Indian creek

Un hiver au milieu d’une forêt dans le nord des États-Unis, une histoire vraie entre récit d’apprentissage, roman d’aventure et de survie

Note : 4/5

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Indian creek n’est pas un roman très récent : il a été publié en 1993 et raconte l’hiver 1978. Une collègue me l’a mis entre les mains alors que l’on parlait de Jack London et de récits de voyage, me le présentant comme un classique des récits du Grand Nord, du froid et des trappeurs.

Si j’aime bien lire ce genre de récits, bien au chaud sous la couette, à me resservir une tasse de thé alors que le héros perd des doigts de pied après être tombé dans des rivières gelées (éventuellement avant de se faire agresser par un loup ou un ours), cela faisait quand même longtemps que je n’avais pas ouvert de roman de ce type. Je craignais de ne pas « rentrer dedans ». Or, ça marche : Indian creek marche, très bien même.

Parce que c’est une histoire vécue d’abord. Pete Fromm, avant et après la publication d’Indian creek, a écrit des fictions, qui fonctionnent moins bien m’a-t-on dit. Là, on est dans le souvenir noté dans un petit cahier et réécrit des années plus tard, dans l’âge un peu mûr qui regarde, étonné, cette première expérience et la revit de plein fouet.

Parce que le personnage principal, c’est vous, c’est moi, enfin vous et moi si vous aviez un jumeau (pas mon cas), que vous étiez fort en natation (certainement pas mon cas) et fasciné par l’idée de vivre tout seul ou presque pendant 7 mois dans la nature. Les 2 premiers éléments n’ayant aucune espèce d’impact sur le processus qui amène ce jeune homme, pas passionné par ses études, lecteur de romans de trappeurs, complètement inexpérimenté, à postuler pour un job étrange : garder un coin de rivière et les milliers d’œufs de saumon qui y reposent pendant 7 mois, loin de tout.

Donc, le personnage principal, c’est vous, c’est moi : je postule pour ce job un peu par hasard, j’essaye de réunir en quelques semaines tous les éléments qui me semblent nécessaires pour tenir 7 mois (des boîtes de haricots, du riz, et… ?), je fais la fête intensément pendant une semaine et un beau jour, en pleine gueule de bois, les gardes forestiers débarquent, remplissent le camion des denrées que j’ai réunies. Ils me larguent à côté d’une grande tente près de mon bras de rivière, et me posent des questions qui me font atterrir sans douceur :

Le garde commença à parler de bois à brûler. Je hochais la tête sans arrêt, comme si j’avais abattu des forêts entières avant de le rencontrer.
– Il te faudra sans doute sept cordes de bois, m’expliqua-t-il. Fais attention à ça. Tu dois t’en constituer toute une réserve avant que la neige n’immobilise ton camion.
Je ne voulais pas poser cette question, mais comme cela semblait important je me lançai :
– Heu… C’est quoi, une corde de bois ?

Le lecteur verra le personnage se transformer, s’adapter peu à peu, tout en restant un peu à côté de la plaque. Il croise des chasseurs, des trappeurs, apprend leurs techniques, vit un peu avec eux sans jamais réellement faire partie de leur univers.

Il fait de grosses erreurs – pas tant que cela – et surtout devient un vrai homme des bois, devient une part de ce coin de bois. Il observe longuement les animaux, leurs habitudes. Il revoit de loin en loin ses amis, dont la vie commence de lui échapper : tant de choses se passent en ville alors que lui revit toujours, d’une certaine manière, la même journée !

J’ai beaucoup aimé ce livre qui a ouvert une petite porte sur une vie que j’aurais peut-être pu mener par hasard, pendant quelques mois, puisque même les étudiants ordinaires peuvent se transformer en trappeurs et en hommes des bois.

C’est bien écrit, on ne s’ennuie pas, on a même plutôt froid ! À lire avec une bouillotte, donc.

Indian creek, de Pete Fromm. Gallmeister, 2006.alice

Les Soldats de la mer

17 nouvelles différentes, qui sont aussi la trame d’un récit unique, autant qu’un poème déguisé, une histoire de monde parallèle, de fantômes, de vampires et de soldats de plomb : les Chroniques illégitimes sous la Fédération.

