Outlander : le chardon et le tartan, t. 1

Attention, livre addictif ! Une fois commencé, on ne peut plus s’arrêter !

Note : 4,5/5.

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Ouaaah !! Ca faisait longtemps que je n’étais pas tombée sur un livre où on se dit, tard le soir : « Encore une petite heure ! », ou qui nous retient rivé au fauteuil même quand une envie pressante se fait sentir.

Je n’en reviens toujours pas d’être complètement passée à côté de cette série de romans, alors que la couverture de l’exemplaire que j’avais en main arborait fièrement son argument publicitaire chiffré : « Déjà plus de 20 millions de lecteurs ». Même à l’échelle de la planète, ça fait tout de même beaucoup de monde ! Et en plus, le roman a été adapté en série (cliquez sur l’image pour voir la bande-annonce de la saison 1).

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Eh bah non. Il a fallu qu’une documentaliste de CDI soit absente un jour, pour que je me retrouve derrière le bureau à parcourir les nouveautés de romans, et que je tombe distraitement sur ce tome 1. Je n’ai pas tout de suite compris l’ampleur de ce que ce pavé de 900 pages recelait.

Profitant des vacances, je me suis installée et j’ai commencé cette histoire plaisante de voyage dans le temps. J’avais un excellent souvenir du dernier roman de ce type que j’avais lu, le 22/11/63 de Stephen King qui se passait au moment de l’assassinat de Kennedy.

J’ai d’abord pris ce roman pour une énième fiction young adult, comme on en voit fleurir tant sur les tables des libraires et dans la bibliothèque de Fanny. Que nenni ! On était plutôt dans la bibliothèque de ma mère, avec ses romans historiques aventureux et voluptueux, mais une bibliothèque rénovée, moderne, au goût du jour. Comme si on refaisait les gâteaux de notre enfance, mais avec moins de beurre et de sucre, et toujours un aussi bon goût.

Outlander est parfois qualifié de « romance historique » mais ce n’est pas rendre justice au bouquin : je dirais plutôt roman d’aventure épique, violent et romantique qui se passe en grande partie au XVIIIe siècle. Petite nuance, mais importante : si l’histoire d’amour occupe une grande place, le roman ne saurait se résumer à elle, ni à l’époque où il se déroule.

Je ne vous dévoile rien en vous disant qu’il s’agit d’un roman de voyage dans le temps : c’est marqué dans le résumé du quatrième de couverture. Claire est une jeune femme prête pour cette aventure : élevée par un oncle féru d’archéologie, elle a déjà parcouru les quatre coins du monde ; mariée à un historien un peu doux-dingue et possessivement amoureux, elle renoue avec lui au début de l’histoire, au sortir de la Seconde Guerre mondiale qu’elle a passée loin de lui à soigner les blessés comme infirmière. Installés dans un village écossais des Highlands, ils profitent de la vie au grand air, parcourent les sites remarquables de la région et font copieusement l’amour pour mieux se retrouver. C’est alors que tout bascule, ou plutôt que Claire bascule dans un menhir, pour se retrouver… au même endroit mais au XVIIIe siècle !

C’est là que je me suis dit : c’est coton, l’auteure a réussi à nous faire entrer dans son histoire comme dans du beurre, on est à l’aise avec les personnages, on sait déjà qu’on veut les suivre jusqu’au bout des 900 pages, le village pittoresque d’après-guerre avait vraiment beaucoup de potentiel romanesque, mais comment va-t-elle s’en sortir dans la description des Highlands du XVIIIe siècle ? Claire va-t-elle revenir ?  toute la tension du roman se tient là.

Mais très vite on oublie un peu son époque d’origine, tout comme Claire d’ailleurs, pour mieux découvrir le monde rude, violent et terriblement grisant de ce coin des Highlands. Voilà Claire sur les chemins peu sûrs, prise entre les Anglais et les Highlanders, puis au château, où elle musarde à la recherche de plantes, picole aux banquets, soigne, se bat, et fait des rencontres. On est pris dans un tourbillon d’aventures, une histoire d’amour qui enfle, c’est parfois cru, âmes sensibles s’abstenir à certains moments mais c’est souvent intense, et toujours excitant. Un vrai péché mignon.

