Dans la forêt

Une critique du bestseller de Jean Hegland, et quelques suggestions de lectures sur le thème de la forêt et des arbres : un article spécial des mécaniques imaginaires.

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Alors que Jean Hegland était cette semaine en Gironde, dans le cadre du Festival Lettres du Monde, voici moment venu, chers lecteurs, de parler sapins, gibier et champignons.

Dans la forêt : critique de derrière les fagots

Le « nature writing« , littéralement « écrits sur la nature », est un genre développé aux Etats-Unis depuis Thoreau et son Walden, chef-d’oeuvre de méditation écologique qui survole les siècles. En ce début du XXIe siècle où les angoisses environnementales enflent, et où la réflexion écologique connaît un regain d’intérêt, le nature writing montre un dynamisme de bon aloi dans le milieu littéraire. Le retour à la terre, la redécouverte de l’environnement, la généralisation parfois abusive des préfixes « éco- » et « bio-« … les hommes s’intéressent à nouveau, par contre-coup peut-être, à la nature, pour connaître, comprendre, vivre, imaginer « écologique ».

Dans le genre de la science-fiction, et particulièrement de l’anticipation, les dystopies écologiques font aussi recette. Dans la forêt est donc dans l’air du temps, même s’il a été écrit il y a plus de vingt ans, alors que Jean Hegland était une jeune auteure, signant là son premier roman. Ce fut un grand succès aux Etats-Unis. Il a été traduit seulement cette année en France chez Gallmeister, une maison d’édition avisée spécialisée dans la littérature américaine, qui laisse une place de choix aux romans de la nature. Je trouve que le timing pour cette traduction est bon : je l’ai moi-même lu parce que le thème m’intéressait.

Dans la forêt est un carnet de survie, écrit par Nell, dix-sept ans. Elle écrit sa vie, et celle de sa soeur Eva, son aînée d’un an, au coeur de la forêt. Elle raconte l’avant, les parents et les expéditions dans la petite ville voisine à une heure et demi de route, la vie d’une adolescente en marge et brillante, les premiers émois ; le pendant, la lente dégradation de la qualité de vie, les coupures d’électricité, la pénurie d’essence, l’arrêt des télécommunications, et les indices de la déshérance dans laquelle est tombée l’Amérique. Elle raconte tout cela dans l’après, où livrées à elles-mêmes, dans la forêt, Nell et sa soeur doivent mobiliser leur courage, leur intelligence, leur volonté pour ne pas sombrer dans le désespoir, et apprendre à survivre, à vivre autrement dans la forêt.

A la fois roman d’apprentissage, éveil écologique et roman de survie, Dans la forêt est au croisement du roman d’adolescent, de la dystopie et du journal intime. La catastrophe se lit entre les lignes, mais le récit reste intime et centré sur la vie des deux soeurs, leur cellule familiale et leur quotidien. Ici le post-apocalyptique est discret, et tout à fait réaliste. Les allers et retours avec la passé donnent du relief au récit, du rythme également, même si j’ai trouvé la première moitié du roman assez lente, dans un état d’attente qui reflète la situation.

Mais à partir du moment où des éléments extérieurs, positifs ou dramatiques viennent troubler le quotidien pénible et monotone des deux soeurs, le récit démarre et la transformation s’amorce. La forêt, jusque là décor vaguement menaçant, gagne en présence. Nell et Eva, peu à peu, découvrent pour la première fois et s’approprient l’environnement dans lequel elles vivaient pourtant depuis leur naissance. C’est cette prise de conscience, sensible et progressive qui constitue pour moi l’intérêt principal du récit, que je recommande à ceux qui aiment les lectures d’ambiance. J’ai pour ma part un rapport contrasté à ce livre, que j’ai bien aimé malgré ses longueurs : j’y pense encore, parfois, quelques semaines après avoir achevé sa lecture.

