Que faire de tous mes livres ???

Nouvelle rubrique ! En plus des critiques de vos chroniqueuses préférées, nous vous proposons des « Brèves imaginaires » : des actus et des conseils sur toutes les manières de trouver de quoi lire, ou donner à lire !

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Le site Bibliotroc.fr propose aux particuliers de troquer leurs livres

Ma bibliothèque déborde de partout, j’achète des livres neufs, des occasions, en librairie, sur internet, bref de façon un peu compulsive parfois, et ça s’empile ! Je voulais les revendre mais le concept ne me plaisait qu’à moitié…

J’ai trouvé un site super : Bibliotroc, qui permet de faire du troc de livres entre particuliers. Vous vous inscrivez sur le site moyennant quelques euros, et mettez en ligne tous les livres que vous souhaitez troquer, en leur donnant une valeur de points. Ils vont apparaître dans les livres disponibles et un abonné va vous le demander. Il faut envoyer le livre dans un délai de 4 jours. Avec les points gagnés, vous pouvez acquérir vous-mêmes des ouvrages disponibles.

Les + : vider – un peu – sa bibliothèque ; découvrir de nouveaux livres presque gratuitement ; pas de sous dans l’histoire ; ça rend addict de surveiller tous les nouveaux livres mis en ligne, à portée de clic…

Les – : il faut payer les frais de port d’envoi des livres par la Poste ; un délai à respecter sur l’envoi ; le livre doit être en bon état ; peu de nouveautés proposées, ou alors elles partent très vite…

A découvrir !

Le site Bibliotroc : www.bibliotroc.fr

Une brève imaginaire de Fanny

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Déracinée

 » Notre Dragon ne mange pas les filles qu’il emporte »

Note : 3/5.

Dércinée_avril 2017

Cette phrase est celle figurant en haut du 4ème de couverture, vous pensez bien qu’elle m’a fortement intriguée… S’il ne les mange pas, qu’en fait-il donc ???

Le libraire de nos vacances m’a tout de suite conseillé ce livre, me voyant errer comme une âme en peine dans le rayon heroïc fantasy (en pénitence plutôt, j’essayais d’éviter le rayon ado juste à côté).

« Déracinée » m’a sauté aux yeux avec sa très jolie couverture.

Ma soeur me dit toujours : un titre avec un seul mot (genre, au hasard, un adjectif au féminin), c’est toujours suspect (sous-entendre, c’est encore un livre cul cul pour ados), donc j’ai hésité, de peur de retomber dans mes travers.

« Il faut aimer la magie, la vraie magie », m’a dit le gentil libraire en guise d’avertissement. « Oh, ça tombe bien, je n’aime que ça », lui ai-je répondu !

« Ce livre a reçu plein de prix », a-t-il ajouté doctement. « Oh, il doit être bon, alors ! » (bon, j’ai lu les intitulés des prix, je n’en connaissais aucun : ça vous dit, vous ? : les prix Nebula, Locus, British Fantasy ? et finaliste du prix Hugo).

Et puis, je voulais savoir ce que faisait le Dragon des jeunes filles…

Donc, c’est un livre de magie, de la magie de contes pour enfants qui font peur. Tous les noms de personnages et de lieux sont de consonance polonaise, on rencontre même Baba Yaga.

Vous avez tous les ingrédients : une paysanne, un sorcier brutal et sans coeur (bon, il a plus de 100 ans d’âge, mais il ressemble à un jeune homme de 20 ans), un royaume à sauver d’une force maléfique vivant dans le Bois.

Le Dragon (sorcier, seigneur et protecteur de la magie funeste du Bois) quitte sa Tour tous les 10 ans pour venir chercher dans la Vallée une jeune fille de 17 ans, qu’il relâchera ensuite. Mais qu’en fait-il donc durant ce temps ? Que toutes celles qui pensent à des propositions malhonnêtes oublient immédiatement, le Dragon est aussi romantique qu’un bout de bois ! Non, seule sa magie lui importe, et ces jeunes filles endossent un rôle bien particulier qui nous est dévoilé au fil des pages.

J’ai beaucoup apprécié Agnieszka, l’héroïne. Elle est du genre « nature », elle est toujours pleine de taches, les vêtements sales et déchirés, n’en a rien à faire de son apparence, bref ne se la joue pas du tout princesse (qu’elle n’est pas d’ailleurs). Elle est originale, ne rentre pas dans les cases, et refuse les carcans, tout en restant humble.

