Secrets d’étoffes

Un beau livre de contes aux superbes dessins pour émerveiller des enfants.

Note : 4/5

SecretsDEtoffes-AlbinMichel

Portée par l’envie de faire un cadeau à ma filleule de 10 ans, me voici devant les étagères de la grande bibliothèque du Havre. Je parcours le rayon jeunesse, à la recherche d’un roman adapté, mais pour quelle raison, je ne sais, tous me tombent des mains. Je me tourne alors vers les livres illustrés à vocation pédagogique : dinosaures, histoire de France en 150 planches ? Oh non, elle a déjà tout cela ! Et j’ai envie d’autre chose, plus vivant, plus coloré, plus en accord avec mon état d’esprit du jour et aux émotions que j’aimerais lui envoyer. Trois tours sur place, j’ouvre grand les yeux, prête à capter des couleurs et des formes qui me plairont … oui, voilà, je l’ai vu. Comment a-t-il pu m’échapper au premier abord ? Ce grand livre de contes illustrés est immense ! Je m’approche, touche la couverture de tissu et j’imagine déjà l’enfant ouvrir grand les bras pour en tourner les pages, ce que je fais immédiatement.

Les superbes illustrations qu’il contient me séduisent immédiatement : tout prête à la rêverie dans ces lignes qui mettent en scène les contes dont le fil conducteur est le tissu. Si nous y pensons en effet, les contes traditionnels laissent toujours une place aux descriptions des vêtements. Peau d’âne et ses trois robes, Le petit chaperon rouge, mais encore des centaines d’autres contes de tous les continents, tirés des Mille et une nuits et d’autres recueils qui me sont inconnus, évoquent des parures, la confection d’un vêtement précieux ou symbolique ou encore la survenue d’un événement lors d’une fête où tous les convives portent des tenues de cérémonie.

Claude Fauque et Anne Lascoux, les deux auteures se sont unies pour écrire et réécrire des contes, en en modifiant l’angle de vue pour mettre en avant la part des tissus et du textile dans ces récits. Il est courant de parler de la « trame » d’une histoire et ces deux passionnées des étoffes ont pris cette image au pied de la lettre en les abordant par le prisme des textiles.

Claude Fauque a plusieurs ouvrages à son actif : Les mots du textile, Les mots du costume, chez Belin, La broderie, splendeurs, mystères et rituels d’un art universel, paru en 2007 aux éditions La Martinière, et des ouvrages consacrés à un tissu particulier : Le lin, La soie, aux éditions Gallimard dans la collection Droit fil. J’ai déjà lu plusieurs de ses ouvrages c’est aussi la raison pour laquelle j’ai eu envie d’offrir le livre.

Anne Lascoux est artiste et conteuse après une expérience de quinze ans comme orthophoniste, sa biographie la décrit comme passionnée par les mots et les histoires.

L’autre raison pour laquelle j’ai voulu donner ce livre à ma filleule est la suivante : je me souviens parfaitement qu’à une période entre l’enfance et l’adolescence je lisais énormément de contes, de tous les pays et de récits de mythologie, avec une sorte d’avidité. Pourquoi ? je ne sais pas, mais je me souviens avoir à ce moment découvert avec étonnement et enchantement que certains récits se croisaient : les contes polynésiens d’îles englouties me faisaient étrangement penser à la ville d’Ys, les histoires de filles de rois aux amours impossibles, les épreuves rencontrées par le héros, tout cela répondait aux contes traditionnels de Perrault et Grimm, que j’avais commencé à lire dans leur version originale, brutale et sans filtre.

Et je dirais que c’est à ce moment dans mes réflexions que je suis chagrinée par ce livre. J’ai lu les contes et ils m’ont laissée sur ma faim. Ils sont peut-être un peu trop écourtés, pour des raisons de mise en page sans doute ? Mais certains développements m’ont paru manquer, ou bien j’ai eu l’impression que des contes étaient aseptisés. A vrai dire, la réécriture est faite avec plus ou moins de bonheur selon l’histoire et le parti-pris est assumé cela est certain. Cependant j’ai eu la mauvaise sensation – parfois, de récits un peu vidés de leur substance. Habituellement, il se dégage une morale dans un conte, qui peut tomber comme un couperet comme dans La mort marraine des frères Grimm. Je crois que la volonté de captiver en restant centré sur les tissus et en voulant s’adresser aux enfants a conduit les auteurs à rester parfois en surface. Mais pour tempérer cette critique, je crois justement qu’aborder les contes à travers les étoffes leur donne un  nouvel aspect symbolique et que cela ajoute du sens à ces histoires, en les rendant plus proches au sens physique du terme, car nous abordons les tissus par le toucher en priorité.

Mais le regard d’un enfant sera bien sûr différent du mien et surtout, les dessins soutiennent admirablement tous les récits. L’imagière, Charlotte Gastaud – je la nomme ainsi car sur la couverture il est écrit « images » et non « illustrations » – tracent à elles seules de nouvelles histoires et ajoutent des couches de sens. Il y a des dessins en noir et or intégrés aux textes et des planches complètes en couleurs vraiment propices au voyage. Les couleurs sont éclatantes, il y a un réseau compliqué de formes inspirées bien sûr des motifs des tissus, bref allez les regarder, c’est un plaisir !

Le livre se conclu sur un historique des tissus, bien fait et intéressant, qui permet de s’approprier tout le vocabulaire et de comprendre certains aspects des contes qui auraient pu échapper au jeune lecteur et tout simplement d’apprendre et d’étendre ses connaissances.

Il s’agit d’un beau livre à offrir qui fera je l’espère grand plaisir à sa destinataire !

sophieSecrets d’étoffes par Claude Fauque, Annie Lascoux, Charlotte Gastaut. Albin Michel, 2015.