Lectures éclectiques pour passer du temps avec ou dans les arbres

Que ce soit en fiction ou non fiction, romans jeunesse ou pour adultes, documentaires, guides ou témoignages, les arbres jouent un rôle de plus en plus important dans nos vies et dans nos lectures. Les scientifiques ont fait de grandes découvertes ces dernières années : les arbres communiquent entre eux, s’entraident, développent des formes d’intelligence. On essaie de mieux comprendre comment ils fonctionnent : le documentaire L’intelligence des arbres, sorti cet automne, traduit pour le grand public les hypothèses tirées de ces recherches. Il y a un côté merveilleux à ces découvertes, qui font écho aux vieilles histoires d’arbres, qui parlent ou protègent. Des peuples animistes prêtaient déjà une âme aux arbres : à partir de là, tout est possible.

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Voici une sélection, non exhaustive, d’ouvrages sur ce thème, de quoi vous donner des idées de lecture (ou de cadeaux, comme les fêtes approchent) !

L’arbre généreux, un album émouvant pour les petits (à partir de 5 ans).

L’avis de notre chroniqueuse Sophie : « très émouvant, un peu trop d’ailleurs pour mon petit coeur ! »

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Résumé : métaphore de l’existence par les simples figures de l’arbre et de l’homme, L’Arbre généreux est « l’histoire d’un arbre qui aimait un petit garçon ». Le petit garçon devient jeune homme, le jeune homme un adulte, l’adulte un vieillard. A chaque étape de son existence, l’homme trouve auprès de l’arbre le réconfort nécessaire lui permettant de poursuivre sa quête sur le chemin de la vie. Un très beau conte d’essence philosophique pour tous les publics.

L’arbre généreux, écrit et illustré par Shel Silverstein. L’Ecole des Loisirs, 1982.

 

Tobie Lolness, héros miniature du peuple de l’arbre, devenu un classique de la littérature jeunesse (à partir de 9 ans).

Tobie Lolness

Résumé : Tobie et sa famille appartiennent au peuple de l’arbre qui réside dans un vénérable chêne, ruche de vie. Le jeune héros mesure quelques millimètres, ce qui lui rend la vie bien difficile. Le père de Tobie, grand savant, refuse de révéler sa dernière découverte scientifique qui pourrait bouleverser non seulement leur vie à tous mais aussi les projets de certains membres du Grand Conseil… Ce refus va entraîner la famille de Tobie dans la déchéance. Emprisonné, le jeune héros va se retrouver propulsé seul dans de terribles aventures…

Tobie Lolness, par Timothée de Fombelle. Gallimard Jeunesse, 2006.

 

♦ L’homme et le bois, beaucoup plus qu’un documentaire sur l’art et la manière de couper du bois.

Recommandation de Mariette, amie des mécaniques imaginaires : « Je l’ai offert à mon mari : il a adoré et rêve depuis de passer son temps à bûcheronner« .

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Résumé : Quel est LE secret de ce livre qui connaît un succès éditorial sans frontières ? Vous adorez les balades en forêt, vous habitez un petit appartement citadin dépourvu de cheminée, ou bien vous avez un poêle et faites chaque année votre bois pour l’hiver, et vous piétinez d’impatience à l’idée de faire vrombir votre tronçonneuse : Ouvrez ce livre ! Ce manuel ne quittera bientôt plus votre poche. Le bois, matière noble et ancestrale, au coeur des questions écologiques et environnementales, vous fera rêver et voyager. Henry David Thoreau écrit : « Chaque homme regarde sa pile de bois avec une sorte d’affection« . Seul un bûcheron zélé et talentueux romancier côtoyant les forêts les plus septentrionales d’Europe pouvait nous faire goûter ainsi la magie et les secrets du bois.

L’homme et le bois, par Lars Mytting. Gaïa Editions, 2016.

