Notre bilan 2018

Amies lectrices et amis lecteurs, merci à vous pour votre curiosité et votre fidélité ! Nous avons passé avec le blog une belle année 2018, et avons déjà plusieurs projets pour l’année qui s’annonce !

Mais avant, retour sur 2018.

Ce fut une année intéressante pour le blog, sur le plan des lectures et des projets. Nous avons débuté avec le Prix littéraire des chroniqueurs web, qui nous a éloigné de nos sentes de lecture habituelles, avant d’opérer un virage résolu vers les littératures de l’imaginaire. La fin d’année a été en effet marquée par davantage de chroniques de science-fiction, fantasy, fantastique. Fanny ayant changé de phase, plongée qu’elle est en ce moment dans les romans fantastiques et feel-good (à l’eau-de-rose ;), nous avons moins lu et chroniqué des romans young adult.

Ce qui a marqué notre année, c’est notre présence aux deux grands rendez-vous des littératures de l’imaginaire français, les Imaginales en mai, puis les Utopiales début novembre. Les Imaginales d’Epinal ont vraiment ouvert le champ de la fantasy à Justine, alors que Fanny était déjà bien acclimatée. On a dévoré tout au long de l’année Gabriel Katz, Fabien Cerutti, Manon Fargetton… mais aussi toute l’oeuvre d’Adrien Tomas, on vous en reparle très bientôt. Les Utopiales furent l’occasion pour Alice de renouer avec un festival et un milieu qu’elle connaît bien, et une découverte pour Justine. Quelques auteurs ont éveillé notre intérêt, comme John Scalzi, Ben H. Winters ou encore Luvan dans le domaine français. Vous l’aurez compris, nous n’avons pas chroniqué tous les livres lus par nous trois en 2018, loin de là. On a procédé par coups de coeur, et surtout en fonction de notre temps.

Voici quelques chroniques qui nous ont particulièrement plu (à écrire ou à lire) :

Les seigneurs de Bohen. Chronique de Fanny. Alice a aimé : Les seigneurs de Bohen est un livre vif, d’une fantasy intrigante. On plonge très vite dans l’univers de Bohen, monde à la fois familier et tout à fait mystérieux. L’un de ses points forts : des personnages intéressants, et dont la gent féminine est bien mieux représentée que la moyenne ! Je l’ai lu avant de savoir que Fanny lui attribuait un 5/5, et je partage son avis ! Mes collègues aussi, en tout cas ceux à qui je l’ai prêté…  Je vous le conseille très fortement !

Dernier meurtre avant la fin du monde. Chronique de Justine. Alice a aimé : Merci infiniment Justine de m’avoir prêté ce Dernier meurtre ! Je n’en ai lu qu’un seul tome à ce stade sur les 3 qui composent ce récit pré-apocalyptique, mais je compte vite remédier à cette situation… Si l’on savait la fin du monde proche, dans 6 mois disons, à quoi ressemblerait le monde ? De nombreux auteurs ont imaginé débauche et chaos. La force de Ben Winters est de nous projeter dans un avenir probable, où chacun a pu assouvir ses envies et ses excès, où chacun a eu le temps de s’en lasser, et où il reste 6 mois avant la collision. L’auteur joue avec nos attentes, car comme la majorité des personnages, le lecteur n’a qu’une envie : se dire que la collision n’aura pas lieu, que les calculs des scientifiques sont erronés, que le gouvernement cache un plan secret. La puissance du personnage principal, la puissance du roman est de nous mettre calmement face à cette vérité : la fin du monde est programmée. Et il faut quand même vivre, enquêter, risquer sa vie. Dernier meurtre avant la fin du monde est aussi un excellent croisement entre roman policier et SF pour les amateurs de l’un ou de l’autre de ces deux genres !

Lady Helen. Chronique de Fanny. Justine a aimé (je triche, c’est fin 2017 😉 : Encore une belle découverte recommandée par Fanny dans une chronique d’anthologie, sous forme de lettre à Lady Helen. Lady Helen, c’est un condensé de Jane Austen et de gothique. Un jeune aristocrate anglaise arrive à l’âge de se marier, et ses préoccupations tournent autour des toilettes et des bals… jusqu’au jour où elle se découvre de mystérieux pouvoirs, en lien avec ses parents, et un homme ténébreux et dangereux de son entourage. Action, humour, romance, le tout enlevé et très bien écrit, foncez sur Lady Helen ! 

Les infâmes. Chronique de Alice. Justine a aimé : J’avais lu ce roman avant qu’Alice ne s’y intéresse dans le cadre du Prix littéraire des chroniqueurs web. Je l’avais trouvé brillant et noir, une enquête en même temps qu’un road-movie et une histoire familiale. Le plus de ce livre qui se lit facilement : la galerie de personnages, hauts en couleur, horribles et marquants. 

Et vous, qu’avez-vous aimé sur notre site en 2018 ?