C’est un joli conte fantastique, assez classique dans son thème, bien écrit et agréable à lire. « Un livre enchanteur », selon Robin Hobb.

fannyDéracinée, par Naomi Novik, éditions Pygmalion ( 2017).

Bonus – Remèdes littéraires

Vous trouvez votre nez trop grand ? Vous traversez la crise de la quarantaine ? Vous êtes coincé dans une salle d’attente ? Vous ronflez ? Vous avez la gueule de bois ? Vous vous êtes trompé de métier ? Pas de panique ! Il existe des remèdes à tous nos petits maux et aux plus grands – la vie, n’est-ce pas – et ils se trouvent dans des livres !

Remèdes littéraires

Dans un livre, particulièrement, « Remèdes littéraires – Se soigner par les livres ». Une jolie métaphore du rôle que peut jouer la littérature dans nos vies, comme elle peut être source de réconfort, refuge, compagnon de route dans les moments difficiles. Et de vraies sources d’inspiration, quand les livres eux-mêmes traitent de ces maux de la vie !

Se soigner par les livres, ce n’est pas seulement une jolie métaphore ou une idée de livre amusante, c’est une véritable discipline paramédicale. La bibliothérapie est encore peu pratiquée en France, mais mais connaît un engouement dans d’autres pays. Vous êtes-vous déjà fait la réflexion que la lecture d’un livre avait changé votre vie, votre façon de voir les choses ? vous a redonné le sourire, ou l’espoir ? Il existe des livres-déclics, des livres thérapeuthes. A Londres, la School of Life pratique ces soins par les livres. Les deux auteures de « Remèdes littéraires » en ont fait partie.

Vous vous retrouvez donc avec un petit pavé plein d’humour, bourré d’idées de lectures éclectiques, originales, surprenantes ou plus classiques. Certains articles contiennent des top 10, quand certaines situations donnent tout loisir de lire. Par exemple à l’article « Etre à l’hôpital », on vous recommande 5 livres sur les anges (humour douteux) et 5 livres d’aventure (pour s’évader) .

Les pathologies de la lecture sont aussi traitées, on vous propose des solutions, à prendre ou à laisser, lorsque vous êtes un acheteur de livres compulsifs, si vous avez peur de finir des livres auxquels vous vous êtes attaché, ou encore si vous avez plutôt tendance à lire plutôt que vivre…

Voici donc une excellente boîte à idées de lectures, pour compléter les idées glanées sur les mécaniques imaginaires, au cours de discussions avec vos amis, sur les étals de libraires ou sur des sites de critique, un livre qui vous propose des lectures s’adaptant à des situations de vie. Ou une bonne idée de cadeau, puisque les « Remèdes littéraires » m’ont été offerts par Fanny (allez savoir pourquoi ça lui a fait penser à moi !).

Si ce livre vous tombe entre les mains, il est intéressant de vous observer dans sa découverte. Quels articles irez-vous voir en premier ? Je vous livre mon premier article lu : pour « Etre fauché », on me recommande de lire Gatsby le Magnifique de Francis Scott Fitzgerald (l’argent ne rend pas heureux), et Money, Money de Martin Amis (pour se rappeler de quelle horrible manière l’argent peut salir et corrompre), pour ensuite mieux revenir à Gatsby pour faire ce que James Gatz aurait dû faire… vivre de peu, mais heureux !

 

justine3Remèdes littéraires, par Ella Berthoud et Susan Elderkin. Editions Jean-Claude Lattès, 2015.

 

Watership down

Laissez pousser vos oreilles, frétillez des moustaches, musardez dans les champs par petits bonds et… entrez dans la peau d’un lapin pour quelques pages !

Note : 4/5

watershipdown

Watership down... Un roman d’aventure, ça c’est sûr.

Une épopée même, avec ses distances infranchissables, ses décisions lourdes de sens qui font l’Histoire, sa bande de copains qui se transforme peu à peu en un peuple, ses hauts-faits militaires, ses moments de ruse, sa création d’un héros national.