Note : 5/5

Les soldats de la mer - Dystopia workshop

Magnifique et étrange roman / recueil de nouvelles fantastiques.

« Suicide par imprudence », « Le joueur de dames », « La seconde carrière du général des Fosses », « Olga mensonge » : quelques titres de ces 17 nouvelles qui racontent les histoires étranges arrivées à des soldats, des lieutenants, un général… Schaeffer, qui hante un fort sordide ; Laban, dont la troupe subit les assauts d’un vampire ; Rozzo, qui a découvert un passage vers un autre monde ; Niccolo Pasani, dont les chevaux de plombs semblent avoir disparu pour livrer une vraie bataille…

Les Soldats de la mer se présente comme une boule à facettes : chaque histoire est indépendante des autres, mais elles sont reliées de 3 manières entre elle.

Par un fil historique d’abord, la création et l’évolution de la Fédération. Fédération pour regroupement politique de grandes villes : 3, puis 4, 5, etc. La Fédération se construit de conquête militaire en conquête militaire. Ses héros, ses personnages sont des militaires. Ses fantômes, ses étrangetés, ses ensorcelés, ses maudits, ses endiablés sont des militaires. Les noms, les lieux évoquent l’Europe : l’histoire de la Fédération constitue une doublure étrange de l’Europe, un développement qui aurait pu avoir lieu si les Villes-État avaient supplanté les États-Nation. Une « géographie heurtée », dit la préfacière. Et s’il y avait deux lunes dans le ciel au lieu d’une. Mais pas de politique dans ce livre, seulement des chroniques morcelées.

Prenez le joueur de dames, qui a gagné toutes ses grandes batailles grâce à un personnage mystérieux qui, la veille de la bataille, apparaît soudainement et lui propose de disputer une partie. L’homme étrange joue cette partie comme le général adverse mènera la bataille le lendemain. Et le joueur de dames, préparé, gagne les batailles. Jusqu’à la dernière bataille…

Par un fil narratif ensuite, ou plutôt une atmosphère : comme si les deux belles grandes lunes pleines de la couverture du livre diffusaient une lumière pale et fantomatique sur toutes les nouvelles, les personnages, les lieux, les dessaisissant de leur substance pour en faire un théâtre d’ombre plutôt que des nouvelles ancrées dans leur réalité.

Et par un dernier fil dont je tairai tout car il appartient au lecteur qui lit la dernière des 17 nouvelles… Et qui réécrit toutes les nouvelles précédentes dans votre mémoire en leur donnant un autre sens.

Les Soldats de la mer est envoûtant, la succession des nouvelles est très agréable : on ne perd pas le fil, on n’a pas non plus le temps de se lasser d’une situation. Ce livre a été publié une première fois en 1968 ; cette édition est la 5e. Je vous conseille fortement cette lecture. Pour ceux qui ont envie de quelque chose d’un peu plus court, Le prophète et le vizir, chez le même (ré-)éditeur (2012), tient également toutes ses promesses.

Les Soldats de la mer, d’Yves et Ada Rémy. Dystopia Workshop, 2013.alice

Les enfermés

Un polar-de-science-fiction très sympathique, une lecture détente pour les week-ends d’hiver.

Note : 4/5

John Scalzi - Les enfermés - L'Atalante

C’est un achat automatique : le genre de livre que j’aurais boudé, si je ne connaissais pas déjà son auteur. John Scalzi a écrit Le vieil homme et la guerre, qui fut un véritable coup de cœur. Dans un petit recueil de nouvelles intitulé Denise Jones, agente superhéroïque (le genre de tout petit livre diffusé uniquement comme cadeau d’éditeur) il a décrit l’avènement du yaourt comme maître du monde, ce qui a achevé d’installer Scalzi au fond de mon cœur autant que sur mes rayonnages. Flânant en rayon, je croise donc ces Enfermés, dont la couverture ne me tente guère, mais bon… c’est Scalzi, et puis suite à de nombreux remaniements j’ai dégagé une étagère dans ma bibliothèque, qu’il est donc urgent de re-remplir.