Tout d’abord, vous êtes plus nombreux à nous lire qu’en 2017, vous venez surtout sur notre page d’accueil où se trouvent l’intégralité des derniers articles parus. Notre participation à des concours de blogueurs crée une curiosité pour nos profils, c’est nouveau pour nous ! Nous allons remettre à jour notre page de présentation. Vous êtes une quarantaine à nous suivre sur wordpress et par mail, et 93 sur Facebook. Notre blog est maintenant mieux référencé, et nous avons aussi beaucoup de visites via les moteurs de recherche, ou les rebonds signalés par nos amis blogueurs, ou auteurs. En 2018 notre blog a été vu par environ 600 visiteurs. Et vous êtes de plus en plus internationaux ! Un quart des vues provient des Etats-Unis ! La Belgique et le Canada, francophones, sont aussi bien représentés. Des lecteurs d’autres pays viennent voir notre blog : l’Irlande, la Suisse, la Chine, le Luxembourg, le Maroc, l’Espagne…

Votre top 5 de 2018 sur notre blog est :

La Mort Vivante. Une bande dessinée sortie en septembre, véritable bijou visuel avec son trait inspiré des gravures anciennes et son ambiance gothique, qui sublime une histoire tirée d’un roman de science-fiction des années 1950. L’article a été relayé par le dessinateur, Alberto Varanda, ce qui nous a donné une visibilité internationale !

Couleurs de l’incendie. Le nouveau roman de Pierre Lemaître, très attendu, dans la lignée d’Au revoir là-haut dont l’adaptation cinématographique est sortie à la fin de l’année dernière. Un roman réussi, histoire d’une vengeance sur fond de spéculations financières au bord de la Grande Dépression.

Camille, mon envolée. Un roman loin de nos lectures habituelles, qui a touché Alice au coeur. Un témoignage très touchant sur la mort d’une jeune fille de seize ans, écrit par sa mère. Un récit délicat qui ne verse jamais dans le pathos.

Notre-Dame des Loups. L’un de nos coups de coeur de 2018 ! Adrien Tomas, l’auteur, a signalé cette chronique sur sa page Facebook, ce qui a permis de faire découvrir le livre à plus de personnes ! Un huis-clos au Far West sur fond de chasse aux loups-garous, avec une écriture nerveuse et un sens génial de la construction narrative.

Dictionnaire visuel des arbres et arbustes communs. La période des fêtes et la recherche d’idées de de cadeaux a certainement fait grimper les consultations pour cet article, issu de la curiosité de Justine pour les arbres et son incapacité patente à les reconnaître en promenade. Un dictionnaire en images, clair et accessible pour les néophytes.

Pour compléter et vous donner un top 10, voici les 5 titres suivants que vous avez le lus consultés : Les chroniques du Radch, Underground Railroad, Alors vous ne serez plus jamais triste, Un parfum d’encre et de liberté, Le problème à trois corps. Il est certain que notre mode de consultation, qui propose les articles en intégralité sur la page d’accueil, ne permet pas de voir véritablement qui lit quoi, mais on en a déjà une bonne idée !

Quels projets en 2019 ?

Fanny, Alice et moi sommes très motivées pour continuer à vous faire découvrir nos lectures coups de coeur, malgré des vies activesde trentenaires très chargées et familiales pour certaines… Toutefois la lecture occupe une place importante dans nos vies et on a énormément de plaisir à partager avec vous nos lectures. Notre blog reste ouvert, bien sûr, à toutes vos contributions si vous souhaitez proposer un article n’hésitez pas !

L’année 2018 a été très « fantasy », on vous fera peut-être découvrir en 2019 plus de titres de science-fiction, de fantastique qui valent le détour, tout en continuant à chroniquer des livres coups de coeurs dans d’autres genres, romans, romans policiers, BD aussi.

Deux projets/évènements pour l’année à venir : notre participation au PLIB, le Prix Littéraire de l’Imaginaire de BooktubersApp, auquel Alice est inscrite comme juré pour sélectionner le meilleur livre de SFFF paru en 2018 ; on vous en reparle en janvier. L’autre évènement, c’est qu’on va se retrouver toutes les trois (pour la première fois toutes ensembles !) aux Imaginales fin mai. On a hâte !!!! On va être peut-être plus que de simples spectatrices cette année, on va y réfléchir dans les semaines à venir !

Joyeuses fêtes et à bientôt pour de nouvelles aventures littéraires sur les mécaniques imaginaires !

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Astuces livresques sur internet : offrez un livre choisi par un libraire avec La Kube

En panne d’idée de cadeaux pour Noël ? Vous savez qu’elle/il aime bien lire mais vous ne connaissez pas bien ses goûts littéraires ? Vous voulez un joli coffret avec un livre et des petits cadeaux ? Pas de panique, La Kube est là.

Image Actualitte.com

La Kube, c’est la seule box livre personnalisée. Et c’est le fait qu’il s’agisse d’un service personnalisé qui me semble l’atout majeur de cette idée : la box est par ailleurs assez chère (23,50 euros pour un livre de poche à offrir + goodies), mais très soignée. 