Le style se fait oublier, ce n’est pas lui qui fait la sève du roman : ce sont les personnages, et surtout la relation du couple au coeur de cette histoire, et l’univers irrésistible de l’Ecosse où l’on est littéralement aspiré. Peu de temps morts, peu de longueurs, c’est déjà un sacré tour de force pour un roman aussi gros.

Outlander

Malheureusement j’avais pas mal de travail et j’ai accéléré la lecture pour me dépêtrer de ce roman et revenir à des activités plus quotidiennes. Si vous êtes friands de romans d’aventure faciles à lire et attachants, jetez-vous sur cette saga (attention, 10 tomes !), mais attendez d’avoir un peu de temps devant vous, car elle ne sera pas facile à lâcher !

justine3Outlander : le chardon et le tartan, t.1. Par Diana Gabaldon. Editions J’ai Lu, 2014.

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Les infâmes

Une galerie de personnages tous plus rétamés les uns que les autres, une ambiance à couper au couteau, un passé louche, une secte, des tatouages, de l’alcool… Bienvenue au fin fond des États-Unis pour un épatant roman noir !

Note : 4,5/5

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Cette chronique est écrite dans le cadre du Prix littéraire des Chroniqueurs web, catégorie Livres de Poche, sous-catégorie (que j’invente) : thriller/black is back (2).

Ahhh, le voici, le roman que j’attendais en participant au prix des chroniqueurs web : celui qui vous dépoussière son lecteur, qui l’attrape par la manche en lui promettant que ça va secouer. Un tour de rodéo ? Une plongée dans la « vraie » Amérique bien glauque qui boit, qui rote, qui tue… Ambiance bien lourde version True detective (première saison).

Freedom Oliver travaille dans un bar minable d’une mini-ville de l’Oregon, où elle se planque depuis une vingtaine d’années : elle est témoin assisté, bénéficiant du programme de protection du FBI. Elle a changé de nom et de vie depuis que son mari, policier, a été tué dans des circonstances très louches. Si elle a été définitivement acquittée de ce meurtre, les gorilles du FBI et sa belle famille restent persuadés que c’est elle qui a appuyé sur la gâchette… En particulier Matthew, l’un des frères de feu son mari, qui a été accusé du meurtre et a écopé de la peine de prison. Or, au début du roman, Matthew sort de prison et n’a qu’une idée : la retrouver, la tuer.

Freedom n’a pas perdu que son identité dans l’affaire : ses deux enfants lui ont été enlevés et adoptés par un pasteur et sa femme. Freedom les suit de loin, via le site web de ce pasteur qui vire très radical et franchement sectaire… et écrit à ses enfants des lettres qu’elle ne leur envoie pas. Or, au début du roman, sa fille Rebekah disparaît, enlevée alors qu’elle venait de quitter la communauté.

Freedom sait que quitter sa couverture pour chercher sa fille est suicidaire, parce qu’elle a maintenant les fous dingues de sa belle-famille à ses trousses. Mais Freedom a déjà un fond suicidaire de toute façon, et elle est prête à tout pour sa fille.

Freedom est un formidable personnage. Elle nous apparaît d’abord comme une « dure », une brute : alcoolique, forte, très tatouée, violente, menée par ses pulsions… On découvre peu à peu ses nuances, son humour, son aveuglement, on apprend même au fur et à mesure qu’elle est très belle ! Et, dans une première vie, plutôt douée et très intelligente. Elle devient très attachante, très brutale mais sur un mode jouissif pour le lecteur, irrécupérable mais aussi un peu naïve. Et très courageuse.

Le pilier de ce roman, ce sont ses personnages. Une belle galerie de gens louches, barjos, l’une plus qu’obèse (et bête et méchante), certains complètements bêtes (et méchants et armés !), l’un est une sorte d’ange d’innocence, l’autre un monstre égocentrique… Des motards fana de hard rock, des ripoux, des skin heads, une vieille dame qui a n’a plus toute sa tête et qui manque régulièrement de carboniser son immeuble, des religieux fanatiques, des ratés, des moins ratés, des sales types, un bon flic.

