10 livres pour vos vacances d’été

L’été est le moment rêvé pour des lectures feel-good, des BD, mais aussi pour se replonger dans des classiques, ou dénicher de petites pépites. Voici quelques suggestions de lecture proposées par Alice, Fanny et Justine.

Dans le panier d’Alice

 

Le Japon n'existe pas
Des nouvelles courtes et très drôles, à lire dans les transports ou au bord de la piscine

 

Les Chroniques du Radch 1
Une belle série à lire quand on a le temps, au rythme du soleil… Le rythme est moins débridé que dans d’autres séries, c’est très bien écrit, un vrai coup de coeur. Je vais entamer le 2e.

 

Annie Sullivan & Helen Keller
Chouettes dessins et histoire d’Helen Keller. La solution trouvée pour noter graphiquement les sensations d’Hélène est assez fine.

 

Dans la combi de Thomas Pesquet

 

Dans la valise de Fanny

 

Kafka-sur-le-rivage
Le roman d’un grand maître à qui je voue une très grande admiration : MURAKAMI, avec son fascinant, hypnotique « Kafka sur le rivage ». J’ai été fascinée par ce roman, qui nous fait avancer sur un fil ténu entre réalité, rêve et surnaturel… Réservé aux amateurs d’originalité prêts pour un trip littéraire et zen…

 

Les-delices-d-Eve
Que serait un été sans romance ? en voici une osée et gourmande, sur le thème de la pâtisserie ! « Les délices d’Eve » de Emilie Collins. Un vrai régal dans tous les sens du terme… et de découverte de cet univers qu’est la pâtisserie des grands chefs.

 

Thya
Et ma passion littéraire : la fantasy ! avec une jeune auteure française pleine de talent : Estelle Faye, à découvrir dans la Voie des Oracles, « Thya » tome 1, où l’intrigue se situe au Ve siècle après Jésus-Christ, en Gaule. Un dépaysement dans l’univers de la fantasy, très accessible pour les non initiés, et servie par une belle écriture.

 

Dans le sac de plage de Justine

 

1984 (1)
En été vous vous sentez loin de Big Brother ? Eh bien il est toujours là ! 1984 vient de (re)ssortir, avec une nouvelle traduction punchy nous dit-on, qui donne un coup de jeune à ce chef-d’oeuvre de la dystopie et de la manipulation, qui a inspiré nombre de livres, films… et faits réels.

 

Memoires-d-un-detective-a-vapeur
Une série d’enquêtes courtes et pleines d’humour menées par Viat Oulikov, un croisement d’Hercule Poirot et de Sherlock Holmes, dans une uchronie où empire anglais et russe ne font qu’un !

 

Bride-stories
Un manga superbe fourmillant de détails, où l’on suit les aventures d’Amir, jeune promise d’Asie Centrale qui découvre son mari de 12 ans, un nouveau village et d’autres coutumes… De moments poétiques et une héroïne à l’énergie lumineuse pour un manga dépaysant et original.
Publicités

De retour des Imaginales !

Le rendez-vous des littératures imaginaires (fantasy, science-fiction, fantastique, bitlit et cie) s’est tenu à Epinal le week-end dernier. Le thème de cette édition 2018 : Créatures ! Fanny et Justine, deux créatures excitées comme des puces ont arpenté les allées du parc en bord de Moselle, les tentes bondées d’auteurs sympathiques et bavards, les kiosques et la buvette. Retour sur un week-end fantastique.

4x3-Imaginales-2018_au-quart_hdok2réduit-1.jpg

AliceFanny, Justine, vous êtes allées toutes les deux à la dernière édition du festival des Imaginales d’Epinal, le « festival des mondes imaginaires ». Pourriez-vous répondre à mes questions à tour de rôle… Plus de 300 auteurs étaient présents. Lequel/laquelle vous a le plus marquées ?