Image Actualitte.com

Plusieurs formules existent, pour soi ou à offrir : abonnement 1 mois, 3 mois ; format livre de poche ou livre grand format, box simple ou coffret avec plus d’éléments ; box pour les enfants aussi. 

Le plus : le ou les livres inclus dans la box sont choisis spécialement pour vous par un VRAI libraire de chair et d’os, qui reçoit les réponses d’un questionnaire que vous devez remplir pour indiquer vos goûts ou envies littéraires. C’est pareil pour la personne à qui vous offrez la box, pour la recevoir elle doit se connecter sur le site et répondre à ce questionnaire.

Pour celles et ceux qui aiment cocooner avec un bon bouquin, ou les petits objets déco !

Dernier meurtre avant la fin du monde

Ou comment et pourquoi enquêter sur un suicide qui est peut-être un meurtre, alors qu’un astéroïde va s’écraser dans six mois sur la Terre…

Note : 4/5

Avis aux amateurs de bons polars ! Avis aux amateurs de scénarios catastrophe ! Avis aux amateurs de bonne littérature ! En voilà un roman qu’il fait du bien : sobre, sensible, efficace, étrange, j’ai aimé chaque moment du livre, qui se déroule comme une petite musique bien réglée au milieu du chaos généralisé. Mais attention, pas un chaos avec cris et fracas, larmes et explosions. Un chaos ordinaire, où l’espoir  a déserté, où le « à quoi bon » s’est fait une place dans les choix de Monsieur et Madame Tout-le-monde. 

Hank Palace est devenu policier. Il a toujours été réservé, un peu à part. Difficile de savoir ce qu’il se passe dans sa tête, ce qui le motive. Il ne ressemble pas du tout à sa soeur Nico, au style de vie débridé. Il est proche d’elle, toutefois, elle est tout ce qui lui reste comme famille après qu’un drame familial survenu dans leur enfance les ait soudés. Après le meurtre de sa mère suivi du suicide de son père, alors qu’il n’avait qu’une dizaine d’années, un détective a pris l’affaire en main et l’enquête de police a permis de résoudre l’affaire. C’est devenu une vocation : Hank Palace veut résoudre des meurtres.

Et c’est un nouveau drame, celui qui touche le monde entier, qui a précipité sa promotion à la criminelle de Concord, dans le New Hampshire. C’est depuis cette ville qu’on assiste aux réactions pré-apocalyptiques qui suivent la grande nouvelle : un astéroïde va s’abattre sur la Terre, engendrant des tremblements de terre, des tsunamis et une destruction quasi totale de toute vie humaine. Il reste à l’humanité six mois à vivre.

Quand il n’y a plus aucune perspective d’avenir, à quoi bon ? Toute la société se dérègle, les gens disparaissent pour accomplir leurs rêves, ou disparaissent tout court : à Concord, cela prend la forme d’une vague de suicides par pendaison. Hank Palace, un matin, est appelé sur une telle scène : un homme, Peter Zell, agent d’assurance sans relief, pendu à une ceinture dans les toilettes d’un McDo. Un autre suicide de toute évidence, et la police n’accorde pas plus d’importance que cela à l’affaire. Oui mais voilà, quelque chose cloche. Malgré toutes les apparences et l’inanité d’une telle démarche, Hank Palace se lance dans une enquête qui va remettre en cause, si c’est encore possible, sa vision du monde et son équilibre.

La référence ne vous a peut-être pas échappé, le titre du roman, forgé spécialement pour le public français, est très accrocheur : pourtant le roman n’a rien à voir avec le film, Dernier pub avant la fin du monde, titre lui-même inspiré d’un fameux vieux pub d’Edimbourg, The World’s End, très sympa (on a testé).

J’ai ressenti une forme de fascination pour ce roman. Le héros est étrange et digne des grands romans noirs. C’est sa sobriété qui ressort fortement sur le chaos provoqué par l’étrange nouvelle. Palace continue malgré tout, alors que tout le monde réagit à son niveau, souvent mal, avec forces démonstrations. C’est sa façon à lui de gérer l’ingérable, pas de vagues, faire son travail et le faire de son mieux, malgré tout ce qui ce passe. Une forme de dignité et de décence qui détonnent fort dans ce contexte. Mais une discrétion à fleur de peau. Comme tout le monde, Palace va mal et cette enquête l’emmène au bout de ses ressources. 

La peinture de ce monde au bord de la destruction est plus que crédible. Ben H. Winters, l’écrivain, a réussi à nous plonger dans une évocation sensible d’un monde à l’agonie, qui fait écho à ce qu’on a l’impression de vivre en ce moment, plus dans le mode auto-destruction que menace extérieure, mais cela revient au même. Le monde est au bord du gouffre, et en a pris conscience, c’est devenu une réalité. C’est là le niveau de conscience mondiale qui n’est pas encore atteint dans notre vraie vie, mais ce bouquin décrit quelque chose qui nous touche vraiment. Et je me suis dit en lisant : mais oui… c’est ce qui risque d’arriver si on prend conscience qu’on n’a tous plus que quelques mois à vivre…

Pour autant, ce n’est pas un livre qui plombe, il ne montre pas de complaisance à poser ce contexte : on est dans une enquête policière avant tout, et ce contexte qui s’immisce partout, jusque dans les motivations et les réactions de la galerie de personnages très bien campée, reste un contexte. L’auteur américain montre un super sens de la narration, on est pris par l’enquête comme dans tout bon roman policier.  C’est par petites touches qu’on comprend ce qui se passe, qu’on perçoit que cette donnée : « la fin du monde est dans six mois », est en fait dans toutes les pensées, tout le temps. 