Oui, de l’action, de l’épique, des histoires, mais… de lapins !! Vraiment : de lapins. Avec leur morphologie, leurs comportements instinctifs. Avec leurs motivations, leurs besoins, leurs mythes, leurs conquêtes, leurs batailles de lapins. Leurs pattes, leurs oreilles et leurs terriers. Heureusement, ces lapins-ci parlent français (enfin, anglais pour la VO). Ils glissent quelques mots-lapins, car il n’existe pas d’équivalent de farfaler dans notre langue (grignoter à l’air libre) !

Hazel et Fyveer sont frères, ils vivent dans une garenne nommée Sandleford. Ils y vivent une confortable vie de lapin, sans faire partie de la Hourda (sorte de caste militaire qui fait régner un ordre tranquille sur la garenne) et en suivant les quelques directives de leur Maître Lapin. Toutefois Fyveer, comme certains lapins chétifs, a des visions, des prémonitions : la garenne va être détruite. S’il parvient à convaincre son frère et quelques autres lapins de l’imminence d’un désastre et de l’importance de fuir, le Maître n’en croit pas ses oreilles et leur interdit de tout départ.

Le petit groupe échappe in extremis à la Hourda, lancée à leurs trousses. Commence alors un vaste périple, ponctué de découvertes variées pour ces lapins qui n’ont connu qu’un paisible champ loin des hommes. Traverser des rivières, croiser des voitures, oser parcourir toujours plus de kilomètres et s’installer dans un territoire totalement inconnu, fonder une nouvelle garenne, piller une grange, lutter contre les sirènes du confort : ces lapins vont connaître toutes ces épreuves comme autant de rites initiatiques.

À chaque rencontre d’une nouvelle garenne – le groupe en découvre deux – ce sont des nouveaux systèmes politiques qui sont présentés par l’auteur. Une garenne qui a sacrifié sa liberté pour le confort et l’opulence, tout en refusant de regarder en face le prix à payer – serait-ce une allégorie du capitalisme qui nous est présenté dans ce conte ? Une autre qui subit un tout autre type de privation de liberté : elle est contrôlée par une junte militaire ultra efficace qui régit tout, de l’autorisation de se reproduire jusqu’à l’heure où l’on est autorisé à farfaler, dans le but de ne jamais se faire repérer par les prédateurs ou les hommes – peut-on lire entre les lignes un système communiste extrême ou la Corée du Nord ici ? (rassurez-vous, les allusions politiques sont subtiles et ne sont que l’une des grilles de lecture du roman).

L’héroïsme et l’ingéniosité vont intervenir et relancer l’intrigue quand notre vaillant groupe de rongeurs se rend compte… qu’ils ne sont que des mâles. Ah oui, tiens ! Quelle pérennité pour leur garenne toute neuve ? On a beau se reproduire comme des lapins, on ne peut pas le faire tout à fait tout seul… Il faut alors faire fi des vilou (les prédateurs de tous poils et toutes dents), s’allier avec d’autres animaux, repenser aux vieux contes racontés au coin du feu pour y puiser des idées, et prendre son courage à deux pattes. Plus question de tourner sfar, comprenez de devenir paralysé par la peur au point de ne plus pouvoir bouger : il est temps de trouver des hases.

Si ce livre n’est pas récent, je l’ai découvert récemment, dans son édition 2016. Cette édition a été l’occasion de revoir et corriger la traduction : vous ne retrouverez pas forcément les mêmes noms de personnages en fonction de la version que vous aurez entre les mains. Et pour qui n’aurait pas envie de se transformer en lapin pendant 544 pages, plusieurs adaptations TV (dont une annoncée par la BBC en 2016) existent !

Watership down, par Richard George Adams. Monsieur Toussaint Louverture, 2016.alice

 

Promenons-nous dans les bois

Rigolade assurée avec ces ceux randonneurs du dimanche qui s’attaquent au Sentier des Appalaches

Note : 3,5/5

Promenons-nous-dans-les-bois

Bill Bryson est un bonhomme qui va dans des endroits du globe, essaye des trucs et les raconte ensuite avec beaucoup d’humour et de verve. Dans les librairies, on le retrouve dans le rayon littérature de voyage, mais s’il y avait un rayon « Rigolons un bon coup », on pourrait aussi l’y ranger – les librairies sont trop sérieuses.