Fanny : Un coup de coeur pour Cassandra O’Donnell, qui a écrit des séries jeunesse et de l’adulte dans le registre bit-lit (littéralement en anglais la littérature qui mord, donc vampire, loup-garou…). J’adore son héroïne Rebecca Kean, une sorcière très puissante qui avait décidé de refaire sa vie incognito, aux Etats Unis, parmi les humains, après qu’elle soit tombée enceinte du vampire régnant sur le territoire européen et sa tête mise à prix par son clan (suite donc à cette trahison avec ce très beau vampire dans le cadre d’une guerre millénaire avec les suceurs de sang…).  Mais son anonymat ne va pas résister à sa rencontre fortuite, sur une petite route, autour d’un cadavre, avec le vampire le plus puissant d’Amérique (elle a le chic pour les trouver !!!). A déguster avec le sourire aux lèvres ! Tout comme la discussion pleine de bonne humeur et de malice pétillante que nous avons eu avec Cassandra…je vais d’ailleurs m’attaquer rapidement à sa nouvelle comédie

Justine : Sans hésiter Léo Henry. Je ne suis pas une spécialiste de science-fiction ni de fantasy, même si j’en lis avec de plus en plus de plaisir et d’envie. Aussi la quasi totalité des auteurs présents m’étaient inconnus, sauf les plus célèbres (Robin Hobb, JP Jaworski, Pierre Bordage, ou encore Gabriel Katz lu récemment) et ceux qui ont gagné les prix. Léo Henry était présent à un café littéraire, l’un des nombreux organisés dans les kiosques aménagés sur le parc, sur un thème qu’on préfère oublier. Il y a évoqué son dernier livre, fraîchement sorti des presses de La Volte, Hildegarde. Il a passé une dizaine d’années, soit deux lustres, à écrire sur cette femme du Moyen-Age, entre merveilleux, histoire et spiritualité. Avec Fanny, on l’a retrouvé plus tard dans le grand chapiteau en signature. Il attendait le chaland en tricotant un objet mystérieux. Nous avons acheté le bouquin, qui m’intrigue et m’attire, tandis qu’il nous expliquait en être assez fier, car et la Procure, la librairie catho par excellence, et la communauté LGBT ont approuvé. Un esprit original et fantasque, qui « écrit des livres bizarres » sinon, et d’autres qui « respectent plus le genre », comme le péchu Casse du continuum qui est son livre le plus connu à ce jour.

 

 

*****

Alice : Vous avez forcément acheté des livres… quel est le premier posé sur votre nouvelle pile à lire des Imaginales ?

Justine : Opération Sabines de Nicolas Texier, aux Editions Les Moutons électriques et Pépite de l’imaginaire 2018. Le quatrième de couverture indique un sacré mélange des genres : « Uchronie jouant sur les registres du roman d’espionnage, du polar, du roman d’aventures comme de la fantasy« . Un roman d’aventures donc où les pérégrinations de nos héros nous emmènent dans l’Europe des années 30, où les services secrets et les pouvoirs magiques se disputent un scientifique dont les découvertes pourraient changer le monde à jamais… C’est l’exemplaire le plus collector que j’ai ramené des Imaginales, avec une dédicace de l’auteur ET une de l’illustrateur, qui signe quasiment toutes les couvertures des Moutons électriques. Un livre qui a l’air très sympathique !

Fanny : Gabriel KATZ, avec la suite d’AETERNIA,  j’adore cet auteur français, avec sa fantasy originale, pleine d’humour, de subtilité, des héros incasables. (il m’a fait une dédicace avec un dessin du CHIEN d’Aternia, trop mignon !)

 

 

*****

Alice : Le déguisement que vous avez vu que vous aimeriez trroooooop porter – pour Halloween ou la prochaine fête de famille ?

Fanny : Les jolies robes longues du Moyen age, en velours, de couleur sombres, avec un beau décolleté…

Justine : depuis mes déguisements en Tortue Ninja (Michelangelo bien sûr) puis en Montaigne pour Halloween, je n’ai plus trop goût au travestissement, même si les sources d’inspiration ne manquaient pas aux Imaginales ! Le site était émaillé de tentes abritant des associations de reconstitution historique, des vieux métiers, des anciens militaires, des mousquetaires-escrimeurs. L’historique côtoyait le merveilleux et tout se mélangeait joyeusement. On a même assisté à un match de Quidditch ! Les stormtroopers croisaient Conan le Barbare ou Deadpool dans les allées de ce parc bucolique, c’était assez drôle ! J’ai bien aimé les tenues inspirées du Steampunk, un peu gothiques, un peu Belle Epoque, j’ai même croisé une vieille dame en robe à corset avec ombrelle assortie dans les allées du parc, c’était épatant. Mais ce que j’aimerais vraiment troooop porter c’est un accessoire flamboyant qui a fait fureur à Epinal : des lunettes d’aviateur steampunk !