Dernier meurtre avant la fin du monde est une trilogie :
le tome 2 se nomme J-77, le tome 3 Impact

Je suis en train de lire le deuxième tome, J-77, une enquête de Palace sur la disparition d’un proche, qui monte en puissance à mesure que l’échéance approche. C’est une trilogie, et je suis bien curieuse de voir comment ça va finir… même si on a déjà l’image générale !

Dernier meurtre avant la fin du monde, par Ben H. Winters. Super8 Editions, 2015. Il existe aussi en poche aux éditions 10/18.

Les mécaniques étaient aux Utopiales 2018

Alice a filmé les Utopiales des Mécaniques :

visitez les Utopiales sur nos épaules !

John Scalzi était l’une des têtes d’affiche de ces Utopiales 2018. Venu une première fois il y a presque dix ans, le romancier revient avec son dernier ouvrage traduit chez l’Atalante, Prise de tête (dans notre Pile de Lecture), suite des Enfermés chroniqué par Alice sur le blog. En entretien sur la grande scène, ce vendredi-là, on lui demande ce qui a changé en 10 ans : « It’s bigger« , répond-il – sobre, bien vu, drôle. Le ton est posé.

Les Utopiales, c’est une grosse machine nantaise. D’après actusf, cette année, la Cité des Congrès de Nantes a accueilli 90 000 visiteurs en 4 jours, 167 tables rondes et rencontres, 103 films courts et longs, plus de 225 invités. Et on l’a bien vu ! Des longues queues qui s’étirent devant les salles, un café bondé du matin au soir, des gens assis par terre, des files d’attente en librairie, partout la foule.

Nous étions deux des trois chroniqueuses des mécaniques imaginaires présentes à ce grand raout de la SF européenne. Justine, un peu perdue dans cet univers de SF, et Alice, de retour après plusieurs années. Voici notre top 5 de ces Utopiales :

  1. Il y en a pour tout les goûts !

Même si on était là principalement pour la littérature, ce qui fait l’attrait de ce festival, c’est la diversité de l’offre, au point qu’on peut vivre les Utopiales de plein de manières différentes : cinéma, littérature, BD, sciences, jeux, expos… l’offre est pléthorique et on peut enchaîner table-ronde, signature, projection et jeux sans problème.

Jules Verne en playmobil… pour tous les goûts on vous dit !

2. C’est un rendez-vous européen !

Contrairement aux Imaginales, l’autre grand rendez-vous de la SFFF qui se concentre sur la fantasy française, les Utopiales invitent et sélectionnent des auteurs de SF européens pour le prix (le francophile Andreas Eschbach, Karin Tidbeck pour Amatka), et font venir plusieurs auteurs d’Amérique aussi. Et la SF anglo-saxonne est toujours aussi inventive et dynamique (hello Jim C. Hines, What a pleasure Ben H. Winters, im such a big fan John Scalzi, who is C. Priest)… Mais bon les Frenchies n’étaient pas en reste même si du coup  un peu en retrait, avec le prometteur Patrick K. Dewdney que je vais m’empresser de lire, Mélanie Fazi, sous oublier l’éternel Philippe Curval.

3. On apprend des trucs sur le métier !

Les interventions sur la traduction ont été riches de réflexions sur la littérature et ses métiers. Les émissions de radio en direct donnaient un peu plus à la grande scène, intéressantes à regarder et à écouter, les interviews étaient de bonne qualité. Dans des loges à mi-hauteur, des personnes derrière des vitres qui parlent, agitent les mains, un casque sur les oreilles : la traduction simultanée permet d’entendre et comprendre les auteurs anglo-saxons sans problème. Alice a aussi suivi une présentation de la SF chinoise et du rapport des chinois au corps.

4. Ça se passe à Nantes !

On ne peut aller aux Utopiales sans profiter de la ville de Nantes, propre à éveiller l’imagination. L’urbanisme transforme la ville d’année en année, et on apprécie l’ambiance et les librairies du centre. Le week-end des Utopiales nous a permis de faire un tour des librairies nantaises, et on a bien sûr craqué pour la librairie de l’Atalante et ses libraires chanteurs qui offrent des bonbons, une véritable caverne d’Ali Baba pour la sphère SFFF.

5. On est venues avec de attentes différentes, on en est sorties avec une vision différente !

L’avis d’Alice.