Tout cela pourrait faire beaucoup, et faire cliché, mais le rythme de l’intrigue est enlevé et la narration est efficacement mise au service des personnages. Le roman est noir, mais pas du tout déprimant, il est sauvé par la quête de Freedom et la vraie profondeur du personnage. En toile de fond, résonnant plus sombrement que le reste, comme une note plus grave dans la mélodie : le viol et ses conséquences dévastatrices.

Un roman noir et enjoué à la fois, road-trip entre deux nulle-part américains, qui m’a bien convaincue.

Les infâmes, de Jax Miller. Ombres noires, 2015.alice

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Le doute

Une sombre histoire de jumelles, de couple, de mort et d’Écosse.

Note : 2/5

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Cette chronique est écrite dans le cadre du Prix littéraire des Chroniqueurs web, catégorie Livres de Poche, sous-catégorie (que j’invente) : thriller/black is back (1).

À mon goût, l’un des avantages d’un prix littéraire comme celui des chroniqueurs web est de m’amener à faire des pas de côté, à lire des livres que je n’aurais jamais lu sans cette pichenette qui me projette hors de ma zone de confort. C’est ainsi que j’ai découvert des petites merveilles comme Camille, mon envolée ou La librairie de l’île.

Le doute fait tout à fait partie des romans que je ne lis pas d’habitude. Je n’ai rien contre un bon thriller, mais je m’y connais peu et je m’en tiens aux classiques, aux très-connus, aux recommandés-chaudement-par-une-bonne-âme. Avant d’aller dormir de S. J. Watson, par exemple, que j’ai adoré. Ou encore L’invité du soir, de Fiona McFarlane.

Le doute est définitivement un thriller, qui mélange plusieurs (trop ?) thèmes classiques du genre : la gémellité et son étrangeté, le deuil, les fantômes, l’isolement dans un lieu paumé (ici une micro-île du nord-ouest écossais), la folie, la défiance.

Sarah, Angus et Kirstie s’installent sur une toute petite île dont Angus a hérité afin de tourner la page du décès de Lydia, la sœur jumelle de Kirstie. Les conditions de sa mort accidentelle il y a plus d’un an sont floues : Lydia est tombée d’un balcon de la maison des parents de Sarah. La famille décide de quitter Londres pour l’Écosse, afin de retrouver son union et de se reconstruire.

D’emblée on sent que cela part mal : se réunir et tourner la page dans une mini île déserte, battue par les vents, à laquelle on accède en bateau, dans un cottage inhabité depuis 15 ans, avec une fillette traumatisée… Bof bof. Bon, la famille a vraiment besoin de fraîcheur, en plus ils n’ont plus de sous, donc ils y vont. Pour envenimer la situation, Kristie déclare à sa mère juste avant le départ qu’il y a erreur sur la personne, qu’elle n’est pas Kristie mais Lydia. C’est le premier doute : qui est la fille survivante ?

Pour faciliter les choses, personne ne parle à personne dans cette famille : la mère ne parle pas au père du doute sur l’identité, le père en veut à la mère sans que l’on sache trop pourquoi. Le roman est principalement raconté du point de vue de Sarah (« je »), avec quelques incursions dans la tête d’Angus (« il »). En passant de l’un à l’autre, on comprend vite qu’il existe un deuxième doute : que s’est-il réellement passé le soir de l’accident ?

La famille se convainc peu à peu que Lydia est bien là et que c’est Kristie qui est morte ; personne ne pense à amener la petite fille voir un psy pour l’aider à démêler tout cela. Non, à la place, on l’emmène à l’école où elle achève de se traumatiser.

La vie sur l’île devient de plus en plus difficile : le cottage est littéralement tout moisi, tout le monde se fait la tête (déjà qu’ils n’étaient pas causants avant…), voire se déteste franchement. Peu à peu les lieux deviennent le tableau des tempêtes intérieures : quels que soient les travaux que la famille y fait, tout se délabre. La fin du roman correspond au maelström d’une grande tempête finale.