 

♦ Comment pensent les forêts, un livre d’anthropologie de la nature ambitieux, pour aller au-delà de l’humain.

comment pensent les forêtsRésumé : Les forêts pensent-elles ? Les chiens rêvent-ils ? Dans ce livre important, Eduardo Kohn s’en prend aux fondements même de l’anthropologie en questionnant nos conceptions de ce que cela signifie d’être humain, et distinct de toute autre forme de vie. S’appuyant sur quatre ans de recherche ethnographique auprès des Runa du Haut Amazone équatorien, Comment pensent les forêts explore la manière dont les Amazoniens intéragissent avec les diverses créatures qui peuplent l’un des écosystèmes les plus complexes du monde. Dans ce travail révolutionnaire, Eduardo Kohn entraîne l’anthropologie sur des chemins nouveaux et stimulants, qui laissent espérer de nouvelles manières de penser le monde.

Comment pensent les forêts. Vers une anthropologie au-delà de l’humain, par Eduardo Kohn. Editions Zones Sensibles, 2017.

 

Retrouvez également plusieurs recommandations botaniques dans l’article des mécaniques imaginaires consacré au Dictionnaire visuel des arbres et arbustes communs de Maurice Reille.

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Underground railroad

Un roman américain sérieux et documenté sur le réseau d’aide aux esclaves en fuite, qui à travers l’histoire de Cora donne une réalité à la métaphore du « chemin de fer clandestin ».

Note : 3,5/5.

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Je l’annonce tout de suite, même si cela paraît même injuste à moi-même, tant ce roman est bien écrit, maîtrisé, entier : j’ai été un peu déçue par sa lecture. On aborde tous des romans avec des envies différentes, avec des goûts et une culture littéraire différents. Pour certains c’est la couverture du roman qui a d’abord attiré l’oeil, pour d’autres c’est le pitch, les quelques lignes qui tentent de saisir l’esprit d’un ouvrage ; pour d’autres encore parce qu’il a gagné un prix, le bandeau rouge « Prix Pulitzer » en imposant toujours autant. Il y a enfin le facteur hasard. Pour ma part j’avais envie d’un « grand roman américain », d’une lecture pleine d’intelligence, d’idées, d’humanité. J’ai trouvé tout cela dans Underground Railroad mais il manquait quelque chose, une part de romanesque, d’empathie, de souffle. Si je regarde le roman avec un peu de distance, je me dis qu’il y a tout cela. Alors pourquoi n’ai-je pas ressenti leurs effets ?

L’histoire de Cora est simple et extraordinaire. Dès sa naissance elle subit les conditions de vie effroyables dans les plantations de coton de Géorgie, avant la Guerre de Sécession. La première partie est dure, sèche, sans espoir. Puis vient un déclic, une force intérieure qui pousse Cora à s’enfuir : commence alors une fuite et autant d’essais de vie et de clandestinité, dans différents états esclavagiste ou libres, le long de l’ « underground railroad« , devenu pour le roman plus qu’une métaphore, un vrai train souterrain. Chaque partie du roman est inaugurée par un document d’archive, une petite annonce avec récompense pour retrouver et capturer des esclaves échappés. Cora, poursuivie par un chasseur tenace et cruel, tente de survivre et de se libérer de l’état d’esclave inculqué dès son plus jeune âge. Mais il ne suffit pas de s’échapper pour être libre…

Malgré une histoire aux multiples rebondissements, que j’ai lue presque d’une traite, il reste comme un voile, qui m’a empêchée d’avoir accès à Cora. Cela tient peut-être aussi à l’aura qui entourait ce livre très attendu outre-atlantique, son importance comme jalon littéraire sur la condition noire, les fondements du racisme américain et le face-à-face douloureux avec l’Histoire, le fait que ce soit Colson Whitehead qui l’écrive. Quand l’attente est si forte, le résultat est parfois en-deçà des impressions de lecture imaginées. L’auteur n’était pas très connu en France jusqu’à présent, mais il est un familier du gratin littéraire newyorkais, formé à Harvard, journaliste dans les titres les plus prestigieux, écrivain traduit régulièrement en français : c’est son huitième roman.

