Bonus : tourisme littéraire

L’amour de la lecture peut aussi s’exprimer hors fauteuil : chaussez vos baskets et partez à l’aventure, sur les traces d’auteurs illustres, dans des villes littéraires ou pour passer ses vacances au milieu des livres.

Dormir dans une bibliothèque

Les vieilles bibliothèque ont un charme fou. Le parquet de chêne qui craque sous nos pas, l’odeur des livres, des fauteuils confortables, des recoins secrets… on voudrait s’y perdre, on voudrait savoir ce qui s’y passe la nuit, être seul avec tous ces livres peuplés d’histoires et de fantômes, ou avec les chauve-souris qui veillent sur les vieilles reliures.

Vous en rêviez, la Gladstone’s library, à Hawarden au Pays de Galles, l’a fait.

Gladstone's library

A partir de 74 euros la nuit, vous pouvez vous promener entre les rayonnages, le soir, et pêcher tous les livres que vous voulez, pour un voyage imaginaire sous la couette.

270x270-00001Pour ma part, j’ai adoré le clip de présentation : le verre de vin, les charentaises, le scrabble, tout y est !!!! (cliquez ici ou sur l’image pour voir la vidéo). La bibliothèque, datant de la fin du 19e siècle, est une vraie bibliothèque publique et d’étude, mais elle est aussi un hôtel depuis 1906, et un café. Alors une retraite littéraire dans la campagne galloise, ça vous dirait ?

Tenir une librairie pendant ses vacances

Les Anglo-saxons, décidément, ont de bonnes idées pour marier tourisme et littérature. Après le Pays de Galles, direction Wigtown, en Ecosse.

Cette petite ville du sud-ouest de l’Ecosse compte environ 1000 âmes, une distillerie de whisky et vit à fond la littérature, avec plusieurs libraires dont la plus grande librairie d’occasion d’Ecosse, un festival littéraire et The Open Book, une librairie associative tenue par des touristes qui choisissent de résider au moins une semaine dans l’appartement aménagé au-dessus du local !

the open book

C’est sûr, il faut savoir se débrouiller en anglais, mais l’expérience est juste super pour toutes les personnes qui ont un jour rêvé d’être libraires !

 

A partir de 40 euros par nuit, pour 2 personnes, l’appartement – et sa librairie – sont proposés à la location sur Airbnb. (Crédit photos : The Open Book, Airbnb).

Séjourner en chambre d’hôtes – atelier d’écriture

Autre formule possible, selon vos envies : le week-end ou la semaine au vert, dans un cadre champêtre et inspirant, pour écrire ou apprendre à écrire. Des chambres d’hôtes et des gîtes se sont spécialisés dans cette activité, proposant des stages, des événements et un cadre propice à l’écriture, souvent en pension complète.  Les balades alternent avec les ateliers. Un cadre idéal pour se reposer, rêver, écrire…

Dans le Bas-Rhin, par exemple, rendez-vous aux Lettres de mon Moulin : 5 chambres aux noms d’écrivains, Colette, Daudet, Cocteau…, des espaces de création et plusieurs formules d’ateliers.

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Autre exemple, dans les Cévennes, chambre et table d’hôtes pour écrivains en herbe au domaine de Bayssac, dans un grand mas cévenol chargé d’histoire. Entouré de châtaigniers, poste d’observation idéal le long d’une voie de transhumance, ancien centre d’élevage du vers à soie, ce domaine propose des « séjours de vacances et de détente centrés autour de l’écriture sous forme d’ateliers d’écriture. Le lieu permet d’écrire à l’intérieur mais aussi dans la nature ».

 

Visiter une ville littéraire

L’Unesco est championne du monde pour délivrer des labels, qui sont ensuite autant d’arguments touristiques et financiers pour protéger et développer ce qui fait le sel de la vie : la culture, les sciences, et la littérature of course.

Le label Cities of Literature fait ressortir l’importance de la littérature dans l’histoire mais aussi la vie de la cité. Tous les aspects sont concernés : des grands auteurs aux librairies et bibliothèques, le dynamisme de l’édition, mais aussi les pratiques du public, l’écriture, les événements littéraires et festivals. Ce label reconnaît l’originalité et l’excellence de la scène littérature, et entraîne également une obligation pour les villes d’encourager ce milieu et de développer des projets littéraires qui touchent le public le plus large.

A noter que pas une seule ville en France n’a encore candidaté à ce label, alors qu’on est les champions pour tout ce qui est architectural. Pas de New York non plus, pas de Los Angeles ni de Berlin ; et une seule ville, Durban, pour toute l’Afrique jusque récemment… Pas très représentative en fait, cette liste, mais pour les villes qui s’y trouvent, des candidates logiques et des découvertes (cliquez sur la carte pour avoir accès à la liste des villes).CreativeCitiesNetwork-2014

On y retrouve, par exemple, Dublin, la ville de James Joyce ; Nottingham, fief de Robin des Bois, de Lord Byron et de DH Laurence ; mais aussi Prague, Milan, Barcelone, Melbourne, Montevideo, Bagdad…

La toute première à avoir reçu ce label est Edimbourg. Pour y avoir passé quelques jours à l’automne dernier, c’est une ville qui regorge de livres et d’idées, à l’atmosphère mystique et chaleureuse, une ville avec une âme et tout un tas d’histoires bruissant dans l’air. Pas un pub sans une plaque racontant les pires atrocités perpétrées en ces lieux, pas un cimetière sans son lot de fantômes, planqués aussi dans les sombres recoins des lanes de la vieille ville.