Pour achever le tout, Lydia (ex-Christie) a un comportement de plus en plus aberrant et même carrément effrayant, passant d’une personnalité à l’autre, agissant comme si sa sœur était en face d’elle… nous entraînant dans une histoire de fantôme.

La trame est bien faite, laissant le lecteur dans l’expectative : quel est le vrai doute, celui qui compte vraiment ? Le nom de la fillette qui a survécu ? La cause de la mort ? La présence d’un fantôme ?

Mais je trouve la réalisation assez décevante : la psychologie des personnages est peu crédible, ainsi que les raisons de leurs silences (silences indispensables à l’intrigue). Certains indices laissés en cours de route sont transparents (en mode « Ne met pas tes doigts dans la porte, tu risques de te pincer très fort » : quand on lit ce genre de choses page 50 ou 100 d’un thriller, on peut être sûr que quelqu’un, page 300, met les doigts dans la porte et se pince très fort !). Le résultat est assez attendu, je n’ai pas frissonné, je n’y ai pas cru.

Par contre le paysage est convaincant ; d’ailleurs l’auteur a écrit le livre en résidence d’artiste sur une île similaire. Mais cela ne vous donnera pas envie d’aller vous exiler au fin fond de l’Écosse !

Le doute, de S. K. Tremayne. Pocket, 2017.alice

 

Nora ou le paradis perdu

Découvrez Cuba, avant et pendant la Révolution, par les yeux de deux cousines très complices et très différentes.

Note : 4/5

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Cette chronique est écrite dans le cadre du Prix littéraire des Chroniqueurs web, catégorie Livres de Poche, sous-catégorie (que j’invente) : les grandes fresques historiques (2).

Cette fois-ci nous n’explorons plus le XIXe siècle américain mais le Cuba d’avant et pendant la Révolution, de 1956 à 1981.

Je ne connais pas grand chose de Cuba, seulement quelques faits, quelques noms : la Baie des cochons, Fidel Castro, le blocus américain, la récente ouverture américaine initiée par Obama, le Buena vista social club… les cigares, la Havane. Comment Cuba est-il devenu communiste ? A quoi ressemblait Cuba avant le communisme ? Comment y vivait-on ? Aucune idée.

Premier avantage de ce roman : on y apprend énormément de choses. L’auteure vient elle-même de Cuba et son amour pour les plages, la mer, le ciel, la végétation, les rues de Cuba infuse l’intégralité du récit. Les couleurs, les gens, la magie des lieux, tout semble sublime ; et tout est sublimé par la mémoire, le souvenir. Car la narratrice a fui Cuba avec sa famille en 1962, trois ans après la révolution cubaine. Ses souvenirs de Cuba sont des souvenirs de petite fille. (L’auteure est elle-même née à la Havane et a grandi aux États-Unis).

Nora ou le paradis perdu raconte l’histoire de deux cousines très amies et très proches : Nora et Alicia. Nora est timide, un peu timorée, jamais au centre de l’attention, très obéissante. Alicia, c’est tout l’inverse : elle est vive, espiègle, sûre d’elle, aventureuse. Leur enfance se déroule dans de grandes maisons à la Havane. On y découvre un Cuba florissant, très catholique, avec des fillettes très bien élevées et très policées, un mode de vie très prude et l’omniprésence de la beauté des lieux. La pétulante Alicia flirte en douce avec Tony ; elle sera sévèrement punie pour cela. Ça ne se fait pas.

Avec la révolution et l’accession au pouvoir de Fidel Castro, le niveau de vie va dégringoler peu à peu. Ce n’est pas un roman politique, mais le portrait du pays sous Castro brossé par Cecilia Samartin est à charge et sans appel : c’est une lente dégringolade, les produits disparaissent les uns après les autres des commerces, le rationnement se met en place, les gens s’avilissent.