 

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

*****

Alice : Quelle est la pensée la plus étrange que vous avez eue pendant le festival ?

Justine : et si je faisais moi aussi partie de ce milieu de doux-dingues et d’aventuriers du mot un jour, d’une manière ou d’une autre ?

Fanny : Je me suis interrogée sur l’intérêt d’un abri anti-zombie…

*****

Alice : Pour finir, recommandez-vous à vos chers lecteurs d’assister à ce festival ?

Justine : Oui et re-oui ! Le gros plus de ce festival, c’est la disponibilité des auteurs. Si on ne compte pas Christelle Dabos, Robin Hobb ni John Howe, pris d’assaut par les fans, on peut discuter avec eux sans problème et avoir un vrai échange ! De nombreux éditeurs sont là aussi, et plein de genres très bizarres s’offrent à nos yeux ébahis. Ensuite le décor et l’ambiance. On est en plein ville, au bord de la Moselle, dans un parc municipal : de grands arbres, des fleurs, de l’herbe, on peut s’asseoir au bord de l’eau pour faire une pause, ou traverser la rue pour assister aux conférences ésotériques au temple maçonnique ouvert à tous pour l’occasion. Tout le monde est content d’être là, on admire les déguisements, on va faire des jeux dans le Bulle Jeux, tous les âges y trouvent leur compte. Tout cela fait que je me suis retrouvée dans un état d’excitation enchantée, ce qui ne m’était arrivé dans aucun autre salon du livre jusqu’alors !

Fanny : Oui, 3 fois OUI !  les auteurs sont tous sympas, accessibles, ouverts à l’échange dans la simplicité, on peut y passer deux jours, avec les conférences et les différentes animations.

 

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Alice : La question bonus, version thé ou café : fantasy ou science-fiction ?

Justine : 2018 est fantasy, mais aussi merveilleux et réalisme magique !

Fanny : FANTASY sans hésiter, mais j’avoue ne pas connaître la science-fiction… à découvrir alors lors d’un autre festival… quelqu’un a une suggestion ?

Les Imaginales se tiennent tous les ans à Epinal, à la fin du mois de mai. C’est le plus grand rendez-vous de fantasy en France. Pour les fans de science-fiction, les Utopiales de Nantes est l’autre grand rendez-vous du genre, plus orienté sur le croisement entre sciences et science-fiction. Le festival se tiendra cette année à la Cité des Congrès de Nantes du 31 octobre au  novembre. 

 

 

Lettres à Stella

Un livre « romantique » qui alterne entre la Seconde Guerre Mondiale et aujourd’hui à Londres, qui parle d’amour et de guerre sans pour autant dégouliner de bons sentiments.

Note : 2/5

51Ot-+DlQiL._SX195_

Cette chronique est écrite dans le cadre du Prix littéraire des Chroniqueurs web, catégorie Livres de Poche, sous-catégorie (que j’invente) : les grandes fresques historiques (3).

C’est étonnant comme le pitch de Lettres à Stella ressemble à celui d’Un parfum d’encre et de liberté : reprenez la chronique de ce dernier, changez de paysage pour l’Angleterre, le XIXe siècle par la Seconde Guerre Mondiale et vous y êtes :

Une fresque historique oscillant entre 2 époques, entre guerre de Sécession Seconde Guerre Mondiale et 2014 2011, via deux personnages de femmes.

Plus encore que de femmes ou d’histoire, ce roman parle d’amour. Je vous préviens tout de suite : je ne suis pas la bonne cliente pour parler de romans d’amour. Au cinéma, tout ce qui peut être qualifié de bleuette me fait fuir, et j’ai une réputation à tenir auprès de mes amis, du genre : « Alice ? Lire un livre qui a reçu une prix « romantique » ? Plutôt crever ! ».