Le devinerez-vous ?

J’ai bien fait ! Les enfermés est un bon livre, un de ceux qui l’on lit facilement, bourré d’action sans pour autant en fait trop, gorgé d’optimisme et de rythme, autant que d’humour – même si le résumé peut sembler légèrement déprimant, au premier abord.

En quelques mots : une super-grippe extrêmement mortelle (400 millions de morts) et mondialement répandue (le foyer initial étant un colloque de scientifiques spécialisés en virologie, Scalzi ne se refuse rien) est apparue 25 ans avant le début du roman. Je cite le résumé : Si la plupart des malades, cependant, n’y ont réagi que par des symptômes grippaux dont ils se sont vite remis, un pour cent des victimes ont subi ce qu’il est convenu d’appeler le « syndrome d’Haden » : parfaitement conscients, ils ont perdu tout contrôle de leur organisme ; sans contact avec le monde, prisonniers de leur chair, ils sont devenus des « enfermés ».

Autant pour le résumé légèrement déprimant ! Mais rassurez-vous : l’humanité a vite réagi et a trouvé des solutions. Des implants cérébraux permettant aux « Haden » de communiquer, puis de commander des androïdes qui leur servent de corps, et même des « intégrateurs », des rescapés de la maladie qui parviennent à accueillir la conscience d’un Haden. Les intégrateurs louent leurs services pour la 1/2 journée ou la journée et sont très demandés : c’est la seule façon qu’ont les Haden de ressentir à nouveau le goût de la nourriture bien consistante, le souffle du vent sur la joue, ou tout autre activité humaine à laquelle vous pourriez penser si vous étiez enfermé H24 dans votre lit.

[Je vous laisse le temps de réfléchir à cette question]

Chris est un Haden, qui a été enfermé très jeune et n’a rien connu d’autre que sa vie d’Haden, le corps dans un lit, la conscience dans son « Cispé » (son droïde). Il vient de rentrer au FBI ; le livre commence avec le début de sa première enquête. Un meurtre, dont le suspect est un intégrateur. Oui, mais était-il aux manettes de son corps, ou bien était-il intégré au moment du meurtre ?

Le rythme du livre est celui de l’enquête, haletant comme un bon thriller. Seule différence : dans Les enfermés, on ne casse pas de la bagnole en de folles poursuites, mais des Cispés…

Avec un fort zeste d’éthique et une pincée de politique pour assaisonner le tout et permettre au roman de tourner dans la tête une fois qu’on l’a fini. Vous ne penserez plus le handicap de la même manière.

Les enfermés, de John Scalzi. L’Atalante, 2016.alice

Americanah

Une histoire d’amour, un livre sur la race et l’immigration, sans langue de bois et finement écrit.

Note : 5/5

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Difficile de qualifier ce roman de coup de coeur, ou en tout cas uniquement de coup de coeur, même si c’est l’expression qui me vient facilement à l’esprit une fois le livre terminé et refermé. Les raisons pour lesquelles j’ai aimé sa lecture et ce qu’il a provoqué en sensations et réflexions, dépassent le simple ressenti. La lecture de ce roman étonne d’abord, par la franchise et l’énergie qui se dégagent de l’écriture ; ravit ensuite par sa justesse d’observation et de vécu ; fait réfléchir enfin, puisque le point de vue adopté ne peut être le mien, et pourtant je m’y identifie, je veux poursuivre la vie des personnages à leur côté et découvrir leurs réactions, leur évolution dans les épreuves qu’ils traversent, même si elles sont loin de mon propre vécu (quoi que j’aie été aussi, dans une certaine mesure et pour un temps limité, une expatriée volontaire). Mais la lecture et les réflexions qu’elle engendre ne sont pas pour autant lourdes, ou graves. C’est en toute légèreté et liberté que je me suis mise à réfléchir aux questions de race, d’immigration, d’adaptation à d’autres cultures et à d’autres pays, enveloppée dans la singulière honnêteté d’analyse d’Ifemelu, la personnage principale.