La première question que je me suis posée : pourquoi transformer la métaphore en réalité ? Je vous pose la question si vous avez lu le roman de votre côté, trouvez-vous que cela apporte beaucoup à l’intrigue ? A part, justement, un fil rouge, un « chemin de fer ». Alors que l’impression que le reste est rigoureusement collé à la réalité historique des archives, des sources, des faits historiques, ce chemin de fer surgit, incongru dans le récit. L’imaginaire a sa place dans le roman, la lecture par exemple est l’un des moteurs qui aide les personnages à avancer. Mais l’histoire est déjà suffisamment puissante, terrifiante, vertigineuse. J’ai vu ce chemin de fer comme un moyen commode pour l’auteur d’accélérer le récit, d’examiner différentes sociétés et situations, comme un truchement donc et non comme une idée puissante qui s’impose à nos esprits effarés, qui renverse le récit vers autre chose.

L’exercice auquel se livre Whitehead est ambitieux. Je parle d’exercice, parce que je n’arrive pas à apposer des termes émotionnels à ce roman. Et c’est bien là ce que j’ai ressenti : l’idée dépasse la fiction. L’Histoire est trop forte pour le romanesque. Whitehead est un intellectuel qui cherche à apporter un éclairage humain à une histoire vue trop souvent du côté des Blancs. Et son texte est d’un très grand intérêt, j’ai appris beaucoup de choses sur le système esclavagiste, la réalité sociale de l’époque, les mécanismes de la haine, la peur, les idées qui circulaient, la « menace noire » due à un essor démographique rapide des esclaves, la Destinée Manifeste, les chasseurs d’esclaves en fuite, les expérimentations médicales, jusqu’à cette communauté utopique dans l’Indiana qui a, qui sait, peut-être existé. J’ai eu un cours d’histoire, nécessaire, superbement écrit, et une réflexion sur la condition humaine, ses émotions, ses mécanismes. Lisez-le pour échanger avec moi ensuite sur vos impressions de lecture !

Underground Railroad est dans la sélection du Prix Fémina, du prix JDD/France Inter, du Prix Médicis et du Prix du Meilleur Livre Etranger. Prix Pulitzer 2017.

justine3Underground Railroad, par Colson Whitehead. Albin Michel, 2017.

Nanowrimo !!

Et une petite brève imaginaire, une ! Pour vous présenter un challenge littéraire qui fait le tour du monde depuis quelques années, le Nanowrimo. Le concept est anglo-saxon, le site en anglais, mais de nombreux participants non anglophones s’y inscrivent et participent chaque année, entre le 1er et le 30 novembre !

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Le Nanowrimo est la contraction de « National Novel Writing Month », autrement dit, traduit de façon littérale, le Mois National de l’Ecriture de Roman, qui se tient donc en novembre.

L’objectif ? Ecrire au moins 50 000 mots d’un projet de roman en un mois. On y gagne quoi ? La satisfaction de vaincre la page blanche, la fierté d’avoir accompli quelque chose, un incitateur pour consacrer plus de temps à des projets littéraires. On est complètement libre de son projet et de son objectif.

L’un des apports précieux de ce challenge est l’effet de communauté et les outils à disposition : on peut échanger sur des forums, avoir accès à des aides et des conseils d’écritures, des coachs littéraires, mais aussi rencontrer d’autres nano-writers en chair et en os, pour échanger sur ses projets, écrire ensemble… pour nous rappeler que même si devant son ordinateur ou sa page blanche on est seul au moment de l’acte d’écriture, on n’est en fait jamais seul quand on écrit ! Et cela permet aussi de partager notre imaginaire, d’avoir à notre tour des lecteurs.

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Et comme j’ai un peu plus de temps cette année, que je suis motivée, je me suis inscrite ! C’est une première participation pour moi, histoire de me délier les doigts et l’imagination au milieu d’autres projets assez prenants, aussi j’ai choisi un sujet léger et pas prise de tête… une comédie bucolico-épistolaire. On est à J-2. Souhaitez-moi bonne chance et surtout bonne inspiration ! Justine.