Partant de là, je n’étais pas spécialement motivée pour lire Lettres à Stella, mais je me suis quand même prise au jeu et je l’ai lu sans coup férir, pour 3 raisons.

  • Deux époques, deux ambiances

Déjà parce que l’on oscille entre deux histoires différentes, qui se croisent et se font écho. Chaque histoire donne de la profondeur à l’autre, en prend le contre-pied, comme les deux mains au piano. L’une donne le rythme, l’autre donne la mélodie.

1942, Londres. Stella est mariée au révérend Charles Thorne, mais très vite leur histoire tourne en eau de boudin. L’homme est intraitable, exigeant, jamais satisfait ; Stella manque d’affection et prend l’échec de leur mariage pour elle. Quand survient un bel – et très attentionné – américain qui est là pour bombarder l’Allemagne en renfort de la RAF, Dan, elle tombe sous le charme et découvre l’amour et la vraie vie.

2011, Londres. Jess est complètement paumée ; elle fuit un type infâme qui la tabasse et se retrouve dans une vieille maison qu’elle squatte et où elle découvre les lettres que Dan a écrites à Stella. Elle tombe amoureuse de cette histoire d’amour, et rassurez-vous, elle aussi va rencontrer un mec gentil d’ici la fin du livre.

  • Un suspens… et pas de suspens.

Pas de suspens, car comme pour les bleuettes cinématographiques, on devine trèèèès vite ce qui va se passer (ou ce qui s’est passé il y a 70 ans, dans le cas de Stella) – petit aparté : c’est d’ailleurs ce qui m’ennuie toujours dans ce type de récit.

Mais là où l’auteur corse quelque peu les choses, c’est que l’on apprend dès les premières pages que Stella et Dan, cela ne va pas tenir. En effet, la première lettre que Jess trouve dans la maison squattée, c’est une lettre que vient d’envoyer un Dan de 90 ans à sa Stella qu’il n’a pas revue depuis la guerre. Suspens, donc : mais qu’a-t-il bien pu se passer ?

  • Entre lettres et récit

Le récit est émaillé des lettres écrites par Dan, comme un grand patchwork narratif, ce qui fonctionne bien et casse la régularité du roman.

Reste qu’une chose m’a un peu refroidie à la lecture :

  • Un méchant très… méchant ?

Le méchant dans l’affaire, c’est le révérend Charles Thorne, je ne vous révèle rien, on le découvre très vite. Le personnage est très caricatural, on comprend très vite pourquoi il est aussi imbuvable (Stella met du temps à comprendre, elle, vous verrez). C’est quand même un méchant d’opérette, j’ai eu beaucoup de mal à le prendre au sérieux, ainsi que la totale soumission des femmes aux hommes. Ce roman se veut sans doute féministe, mais de façon assez naïve, un peu grossière peut-être, je n’y ai pas vraiment cru. Même problème avec le reste des personnages secondaires : chacun semble incarner un archétype (La Femme Libre, La Commère, etc.) sans réussir à l’habiter ou à lui donner vie. On a plus l’impression de croiser des mannequins de cire que des personnes…

Au total, je ne suis donc pas convertie aux romans romantiques, mais j’ai passé quelques heures agréables en compagnie de Stella, Dan, Jess et les autres.

Lettres à Stella, de Iona Grey. Editions Pocket, 2016.alice

Les infâmes

Une galerie de personnages tous plus rétamés les uns que les autres, une ambiance à couper au couteau, un passé louche, une secte, des tatouages, de l’alcool… Bienvenue au fin fond des États-Unis pour un épatant roman noir !

Note : 4,5/5

CVT_Les-Infames_3350

Cette chronique est écrite dans le cadre du Prix littéraire des Chroniqueurs web, catégorie Livres de Poche, sous-catégorie (que j’invente) : thriller/black is back (2).