Revenir aux Utopiales, c’est pour moi comme renouer avec une ancienne communauté que j’avais trop délaissée. Lors de ma première venue, aux débuts des Utopiales, nous étions une bande de fans d’un genre littéraire mal vu, une micro-société aux codes vestimentaires bien particuliers (cuir, cuir, cuir), des gens réunis par une passion plutôt littéraire et élitistement cool. Les Utopiales n’avaient pas, dans mon souvenir, de journée scolaire ou jeunesse à l’époque ! Quel plaisir de revenir maintenant, retrouver le fil ténu de cet intérêt qui me relie à tout un tas d’inconnus à travers livres, BD, sciences, films… même si le thème du festival me laissait plutôt froide. J’ai fait quelques très bonnes découvertes, dont deux autrices de La Volte, Luvan et Karin Tidbeck, via les tables rondes. D’autres tables rondes m’ont laissée froide : pourquoi faire parler les auteurs de leur rapport à la société, à tel ou tel débat, plutôt que de leurs romans ? Dommage de leur considérer comme des personnalités plutôt que comme des créateurs ! C’est la tendance de l’époque, me dit Justine. Enfin, la librairie du festival a tenu ses promesses, comme d’habitude je suis repartie avec deux fois plus de livres que prévu, ma pile à lire vous réserve bien des chroniques !

L’avis de Justine.

Je n’y suis allée qu’une seule journée. Je venais uniquement pour la littérature, ce qui fait que les trois-quarts du festival ne m’intéressait pas plus que ça. Le thème, le corps, ne me bottait pas trop non plus. Je suis bien de celles qui voient la richesse dans la diversité des approches, mais connaissant mal la SF, je cherchais surtout des découvertes littéraires, je voulais entendre parler de livres, de comment ils s’imaginent, se forgent. Alors j’ai dû mal choisir mes interventions, mais j’ai été un peu déçue par cette tendance à attendre tout d’un auteur, devenu un décrypteur de notre temps, un « gourou » me dit Alice, au point que les modérateurs en oubliaient de poser des questions… sur les livres. J’ai aussi regretté que les dédicaces soient courtes et coincées dans un recoin de la librairie, rendant les auteurs peu accessibles, qu’on ne puisse pas échanger avec les éditeurs ou les libraires. Mais on se sentait bien sur le site, la richesse de la prog nous a permis de circuler sans temps mort et j’ai passé un excellent moment à écouter Luvan et Mélanie Fazi parler de leur activité de traductrice, et de la manière dont on peut la concilier avec l’écriture. Et puis Nantes, quand même, chouette ville, et du temps passé avec Alice à parler bouquins, ça fait du bien ! Vous l’aurez compris, j’attends avec impatience les prochaines Imaginales d’Epinal !

Mémoires d’un détective à vapeur

Un moment agréable passé avec le détective Bodichiev, pour des enquêtes agréablement classiques, dans un univers agréablement original. Une édition des Saisons de l’étrange, nouvelle venue dans le paysage des littératures imaginaires.

Note : 3/5.

Et si l’Empire ottoman l’avait emporté sur l’Occident à la fin du Moyen-Age ? Et si les Nazis avaient gagné la Seconde guerre mondiale ? Et si les Russes avaient été les premiers sur la Lune ? Imaginez… un événement a changé le cours de l’Histoire, et le monde que nous connaissons est devenu un monde alternatif, aux repères bouleversés…

Dans la famille des « -ie », j’appelle l’uchronie ! Sous-genre de science-fiction aux côtés de la dystopie ou de l’utopie, l’uchronie est le monde tel que nous le connaissons, mais un monde un peu différent, divergent, un monde dont un événement a changé le cours. L’inspiration de l’époque tend à présenter ce monde avec des forces géopolitiques bouleversées. Ici le postulat de départ est assez facétieux, façon salade niçoise : les Russes et les Anglais ont fusionné, le bouddhisme est la religion principale et son calendrier a été adopté : nous sommes en l’an 3000 (j’ai calculé, en calendrier bouddhiste cela correspond à notre future année 2457), dans une Europe tendance steampunk avec des robots intelligents. Le temps et l’espace en sont tout bouleversés. Ainsi commence le résumé du livre :

Londres est la plus grande métropole anglo-russe, une statue géante du Bouddah Amida vient d’y être érigée et l’on prépare les festivités impériales du troisième millénaire…

Mais à la lecture, point de savants développements sur l’état du monde. Ce dernier se dévoile par petites touches, de menus détails qui font tressaillir les lignes de nos repères familiers. Pour certains, moi comprise, cela donne du plaisir à la lecture ; pour d’autre c’est assez déstabilisant car ce contexte social reste un contexte, un prétexte. Pour les lecteurs débutant en science-fiction, cela peut tout aussi bien être une cerise sur le gâteau qu’un caillou dans la chaussure. Et le gâteau (ou la chaussure), alors, quel est-il ? La suite  du résumé nous donne quelques indices :

Jan Marcus Bodichiev, détective privé et spécialiste en sécurité informatique, mène l’enquête sur une station extraterrestre, des crimes météorologiques, des cambrioleurs génétiquement modifiés ou dans la France soviétique…

Pour s’emparer de cet étrange petit livre, ce plaisant OLNI, Objet Littéraire Non Identifié, alors il faut aimer le risque et l’inconnu… que vous croyez, de prime abord. Mais que nenni : vous avez devant nous une série de nouvelles policières dans la plus traditionnelle tradition du genre !