C’est un esprit original, qui saute d’idée en idée, et qui n’a pas le caractère raisonnable de ses congénères humains, donc il saute de l’idée à sa réalisation, avec enthousiasme. Il se met en scène dans ses romans en éternel gamin un peu pénible, parfaitement inconscient mais sensible et ouvert à l’expérience. Le tout sous les yeux patients de son épouse, qui doit être une copine de la femme à Colombo.

Cette nouvelle aventure de Bryson se passe aux Etats-Unis, et a pour thème la randonnée. Bill Bryson, accompagné d’un acolyte improbable et aussi éloigné que possible du modèle du randonneur aguerri des montagnes, se lance à l’assaut d’un sentier historique long de près de 3500 km, le Sentier des Appalaches. Plus qu’une randonnée, c’est une odyssée. Il découvre un univers, ressent le paradoxe de la nature qui ne peut être naturelle, le tout entrecoupé d’infos sur l’histoire du sentier, et des rencontres faites au fil des étapes.

Avec beaucoup de mordant, Bryson décortique ce monde à part, celui des randonneurs, et nous brosse un tableau pas piqué des hannetons des randonneurs consommateurs, des pot de colle, des ovni. Il découvre aussi l’expérience forcément intime et solitaire de la marche.

J’ai reconnu l’ambiance particulière d’un sentier de grande randonnée, où tout le monde se suit plus ou moins, où les histoires circulent ; les abris et les étapes où les randonneurs se rassemblent, le besoin de solitude aussi, ce que déclenche la marche en réflexion. La découverte d’un rythme différent et d’une vie qui se résume au jour en train de se dérouler, et à s’assurer des besoins de base : marcher, se protéger de l’eau et des blessures, manger, trouver un endroit où dormir, se reposer. La sensation d’étrangeté aussi lorsque l’on retourne en ville. Evidemment, le duo Bryson-Katz fait des étincelles et la relation de ces deux loustics n’en finit pas de nous faire rigoler.

Le roman est un cadeau d’Alice, qui a pensé à moi en suivant les mésaventures de ces Pieds Nickelés des montagnes. Toute ressemblance avec ma propre traversée de la diagonale du vide en France serait fortuite !! Un livre chaudement recommandé aux patachons qui préfèrent passer leur week-end à bouquiner plutôt qu’à randonner !

justine3Promenons-nous dans les bois, de Bill Bryson. Petite Biblio Payot Irrésistibles.

 

 

La. Pire. Personne. Au. Monde.

Un roman vache et défouloir, un bon moment de déconnade littéraire.

Note : 4

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C’est l’histoire d’un mec… il est comme un pied dans la porte : trop présent, indésirable, encombrant. L’anti-héros de ce roman suinte la bière, la méchanceté, la mesquinerie, et l’auto-suffisance. Une version masculine de Tatie Danielle. Un parfait spécimen mâle en pleine crise de la quarantaine. Je n’avais jamais lu Douglas Copland, mais je me suis dit en avançant dans le bouquin que seul un homme proche de la cinquantaine pouvait créer un tel personnage, un concentré caricatural des mécanismes psychologiques primaires de l’homme blanc occidental.

Vous l’avez compris, ce roman c’est du lourd, mais du lourd léger, qui se dévore aussi vite qu’un paquet de chips. Un peu gras, salé, mais délicieux et croquant. Ce livre est une farce. Une commedia dell’arte, version XXIe siècle, version industrie culturelle et monde de la télévision. Copland exploite toutes les ficelles grossières et efficaces du comique, il éructe le comique de situation, le comique de répétition, joue sur les contrastes évidemment grossiers entre les deux personnages principaux, deux versions opposées d’un même modèle. C’est une comédie de moeurs, un vaudeville, un roman de désapprentissage, une succession de saynètes qui m’ont fait rire franchement.

Raymond Gunt – oui, ça rime avec « cunt »- est un caméraman raté, sans travail. Son ex-femme, directrice de casting lui trouve un job pour tourner une émission de téléréalité dans une île lointaine du Pacifique. Surtout pour l’éloigner, car Raymond Gunt est La. Pire. Personne. Au. Monde. Au cours d’une scène d’anthologie, Gunt trouve un assistant sur un trottoir de Londres. Ensemble ils embarquent direction le Pacifique. Les pérégrinations de nos deux anti-héros vont évidemment de mal en pis, jusqu’à un final en apothéose. Rien ne nous est épargné dans cette succession de courts chapitres enlevés et plein de verves, mais c’est justement pour cela qu’on lit. A déguster avec une Heineken et des chips jusqu’à la fin.

justine3La. Pire. Personne. Au. Monde., par Douglas Coupland aux Editions Au Diable Vauvert.