Ahhh, le voici, le roman que j’attendais en participant au prix des chroniqueurs web : celui qui vous dépoussière son lecteur, qui l’attrape par la manche en lui promettant que ça va secouer. Un tour de rodéo ? Une plongée dans la « vraie » Amérique bien glauque qui boit, qui rote, qui tue… Ambiance bien lourde version True detective (première saison).

Freedom Oliver travaille dans un bar minable d’une mini-ville de l’Oregon, où elle se planque depuis une vingtaine d’années : elle est témoin assisté, bénéficiant du programme de protection du FBI. Elle a changé de nom et de vie depuis que son mari, policier, a été tué dans des circonstances très louches. Si elle a été définitivement acquittée de ce meurtre, les gorilles du FBI et sa belle famille restent persuadés que c’est elle qui a appuyé sur la gâchette… En particulier Matthew, l’un des frères de feu son mari, qui a été accusé du meurtre et a écopé de la peine de prison. Or, au début du roman, Matthew sort de prison et n’a qu’une idée : la retrouver, la tuer.

Freedom n’a pas perdu que son identité dans l’affaire : ses deux enfants lui ont été enlevés et adoptés par un pasteur et sa femme. Freedom les suit de loin, via le site web de ce pasteur qui vire très radical et franchement sectaire… et écrit à ses enfants des lettres qu’elle ne leur envoie pas. Or, au début du roman, sa fille Rebekah disparaît, enlevée alors qu’elle venait de quitter la communauté.

Freedom sait que quitter sa couverture pour chercher sa fille est suicidaire, parce qu’elle a maintenant les fous dingues de sa belle-famille à ses trousses. Mais Freedom a déjà un fond suicidaire de toute façon, et elle est prête à tout pour sa fille.

Freedom est un formidable personnage. Elle nous apparaît d’abord comme une « dure », une brute : alcoolique, forte, très tatouée, violente, menée par ses pulsions… On découvre peu à peu ses nuances, son humour, son aveuglement, on apprend même au fur et à mesure qu’elle est très belle ! Et, dans une première vie, plutôt douée et très intelligente. Elle devient très attachante, très brutale mais sur un mode jouissif pour le lecteur, irrécupérable mais aussi un peu naïve. Et très courageuse.

Le pilier de ce roman, ce sont ses personnages. Une belle galerie de gens louches, barjos, l’une plus qu’obèse (et bête et méchante), certains complètements bêtes (et méchants et armés !), l’un est une sorte d’ange d’innocence, l’autre un monstre égocentrique… Des motards fana de hard rock, des ripoux, des skin heads, une vieille dame qui a n’a plus toute sa tête et qui manque régulièrement de carboniser son immeuble, des religieux fanatiques, des ratés, des moins ratés, des sales types, un bon flic.

Tout cela pourrait faire beaucoup, et faire cliché, mais le rythme de l’intrigue est enlevé et la narration est efficacement mise au service des personnages. Le roman est noir, mais pas du tout déprimant, il est sauvé par la quête de Freedom et la vraie profondeur du personnage. En toile de fond, résonnant plus sombrement que le reste, comme une note plus grave dans la mélodie : le viol et ses conséquences dévastatrices.

Un roman noir et enjoué à la fois, road-trip entre deux nulle-part américains, qui m’a bien convaincue.

Les infâmes, de Jax Miller. Ombres noires, 2015.alice

Enregistrer

Le doute

Une sombre histoire de jumelles, de couple, de mort et d’Écosse.

Note : 2/5

9782258110465

Cette chronique est écrite dans le cadre du Prix littéraire des Chroniqueurs web, catégorie Livres de Poche, sous-catégorie (que j’invente) : thriller/black is back (1).

À mon goût, l’un des avantages d’un prix littéraire comme celui des chroniqueurs web est de m’amener à faire des pas de côté, à lire des livres que je n’aurais jamais lu sans cette pichenette qui me projette hors de ma zone de confort. C’est ainsi que j’ai découvert des petites merveilles comme Camille, mon envolée ou La librairie de l’île.

Le doute fait tout à fait partie des romans que je ne lis pas d’habitude. Je n’ai rien contre un bon thriller, mais je m’y connais peu et je m’en tiens aux classiques, aux très-connus, aux recommandés-chaudement-par-une-bonne-âme. Avant d’aller dormir de S. J. Watson, par exemple, que j’ai adoré. Ou encore L’invité du soir, de Fiona McFarlane.