Alicia revoit Tony, qui croit dur comme fer à la révolution ; pendant ce temps, la famille de Nora et d’Alicia commence d’émigrer, en une longue hémorragie. Il devient de plus en plus difficile de partir, les visas sont délivrés au compte-goutte. Les parents de Nora choisissent de quitter l’île pendant qu’il est encore temps, alors que le père d’Alicia s’y refuse.

Commence en 1962 la vie américaine de Nora ; c’est via les lettres qu’elle reçoit que le lecteur suit la vie d’Alicia à Cuba et en voit les conditions se dégrader progressivement. Alicia se marie à Tony ; ils vivent dans une grande misère et ont une fille, Lucinda. Tony est envoyé à l’étranger pour soutenir d’autres révolutions pendant les premières années de sa fille ; il est absent quand on la découvre aveugle. Son inscription à la clinique pour des soins ophtalmologiques traîne – les officiels sont prioritaires – puis est annulée quand on apprend qu’Alicia est allée une fois prier dans une église. Car toutes les églises sont désaffectées, prier est interdit et la délation est largement encouragée.

Pendant ce temps, Nora ne s’habitue pas vraiment à la vie américaine ; son cœur est à Cuba, un Cuba idyllique, un Cuba d’enfance et de couleurs. La vie de Nora est l’occasion d’une réflexion fine sur ce qu’est le déracinement, l’émigration ; la douleur de devoir quitter son pays quand on est contraint de le faire ; l’absence.

Lorsque Nora comprend que sa cousine est au plus mal, en 1981, elle retourne à Cuba, pour y découvrir une vie, une ville, une situation laides, un vrai crève-cœur. Elle y retrouve en même temps son pays, ses racines, son identité.

Nora ou le paradis perdu est un très bon roman, une belle fresque historique avec des accents très réalistes. Dommage que l’une des dernières scènes brise ce réalisme pour verser dans l’aventure de pacotille, on y perd un peu d’authenticité.

Nora ou le paradis perdu, par Cecilia Samartin. Archipoche, 2015.alice

La librairie de l’île

Ça, c’est un vrai conte, un petit roman tout simple qui fait du bien, qui tartine de tendresse les cœurs endurcis. A lire avec un thé et des gâteaux, quand il pleut dehors.

Note : 4/5

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Cette chronique est écrite dans le cadre du Prix littéraire des Chroniqueurs web, catégorie Livres de Poche, sous-catégorie (que j’invente) : la mort, le deuil et après (3).

Pris séparément, tous les éléments qui font la trame de ce récit pourraient sembler déprimants : un libraire veuf qui ne se remet pas vraiment de la mort de sa femme et dont les affaires périclitent ; un bébé abandonné par sa mère déposé un jour dans la librairie ; une galerie de personnages secondaires qui ont aussi quelques ennuis…

Prenez tous ces faits, mélangez-les au shaker et vous obtenez un roman gai, vif et fort sympathique ! Ce n’est peut-être pas le livre « de l’année », mais il vous fera sourire ; les personnages sont attachants ; l’amour de la littérature infuse entre les lignes pour imprégner tout le roman.

L’action a lieu sur une île du Massachusetts, petit univers où tout le monde se connaît, avec ses deux restaurants et sa flopée de touristes en été. A. J. Fikry n’est pas du coin : il est venu ouvrir une librairie avec sa femme sur l’île natale de cette dernière. Depuis son décès, Fikry vivote ; il n’organise plus d’événements dans sa boutique, plus de rencontre avec des auteurs – c’était plutôt sa femme, l’extravertie. Lui est en mode ours grincheux. Attention, il n’est pas non plus insupportable, comme peuvent l’être les personnages de romans : il est déprimé mais humain (plus que le personnage d’Alors vous ne serez plus jamais triste !). Lorsqu’il agresse à moitié une représentante de maison d’édition qui ne lui a rien fait, au début du roman, il s’en veut. Il se désintéresse de la vie de l’île mais n’est pas coupé du monde.