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Aquamarine

Une histoire d’eau fantastique qui se cache dans un roman pour ados qui se cache dans un roman de science-fiction.

Note : 3/5.

Aquamarine

 

Je me suis souvent demandé comment un auteur pouvait-il créer et maîtriser un héros ou une héroïne très éloigné(e) de son sexe et de son contexte socio-culturel. J’admire les qualités d’observation, de finesse psychologique, d’imagination que cela demande. Dans ce roman, Andreas Eschbach, 58 ans, chef de file de la littérature de science-fiction allemande, fait vivre Saha Leeds, 16 ans, dans une communauté maritime de l’Australie de 2151.

En 2151, le monde a connu de grands changements climatiques et écologiques, beaucoup d’espèces ont disparu ou ont été éliminées pour permettre d’élargir encore la présence humaine dévorante. On retrouve le schéma classique de l’histoire d’ado mal dans sa peau au lycée, dans un univers qui lui l’est moins : Saha évolue dans une société dite néo-traditionaliste, qui prône un mode de vie « naturel » et rejette les manipulations génétiques et certaines avancées technologiques, ainsi que dans un système social très hiérarchisé et une économie entièrement tournée vers la mer, ses activités, ses jeux.

Saha est tout en bas de l’échelle sociale, elle vit avec sa tante muette qui fait le ménage chez les riches parents de ses camarades d’école ; et surtout, honte suprême, elle ne pratique aucune activité aquatique, à cause d’un accident survenu lorsqu’elle était petite. Mais le jour où Saha découvre d’étranges capacités liées à l’eau, tout bascule pour elle, et elle tente de mieux comprendre son passé, son histoire, tout en se gardant des dangers qui l’entourent alors.

Le contexte décrit, entre science-fiction et anticipation, est original, et développe une réflexion sur la maîtrise de l’environnement et les découvertes scientifiques liées à la génétique en ré-exploitant un mythe maritime ancien. L’auteur fait preuve d’une imagination foisonnante mais toujours discrètement instillée dans le récit, parfaitement intégré à l’environnement familier de l’héroïne qui est bien campée.

J’ai bien aimé l’univers marin, qui semble l’un des fils rouges d’écriture pour Eschbach. Je me dis aussi qu’il doit avoir des enfants ados, et que la vue de l’océan depuis Le Conquet, au bout du Finistère où l’auteur s’est installé doit être une source d’inspiration sans fin.

J’ai trouvé l’intrigue principale un peu trop simple en revanche : une ado, des ennemis, des amis, des découvertes qu’on anticipe, la transformation du corps, la recherche d’identité, l’intégration sociale… autant de thèmes d’ado reliftés dans une gangue fantastique. Mais c’est une lecture alerte, plaisante, et l’univers marin décrit vient renforcer l’intérêt d’une intrigue qui reste un peu faible malgré tous les atouts du bouquin.

On est proches de la littérature pour la jeunesse en fait, et des ados peuvent tout à fait se plonger dans ce roman publié par l’Atalante, l’éditeur de science-fiction attitré d’Eschbach pour les traductions françaises, basé à Nantes. Eschbach mélange les genres dans ce roman et en fait un livre-passage : une bonne porte d’entrée dans la science-fiction pour les ados, et une bonne porte d’entrée dans la littérature pour ados pour les accros de science-fiction – et les fans d’Eschbach, qui sont nombreux.

C’est Alice, spécialiste ès science-fiction de ce blog, qui m’avait fait découvrir Andreas Eschbach en glissant Le dernier de son espèce dans ma valise, à l’issue d’une visite amicale en Bretagne.  Cette histoire d’amour robotique dans un petit port pittoresque irlandais fut un coup de coeur. J’ai donc acheté les yeux fermés le dernier livre de l’auteur, sorti au printemps dernier, pour retrouver sa sensibilité et ce mélange de réel et de fantastique qui m’avaient beaucoup plu. Une lecture recommandée !

justine3Aquamarine, par Andreas Eschbach. L’Atalante, 2017.