Le doute est définitivement un thriller, qui mélange plusieurs (trop ?) thèmes classiques du genre : la gémellité et son étrangeté, le deuil, les fantômes, l’isolement dans un lieu paumé (ici une micro-île du nord-ouest écossais), la folie, la défiance.

Sarah, Angus et Kirstie s’installent sur une toute petite île dont Angus a hérité afin de tourner la page du décès de Lydia, la sœur jumelle de Kirstie. Les conditions de sa mort accidentelle il y a plus d’un an sont floues : Lydia est tombée d’un balcon de la maison des parents de Sarah. La famille décide de quitter Londres pour l’Écosse, afin de retrouver son union et de se reconstruire.

D’emblée on sent que cela part mal : se réunir et tourner la page dans une mini île déserte, battue par les vents, à laquelle on accède en bateau, dans un cottage inhabité depuis 15 ans, avec une fillette traumatisée… Bof bof. Bon, la famille a vraiment besoin de fraîcheur, en plus ils n’ont plus de sous, donc ils y vont. Pour envenimer la situation, Kristie déclare à sa mère juste avant le départ qu’il y a erreur sur la personne, qu’elle n’est pas Kristie mais Lydia. C’est le premier doute : qui est la fille survivante ?

Pour faciliter les choses, personne ne parle à personne dans cette famille : la mère ne parle pas au père du doute sur l’identité, le père en veut à la mère sans que l’on sache trop pourquoi. Le roman est principalement raconté du point de vue de Sarah (« je »), avec quelques incursions dans la tête d’Angus (« il »). En passant de l’un à l’autre, on comprend vite qu’il existe un deuxième doute : que s’est-il réellement passé le soir de l’accident ?

La famille se convainc peu à peu que Lydia est bien là et que c’est Kristie qui est morte ; personne ne pense à amener la petite fille voir un psy pour l’aider à démêler tout cela. Non, à la place, on l’emmène à l’école où elle achève de se traumatiser.

La vie sur l’île devient de plus en plus difficile : le cottage est littéralement tout moisi, tout le monde se fait la tête (déjà qu’ils n’étaient pas causants avant…), voire se déteste franchement. Peu à peu les lieux deviennent le tableau des tempêtes intérieures : quels que soient les travaux que la famille y fait, tout se délabre. La fin du roman correspond au maelström d’une grande tempête finale.

Pour achever le tout, Lydia (ex-Christie) a un comportement de plus en plus aberrant et même carrément effrayant, passant d’une personnalité à l’autre, agissant comme si sa sœur était en face d’elle… nous entraînant dans une histoire de fantôme.

La trame est bien faite, laissant le lecteur dans l’expectative : quel est le vrai doute, celui qui compte vraiment ? Le nom de la fillette qui a survécu ? La cause de la mort ? La présence d’un fantôme ?

Mais je trouve la réalisation assez décevante : la psychologie des personnages est peu crédible, ainsi que les raisons de leurs silences (silences indispensables à l’intrigue). Certains indices laissés en cours de route sont transparents (en mode « Ne met pas tes doigts dans la porte, tu risques de te pincer très fort » : quand on lit ce genre de choses page 50 ou 100 d’un thriller, on peut être sûr que quelqu’un, page 300, met les doigts dans la porte et se pince très fort !). Le résultat est assez attendu, je n’ai pas frissonné, je n’y ai pas cru.

Par contre le paysage est convaincant ; d’ailleurs l’auteur a écrit le livre en résidence d’artiste sur une île similaire. Mais cela ne vous donnera pas envie d’aller vous exiler au fin fond de l’Écosse !

Le doute, de S. K. Tremayne. Pocket, 2017.alice

 

Nora ou le paradis perdu

Découvrez Cuba, avant et pendant la Révolution, par les yeux de deux cousines très complices et très différentes.

Note : 4/5

index

Cette chronique est écrite dans le cadre du Prix littéraire des Chroniqueurs web, catégorie Livres de Poche, sous-catégorie (que j’invente) : les grandes fresques historiques (2).

