De retour des Imaginales !

Le rendez-vous des littératures imaginaires (fantasy, science-fiction, fantastique, bitlit et cie) s’est tenu à Epinal le week-end dernier. Le thème de cette édition 2018 : Créatures ! Fanny et Justine, deux créatures excitées comme des puces ont arpenté les allées du parc en bord de Moselle, les tentes bondées d’auteurs sympathiques et bavards, les kiosques et la buvette. Retour sur un week-end fantastique.

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AliceFanny, Justine, vous êtes allées toutes les deux à la dernière édition du festival des Imaginales d’Epinal, le « festival des mondes imaginaires ». Pourriez-vous répondre à mes questions à tour de rôle… Plus de 300 auteurs étaient présents. Lequel/laquelle vous a le plus marquées ?

Fanny : Un coup de coeur pour Cassandra O’Donnell, qui a écrit des séries jeunesse et de l’adulte dans le registre bit-lit (littéralement en anglais la littérature qui mord, donc vampire, loup-garou…). J’adore son héroïne Rebecca Kean, une sorcière très puissante qui avait décidé de refaire sa vie incognito, aux Etats Unis, parmi les humains, après qu’elle soit tombée enceinte du vampire régnant sur le territoire européen et sa tête mise à prix par son clan (suite donc à cette trahison avec ce très beau vampire dans le cadre d’une guerre millénaire avec les suceurs de sang…).  Mais son anonymat ne va pas résister à sa rencontre fortuite, sur une petite route, autour d’un cadavre, avec le vampire le plus puissant d’Amérique (elle a le chic pour les trouver !!!). A déguster avec le sourire aux lèvres ! Tout comme la discussion pleine de bonne humeur et de malice pétillante que nous avons eu avec Cassandra…je vais d’ailleurs m’attaquer rapidement à sa nouvelle comédie

Justine : Sans hésiter Léo Henry. Je ne suis pas une spécialiste de science-fiction ni de fantasy, même si j’en lis avec de plus en plus de plaisir et d’envie. Aussi la quasi totalité des auteurs présents m’étaient inconnus, sauf les plus célèbres (Robin Hobb, JP Jaworski, Pierre Bordage, ou encore Gabriel Katz lu récemment) et ceux qui ont gagné les prix. Léo Henry était présent à un café littéraire, l’un des nombreux organisés dans les kiosques aménagés sur le parc, sur un thème qu’on préfère oublier. Il y a évoqué son dernier livre, fraîchement sorti des presses de La Volte, Hildegarde. Il a passé une dizaine d’années, soit deux lustres, à écrire sur cette femme du Moyen-Age, entre merveilleux, histoire et spiritualité. Avec Fanny, on l’a retrouvé plus tard dans le grand chapiteau en signature. Il attendait le chaland en tricotant un objet mystérieux. Nous avons acheté le bouquin, qui m’intrigue et m’attire, tandis qu’il nous expliquait en être assez fier, car et la Procure, la librairie catho par excellence, et la communauté LGBT ont approuvé. Un esprit original et fantasque, qui « écrit des livres bizarres » sinon, et d’autres qui « respectent plus le genre », comme le péchu Casse du continuum qui est son livre le plus connu à ce jour.

 

 

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Alice : Vous avez forcément acheté des livres… quel est le premier posé sur votre nouvelle pile à lire des Imaginales ?

Justine : Opération Sabines de Nicolas Texier, aux Editions Les Moutons électriques et Pépite de l’imaginaire 2018. Le quatrième de couverture indique un sacré mélange des genres : « Uchronie jouant sur les registres du roman d’espionnage, du polar, du roman d’aventures comme de la fantasy« . Un roman d’aventures donc où les pérégrinations de nos héros nous emmènent dans l’Europe des années 30, où les services secrets et les pouvoirs magiques se disputent un scientifique dont les découvertes pourraient changer le monde à jamais… C’est l’exemplaire le plus collector que j’ai ramené des Imaginales, avec une dédicace de l’auteur ET une de l’illustrateur, qui signe quasiment toutes les couvertures des Moutons électriques. Un livre qui a l’air très sympathique !

Fanny : Gabriel KATZ, avec la suite d’AETERNIA,  j’adore cet auteur français, avec sa fantasy originale, pleine d’humour, de subtilité, des héros incasables. (il m’a fait une dédicace avec un dessin du CHIEN d’Aternia, trop mignon !)

 

 

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Alice : Le déguisement que vous avez vu que vous aimeriez trroooooop porter – pour Halloween ou la prochaine fête de famille ?

Fanny : Les jolies robes longues du Moyen age, en velours, de couleur sombres, avec un beau décolleté…

Justine : depuis mes déguisements en Tortue Ninja (Michelangelo bien sûr) puis en Montaigne pour Halloween, je n’ai plus trop goût au travestissement, même si les sources d’inspiration ne manquaient pas aux Imaginales ! Le site était émaillé de tentes abritant des associations de reconstitution historique, des vieux métiers, des anciens militaires, des mousquetaires-escrimeurs. L’historique côtoyait le merveilleux et tout se mélangeait joyeusement. On a même assisté à un match de Quidditch ! Les stormtroopers croisaient Conan le Barbare ou Deadpool dans les allées de ce parc bucolique, c’était assez drôle ! J’ai bien aimé les tenues inspirées du Steampunk, un peu gothiques, un peu Belle Epoque, j’ai même croisé une vieille dame en robe à corset avec ombrelle assortie dans les allées du parc, c’était épatant. Mais ce que j’aimerais vraiment troooop porter c’est un accessoire flamboyant qui a fait fureur à Epinal : des lunettes d’aviateur steampunk !