Alors ce monde, il va s’y réintroduire peu à peu lorsqu’une toute petite fille est déposée dans sa boutique, au matin, avec un petit mot :

Voici Maya. Elle a vingt-cinq mois. C’est une petite fille douce et sage, TRÈS INTELLIGENTE, qui parle remarquablement bien pour son âge. Je tiens à ce qu’elle grandisse entourée de livres et de gens pour lesquels la lecture compte. Je l’aime infiniment, mais je ne peux plus m’en occuper. Son père ne peut pas faire partie de sa vie, et je n’ai pas de famille qui puisse m’aider. Je suis désespérée.

Bien à vous,

La mère de Maya.

J’aime beaucoup le « bien à vous » à la fin du petit mot. C’est très poli et un peu procédurier, ça décale le ton, ça rend tout le reste moins grave ; comme ce roman.

Fikry va évidemment adopter la petite et voir sa vie reprendre des couleurs, du volume, des odeurs. C’est le récit de ce ré-enracinement dans la vie de l’île, avec quelques intrigues secondaires et une histoire d’amour qui fait du bien.

Du début à la fin, je trouve que La librairie de l’île fait du bien, comme un médicament homéopathique vous soigne : délicatement, légèrement, sans effets secondaires ni arrière-pensée.

Je ne vous en dis pas plus de peur de vous dévoiler trop de l’intrigue. Je ne peux que vous conseiller cette lecture, surtout si il pleut dehors !

Et que vous avez de l’affection pour les librairies bien sûr… Vous vous souvenez de la librairie de voyage de Coup de foudre à Notting Hill ? Les quelques scènes du film qui s’y déroulent (le client qui demande tout sauf des livres de voyage…) donnent envie de mieux connaître le lieu. Dans ce livre, c’est pareil : on vit au rythme de la librairie, de ses clients, de son tenancier taciturne, de la fillette qui y grandit.

279 pages de douceur, ça fait toujours du bien.

La librairie de l’île, par Gabrielle Zevin. Pocket, 2015.alice

 

Alors vous ne serez plus jamais triste

Un médecin est décidé à mourir ; une vieille dame extravagante, conductrice de taxi, lui extorque 7 jours pendant lesquels il doit obéir à tous ses ordres.

Note : 3,5/5.

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Cette chronique est écrite dans le cadre du Prix littéraire des Chroniqueurs web, catégorie Livres de Poche, sous-catégorie (que j’invente) : la mort, le deuil et après (2).

Le Docteur – dont nous ne connaîtrons pas le nom – a perdu sa femme il y a un an, aux alentours de Noël. Il est décidé à mourir, tout est gris pour lui, il ne sait plus ce qui pourrait le motiver à bouger, il ne sait plus soigner.

La preuve ? En ce dernier jour de sa vie – il a prévu de mourir le soir-même – il se rend à son bureau pour ranger des documents. Faire de la paperasse ? Le dernier jour de son existence ? Il faut vraiment avoir perdu toute étincelle de vie ! Imaginez un astéroïde bondissant vers notre planète, qui doit tout anéantir demain : qui d’entre nous dirait : « Tiens, je vais en profiter pour faire ma déclaration d’impôts » ?

Il alpague le premier taxi qu’il voit pour se rendre à son bureau. Or son chauffeur est une vieille dame bourrée de rides et de dons, habillée en robe de gala, qui descelle dans les plis du visage du Médecin sa mort imminente. Elle passe un marché avec lui : il doit lui donner les 7 prochains jours de sa vie, faire ce qu’elle lui demande, et donc reporter son suicide d’une semaine.

Histoire jusque là très classique, mais le personnage de la vieille femme relève complètement l’intérêt de ce court roman. Les activités des 7 jours sont également assez sympa, et pas trop branchées philosophie ou spiritualité. D’ailleurs, le premier jour, elle… ne lui demande rien, car il faut bien préparer les activités des jours suivants, non ? Et elle a quelque chose de prévu avec sa famille, alors… Cette femme change de robe de soirée – et de couleur de cheveux – tous les jours. Elle entraîne le Médecin dans des situations qui sont destinées à son nouvel ami suicidaire mais qui ne sont pas non plus anodines pour elle : un enterrement par exemple, pour lui faire ouvrir les yeux sur les conséquences concrètes de son souhait de mort, mais l’enterrement de quelqu’un qu’elle connaît. Elle est aussi franchement perchée. Et peut-être immensément riche.