Un tel livre pourrait être l’occasion d’une analyse sociétale et politique profonde, dans une démarche du type « montrez-moi une société qui diffère pour me faire réfléchir sur ma société réelle », mais il n’en est rien. L’an 3000 et l’anglo-russe s’imbriquent dans les intrigues, les sujets, les suspects, mais on reste en terrain connu, celui de l’enquête policière. Un mélange des genres tout à fait en vogue actuellement dans l’écriture de science-fiction, qui ici est poussé jusqu’à la caricature ou la parodie. Ce livre est une fantaisie, un jeu, un hommage, mais aussi une gentille supercherie littéraire.

Réunis après sa mort par son fils Olav, les écrits et fragments de Viatcheslav Pavlovitch Koulikov retracent la carrière d’un détective hors pair au temps des grands dirigeables, des premières intelligences artificielles et de la longue paix : souvenez-vous de l’an 3000.

Le postulat de départ est exagérément compliqué, au point qu’on en sourit : le fils d’un ancien collaborateur d’un célèbre détective, qu’il a lui-même croisé dans une ou deux enquêtes, qui réunit des fragments, à peine de quoi faire des récits, longtemps après les faits… le tout expliqué dans un avertissement, lui-même suivi d’une préface et des chapitres, chacun faisant l’objet d’une enquête, et d’une courte introduction d’Olav. A cela s’ajoutent de fausses critiques, des publicités loufoques, des photographies, et même une histoire inachevée pour faire plus « fragment ».

L’auteur sous pseudonyme s’est visiblement beaucoup amusé à l’écriture, et le lecteur le ressent à la lecture. Nous avons décelé la supercherie littéraire, M. Koulikov ! Mais nous n’avons pas voulu pousser trop loin l’enquête sur votre identité, pour ne pas déflorer cette savante construction. De toute évidence, vous êtes un fin connaisseur de la littérature de genre du 19e et du 20e siècle ; il ne serait pas surprenant que vous l’ayez étudiée, que vous ayez écrit dessus, avant de vous prêter vous-même au jeu. Vous apparaissez dans les salons littéraires sous votre nom de plume, M. Koulikov, et vous semblez bien familier de ce milieu d’éditeurs et de libraires de la science-fiction. Vous prétendez n’avoir jamais vu Biarritz, alors que vous semblez bien connaître Bordeaux, où vous prétendez avoir travaillé, dans votre Avertissement, pour l’université… Bordeaux est d’ailleurs le théâtre d’une des nouvelles de cet inénarrable détective Bodichiev.

De gauche à droite : Melchior Ascaride, Olav Koulikov et Jean-Philippe Depotte

Comme toute bonne parodie, les fils sont apparents mais assez fins, ce qui donne une jolie histoire bien articulée et les enquêtes, courtes et bien tournées, ont un rythme enlevé, avec un style classique. On suit donc avec grand plaisir les enquêtes de Bodichiev, croisement réussi de Sherlock Holmes, d’Hercule Poirot et de Maigret. On se balade avec lui dans cette Europe redessinée, en touristes ; on retrouve des ambiances, des lieux (le pub The Blackfriars à Londres, qui se trouve être notre QG londonien dans la vraie vie !), qui sont un peu décalés. Je me suis sentie replonger dans cette période où je lisais Agatha Christie, Conan Doyle ou Gaston Leroux. Une parenthèse bienvenue et sympathique ! Et même si vous n’êtes pas familiers ni spécialement attirés par la science-fiction, vous passerez un bon moment de lecture !

Ce texte illustre bien le credo des Saisons de l’Etrange, nouvelle maison d’édition lancée en 2018, d’abord comme collection des Montons Electriques, puis en 2019 de façon indépendante. Elle est dirigée par Melchior Ascaride, l’imaginatif illustrateur des Moutons électriques. Ses couvertures font mouche et épousent l’ambiance et les codes des textes édités, sans tomber dans les clichés : il a d’ailleurs signé celle des Mémoires d’un détective à vapeur. Ses couvertures sont flashy, colorées, dans une démarche de « récupération esthétique du roman pulp », réinterprété pour les Saisons de l’Etrange.

Pour mettre en place cette nouvelle maison d’édition, c’est le financement participatif, sur Ulule, qui a été retenu. Avec succès. Cette collection a pour ambition de publier des récits courts, inédits ou rééditions, inspirés des pulps, pas du tout dans une démarche nostalgique,  mais plutôt pour « ramener des gens vers la lecture », revenir à une littérature populaire, aux inspirations pop, qui parle à la génération des séries télé. Des enquêtes policières mâtinées de surnaturel et de plein d’autres genres et influences, fantastique, steampunk, lovecraftienne…

C’est le format court qui est privilégié, qui fonctionne bien en ce moment dans l’édition SF, comme la très belle collection Une Heure-Lumière du Bélial’, qui publie « des romans courts et à la facture élégante ».