 

 

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Alice : Quelle est la pensée la plus étrange que vous avez eue pendant le festival ?

Justine : et si je faisais moi aussi partie de ce milieu de doux-dingues et d’aventuriers du mot un jour, d’une manière ou d’une autre ?

Fanny : Je me suis interrogée sur l’intérêt d’un abri anti-zombie…

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Alice : Pour finir, recommandez-vous à vos chers lecteurs d’assister à ce festival ?

Justine : Oui et re-oui ! Le gros plus de ce festival, c’est la disponibilité des auteurs. Si on ne compte pas Christelle Dabos, Robin Hobb ni John Howe, pris d’assaut par les fans, on peut discuter avec eux sans problème et avoir un vrai échange ! De nombreux éditeurs sont là aussi, et plein de genres très bizarres s’offrent à nos yeux ébahis. Ensuite le décor et l’ambiance. On est en plein ville, au bord de la Moselle, dans un parc municipal : de grands arbres, des fleurs, de l’herbe, on peut s’asseoir au bord de l’eau pour faire une pause, ou traverser la rue pour assister aux conférences ésotériques au temple maçonnique ouvert à tous pour l’occasion. Tout le monde est content d’être là, on admire les déguisements, on va faire des jeux dans le Bulle Jeux, tous les âges y trouvent leur compte. Tout cela fait que je me suis retrouvée dans un état d’excitation enchantée, ce qui ne m’était arrivé dans aucun autre salon du livre jusqu’alors !

Fanny : Oui, 3 fois OUI !  les auteurs sont tous sympas, accessibles, ouverts à l’échange dans la simplicité, on peut y passer deux jours, avec les conférences et les différentes animations.

 

 

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Alice : La question bonus, version thé ou café : fantasy ou science-fiction ?

Justine : 2018 est fantasy, mais aussi merveilleux et réalisme magique !

Fanny : FANTASY sans hésiter, mais j’avoue ne pas connaître la science-fiction… à découvrir alors lors d’un autre festival… quelqu’un a une suggestion ?

Les Imaginales se tiennent tous les ans à Epinal, à la fin du mois de mai. C’est le plus grand rendez-vous de fantasy en France. Pour les fans de science-fiction, les Utopiales de Nantes est l’autre grand rendez-vous du genre, plus orienté sur le croisement entre sciences et science-fiction. Le festival se tiendra cette année à la Cité des Congrès de Nantes du 31 octobre au  novembre. 

 

 

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Des romans en bandes dessinées

Certaines histoires sont si fortes, et si « visuelles » à la lecture que vient l’idée de les adapter à l’écran… ou en BD. Des univers et des styles qui se rencontrent, complémentaires ou contrastés, donnant un résultat original… Voici pour vous une sélection de quelques BD issues de romans qu’on a aimées.

La sélection de Claire

Le Rapport de Brodeck de Philippe Claudel, adapté en BD par Manu Larcenet (scénario et dessin). Dargaud, 2015-2016.

 

J’ai emprunté cette BD à la bibliothèque municipale, sans connaître le roman adapté, car j’avais gardé un bon souvenir du Retour à la Terre de Manu Larcenet.

J’ai été agréablement surprise de voir un style graphique très différent du Larcenet que je connaissais. Un noir et blanc tout en contraste, parfait pour cette histoire sombre et chargée sur l’acceptation de l’altérité dans un contexte germanisant d’après-guerre (spoiler : il s’agit plutôt de non acceptation…).

Le contraste n’existe pas uniquement dans l’opposition noir/blanc, neige/noirceur de l’âme humaine, mais aussi dans le style graphique lui-même. Certains éléments comme les paysages sont souvent esquissés, évoqués par quelques traits, tandis que d’autres sont dessinés avec une grande subtilité et richesse dans les détails.

J’ai passé beaucoup de temps à regarder les dessins (j’avoue que je ne le fais pas souvent, je lis souvent les BD en 4e vitesse…) et j’ai été émue par l’histoire. Je recommande vraiment cette BD, même si je n’ai pas lu le roman et je ne peux donc pas vraiment juger de la qualité de l’adaptation en tant que telle !

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La sélection de Suzane

L’Attentat de Yasmina Khadra, adapté en BD par Loïc Dauvilliers (scénario) et Glenn Chapron (dessin et couleur). Glénat, 2012.

L_ATTENTAT[DRU].indd.pdfComme son titre l’indique, le roman traite d’un sujet sensible et terriblement actuel. Amine Jaafari, arabe Israëlien et chirurgien de renom, passe des heures à opérer les nombreuses victimes d’une palestinienne qui s’est fait exploser dans un restaurant bondé de Tel-Aviv. Plus tard, on le réveille en plein milieu de la nuit pour revenir d’urgence à l’hôpital identifié un corps, celui du kamikaze. À partir de ce moment, le monde d’Amine bascule, le cadavre devant ses yeux n’est autre que celui de son épouse, Sihem. 