 

L’auteure raconte, avec beaucoup de justesse, comment Ifemelu passe du Nigéria aux Etats-Unis, comment elle découvre, dès qu’elle arrive là-bas, qu’elle est noire. Elle n’en avait pas conscience au Nigéria, cela n’avait pas de sens, mais aux Etats-Unis cela la frappe et parmi toutes les autres étapes de la découverte et de l’adaptation si bien décrites, cela la fait réfléchir. Elle commence à écrire un blog, que seule une Noire non américaine peut écrire avec la distance et l’humour nécessaires, sur ses observations du quotidien et comment le quotidien traite la question de la race aux Etats-Unis :  « Raceteenth ou Observations diverses sur les Noirs américains (ceux qu’on appelait jadis les nègres) par une Noire non américaine« . Ses chroniques rencontrent un grand succès, dans le récit mais aussi dans le monde réel, en parcourant les sites qui parlent de ce roman, je me suis rendue compte que beaucoup se sont identifiés à Ifemelu et à ce qu’elle raconte. Voici par exemple le début d’une de ces chroniques :

A mes camarades noirs non américains : En Amérique, tu es Noir, chéri

Cher Noir non américain, quand tu fais le choix de venir en Amérique, tu deviens noir. Cesse de discuter. Cesse de dire je suis jamaïcain ou je suis ganhéen. L’Amérique s’en fiche. Quelle importance si tu n’es pas « noir » chez toi ?Tu es en Amérique à présent. Nous avons tous nos moment d’initiation dans la Société des anciens nègres. Le mien eut lieu en première année d’université quand on m’a demandé de donner le point de vue d’une Noire, alors que je n’avais pas la moindre idée de ce qu’était le point de vue d’une Noire. Alors j’ai inventé. Et avoue-le – tu dis « Je ne suis pas noir » uniquement parce que tu sais que le Noir se trouve tout en bas de l’échelle des races en Amérique. Et c’est ce que tu refuses. Ne le nie pas.

Chimananda Ngozi Adichie raconte aussi – et avant tout – une histoire d’amour, celle d’Ifemelu et d’Obinze, entre le Nigéria, les Etats-Unis et l’Angleterre, sur une quinzaine d’années. Elle raconte aussi les séparations, les rencontres, la vie qui passe et comment chacun est changé par ses expériences, le décalage entre ce qui meut les personnages, ce qu’ils ressentent et ce qu’ils vivent. Ce fut une magnifique plongée dans le coeur et l’esprit d’une Igbo du Niger, noire non américaine, femme intelligente et amoureuse.

Et je me suis rendue compte en regardant cette interview que l’auteure, Chimananda Ngozi Adichie avait elle aussi un charisme, une profondeur d’analyse et un regard à couper le souffle. Un roman que je recommande chaudement à toutes et à tous.

justine3Americanah, de Chimananda Ngozi Adichie. Gallimard Folio, 2015.

 

Superman American Alien

Une sympathique mini-série sur les débuts de Superman. Tout est dans le titre !

Note : 4/5.

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Il existe une multitude de dérivés de l’histoire de Superman, l’un des plus anciens super-héros, dans la forêt touffue de la franchise DC Comics. Tout le monde connaît son histoire, sa faiblesse face à la kryptonite et à Loïs Lane, ses origines extraterrestres et son enfance au Kansas.

Cette mini-série (une série complète d’histoires en quelques numéros), écrite par Max Landis explore les premières années du super-héros, de son atterrissage au Kansas, tout bébé, à la prise de fonctions officielle de héros en lycra moulant. Les 7 histoires  racontées ici sont dessinées par un artiste différent à chaque épisode, donnant une atmosphère particulière à chacun d’eux. On y voit l’apprentissage des pouvoirs, Clark en ado rebelle, en jeune adulte fêtard, en apprenti-citadin/journaliste timide, en amoureux discret de Loïs Lane et en super-héros qui castagne à la fin. On y découvre tous les éléments de son univers, et les rencontres décisives qui vont sceller nombre d’histoires : avec ses parents, Loïs Lane, Lex Luthor, Bruce Wayne… C’est rythmé, varié, intéressant mais surtout divertissant au sens noble américain du terme.