Pour les Saisons de l’Etrange, les éditeurs sont partis sur un rythme de saisons : en 2018, entre 3 et 12 épisodes. Pour le moment 7 titres sont sortis. Le dernier en date, Les fantômes du nouveau siècle, a paru en octobre dernier.

Une saison 2 est prévue en 2019, avec notamment la suite des aventures du détective Bodichiev !

La mort vivante

Une splendide bande-dessinée de science-fiction sublimée par son ambiance gothique. Emerveillement et frissons garantis !

Note : 4/5.

 

 

La mort vivante est un conte horrifique post-apocalyptique. La Terre, détruite et exsangue, a été abandonnée depuis bien longtemps et les humains se sont installés sur Mars. Les manipulations scientifiques et génétiques ont aussi créé des créatures étranges, cyborgs comme bêtes abyssales, qui peuplent l’obscurité des vignettes. Martha, archéologue et aventurière de l’espace, perd sa fille suite à un accident sur l’un de ses chantiers. Malgré l’intervention de mystérieuses créatures sous-marines, la fillette meurt. Sa mère, femme fatale dark recluse dans un château labyrinthique n’aura de cesse de ressusciter sa fille en s’enfonçant dans des manipulations scientifiques dangereuses, avec l’aide de Joachim, scientifique doublé d’un collectionneur de reliques terrestres. La mort vivante retrace cette quête morbide, qui pourrait bien virer au cauchemar.

La BD est une adaptation d’un roman de science-fiction français de Stefan Wul, paru en 1958. Cela explique sans doute la localisation du château où se tient l’essentiel de l’intrigue dans les Pyrénées. Je n’avais pas lu le roman, aussi je partais sans a priori ou connaissance préalable du synopsis.

Après une période de lecture assidue de comics américains, j’avais quelque peu délaissé le médium BD au profit de romans. Cette année, je lis surtout de la fantasy française. Cela faisait donc un bout de temps que je ne m’étais pas replongée dans une BD et je suis arrivée à celle-ci par son genre et par son dessin. Aussi j’ai retrouvé avec un mélange d’étonnement et d’admiration cette concision narrative propre à la BD, cette capacité à poser personnages, contexte et à faire avancer l’intrigue en quelques mots, au point que cela m’a paru parfois trop rapide, trop concis et donc superficiel. Il ne doit pas être facile de faire tenir en quelques planches plusieurs dizaines de pages et de narration.

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Heureusement l’image vient abonder l’intrigue. Le dessin est somptueux, l’ambiance gothique et crépusculaire, et les couleurs adoucissent quelque peu cette noirceur. Le dessin est un tour de force, et c’est là que se trouve l’idée de génie qui fait de cet ouvrage un objet d’ores et déjà culte (la BD est sortie avec plusieurs couvertures, et surtout en édition limitée en noir et blanc : les exemplaires ont rapidement disparu de la circulation). Le dessin, les personnages, décors, effets d’ombre, sont entièrement réalisés au trait, avec des petits croisillons, en s’inspirant des techniques de gravures anciennes. Il accentue l’ambiance gothique donnée à l’univers visuel de la BD. Pas étonnant que le dessinateur a passé cinq ans sur ce projet !

Les thèmes abordés dans la BD datent de l’anticipation vue depuis 1958. Mais les thèmes chers à notre époque sont présents : la science contre la mort, la disparition de notre histoire, la perte, la conquête spatiale, et même la PMA. Ce mélange des genres, des époques, des techniques et des ambiances fonctionne à merveille et apporte un vrai plus à l’histoire, entre aventure scientifique, conte horrifique et manipulations scientifiques obscures. La fin reste ouverte, laissant espérer… une suite peut-être ?

justine3La mort vivante, dessins d’Alberto Varanda et scénario d’Olivier Vatine. Glénat, 2018.

 

 

 

L’Or du diable

Une variation made in 2018 sur la soif de l’or et la pierre philosophale, entre Moyen-Age et Allemagne contemporaine.

Note : 3/5.

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Une très belle jaquette, sobre et captivante. Voici un beau livre sorti par l’Atalante, dans un format presque carré et une mise en page soignée aux lettrines grasses en début de chapitre, rappelant les manuscrits médiévaux. Le résumé, lui, est cryptique : occultisme, manuscrits, pierre philosophale, gourou de la finance, soif de l’or, immortalité, aller plus loin… Dans quelle histoire Andreas Eschbach s’est-il encore embringué ?