Confronté à la fois au deuil et au fait de voir son nom trainé dans la boue, Amine sombre peu à peu tout en s’efforçant de comprendre le geste de sa femme. Choqué et dévasté, il est forcé d’admettre qu’il ne connaissait pas réellement Sihem. Sa quête de vérité l’emmènera au cœur des villes palestiniennes ravagées par la guerre, dans les fiefs des terroristes et l’obligera à regarder en face un conflit qu’il avait réussi jusque-là à ignorer, et à être confronté à une logique qui lui est étrangère. Il voit la misère et l’humiliation que vivent ses concitoyens, des gens dépourvus de liberté et de dignité, que le désespoir pousse au suicide. 

L’histoire commence sur les chapeaux de roue, et le roman comme la bande dessinée décrivent avec justesse l’horreur de la situation. On suit ensuite le personnage d’Amine, dans sa quête et son désarroi. L’adaptation de Dauvillier parvient à retrouver l’atmosphère du roman. Il y a un peu d’action, le rythme est lent et on s’attache à cet homme dont la vie bascule du jour au lendemain. On comprend parfaitement les doutes et les colères d’Amine qui voit s’effondrer l’univers quasi idéal dans lequel il s’était intégré.

Ces livres très durs, permettent de mieux comprendre les mécanismes qui mènent à des choix radicaux et terribles. Ils exposent avec clarté la réalité vécue quotidiennement par les Juifs et les Palestiniens. Évitant l’écueil des jugements de valeur, ils ont le mérite de susciter plus de questions qu’ils ne donnent de réponses, et confronte le lecteur avec la douleur de chaque camp.

L’Attentat a également porté à l’écran en 2013 par Ziad Doueiri.

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La sélection de Justine

La Horde du Contrevent, de Alain Damasio, adapté en BD par Eric Henninot (scénario et dessin) et Gaëtan Georges (couleurs). Tome 1 : Le cosmos est mon campement. Editions Delcourt, 2017.

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« Ici s’enfantent dans la couleur, pour la première fois, ce drôle de scribe qu’est Sov et ce drôle de monde qui n’en finit pas d’être relavé à la rafale ; les liens que tissait péniblement le roman, page après page, fasciculent ici avec une fluidité neuve et on les éprouve avant de les lire, par un système d’échos, de visages, de postures et de regards qui mettent le pack en résonance ; les chrones flottent dans le désert, les puits s’ensablent, les rochers sont comme drossés par un vent sans pitié« .

Alain Damasio a une plume légère et incisive, ses mots chantent. Même une préface de deux pages nous happe, nous plonge dans des questions d’une profondeur peu commune, et nous laisse impressionnés, songeurs, et admiratifs de cette maîtrise de la langue qui transpire à chaque phrase.

Ceux qui ont lu le roman penseront sans doute comme nous : adapter la Horde en BD relève de la gageure. Pour ceux qui n’ont pas lu le roman, je vous invite à lire la chronique inspirée d’Alice, cela vous donnera sûrement envie de vous y frotter.

Henninot s’attaque ici à un gros morceau, un trop gros morceau peut-être pour transposer visuellement la puissance  et les effets d’échos de la langue forgée de Damasio. On ne retrouve pas ce vertige de la structure, cette novlangue brossée par le vent du désert, ce mouvement et cette puissance du pack, cette sensibilité profonde et noble qui caractérisait le roman.

On passe une lecture agréable, on entre un peu dans cet univers, le vent souffle partout dans les pages, les effets sonores transposés en code visuel créent un bourdonnement continu, un mouvement. Quelle joie aussi de voir des visages sur des personnages qui étaient jusque là des forces, que je ne m’étais jamais imaginés à vrai dire. La composition des pages est très travaillée et on suit bien cette histoire, tout en regrettant un peu sa linéarité et sa progression assez classique. On est dans cet univers de Damasio, mais comme dans une variation, dans autre chose.

Alain Damasio dans sa préface rend hommage au scénariste et au dessinateur, qui a lui-même fait un long voyage de plus de deux ans d’efforts pour produire cette BD au point qu’il est devenu, lui-même, la horde, luttant contre le vent, remontant vers l’oeuvre.

Quant au lecteur, c’est un nouveau voyage qui commence pour lui :  » Vous, lecteurs du roman qui venez avec vos doutes et vos espoirs, laissez vous porter ! Effacez vos images comme on frappe contre la margelle, l’hiver, nonchalamment, la neige collée à ses godasses tout en entrant dans la première planche. Avancez donc vierges d’attente, à nouveau innocents et frais, et acceptez cette Horde qu’Eric vous reconstitue et vous offre, laquelle ne ressemble évidemment qu’à lui. Et pour tous les autres, les vrais innocents, bienvenue dans un monde furieux !« .

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Journal d'Anne FranckIl existe beaucoup de passerelles, d’adaptations de romans en BD, de BD en films, voire de films en romans. Le site Babelio vous propose une liste de suggestions, composée de classiques adaptés en BD, et de livres moins connus.