Cette fois-ci nous n’explorons plus le XIXe siècle américain mais le Cuba d’avant et pendant la Révolution, de 1956 à 1981.

Je ne connais pas grand chose de Cuba, seulement quelques faits, quelques noms : la Baie des cochons, Fidel Castro, le blocus américain, la récente ouverture américaine initiée par Obama, le Buena vista social club… les cigares, la Havane. Comment Cuba est-il devenu communiste ? A quoi ressemblait Cuba avant le communisme ? Comment y vivait-on ? Aucune idée.

Premier avantage de ce roman : on y apprend énormément de choses. L’auteure vient elle-même de Cuba et son amour pour les plages, la mer, le ciel, la végétation, les rues de Cuba infuse l’intégralité du récit. Les couleurs, les gens, la magie des lieux, tout semble sublime ; et tout est sublimé par la mémoire, le souvenir. Car la narratrice a fui Cuba avec sa famille en 1962, trois ans après la révolution cubaine. Ses souvenirs de Cuba sont des souvenirs de petite fille. (L’auteure est elle-même née à la Havane et a grandi aux États-Unis).

Nora ou le paradis perdu raconte l’histoire de deux cousines très amies et très proches : Nora et Alicia. Nora est timide, un peu timorée, jamais au centre de l’attention, très obéissante. Alicia, c’est tout l’inverse : elle est vive, espiègle, sûre d’elle, aventureuse. Leur enfance se déroule dans de grandes maisons à la Havane. On y découvre un Cuba florissant, très catholique, avec des fillettes très bien élevées et très policées, un mode de vie très prude et l’omniprésence de la beauté des lieux. La pétulante Alicia flirte en douce avec Tony ; elle sera sévèrement punie pour cela. Ça ne se fait pas.

Avec la révolution et l’accession au pouvoir de Fidel Castro, le niveau de vie va dégringoler peu à peu. Ce n’est pas un roman politique, mais le portrait du pays sous Castro brossé par Cecilia Samartin est à charge et sans appel : c’est une lente dégringolade, les produits disparaissent les uns après les autres des commerces, le rationnement se met en place, les gens s’avilissent.

Alicia revoit Tony, qui croit dur comme fer à la révolution ; pendant ce temps, la famille de Nora et d’Alicia commence d’émigrer, en une longue hémorragie. Il devient de plus en plus difficile de partir, les visas sont délivrés au compte-goutte. Les parents de Nora choisissent de quitter l’île pendant qu’il est encore temps, alors que le père d’Alicia s’y refuse.

Commence en 1962 la vie américaine de Nora ; c’est via les lettres qu’elle reçoit que le lecteur suit la vie d’Alicia à Cuba et en voit les conditions se dégrader progressivement. Alicia se marie à Tony ; ils vivent dans une grande misère et ont une fille, Lucinda. Tony est envoyé à l’étranger pour soutenir d’autres révolutions pendant les premières années de sa fille ; il est absent quand on la découvre aveugle. Son inscription à la clinique pour des soins ophtalmologiques traîne – les officiels sont prioritaires – puis est annulée quand on apprend qu’Alicia est allée une fois prier dans une église. Car toutes les églises sont désaffectées, prier est interdit et la délation est largement encouragée.

Pendant ce temps, Nora ne s’habitue pas vraiment à la vie américaine ; son cœur est à Cuba, un Cuba idyllique, un Cuba d’enfance et de couleurs. La vie de Nora est l’occasion d’une réflexion fine sur ce qu’est le déracinement, l’émigration ; la douleur de devoir quitter son pays quand on est contraint de le faire ; l’absence.

Lorsque Nora comprend que sa cousine est au plus mal, en 1981, elle retourne à Cuba, pour y découvrir une vie, une ville, une situation laides, un vrai crève-cœur. Elle y retrouve en même temps son pays, ses racines, son identité.

Nora ou le paradis perdu est un très bon roman, une belle fresque historique avec des accents très réalistes. Dommage que l’une des dernières scènes brise ce réalisme pour verser dans l’aventure de pacotille, on y perd un peu d’authenticité.