J’ai un faible pour le 3ème épisode où Clark Kent s’abîme en mer à bord d’un hélicoptère, est repêché par un yacht qui passait par là, et où tout le monde croit qu’il s’agit d’une entrée spectaculaire de Bruce Wayne venu fêter son anniversaire ! Un épisode très sea, sex & sun qui fonctionne bien avec le décalage du personnage un peu gauche de Clark Kent.

On retrouve dans cette mini-série tous les thèmes classiques super-héroïques, traités sans lourdeur : le thème de l’imposture, puisque le super-héros se cache sous un déguisement, et que les gens voient une personne différente de ce qu’il est réellement ; celle du succès à l’américaine, de la chance et du courage ; Clark Kent est aussi avant tout un Américain moyen, venu de sa campagne pour travailler à la ville. Il est un immigré qui a réussi. Il est autre chose aussi : un Américain ; et un alien.  Bref une série rafraîchissante qui fait passer un bon moment !

justine3Superman : American Alien, par Max Landis, Nick Dragotta, Tommy Lee Edwards, Joelle Jones, Jae Lee, Francis Manapul, Jonathan Case, Jox. DC Comics, 2016.

2016, c’était bien pour lire

En ce dernier jour de l’année, petit bilan pour les Mécaniques imaginaires, après quelques mois d’existence !

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Quasiment mille visites du monde entier : vous, nos amis et connaissances êtes surtout en France, mais nous avons quelques visiteurs du Royaume-Uni, des Etats-Unis, d’Allemagne ; et aussi de Suisse, du Vietnam, de Belgique, de Russie, du Canada et de l’Autriche… Vous êtes 8 abonnés par wordpress, et 7 par email. Le blog a eu 9 contributrices, dont 4 régulières : Alice, Amélie, Fanny et moi. Nous avons des goûts éclectiques, ce qui amène une vraie diversité dans les articles et coups de coeur, qui abordent aussi bien la science fiction, les BD, la littérature pour adolescents et les romans anglo-saxons.

Notre blog permet de consulter en un coup d’oeil, sur la page d’accueil, les dernières critiques mises en ligne. La consultation de la page d’accueil recouvre les deux tiers des visites sur le blog. Une bonne proportion des visiteurs s’intéresse aussi aux chroniqueuses et à leur profil, et l’entrée « Toutes les critiques » figure aussi dans le top 3 des visites.

Aussi le palmarès des articles les plus consultés ne reflète sans doute pas le nombre réel de lectures, mais les clics pour accéder à la page consacrée à telle ou telle critique. Et les 3 articles du blog qui ont été le plus affichés cette année sont (roulement de tambour) :

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Extrait d’Intérieur, de Gabriella Giandelli

L’année prochaine on essaiera de faire plus d’articles en commun. N’hésitez pas aussi à nous faire part de nos coups de coeur, ou à partager vos avis !

Pour finir l’année, en bonus, voici une petite sélection de listes rédigées par les journalistes, de livres à avoir lu en 2016…

Le site Slate.fr nous propose une liste subjective des livres sortis en 2016 aimés par les journalistes : Nos livres préférés de 2016. Il y a de tout dans cette liste, notamment le dernier Jonathan Coe, Numéro 11 ; Vernon Subutex de Virginie Despentes sorti en poche ; ou encore Mickey’s craziest adventures de Nicolas Keramidas & Lewis Trondheim.

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Le Monde nous propose un bilan des meilleures sorties de comics en français, ce qui révèle le bon goût du journal en la matière : Dix comics qu’il ne fallait pas rater en 2016. On retrouve tous les ténors actuels de la création anglo-saxonne, avec la dernière série de l’excellent storyteller Jeff Lemire, Descender ; Paper Girl du magicien Brian K. Vaughan ; le plus politique Letter 44, ou encore le féministe Bitch Planet.

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Les Inrocks.com propose une liste un peu snob quand même des meilleurs livres de science-fiction de cette fin d’année, des romans courts ou des nouvelles. Quelques bonnes idées toutefois, avec le métaphysique et exigeant Au-delà du gouffre de Peter Watts, et l’épique et précieux Latium de Romain Lucazeau. Mais bon, si vous ne savez pas quoi lire en science-fiction, vous pouvez aussi piocher dans les conseils d’Alice sur le blog, ou sur le catalogue de l’excellent éditeur Les moutons électriques et sa collection Bibliothèque voltaïque, c’est beau et c’est bon en général.