Vous pouvez aussi vous pencher sur l’excellente adaptation du Journal d’Anne Franck par Ari Folman (le réalisateur de Valse avec Bachir) et du dessinateur David Polonski, où l’on retrouve l’ambiance de l’Occupation, la pensée rugueuse d’Anne du haut de ses 13 ans, ses rêveries aussi sur de pleines pages riches et inventives…

N’hésitez pas à suggérer et partager en commentaire d’autres titres qui vous auraient plu !

Bonus : tourisme littéraire

L’amour de la lecture peut aussi s’exprimer hors fauteuil : chaussez vos baskets et partez à l’aventure, sur les traces d’auteurs illustres, dans des villes littéraires ou pour passer ses vacances au milieu des livres.

Dormir dans une bibliothèque

Les vieilles bibliothèque ont un charme fou. Le parquet de chêne qui craque sous nos pas, l’odeur des livres, des fauteuils confortables, des recoins secrets… on voudrait s’y perdre, on voudrait savoir ce qui s’y passe la nuit, être seul avec tous ces livres peuplés d’histoires et de fantômes, ou avec les chauve-souris qui veillent sur les vieilles reliures.

Vous en rêviez, la Gladstone’s library, à Hawarden au Pays de Galles, l’a fait.

Gladstone's library

A partir de 74 euros la nuit, vous pouvez vous promener entre les rayonnages, le soir, et pêcher tous les livres que vous voulez, pour un voyage imaginaire sous la couette.

270x270-00001Pour ma part, j’ai adoré le clip de présentation : le verre de vin, les charentaises, le scrabble, tout y est !!!! (cliquez ici ou sur l’image pour voir la vidéo). La bibliothèque, datant de la fin du 19e siècle, est une vraie bibliothèque publique et d’étude, mais elle est aussi un hôtel depuis 1906, et un café. Alors une retraite littéraire dans la campagne galloise, ça vous dirait ?

Tenir une librairie pendant ses vacances

Les Anglo-saxons, décidément, ont de bonnes idées pour marier tourisme et littérature. Après le Pays de Galles, direction Wigtown, en Ecosse.

Cette petite ville du sud-ouest de l’Ecosse compte environ 1000 âmes, une distillerie de whisky et vit à fond la littérature, avec plusieurs libraires dont la plus grande librairie d’occasion d’Ecosse, un festival littéraire et The Open Book, une librairie associative tenue par des touristes qui choisissent de résider au moins une semaine dans l’appartement aménagé au-dessus du local !

the open book

C’est sûr, il faut savoir se débrouiller en anglais, mais l’expérience est juste super pour toutes les personnes qui ont un jour rêvé d’être libraires !

 

A partir de 40 euros par nuit, pour 2 personnes, l’appartement – et sa librairie – sont proposés à la location sur Airbnb. (Crédit photos : The Open Book, Airbnb).

Séjourner en chambre d’hôtes – atelier d’écriture

Autre formule possible, selon vos envies : le week-end ou la semaine au vert, dans un cadre champêtre et inspirant, pour écrire ou apprendre à écrire. Des chambres d’hôtes et des gîtes se sont spécialisés dans cette activité, proposant des stages, des événements et un cadre propice à l’écriture, souvent en pension complète.  Les balades alternent avec les ateliers. Un cadre idéal pour se reposer, rêver, écrire…

Dans le Bas-Rhin, par exemple, rendez-vous aux Lettres de mon Moulin : 5 chambres aux noms d’écrivains, Colette, Daudet, Cocteau…, des espaces de création et plusieurs formules d’ateliers.

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Autre exemple, dans les Cévennes, chambre et table d’hôtes pour écrivains en herbe au domaine de Bayssac, dans un grand mas cévenol chargé d’histoire. Entouré de châtaigniers, poste d’observation idéal le long d’une voie de transhumance, ancien centre d’élevage du vers à soie, ce domaine propose des « séjours de vacances et de détente centrés autour de l’écriture sous forme d’ateliers d’écriture. Le lieu permet d’écrire à l’intérieur mais aussi dans la nature ».

 

Visiter une ville littéraire

L’Unesco est championne du monde pour délivrer des labels, qui sont ensuite autant d’arguments touristiques et financiers pour protéger et développer ce qui fait le sel de la vie : la culture, les sciences, et la littérature of course.

Le label Cities of Literature fait ressortir l’importance de la littérature dans l’histoire mais aussi la vie de la cité. Tous les aspects sont concernés : des grands auteurs aux librairies et bibliothèques, le dynamisme de l’édition, mais aussi les pratiques du public, l’écriture, les événements littéraires et festivals. Ce label reconnaît l’originalité et l’excellence de la scène littérature, et entraîne également une obligation pour les villes d’encourager ce milieu et de développer des projets littéraires qui touchent le public le plus large.