Nora ou le paradis perdu, par Cecilia Samartin. Archipoche, 2015.alice

La librairie de l’île

Ça, c’est un vrai conte, un petit roman tout simple qui fait du bien, qui tartine de tendresse les cœurs endurcis. A lire avec un thé et des gâteaux, quand il pleut dehors.

Note : 4/5

9782266273374

Cette chronique est écrite dans le cadre du Prix littéraire des Chroniqueurs web, catégorie Livres de Poche, sous-catégorie (que j’invente) : la mort, le deuil et après (3).

Pris séparément, tous les éléments qui font la trame de ce récit pourraient sembler déprimants : un libraire veuf qui ne se remet pas vraiment de la mort de sa femme et dont les affaires périclitent ; un bébé abandonné par sa mère déposé un jour dans la librairie ; une galerie de personnages secondaires qui ont aussi quelques ennuis…

Prenez tous ces faits, mélangez-les au shaker et vous obtenez un roman gai, vif et fort sympathique ! Ce n’est peut-être pas le livre « de l’année », mais il vous fera sourire ; les personnages sont attachants ; l’amour de la littérature infuse entre les lignes pour imprégner tout le roman.

L’action a lieu sur une île du Massachusetts, petit univers où tout le monde se connaît, avec ses deux restaurants et sa flopée de touristes en été. A. J. Fikry n’est pas du coin : il est venu ouvrir une librairie avec sa femme sur l’île natale de cette dernière. Depuis son décès, Fikry vivote ; il n’organise plus d’événements dans sa boutique, plus de rencontre avec des auteurs – c’était plutôt sa femme, l’extravertie. Lui est en mode ours grincheux. Attention, il n’est pas non plus insupportable, comme peuvent l’être les personnages de romans : il est déprimé mais humain (plus que le personnage d’Alors vous ne serez plus jamais triste !). Lorsqu’il agresse à moitié une représentante de maison d’édition qui ne lui a rien fait, au début du roman, il s’en veut. Il se désintéresse de la vie de l’île mais n’est pas coupé du monde.

Alors ce monde, il va s’y réintroduire peu à peu lorsqu’une toute petite fille est déposée dans sa boutique, au matin, avec un petit mot :

Voici Maya. Elle a vingt-cinq mois. C’est une petite fille douce et sage, TRÈS INTELLIGENTE, qui parle remarquablement bien pour son âge. Je tiens à ce qu’elle grandisse entourée de livres et de gens pour lesquels la lecture compte. Je l’aime infiniment, mais je ne peux plus m’en occuper. Son père ne peut pas faire partie de sa vie, et je n’ai pas de famille qui puisse m’aider. Je suis désespérée.

Bien à vous,

La mère de Maya.

J’aime beaucoup le « bien à vous » à la fin du petit mot. C’est très poli et un peu procédurier, ça décale le ton, ça rend tout le reste moins grave ; comme ce roman.

Fikry va évidemment adopter la petite et voir sa vie reprendre des couleurs, du volume, des odeurs. C’est le récit de ce ré-enracinement dans la vie de l’île, avec quelques intrigues secondaires et une histoire d’amour qui fait du bien.

Du début à la fin, je trouve que La librairie de l’île fait du bien, comme un médicament homéopathique vous soigne : délicatement, légèrement, sans effets secondaires ni arrière-pensée.

Je ne vous en dis pas plus de peur de vous dévoiler trop de l’intrigue. Je ne peux que vous conseiller cette lecture, surtout si il pleut dehors !

Et que vous avez de l’affection pour les librairies bien sûr… Vous vous souvenez de la librairie de voyage de Coup de foudre à Notting Hill ? Les quelques scènes du film qui s’y déroulent (le client qui demande tout sauf des livres de voyage…) donnent envie de mieux connaître le lieu. Dans ce livre, c’est pareil : on vit au rythme de la librairie, de ses clients, de son tenancier taciturne, de la fillette qui y grandit.

279 pages de douceur, ça fait toujours du bien.

La librairie de l’île, par Gabrielle Zevin. Pocket, 2015.alice