 

Dans une coque de noix

Un huis-clos malin dans un vagin !

Note : 4/5.

Dans une coque de noix

Dans une coque de noix est l’un des livres emportés dans nos valises de vacances. Chaque soir, dans nos chaises longues, nous attendions la nuit en bouquinant, avec vue sur les Causses de Lozère. Nous allumions des bougies et nous embarquions dans nos lectures, le ventre plein d’aligot-saucisse. C’était  mon tendre qui avait ce roman dans les mains, de mon côté je ne me souviens déjà plus de ce que je lisais. J’entendais des rires soudains, les pages tourner régulièrement, je sentais une concentration joyeuse émaner de la chaise d’à côté.

J’étais intriguée, aussi quand le livre fut posé sur une étagère, au retour, je l’ai pris avec moi. De l’extérieur et avant lecture : je voyais ce livre comme un exercice littéraire, un peu artificiel, par un auteur déjà célèbre, qui a toute liberté pour créer une petite fantaisie érudite. J’avais compris que le héros de l’histoire n’a même pas de nom, car c’est un foetus dans le ventre de sa mère, laquelle fomente de sombres projets. Le quatrième de couverture, sans ciller, parlait même d’une « brillante réécriture d’Hamlet in utero« . Autant dire qu’on connaît déjà une bonne partie de l’histoire avant même de la lire – comme une bonne vieille tragédie. Sauf qu’on est au XXIe s, et que la tragédie devient tragi-comédie, voire théâtre de boulevard, et qu’on n’est pas sûrs que tout le monde meure à la fin – je vous laisse lire, pour voir.

Après lecture : indéniablement bien troussé, drôle souvent. On voit tout le savoir-faire d’un écrivain à l’aise dans ses mocassins. La narration depuis l’utérus de l’intrigante est saisissante. La palette des sensations est riche et imaginative, pour un narrateur privé de vue et de toucher. Bien sûr le bébé a l’intelligence d’un homme mûr – d’où les développements littéraires, l’analyse de l’état du monde qui fait mouche, le palais subtil de l’amateur de bons vins, les piques au milieu littéraire – on devine bien sûr l’écrivain, parfois un peu trop présent, dans les pensées du bébé. Mais le récit avance allègrement, les personnages sont bien superbes comme il faut dans leur médiocrité humaine, et on lit le tout presque d’un trait, comme un bon cru.

J’ai aussi apprécié à la lecture le lexique et le style assez soutenus, le tout enchâssé dans une syntaxe fluide, adaptée à nos goûts actuels – on a en effet du mal pour la plupart d’entre nous, de nos jours, avec les longues phrases tarabiscotées et les descriptions interminables. C’est donc un livre qui se déguste, entre deux bouquins plus résistants, et qui passe aisément de main en main.

justine3Dans une coque de noix, par Ian McEwan. Collection du Monde Entier, Gallimard, 2017.

 

Dictionnaire visuel des arbres et arbustes communs

Un guide très pratique, pour commencer à être à même de comprendre un peu mieux ce qui nous entoure quand on se balade !

Note : 4/5.

Dictionnaire des arbres

Je l’avoue sans fard : je suis une quiche pour tout ce qui concerne la nature. C’est-à-dire tout ce qui nous entoure, l’écosystème, les bêtes, les plantes, les cailloux, tout ça… Et ça me frustre de plus en plus, parce que j’ai appris plein de choses à l’école primaire, que j’ai oubliées depuis, et je vis depuis des années et des années dans des grandes villes, où l’on ne pense que très rarement aux arbres, aux fleurs, aux nuages et à la lune. Cet été, à peine étais-je capable de reconnaître les chênes – grâce à leurs glands – et les platanes de Sully le long des routes.

Je me suis rendue dans la grande librairie du coin, pour chercher un livre qui me permettrait facilement d’identifier ce qui m’entoure. Pas besoin d’infos sur le concombrier du Vénézuela  ou les palmiers de Sibérie, juste les cyprès, les hêtres, les ormes et autres arbres de nos latitudes.