A noter que pas une seule ville en France n’a encore candidaté à ce label, alors qu’on est les champions pour tout ce qui est architectural. Pas de New York non plus, pas de Los Angeles ni de Berlin ; et une seule ville, Durban, pour toute l’Afrique jusque récemment… Pas très représentative en fait, cette liste, mais pour les villes qui s’y trouvent, des candidates logiques et des découvertes (cliquez sur la carte pour avoir accès à la liste des villes).CreativeCitiesNetwork-2014

On y retrouve, par exemple, Dublin, la ville de James Joyce ; Nottingham, fief de Robin des Bois, de Lord Byron et de DH Laurence ; mais aussi Prague, Milan, Barcelone, Melbourne, Montevideo, Bagdad…

La toute première à avoir reçu ce label est Edimbourg. Pour y avoir passé quelques jours à l’automne dernier, c’est une ville qui regorge de livres et d’idées, à l’atmosphère mystique et chaleureuse, une ville avec une âme et tout un tas d’histoires bruissant dans l’air. Pas un pub sans une plaque racontant les pires atrocités perpétrées en ces lieux, pas un cimetière sans son lot de fantômes, planqués aussi dans les sombres recoins des lanes de la vieille ville.

Avec son architecture à étages, son air mutique, on y perd rapidement ses repères spacio-temporels et on devient sensible aux âmes qui habitent ses pierres sombres, à l’écho du passé, et au présent vibrant de cette ville qui sait capter l’imagination. C’est la ville qui a vu naître Jekyll and Hide, Sherlock Holmes et Peter Pan, l’Ile aux Trésors, Trainspotting et plus récemment Harry Potter bien sûr. On y croise aujourd’hui JK Rowling, Ian Rankin ou Muriel Spark.

 

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Il est facile de se procurer des guides pour les amoureux de littérature, ou de participer à une visite littéraire de la ville (Edinburgh Literary Pub Tour). Il est possible aussi de flâner dans les lieux fréquentés par les écrivains, de visiter le Writers Museum, d’assister à l’un des très nombreux événements littéraires organisés tout au long de l’année, écouter ou apprendre à raconter des histoires dans l’excellent Storytelling Center.

Il existe d’autres manières de visiter des lieux avec la littérature… Les lieux se retrouvent enrichis de l’imaginaire qu’ils ont créé, véhiculé. On peut facilement visiter l’Italie avec les récits de voyages d’auteurs célèbres dans son sac à dos, de Montaigne à Stendhal ; visiter des lieux de création, comme les maisons d’écrivains ; ou se tourner, pour des rencontres avec des écrivains, vers les nombreux salons et festivals littéraires…

 

N’hésitez pas à partager vos expériences de tourisme littéraire avec nous, en commentaire !

Couleurs de l’incendie

Après Au revoir là-haut, Pierre Lemaître poursuit la saga Péricourt dans un deuxième tome sombre, ironique et cruel.

Note : 4/5.

Couleurs de l'incendie

« L’argent », aurait pu s’appeler ce deuxième tome, à la Zola. Ou « Revers de fortune », ou encore « L’amère vengeance de Madeleine ». Finies les escroqueries aux monuments aux morts, dans la famille Péricourt le fils est bel et bien mort et enterré. Un autre qu’on enterre, c’est le père, Marcel Péricourt, dans une scène inaugurale grandiose, entachée d’un drame qui va nouer toute l’intrigue. Enfin ce n’est pas un, mais deux drames qui s’entrelacent et se nourrissent : la déchéance physique du jeune Paul, et la déchéance financière et sociale de sa mère Madeleine.

C’est donc la fille de Marcel Péricourt, Madeleine, le pivot de ce nouveau tome de Pierre Lemaître. Sitôt le banquier disparu, autour d’elle domestiques, aigrefins, escrocs et ordures de tout poil oeuvrent plus ou moins dans l’ombre. Ils dépècent la fortune Péricourt et précipitent la ruine de Madeleine. Que lui reste-t-il, à Madeleine ? La haine, le goût de la vengeance, et des secrets. Elle va user de toutes les ruses possibles pour à son tour ruiner tous ceux qui l’ont abattue et se reconstruire, peu à peu.

Dans ce deuxième tome, je n’ai pas retrouvé le style qui m’avait enchantée dans Au revoir là-haut. L’écriture est beaucoup plus classique et sobre. Le thème, le ton, l’ambiance font penser à des romans du dix-neuvième siècle, la lourdeur des descriptions et des développement narratifs en moins. Le décor, lui, est bien du vingtième siècle, et j’ai été prise complètement dans le Paris de la fin des années 1920 et début des années 1930, dépeint avec beaucoup de réalisme et de précision. Même l’intrigue financière m’a intéressée. Pierre Lemaître est très habile, on fait le tour de Paris, quelques excursions musicales en Europe, on emmagasine les impressions, les informations, sans effort, sans s’en rendre compte : crise financière, politique, montée du nazisme, milieu du journalisme et du spectacle, l’industrie et ses progrès, la banque et l’hémicycle, tout s’entremêle. Les différentes classes sociales se côtoient, des petits travailleurs à la haute bourgeoisie.

La comédie humaine qui se déroule là n’est pas rose, elle est plutôt noire en fait, mais des éclats de lumière viennent aviver le roman. C’est dans les personnages secondaires mais marquants que se trouve tout le trésor humain de ce roman. Des couples improbables le traversent. Paul et sa gouvernante apportent de l’humour et de la légèreté à l’intrigue, Solange Gallinato, la cantatrice, de l’éclat et de l’exubérance. Léonce et son mari nous plongent dans l’ambiance des films de Marcel Carné. Même les hommes de main, à l’image de M. Dupré, offrent plusieurs facettes et beaucoup de profondeur psychologique.