Indian creek

Un hiver au milieu d’une forêt dans le nord des États-Unis, une histoire vraie entre récit d’apprentissage, roman d’aventure et de survie

Note : 4/5

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Indian creek n’est pas un roman très récent : il a été publié en 1993 et raconte l’hiver 1978. Une collègue me l’a mis entre les mains alors que l’on parlait de Jack London et de récits de voyage, me le présentant comme un classique des récits du Grand Nord, du froid et des trappeurs.

Si j’aime bien lire ce genre de récits, bien au chaud sous la couette, à me resservir une tasse de thé alors que le héros perd des doigts de pied après être tombé dans des rivières gelées (éventuellement avant de se faire agresser par un loup ou un ours), cela faisait quand même longtemps que je n’avais pas ouvert de roman de ce type. Je craignais de ne pas « rentrer dedans ». Or, ça marche : Indian creek marche, très bien même.

Parce que c’est une histoire vécue d’abord. Pete Fromm, avant et après la publication d’Indian creek, a écrit des fictions, qui fonctionnent moins bien m’a-t-on dit. Là, on est dans le souvenir noté dans un petit cahier et réécrit des années plus tard, dans l’âge un peu mûr qui regarde, étonné, cette première expérience et la revit de plein fouet.

Parce que le personnage principal, c’est vous, c’est moi, enfin vous et moi si vous aviez un jumeau (pas mon cas), que vous étiez fort en natation (certainement pas mon cas) et fasciné par l’idée de vivre tout seul ou presque pendant 7 mois dans la nature. Les 2 premiers éléments n’ayant aucune espèce d’impact sur le processus qui amène ce jeune homme, pas passionné par ses études, lecteur de romans de trappeurs, complètement inexpérimenté, à postuler pour un job étrange : garder un coin de rivière et les milliers d’œufs de saumon qui y reposent pendant 7 mois, loin de tout.

Donc, le personnage principal, c’est vous, c’est moi : je postule pour ce job un peu par hasard, j’essaye de réunir en quelques semaines tous les éléments qui me semblent nécessaires pour tenir 7 mois (des boîtes de haricots, du riz, et… ?), je fais la fête intensément pendant une semaine et un beau jour, en pleine gueule de bois, les gardes forestiers débarquent, remplissent le camion des denrées que j’ai réunies. Ils me larguent à côté d’une grande tente près de mon bras de rivière, et me posent des questions qui me font atterrir sans douceur :

Le garde commença à parler de bois à brûler. Je hochais la tête sans arrêt, comme si j’avais abattu des forêts entières avant de le rencontrer.
– Il te faudra sans doute sept cordes de bois, m’expliqua-t-il. Fais attention à ça. Tu dois t’en constituer toute une réserve avant que la neige n’immobilise ton camion.
Je ne voulais pas poser cette question, mais comme cela semblait important je me lançai :
– Heu… C’est quoi, une corde de bois ?

Le lecteur verra le personnage se transformer, s’adapter peu à peu, tout en restant un peu à côté de la plaque. Il croise des chasseurs, des trappeurs, apprend leurs techniques, vit un peu avec eux sans jamais réellement faire partie de leur univers.

Il fait de grosses erreurs – pas tant que cela – et surtout devient un vrai homme des bois, devient une part de ce coin de bois. Il observe longuement les animaux, leurs habitudes. Il revoit de loin en loin ses amis, dont la vie commence de lui échapper : tant de choses se passent en ville alors que lui revit toujours, d’une certaine manière, la même journée !

J’ai beaucoup aimé ce livre qui a ouvert une petite porte sur une vie que j’aurais peut-être pu mener par hasard, pendant quelques mois, puisque même les étudiants ordinaires peuvent se transformer en trappeurs et en hommes des bois.

C’est bien écrit, on ne s’ennuie pas, on a même plutôt froid ! À lire avec une bouillotte, donc.

Indian creek, de Pete Fromm. Gallmeister, 2006.alice