La littérature botanique est florissante, on trouve de tout, apparemment de qualité très inégale. Les ouvrages sur les arbres se répartissaient en différentes tendances. D’abord, les beaux livres, richement illustrés, mais avec une claire orientation esthétique et anecdotique. Bien pour un cadeau, mais pas très adapté à mon besoin.

La deuxième tendance, ce sont les encyclopédies des arbres, comme le Larousse des arbres, qui semble être une référence, mais j’ai trouvé ça difficile d’approche pour une néophyte : les titres d’articles désignent les arbres avec leur nom scientifique en latin, toutes les plantes du monde sont concernées, et la plupart des articles ne sont pas accompagnés d’illustrations ! Comment faire, alors, pour les reconnaître ? Ce type d’ouvrage est déjà un cran au-dessus de ce dont j’ai besoin, puisque je me situe au niveau « ras des paquerêttes ».

Une autre catégorie d’ouvrages, plus littéraire, explore les histoires, mythes, propriétés et la vie des arbres : soit sur un modèle abécédaire, soit sous la forme d’essais, comme le best-seller La vie secrète des arbres, de Peter Wohlleben, qui croule sous les critiques de lecteurs enchantés et qui donne envie. Mais là on est carrément au niveau « Jedi des arbres », et bien sûr, il n’y a presque pas d’images, alors que c’est bien d’un imagier dont j’ai besoin.

L’étagère consacrée aux arbres se terminait heureusement sur mon sésame, encore emballé sous cellophane. Ce dictionnaire de Maurice Reille, dont on retrouve les contenus illustrés sur le site Arbres de Lozère, est un dictionnaire de botanique accessible à tous, basé sur le visuel et recensant les plantes de nos contrées. Il est édité par Ulmer, une maison d’édition spécialisée dans les plantes et jardins, qui a sorti deux autres ouvrages par le même auteur : Dictionnaire visuel de botanique, Dictionnaire visuel des plantes de la garrigue et du Midi.

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C’est le nom usuel de l’arbre qui désigne chaque article, qui décrit les caractéristiques de l’arbres, en déclinant chaque aspect avec une photo : vue d’ensemble, troncs ou racines, écorces, feuilles, fleurs, fruits. Voilà un excellent outil pour commencer en botanique, agréable à regarder chez soi avant de partir en balade, fort utile pour la première étape de la compréhension : l’identification et la description. Encore un peu et je vais commencer un herbier !!

justine3Dictionnaire visuel des arbres et arbustes communs, par Maurice Reille, Editions Ulmer, 2015.

 

Tour d’horizon des livres à lire cet été

L’été, on a le temps. On se repose, on lit. Voici un tour d’horizon des traditionnelles listes des meilleurs livres à lire cuvée été 2017, proposées par vos médias préférés (ou pas)

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Le Figaro sort l’artillerie lourde :

Les 10 best-sellers à lire cet été sont écrits par des noms déjà bien familiers des rayons de vos bibliothèques : on y retrouve les derniers opus de Marc Lévy, Jean-Christophe Rufin, Guillaume Musso, Anna Gavalda, Elena Ferrante… Le Figaro ne prend aucun risque pour vous assurer 100 % de satisfaction facile et agréable. Mon envie de lecture dans cette liste :

Le tour du monde du roi ZibelineJean-Christophe Rufin, Le Tour du monde du roi Zibeline : parce que pour avoir lu un ou deux autres de ses livres, je sais que son style est agréable, et qu’on est embarqué dans des aventures historiques où l’on ne s’ennuie pas un instant !

Résumé : Comment un jeune noble né en Europe centrale, contemporain de Voltaire et de Casanova, va se retrouver en Sibérie puis en Chine, pour devenir finalement roi de Madagascar… Sous la plume de Jean-Christophe Rufin, cette histoire authentique prend l’ampleur et le charme d’un conte oriental, comme le XVIIIe siècle les aimait tant.