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Et pour finir notre petit tour d’horizon, le Top des lecteurs de Livre de poche ! Plein d’idée à glaner avec des livres ou des rééditions récentes : L’affaire Cendrillon de Mary Higgins Clark, Les intéressants de Meg Wolitzer ou le probablement excellent Je suis Pilgrim de Terry Hayes, dont ma tante m’avait déjà parlé. Je n’en ai lu aucun pour ma part (sauf Au-revoir là-haut à lire absolument), et je pense que je vais me laisser tenter par un ou deux, et rédiger ensuite pour vous des critiques !

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Nous vous souhaitons, à toutes et à tous, d’excellentes fêtes de fin d’année, et à l’année prochaine !

La rédaction des mécaniques imaginaires.

Trois livres à offrir pour Noël

Alice, Fanny et Justine vous proposent trois coups de coeur, qui pourraient faire d’excellents cadeaux de Noël ! N’hésitez pas à nous faire part aussi des livres que vous avez offert… Bonnes fêtes à tous !

Motel Blues de Bill Bryson

Le conseil d’Alice

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Voici un livre que j’ai déjà prévu d’offrir à deux personnes pour ce Noël. Ne le cherchez pas dans le rayon des romans : Motel Blues est un récit de voyage. Bill Bryson écrit principalement des récits de voyage, aux USA, en Angleterre, en Australie… Il est américain et vit en Angleterre ; à la trentaine, il retourne aux Etats-Unis pour un vaste road-trip en voiture. Motel Blues collationne en 400 pages la traversée de 38 états, plus de 22000 km et une quantité invraisemblable de fous rires. Sans plaisanter, je crois que ma voisine de train m’a maudite sur plusieurs générations tellement je me bidonnais en lisant Motel Blues.

Bill Bryson est à la fois drôle, perspicace, méchant, délicieusement catégorique, pince-sans-rire, très américain et très critique des américains. Il est très fort : son livre est une vraie lecture plaisir, mais on y apprend en même temps énormément de choses. En cette période de (post)élections américaines, offrir Motel Blues c’est offrir à vos amis l’occasion de comprendre un peu mieux ces gens étranges…

Un extrait ? En voici un lors de son passage à New York, p. 197 ; je précise que le livre a été écrit en 1989.

Sur la 5ème Avenue je suis allé visiter la tour Trump, le nouveau gratte-ciel. Donald Trump, un promoteur immobilier, est progressivement en train de prendre le contrôle de New York en construisant partout des gratte-ciel qui portent son nom. Je suis donc entré pour voir à quoi ça ressemblait. Le hall d’entrée du bâtiment était du plus mauvais goût, tout en laiton et en chrome, avec du marbre blanc veiné de rouge rappelant ces trucs qui vous obligent à faire un détour quand on les voit sur le trottoir. Et là il y en avait partout, sur les sols, sur les murs, au plafond. On se serait cru dans l’estomac de quelqu’un qui vient de manger une pizza. « Incroyable », marmonnai-je, tout en poursuivant mon chemin.

Si avec ça vous n’en savez pas plus sur le nouveau président américain, il vous reste à offrir une édition du New York Times à vos proches pour Noël, ce qui est nettement moins sympa je trouve.

Et pour les esprits curieux que les récits de voyage rebutent, je conseille Une histoire de tout, ou presque, du même auteur.

 

Le pacte de Marchombres, de Pierre Bottero

Le conseil de Fanny

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Il est des livres comme des trésors. Cette trilogie en est un. Un magnifique trésor. En soulevant doucement sa couverture, de quelques centimètres, notre regard sera ébloui par la lumière des Mots qui filtrent de l’ouverture. Ouvrez-le en grand, vous serez aveuglé par l’éclat et la puissance de cette oeuvre de fantasy. Adolescents ou adultes, vous ne pouvez qu’être happé dans ce tourbillon de vie et de liberté.