Tous les travers et les grâces humaines se côtoient là, les personnages sont si présents que parfois on a un peu l’impression d’être au théâtre. Mais ils sont loin d’être archétypaux. Tout est dans la nuance, le détail de cette chronique. Et que dire de Charles Péricourt, l’oncle de Madeleine, et de ses deux filles si laides qu’il est au désespoir de les marier un jour. On pourrait dire, en contemplant les hideuses jumelles à la dentition non moins hideuse devant leur prétendant horrifié, que Pierre Lemaître a vraiment le sens du détail qui tue.

Quelques scènes fulgurantes, un décor bien planté, des personnages hauts en couleur et une mécanique narrative implacable : de la belle ouvrage. Avec un petit bémol pour moi : le tout manque un poil de panache et de fougue.

Ceux qui n’auraient pas lu Au revoir là-haut ne seront en aucun cas gênés à la lecture de Couleurs de l’incendie. A part deux ou trois allusions et la présence de personnages communs, il n’y a pas de lien entre les deux intrigues. J’ai hâte en tout cas de lire le troisième et dernier tome, même s’il va falloir pour cela attendre à nouveau plusieurs années…

Couleurs de l’incendie, par Pierre Lemaître. Editions Albin Michel, 2018.justine3

L’ordre du jour

Prix Goncourt 2017, bien mérité.

Note : 5/5.

L'ordre du jour

Bonjour à vous, qui lisez ces lignes. La chronique d’aujourd’hui, je vous la fais courte : courte comme le livre, courte aussi parce que vous en avez forcément entendu parler. Un prix Goncourt, ça ne passe pas inaperçu.

D’Eric Vuillard, je connaissais le nom. Comme Laurent Gaudé, Emmanuel Carrère, Pierre Lemaître , il fait partie des grands noms actuels de la littérature hexagonale. Comme je ne lis pas beaucoup de littérature française, je n’avais aucune idée de son style, ses sujets, sa place dans la paysage littéraire. C’est donc sans a priori et sans idée de contexte que j’ai lu ce petit livre étroit, au format particulier des publications d’Actes Sud. Chapitres courts, une ou deux bonne soirées suffisent pour en venir à bout.

 

L’histoire : c’est l’Histoire. Le bal des dupes, des industriels, des banquiers, des politiques, d’Hitler, qui a mené, par une mécanique humaine et économique, à la Seconde Guerre Mondiale. L’histoire commence avec vingt-quatre têtes, celles des grands industriels allemands, tous nommés, tous pointés par Eric Vuillard, réunis à l’appel d’Hitler, pour apporter leur force de travail, leur argent, au futur effort de guerre. Tous s’engouffrent et se gaussent. L’Histoire nous mène ensuite en Autriche, où la lâcheté côtoie l’absurde, où l’on voit les premiers ratés, mécaniques, de l’armée allemande mise en branle. On ne sait déjà plus très bien où se situe le curseur du réel, on commence à ressentir l’effarement devant l’impensable. Eric Vuillard se promène dans cette mer d’événements, certains insignifiants mais ô combien révélateurs, d’autres charnières, et file parfois dans des trajectoires individuelles, jusque loin après la guerre. Ce sont des hommes qui ont fait la guerre et l’auteur revient, dans ce livre, sur le rôle des industriels dans son déclenchement.

Ca que j’ai ressenti à la lecture : imaginez un tableau façon Troisième République, avec vingt quatre bons hommes bedonnants au visage grave et sévère, en habit d’apparat, dans un salon tout tendu de velours. Ils sont un peu figés dans leur pose, mais suent l’argent et le pouvoir. Eric Vuillard arrive, avec un stylo point comme une lame, et lacère la toile, à coups brefs et tranchants, les visages, les médailles, les goussets, tout est fendu, béant, terrible et laid.

Voilà ce que j’ai ressenti, à la lecture de ce livre brillant et saisissant : une cruelle limpidité, de la colère froide, et des coups. Coups de coeur, coups au portefeuille. Une des grandes lectures de ce début d’année pour moi.

justine3L’ordre du jour, par Eric Vuillard. Editions Actes Sud, 2017.

Je me suis tue

Une femme, des secrets, la prison, le silence, le procès. Chronique d’une tragédie annoncée, bien huilée mais manquant de puissance.

Note : 2,5/5.

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Cette critique a été écrite dans le cadre du Prix littéraire des chroniqueurs web.

Voilà un livre que je n’aurais pas saisi spontanément sur l’étagère d’une bibliothèque : couverture façon « Lissac opticiens », des tons froids, un résumé laconique que voici, l’angoisse quoi.

Résumé : Du fond de sa cellule de la maison d’arrêt des femmes à Fresnes, Claire nous livre l’enchaînement des faits qui l’ont conduite en prison : l’histoire d’une femme victime d’un crime odieux. Elle a choisi de porter seule ce fardeau. Les conséquences de cette décision vont se révéler dramatiques. Enfermée dans sa solitude, Claire va commettre l’irréparable. Le mutisme sera sa seule ligne de défense, et personne, ni son mari, ni ses proches, ni la justice ne saisira ses motivations.