Challenges remporte le prix de la diversité des suggestions littéraires

La sélection Challenges des 15 livres incontournables à lire cet été est un mélange intéressant, de livres pas forcément très récents, de romans, de récits, de styles, avec le petit livre d’actualité qui va bien à la fin. Une sélection intéressante, même si mes goûts personnels ne me feront pas aller vers la plupart de ces livres, qui me semblent assez sombres tout de même. Le livre qui a attiré mon attention, chez l’excellent éditeur Au Diable Vauvert :

COUV-BACIGALUPI-Water-Knife-PL1SITEPaolo Bacigalupi, Water Knife : parce que La fille automate, son ouvrage précédent, a largement été salué par la critique et que le thriller écologique d’anticipation est assez dans l’air du temps, le thème donne envie de lire cette histoire !

Résumé : La guerre de l’or bleu fait rage autour du fleuve Colorado. Détective, assassin et espion, Angel Velasquez coupe l’eau pour la Direction du Sud Nevada qui assure la survie de Las Vegas. Lorsque remonte à la surface la rumeur d’une nouvelle source, Angel gagne la ville dévastée de Phoenix avec une journaliste endurcie et une jeune migrante texane… Quand l’eau est plus précieuse que l’or, une seule vérité régit le désert : un homme doit saigner pour qu’un homme boive.

 

Dans les poches de l’Express

…il y a : 16 romans contemporains qui répondent aux canons de la détente estivale : exotisme, littératures du monde, romance, humour, aventure, voyage… Je me reconnais plus dans cette liste qui propose des auteurs déjà lus que j’aime beaucoup  : Chimamanda Ngozie Adichie dont je vous ai déjà parlé pour Americanah, Thomas Vinau que j’avais découvert par un recueil de poèmes, Andreï Kourkov, Irvine Welsh. Et ça tombe bien, si j’ai lu les auteurs, je n’ai lu aucun des titres proposés. un titre particulièrement qui se trouvait déjà sur ma liste d’attente (impatiente) :

l-autre-moitie-du-soleil-half-of-a-yellow-sun-par-chimamanda-ngozi-adichie_5896027Chimamanda Ngozie Adichie, L’autre moitié du soleil. Parce que la lecture est une expérience humaine avec cette auteure, son style rayonnant et ses personnages forts marquent, c’est en tout cas ce que j’avais ressenti dans Americanah.

Résumé : Lagos, début des années soixante. L’avenir paraît sourire aux sœurs jumelles : la ravissante Olanna est amoureuse d’Odenigbo, intellectuel engagé et idéaliste ; quant à Kainene, sarcastique et secrète, elle noue une liaison avec Richard, journaliste britannique fasciné par la culture locale. Le tout sous le regard intrigué d’Ugwu, treize ans, qui a quitté son village dans la brousse et qui découvre la vie en devenant le boy d’Odenigbo. 
Quelques années plus tard, le Biafra se proclame indépendant du Nigeria. Un demi-soleil jaune, cousu sur la manche des soldats, s’étalant sur les drapeaux : c’est le symbole du pays et de l’avenir. Mais une longue guerre va éclater, qui fera plus d’un million de victimes. 
Évoquant tour à tour ces deux époques, l’auteur ne se contente pas d’apporter un témoignage sur un conflit oublié ; elle nous montre comment l’Histoire bouleverse les vies. Bientôt tous seront happés dans la tourmente. L’autre moitié du soleil est leur chant d’amour, de mort, d’espoir.

 

 

Besoin d’autres idées ? Vous pouvez aussi consulter la liste des coups de coeur des livres sortis cette année par Le Monde des Livres, les livres de plage un peu « girly » tout de même sélectionnés par Elle, ou la sélection que pour ma part je trouve un peu snob des Inrocks. Sinon, à votre tour, recommandez-nous des lectures d’été dans les commentaires ! Bonne lecture et bonnes vacances !