La 4e de couverture parle d’un « conte », à tendance philosophique. Rien de tel à mon avis : Alors vous ne serez plus jamais triste ne m’a pas amenée à reconsidérer l’existence ni à revoir mes priorités dans la vie. C’est néanmoins un sympathique petit roman, qui raconte une histoire que l’on a tous en tête de pacte avec le diable, de joie de vivre vs. dégoût de l’existence.

La persistance du Docteur dans son projet suicidaire maintient le suspens sur l’issue de l’histoire ; la fin est d’ailleurs assez bien trouvée, même si j’ai un peu regretté les explications finales qui lèvent le voile sur la plupart des mystères du récit.

Le ton est très léger ; contrairement à Camille, mon envolée, ici vous ne pleurerez pas ; ici, on parle principalement d’espoir et de vieillards loufoques, sous couvert de personnage suicidaire.

NB : ce roman est suivi dans l’édition de poche de la nouvelle La mort est une garce, qui n’est pas du tout du même niveau et n’a, à mes yeux, absolument aucun intérêt. Encore une histoire de médecin ; on devine que Baptiste Beaulieu est lui-même médecin et qu’il n’écrira probablement que des histoires de médecins. Pourquoi pas ? Mais je crains que cela ne tourne vite en rond…

Alors vous ne serez plus jamais triste, de Baptiste Beaulieu. Le Livre de Poche, 2015.alice

 

Songe à la douceur

Attention OLNI : Objet Littéraire Non Identifié. Critique écrite dans le cadre du Prix des chroniqueurs web, sélection Romans jeunesse / Young Adult.

Note : 3,5/5.

Songe à la douceur

Ce roman est un OLNI : Objet Littéraire Non Identifié ! Histoire d’amour d’adolescents revue par les adultes qu’ils sont devenus, d’une profondeur et d’une justesse émouvantes, elle est écrite en vers, d’une poésie tantôt douce tantôt percutante, d’un humour qui vous laisse un sourire accroché au visage tout au long de cette lecture, finalement bien moins naïve qu’il n’y paraîtrait au premier abord.

Les mots ne sont pas sagement alignés sur la page, non, ils dansent, épousent les propos de l’auteur dans des courbes délicates, ils sursautent, sautent à la ligne, vous sautent au visage ; allant même jusqu’à former les courbes des visages des deux personnages dans un duel de volonté et de désir… L’écriture dynamique, originale, poétique, presque comme des calligrammes, en devient un personnage à part entière et porte visuellement le sens des mots.

Pour que tous nos sens soient comblés, l’auteure a également fourni au lecteur sa bande-son (que je n’ai pas écoutée), et a précisé que ce roman était librement inspiré du roman Engène Onéguine de Pouchkine, et de l’opéra de Tchaïkovski du même nom (que je n’ai jamais lu, ni vu). Mais mon ignorance de ces deux points n’a pas été un handicap (au contraire, une invitation à découvrir cette oeuvre russe).

L’histoire donc, c’est celle de Tatiana et d’Eugène, qui se sont connus lors de leur adolescence, et qui se retrouvent dix ans plus tard, par hasard dans le métro. Tatiana n’a jamais oublié cet amour, et le passé et le présent s’entremêlent autour d’eux, dans un sens propre à chacun, pour voir s’accomplir un dénouement – finalement – non cousu de fil blanc.

Certains dialogues sont absolument irrésistibles, Clémentine Beauvais a le sens de la mise en scène, de la métaphore pour décrire les émois et du détail qui fait toute la différence, du mot juste, qui touche au coeur dans un petit pincement, de la mélopée de pensées répandues dans une tendre nostalgie.

J’ai vraiment apprécié cette lecture jeunes adultes, à découvrir pour ceux en recherche d’originalité et de douceur, amateurs de poésie.

fannySonge à la douceur, par Clémentine Beauvais. Editions Sarbacane, 2016.