Avec son architecture à étages, son air mutique, on y perd rapidement ses repères spacio-temporels et on devient sensible aux âmes qui habitent ses pierres sombres, à l’écho du passé, et au présent vibrant de cette ville qui sait capter l’imagination. C’est la ville qui a vu naître Jekyll and Hide, Sherlock Holmes et Peter Pan, l’Ile aux Trésors, Trainspotting et plus récemment Harry Potter bien sûr. On y croise aujourd’hui JK Rowling, Ian Rankin ou Muriel Spark.

 

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Il est facile de se procurer des guides pour les amoureux de littérature, ou de participer à une visite littéraire de la ville (Edinburgh Literary Pub Tour). Il est possible aussi de flâner dans les lieux fréquentés par les écrivains, de visiter le Writers Museum, d’assister à l’un des très nombreux événements littéraires organisés tout au long de l’année, écouter ou apprendre à raconter des histoires dans l’excellent Storytelling Center.

Il existe d’autres manières de visiter des lieux avec la littérature… Les lieux se retrouvent enrichis de l’imaginaire qu’ils ont créé, véhiculé. On peut facilement visiter l’Italie avec les récits de voyages d’auteurs célèbres dans son sac à dos, de Montaigne à Stendhal ; visiter des lieux de création, comme les maisons d’écrivains ; ou se tourner, pour des rencontres avec des écrivains, vers les nombreux salons et festivals littéraires…

 

N’hésitez pas à partager vos expériences de tourisme littéraire avec nous, en commentaire !

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Faillir être flingué

Un western à la fois drôle, dur, magique, attachant… A ne surtout pas rater !

Note : 5/5

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Le titre me titillait la mémoire… un titre qui fait postillonner quand on le prononce, dont les médias avaient un peu parlé… Ah oui ! Le prix du livre Inter 2014.

Faillir être flingué est un western « des origines » : des territoires intégralement vierges, des Indiens encore libres de circuler et de vivre à leur façon, la naissance d’une ville à partir de cahutes enracinées dans la boue, l’installation progressive de la civilisation au milieu de nulle part, des vraies brutes cruelles et sales, des flingues, et contre tout probabilité : quelque chose qui se construit dans l’Ouest sauvage.

La galerie de personnages est tout simplement extraordinaire : ils sont tous attachants à leur façon, ils sont variés, ils construisent quelque chose dont ils ignorent tout. On ne se situe pas que du point de vue des colons, on se promène entre Indiens, blancs, chinois… L’un n’a qu’une idée en arrivant dans la ville naissante : ouvrir une maison de bains. L’autre s’est fait dépouiller à deux reprises de ses biens – dont son cheval, alors qu’il n’est pas un piéton ! – et ne songe qu’à se venger. La troisième organise des concours de tir de fusil dans les portes de son saloon / bordel pour créer un peu d’animation pour ses clients. Eau-qui-court-sur-la-plaine prodigue ses talents un peu magiques au gré de ses errances et déplacements.

Tout le monde se croise, échange, se transforme, commerce, s’adapte, comme si le lieu dans lequel tout le monde évolue était un incubateur de possibles. La narration va vite, c’est souvent drôle (on peut penser au film Maverick), il y a de l’action, des fusillades, c’est également parfois dramatique, subtile…

Un très chouette livre, très divertissant, qui fait du bien et qui donne à penser ou à rêver après l’avoir refermé.

Faillir être flingué, par Céline Minard. Rivages, 2013.alice

 

Tour d’horizon des livres à lire cet été

L’été, on a le temps. On se repose, on lit. Voici un tour d’horizon des traditionnelles listes des meilleurs livres à lire cuvée été 2017, proposées par vos médias préférés (ou pas)

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Le Figaro sort l’artillerie lourde :

Les 10 best-sellers à lire cet été sont écrits par des noms déjà bien familiers des rayons de vos bibliothèques : on y retrouve les derniers opus de Marc Lévy, Jean-Christophe Rufin, Guillaume Musso, Anna Gavalda, Elena Ferrante… Le Figaro ne prend aucun risque pour vous assurer 100 % de satisfaction facile et agréable. Mon envie de lecture dans cette liste :

Le tour du monde du roi ZibelineJean-Christophe Rufin, Le Tour du monde du roi Zibeline : parce que pour avoir lu un ou deux autres de ses livres, je sais que son style est agréable, et qu’on est embarqué dans des aventures historiques où l’on ne s’ennuie pas un instant !