Une nouvelle aventure romanesque d’Andreas Eschbach

Andreas Eschbach est un explorateur de genres : chaque nouveau roman aborde un domaine, un mythe, un type de créature présent dans notre imaginaire collectif. L’écrivain fouille les codes, les procédés narratifs, les facettes de ces figures, réfléchit en toile de fond aux grands thèmes sociaux et politique de notre époque, et de là trousse une histoire, qu’il ne parvient pas toujours à totalement maîtriser. De livre en livre, on le suit sur les voies sinueuses et chatoyantes des recoins de la science-fiction et du merveilleux. Cette exploration fait réfléchir aux repères littéraires que l’on peut se forger, les retourne. Elle est imprégnée d’une écriture classique et faisant la part belle aux ressorts de l’esprit humain. Après l’homme bionique et la comédie sentimentale très réussie du Dernier de son espèce, la fable écologique autour du mythe de la sirène un peu moins réussie dAquamarine, Andreas Eschbach dans L’Or du Diable remonte le mythe de la pierre philosophale jusqu’au Moyen-Age, et l’applique à notre époque toujours obsédée par la richesse, celle de l’argent et du pouvoir.

Une trame narrative en demi-teinte

Comme toujours, la narrateur nous entraîne dans son histoire avec une facilité déconcertante. Peu de longueurs, mais j’avoue être restée surtout spectatrice du roman. L’originalité du livre est qu’il se déroule à deux époques différentes, et qu’un récit permet de faire progresser l’autre. Un nouvel habit avec la patte ronde d’Eschbach pour une très vieille histoire. Le héros, un obscur consultant financier allemand sans grande envergure, se retrouve entraîné un peu malgré lui dans la quête de la pierre philosophale, et de l’or qu’elle produit, l’or du diable…

Tout commence par un hasard : la découverte d’un texte du 19e siècle, une transcription d’un manuscrit médiéval aujourd’hui disparu. C’est alors que la vie du héros bascule et au fils des ans et des événements, il découvre d’autres fragments de cette première histoire, pour peu à peu dévoiler les secrets alchimiques qui ont suscité tant de passions – et de morts – depuis des siècles.

Cette trame à la Dan Brown m’a parue parfois un peu trop bricolée, en tout cas peu vraisemblable. Mais d’un autre côté ces plongées dans le Moyen-Age, saisissantes et pleines de mystère, scandent bien le récit. Ce qui fait que la première et originelle histoire de l’or du diable a été pour moi plus intéressante à suivre que la seconde : le responsable en est en grande partie le héros, que je n’ai pas aimé du tout.

Un anti-héros comme je n’en avais pas aimé depuis longtemps

Il m’a fait pensé aux héros de Flaubert que j’avais détestés. Un arriviste un peu mou et antipathique. C’est malheureusement lui qu’on suit, dans sa trajectoire professionnelle et familiale sur plusieurs années. Sa passion c’est l’argent et mû par une soudaine inspiration, ce conseiller financier de petite envergure devient un gourou de la finance, je ne vous en dis pas plus pour ne pas non plus déflorer toute l’intrigue ! Son but dans la vie est de faire de l’argent, alors bon je n’ai pas trop accroché parce que la valeur argent au centre de notre vie, c’est quand même à mon sens un sacré mirage dans lequel on peut malgré nous être entraîné. Il suffit d’allumer cinq minutes la télévision pour entendre parler d’argent, ou d’écouter les conversations à la terrasse d’un café.

Le roman a le mérite de poser toutes ces questions, d’interroger sur le rapport à la richesse et à l’épanouissement personnel qui bien souvent sont confondus. Une histoire vieille comme le monde, tout comme celle de la quête de la pierre philosophale.

L’alchimie revue par les théories scientifiques contemporaines

Un autre personnage tout aussi antipathique, mais qui m’a semblé plus sympathique dans son antipathie – allez comprendre, c’est peut-être que son obsession se situe ailleurs, au niveau scientifique – est le frère du héros, ingénieur nucléaire au CERN. Voici la facette « sciences et techniques » du livre, qui m’a bien intéressée. L’enquête s’accélère à partir de la moitié du livre, alors que les deux histoires se connectent, et le frère prend part à l’intrigue tout en gardant un rôle secondaire. Grâce à lui, on apprend que le mercure peut effectivement être changé en or (la fiction rejoint la réalité, et cet article de Ca m’intéresse explique brièvement le mécanisme, tout en soulignant que personne ne s’est lancé dans cette fabrication… qui n’est pas rentable). Lui aussi se lance à la poursuite de la pierre philosophale mais avec d’autres motivations. Cette relation amour-haine fraternelle apporte un peu d’épaisseur psychologique et une pointe d’humour bienvenue au récit.

Si quelqu’un d’autre lisant cette chronique a fini le roman, j’aimerais avoir son avis sur la fin, ésotérique et merveilleuse, avec un côté lénifiant. Elle m’a laissée songeuse et dubitative. Une histoire inégale, originale aussi, dont je n’ai pas tout aimé, mais qui m’a marquée et fait réfléchir. Même si l’auteur n’est pas encore prêt d’égaler son premier roman qui est aussi son chef-d’oeuvre, Des milliards de tapis de cheveux, je reste fidèle à son projet d’exploration littéraire et attend avec plaisir de lire le prochain roman !

 

justine3L’Or du Diable, par Andreas Eschbach, Editions L’Atalante, 2018.