Pourtant j’ai péché ce livre dans la sélection Livres de poche du Prix littéraire des chroniqueurs web. Parce que de manière confuse, le secret m’attire, le théâtre social qui doit se dérouler autour de cette femme mutique aussi. Parce que l’histoire se passe en prison et que la prison, dans mon esprit, peut être un puissant vecteur de romanesque.

En plus le livre, au goût du jour, est petit, rapide à lire : si ça ne me plaît pas, au moins ne serai-je pas enchaînée à l’histoire des jours durant. J’étais curieuse enfin de la « performance » d’écriture induite par ce livre : un écrivain homme entre dans la tête d’une femme active arrivée à la quarantaine, dont on découvre rapidement qu’elle est en mal d’enfant. C’est le premier roman de Mathieu Ménégaux, très bien accueilli par la critique et le public.

Ce que j’avais pressenti arriva. J’ai lu le roman très vite, et n’ai pas eu le temps de m’ennuyer ou d’être tentée de le laisser de côté. Mais je suis restée assez extérieure, peu touchée par le destin de cette femme ordinaire, à qui il arrive des événements extraordinaires et semble-t-il hors de son contrôle. L’exercice psychologique est réussi, l’auteur a dû bien se renseigner sur les traumatismes subis par ce qui arrive à Claire, l’héroïne, et les conséquences dans son comportement, ses réactions et celles de son entourage. Seules les motivations de son acte me semblent amenées de manière un peu évasive, maladroite, alors que tout se noue dans cet acte qui intervient à mi-chemin de son histoire et la fait basculer définitivement.

Le livre est une longue lettre de confession écrite par Claire depuis sa prison. Une facture classique, et l’unité de cette voix nous emmène vers un huis-clos, un récit ramassé et poignant. On est dans la tête de Claire, qui tente de raconter le fil des événements qui l’ont conduite là. En somme, la femme qui se tait parle, et on a la primeur de son récit, on voit les choses de son point de vue. On comprend ce que les autres ne peuvent deviner, ce qui devrait nous rapprocher d’elle, éveiller notre empathie. Le pacte qu’elle noue avec le lecteur est donc lui aussi classique : elle va tenter une introspection, la plus objective possible. Mais la culpabilité, la peur, l’impuissance prennent parfois le dessus. L’auteur et à travers lui la narratrice essaient de rester sobre, de ne pas verser dans le pathos. Difficile tant cette histoire est chargée, triste et moche.

Pas une once d’humour ou d’espoir dans ce récit, la mécanique des faits, les conséquences de ses actes qui dépassent Claire sont implacables, avec un twist intime final assez spectaculaire. On devine rapidement et facilement ce qui va se passer (à part la fin pour ma part, mais bon je suis nulle pour deviner la fin en règle générale !), mais au fond cela impacte peu la lecture.

C’est qu’on est en plein schéma de tragédie classique : le héros qui subit des événements irrésistibles, déclenchant la pitié du lecteur horrifié, une réflexion sur la nature humaine, des crimes, peu de personnages, un héros victime passive trompée par le sort. L’auteur a même poussé le modèle en introduisant un ersatz de choeur (qui ponctue les tragédies grecques) bien trouvé : Claire pense à des paroles ou des titres de chansons en écrivant, et les introduit au fil de son récit. Le détour par des paroles chantées par d’autres l’aide à rendre compte de son état intérieur inintelligible sinon.

Malgré ce mélange classique et inventif, ce dispositif romanesque qui a plus d’une fois fait ses preuves, je suis restée de marbre devant cette histoire. Je suis en partie en cause et il est bien possible que vous ressentiez tout à fait différemment cette lecture. C’est qu’il m’était impossible de m’identifier à Claire, aussi éloignée que possible des personnalités qui me touchent : la quarantaine, DRH, un compagnon depuis de nombreuses années, une vie sociale normale à la parisienne, de l’ennui et une grosse envie d’enfants. Une femme banale, un environnement qui n’invite pas à l’imagination, à la fantaisie. Il est probable que le contraste est voulu. Une vie lambda touchée par un drame initial, la décision de se taire, qui déclenche la lente descente de Claire, montrant que n’importe qui peut faire des choses horribles, poussé par les circonstances et un choc émotionnel mal digéré.

C’est l’empathie du lecteur qui l’emporte ou non avec ce livre, et comme je ne me suis pas identifiée à Claire et à son histoire, il est difficile pour moi d’en faire une critique positive, malgré toutes les qualités que j’y vois. Du coup tout avait un goût de trop peu : l’héroïne trop passive, des personnages secondaires peu sympathiques, un désespoir fade, un style et une voix trop plats, un fait divers, un drame bourgeois plutôt qu’une tragédie classique. La prison et ses effets ne sont quasiment pas exploités, à ma grande déception. Le tout manque de relief, de panache, l’auteur garde la banalité des vies de ses personnages jusque dans son style. Essayez quand même, parce que si vous arrivez à vous lier à Claire, ça vous donnera une lecture poignante et sensible et vous fera réfléchir sur tout ce qu’on ne maîtrise pas dans la vie.

justine3Je me suis tue, par Mathieu Ménégaux. Editions Points, 2017.

