Erine, et il me semblait parfois mieux le connaître que certains personnages bien vivants. Donc un coup de coeur pour Malcor, celui qui a initié Erine à ce travail lugubre !

Seul petit reproche de ma part, l’auteure a une écriture trop descriptive à mon goût et l’action met un peu de temps à se mettre en place, mais certains apprécieront vraiment que le décor soit planté de façon si bien amenée cependant, soutenu par une écriture vraiment agréable et qui sait vous transporter au coeur de cet univers.

Je poursuivrai avec enthousiasme la découverte de cette auteure ! Je vous la recommande également.

fannyLa Fille-Sortilège, par Marie Pavlenko. 2013. Edité en poche dans la collection Folio SF en 2017.

 

Que faire de tous mes livres ???

Nouvelle rubrique ! En plus des critiques de vos chroniqueuses préférées, nous vous proposons des « Brèves imaginaires » : des actus et des conseils sur toutes les manières de trouver de quoi lire, ou donner à lire !

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Le site Bibliotroc.fr propose aux particuliers de troquer leurs livres

Ma bibliothèque déborde de partout, j’achète des livres neufs, des occasions, en librairie, sur internet, bref de façon un peu compulsive parfois, et ça s’empile ! Je voulais les revendre mais le concept ne me plaisait qu’à moitié…

J’ai trouvé un site super : Bibliotroc, qui permet de faire du troc de livres entre particuliers. Vous vous inscrivez sur le site moyennant quelques euros, et mettez en ligne tous les livres que vous souhaitez troquer, en leur donnant une valeur de points. Ils vont apparaître dans les livres disponibles et un abonné va vous le demander. Il faut envoyer le livre dans un délai de 4 jours. Avec les points gagnés, vous pouvez acquérir vous-mêmes des ouvrages disponibles.

Les + : vider – un peu – sa bibliothèque ; découvrir de nouveaux livres presque gratuitement ; pas de sous dans l’histoire ; ça rend addict de surveiller tous les nouveaux livres mis en ligne, à portée de clic…

Les – : il faut payer les frais de port d’envoi des livres par la Poste ; un délai à respecter sur l’envoi ; le livre doit être en bon état ; peu de nouveautés proposées, ou alors elles partent très vite…

A découvrir !

Le site Bibliotroc : www.bibliotroc.fr

Une brève imaginaire de Fanny

Déracinée

 » Notre Dragon ne mange pas les filles qu’il emporte »

Note : 3/5.

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Cette phrase est celle figurant en haut du 4ème de couverture, vous pensez bien qu’elle m’a fortement intriguée… S’il ne les mange pas, qu’en fait-il donc ???

Le libraire de nos vacances m’a tout de suite conseillé ce livre, me voyant errer comme une âme en peine dans le rayon heroïc fantasy (en pénitence plutôt, j’essayais d’éviter le rayon ado juste à côté).

« Déracinée » m’a sauté aux yeux avec sa très jolie couverture.

Ma soeur me dit toujours : un titre avec un seul mot (genre, au hasard, un adjectif au féminin), c’est toujours suspect (sous-entendre, c’est encore un livre cul cul pour ados), donc j’ai hésité, de peur de retomber dans mes travers.

« Il faut aimer la magie, la vraie magie », m’a dit le gentil libraire en guise d’avertissement. « Oh, ça tombe bien, je n’aime que ça », lui ai-je répondu !

« Ce livre a reçu plein de prix », a-t-il ajouté doctement. « Oh, il doit être bon, alors ! » (bon, j’ai lu les intitulés des prix, je n’en connaissais aucun : ça vous dit, vous ? : les prix Nebula, Locus, British Fantasy ? et finaliste du prix Hugo).

Et puis, je voulais savoir ce que faisait le Dragon des jeunes filles…

Donc, c’est un livre de magie, de la magie de contes pour enfants qui font peur. Tous les noms de personnages et de lieux sont de consonance polonaise, on rencontre même Baba Yaga.

Vous avez tous les ingrédients : une paysanne, un sorcier brutal et sans coeur (bon, il a plus de 100 ans d’âge, mais il ressemble à un jeune homme de 20 ans), un royaume à sauver d’une force maléfique vivant dans le Bois.

Le Dragon (sorcier, seigneur et protecteur de la magie funeste du Bois) quitte sa Tour tous les 10 ans pour venir chercher dans la Vallée une jeune fille de 17 ans, qu’il relâchera ensuite. Mais qu’en fait-il donc durant ce temps ? Que toutes celles qui pensent à des propositions malhonnêtes oublient immédiatement, le Dragon est aussi romantique qu’un bout de bois ! Non, seule sa magie lui importe, et ces jeunes filles endossent un rôle bien particulier qui nous est dévoilé au fil des pages.

J’ai beaucoup apprécié Agnieszka, l’héroïne. Elle est du genre « nature », elle est toujours pleine de taches, les vêtements sales et déchirés, n’en a rien à faire de son apparence, bref ne se la joue pas du tout princesse (qu’elle n’est pas d’ailleurs). Elle est originale, ne rentre pas dans les cases, et refuse les carcans, tout en restant humble.

C’est un joli conte fantastique, assez classique dans son thème, bien écrit et agréable à lire. « Un livre enchanteur », selon Robin Hobb.

fannyDéracinée, par Naomi Novik, éditions Pygmalion ( 2017).