Pourquoi aime-t-on autant cette oeuvre ?

A cette question, comme à toutes les questions, il y a deux réponses. Celle du savant et celle du poète. Laquelle souhaitez-vous que je vous offre en premier ?

Celle du savant ? Bien. Commençons par un bref résumé de l’histoire : une jeune enfant dont les parents se font assassiner par des guerriers effrayants est recueillie dans le monde des Petits. Un monde naïf, insouciant où elle devient Ipiutiminelle. Elle grandit et cherche des réponses sur son Histoire. Elle rejoint le monde des hommes et devient Ellana. Son histoire est riche d’aventures à travers les forêts et montagnes, de rencontres émouvantes, effrayantes (beaucoup de guerriers, de monstres), et enfin son maître Marchombre qui va lui trouver la Voie. Rempli de combats sanglants, du bruit des lames qui se heurtent, du sang qui coule à chaque détour de chemins, ce roman est épique.

Et la réponse du poète alors ? Ce livre est construit comme une épopée profondément humaine, faite d’amour, de haine, de trahison et de mort. Une quête philosophique sur le sens de la Vie, la recherche de sa Voie, de son destin. La poésie enveloppe chaque phrase, chaque action, chaque pensée d’Ellana. Les phrases de Bottero dansent et dessinent toute une palette d’émotions. Un vrai plaisir de lecture.

Je ne résiste pas à écrire moi-même une poésie marchombre. Attention, cette poésie ne se parle jamais, le souffle des mots abîmerait la profondeur du sens. Une poésie Marchombre s’écrit seulement, dans du sable ou sur de la pierre, dans la terre ou la poussière, se trace de la main qui incruste ainsi les mots directement dans l’Esprit.

Livre de magie et de lumière qui révèle la Voie

Profondeur des Mots jusqu’à l’Ame

Liberté

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants de Mathias Enard

Le conseil de Justine

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C’est le titre, d’abord, qui m’a attirée : Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, comme une formule magique qui nous transporte directement dans le monde des histoires, des contes et des mythes. Quand je lis ce titre, ou plutôt quand je le prononce à l’intérieur de ma tête, ce n’est pas une histoire qui me vient, c’est une couleur, l’or, et une sensation, une chaleur bienfaisante. Comme un conte des Mille et Une Nuits. La photographie de la couverture, Istanbul dans la brume crépusculaire, me transporte immédiatement dans un univers riche, doré et délicat, comme de ceux qu’on recherche en hiver, quand le froid et la nuit prennent leurs quartiers à l’extérieur.

Et quand on ouvre ce court roman, on se laisse embarqué par la poésie, la puissance et la délicatesse de l’écriture, de celle des histoires intemporelles :

La nuit ne communique pas avec le jour. Elle y brûle. On la porte au bûcher à l’aube. Et avec elle ses gens, les buveurs, les poètes, les amants. Nous sommes un peuple de relégués, de condamnés à mort. Je ne te connais pas. Je connais ton ami turc : c’est l’un des nôtres. Petit à petit il disparaît du monde, avalé par l’ombre et des mirages ; nous sommes frères. Je ne sais quelle douleur ou quel plaisir l’a poussé vers nous, vers la poudre d’étoile, peut-être l’opium, peut-être le vin, peut-être l’amour ; peut-être quelque obscure blessure de l’âme bien cachée dans les replis de la mémoire.

Michel Ange accepte une invitation du sultan Bajazet de Constantinople, pour lui dessiner un pont sur la Corne d’Or. Il laisse l’Italie, le pape et ses commandes non payées de retour. Au fil de courts chapitres, il découvre capiteux et troublant de l’Empire ottoman, dans une expérience sensible très bien rendue en mots par l’auteur. On assiste à l’éveil et aux mystères du désir. Et surgissant au milieu de cette myriade de couleurs et de sensations, l’inspiration créatrice, pour construire un pont de chimères entre l’Orient et l’Occident. Symboles, force, mais aussi détails et chronique de la vie à Constantinople, on pénètre dans la carte du désir, mais aussi celle de pouvoir et de l’art. A offrir avec des oranges et un carnet de croquis.