Outlander : le chardon et le tartan, t. 1

Attention, livre addictif ! Une fois commencé, on ne peut plus s’arrêter !

Note : 4,5/5.

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Ouaaah !! Ca faisait longtemps que je n’étais pas tombée sur un livre où on se dit, tard le soir : « Encore une petite heure ! », ou qui nous retient rivé au fauteuil même quand une envie pressante se fait sentir.

Je n’en reviens toujours pas d’être complètement passée à côté de cette série de romans, alors que la couverture de l’exemplaire que j’avais en main arborait fièrement son argument publicitaire chiffré : « Déjà plus de 20 millions de lecteurs ». Même à l’échelle de la planète, ça fait tout de même beaucoup de monde ! Et en plus, le roman a été adapté en série (cliquez sur l’image pour voir la bande-annonce de la saison 1).

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Eh bah non. Il a fallu qu’une documentaliste de CDI soit absente un jour, pour que je me retrouve derrière le bureau à parcourir les nouveautés de romans, et que je tombe distraitement sur ce tome 1. Je n’ai pas tout de suite compris l’ampleur de ce que ce pavé de 900 pages recelait.

Profitant des vacances, je me suis installée et j’ai commencé cette histoire plaisante de voyage dans le temps. J’avais un excellent souvenir du dernier roman de ce type que j’avais lu, le 22/11/63 de Stephen King qui se passait au moment de l’assassinat de Kennedy.

J’ai d’abord pris ce roman pour une énième fiction young adult, comme on en voit fleurir tant sur les tables des libraires et dans la bibliothèque de Fanny. Que nenni ! On était plutôt dans la bibliothèque de ma mère, avec ses romans historiques aventureux et voluptueux, mais une bibliothèque rénovée, moderne, au goût du jour. Comme si on refaisait les gâteaux de notre enfance, mais avec moins de beurre et de sucre, et toujours un aussi bon goût.

Outlander est parfois qualifié de « romance historique » mais ce n’est pas rendre justice au bouquin : je dirais plutôt roman d’aventure épique, violent et romantique qui se passe en grande partie au XVIIIe siècle. Petite nuance, mais importante : si l’histoire d’amour occupe une grande place, le roman ne saurait se résumer à elle, ni à l’époque où il se déroule.

Je ne vous dévoile rien en vous disant qu’il s’agit d’un roman de voyage dans le temps : c’est marqué dans le résumé du quatrième de couverture. Claire est une jeune femme prête pour cette aventure : élevée par un oncle féru d’archéologie, elle a déjà parcouru les quatre coins du monde ; mariée à un historien un peu doux-dingue et possessivement amoureux, elle renoue avec lui au début de l’histoire, au sortir de la Seconde Guerre mondiale qu’elle a passée loin de lui à soigner les blessés comme infirmière. Installés dans un village écossais des Highlands, ils profitent de la vie au grand air, parcourent les sites remarquables de la région et font copieusement l’amour pour mieux se retrouver. C’est alors que tout bascule, ou plutôt que Claire bascule dans un menhir, pour se retrouver… au même endroit mais au XVIIIe siècle !

C’est là que je me suis dit : c’est coton, l’auteure a réussi à nous faire entrer dans son histoire comme dans du beurre, on est à l’aise avec les personnages, on sait déjà qu’on veut les suivre jusqu’au bout des 900 pages, le village pittoresque d’après-guerre avait vraiment beaucoup de potentiel romanesque, mais comment va-t-elle s’en sortir dans la description des Highlands du XVIIIe siècle ? Claire va-t-elle revenir ?  toute la tension du roman se tient là.

Mais très vite on oublie un peu son époque d’origine, tout comme Claire d’ailleurs, pour mieux découvrir le monde rude, violent et terriblement grisant de ce coin des Highlands. Voilà Claire sur les chemins peu sûrs, prise entre les Anglais et les Highlanders, puis au château, où elle musarde à la recherche de plantes, picole aux banquets, soigne, se bat, et fait des rencontres. On est pris dans un tourbillon d’aventures, une histoire d’amour qui enfle, c’est parfois cru, âmes sensibles s’abstenir à certains moments mais c’est souvent intense, et toujours excitant. Un vrai péché mignon.

Le style se fait oublier, ce n’est pas lui qui fait la sève du roman : ce sont les personnages, et surtout la relation du couple au coeur de cette histoire, et l’univers irrésistible de l’Ecosse où l’on est littéralement aspiré. Peu de temps morts, peu de longueurs, c’est déjà un sacré tour de force pour un roman aussi gros.

Outlander

Malheureusement j’avais pas mal de travail et j’ai accéléré la lecture pour me dépêtrer de ce roman et revenir à des activités plus quotidiennes. Si vous êtes friands de romans d’aventure faciles à lire et attachants, jetez-vous sur cette saga (attention, 10 tomes !), mais attendez d’avoir un peu de temps devant vous, car elle ne sera pas facile à lâcher !

justine3Outlander : le chardon et le tartan, t.1. Par Diana Gabaldon. Editions J’ai Lu, 2014.