Résumé : Comment un jeune noble né en Europe centrale, contemporain de Voltaire et de Casanova, va se retrouver en Sibérie puis en Chine, pour devenir finalement roi de Madagascar… Sous la plume de Jean-Christophe Rufin, cette histoire authentique prend l’ampleur et le charme d’un conte oriental, comme le XVIIIe siècle les aimait tant.

Challenges remporte le prix de la diversité des suggestions littéraires

La sélection Challenges des 15 livres incontournables à lire cet été est un mélange intéressant, de livres pas forcément très récents, de romans, de récits, de styles, avec le petit livre d’actualité qui va bien à la fin. Une sélection intéressante, même si mes goûts personnels ne me feront pas aller vers la plupart de ces livres, qui me semblent assez sombres tout de même. Le livre qui a attiré mon attention, chez l’excellent éditeur Au Diable Vauvert :

COUV-BACIGALUPI-Water-Knife-PL1SITEPaolo Bacigalupi, Water Knife : parce que La fille automate, son ouvrage précédent, a largement été salué par la critique et que le thriller écologique d’anticipation est assez dans l’air du temps, le thème donne envie de lire cette histoire !

Résumé : La guerre de l’or bleu fait rage autour du fleuve Colorado. Détective, assassin et espion, Angel Velasquez coupe l’eau pour la Direction du Sud Nevada qui assure la survie de Las Vegas. Lorsque remonte à la surface la rumeur d’une nouvelle source, Angel gagne la ville dévastée de Phoenix avec une journaliste endurcie et une jeune migrante texane… Quand l’eau est plus précieuse que l’or, une seule vérité régit le désert : un homme doit saigner pour qu’un homme boive.

 

Dans les poches de l’Express

…il y a : 16 romans contemporains qui répondent aux canons de la détente estivale : exotisme, littératures du monde, romance, humour, aventure, voyage… Je me reconnais plus dans cette liste qui propose des auteurs déjà lus que j’aime beaucoup  : Chimamanda Ngozie Adichie dont je vous ai déjà parlé pour Americanah, Thomas Vinau que j’avais découvert par un recueil de poèmes, Andreï Kourkov, Irvine Welsh. Et ça tombe bien, si j’ai lu les auteurs, je n’ai lu aucun des titres proposés. un titre particulièrement qui se trouvait déjà sur ma liste d’attente (impatiente) :

l-autre-moitie-du-soleil-half-of-a-yellow-sun-par-chimamanda-ngozi-adichie_5896027Chimamanda Ngozie Adichie, L’autre moitié du soleil. Parce que la lecture est une expérience humaine avec cette auteure, son style rayonnant et ses personnages forts marquent, c’est en tout cas ce que j’avais ressenti dans Americanah.

Résumé : Lagos, début des années soixante. L’avenir paraît sourire aux sœurs jumelles : la ravissante Olanna est amoureuse d’Odenigbo, intellectuel engagé et idéaliste ; quant à Kainene, sarcastique et secrète, elle noue une liaison avec Richard, journaliste britannique fasciné par la culture locale. Le tout sous le regard intrigué d’Ugwu, treize ans, qui a quitté son village dans la brousse et qui découvre la vie en devenant le boy d’Odenigbo. 
Quelques années plus tard, le Biafra se proclame indépendant du Nigeria. Un demi-soleil jaune, cousu sur la manche des soldats, s’étalant sur les drapeaux : c’est le symbole du pays et de l’avenir. Mais une longue guerre va éclater, qui fera plus d’un million de victimes. 
Évoquant tour à tour ces deux époques, l’auteur ne se contente pas d’apporter un témoignage sur un conflit oublié ; elle nous montre comment l’Histoire bouleverse les vies. Bientôt tous seront happés dans la tourmente. L’autre moitié du soleil est leur chant d’amour, de mort, d’espoir.

 

 

Besoin d’autres idées ? Vous pouvez aussi consulter la liste des coups de coeur des livres sortis cette année par Le Monde des Livres, les livres de plage un peu « girly » tout de même sélectionnés par Elle, ou la sélection que pour ma part je trouve un peu snob des Inrocks. Sinon, à votre tour, recommandez-nous des lectures d’été dans les commentaires ! Bonne lecture et bonnes vacances !

Watership down

Laissez pousser vos oreilles, frétillez des moustaches, musardez dans les champs par petits bonds et… entrez dans la peau d’un lapin pour quelques pages !

Note : 4/5

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Watership down... Un roman d’aventure, ça c’est sûr.

Une épopée même, avec ses distances infranchissables, ses décisions lourdes de sens qui font l’Histoire, sa bande de copains qui se transforme peu à peu en un peuple, ses hauts-faits militaires, ses moments de ruse, sa création d’un héros national.

Oui, de l’action, de l’épique, des histoires, mais… de lapins !! Vraiment : de lapins. Avec leur morphologie, leurs comportements instinctifs. Avec leurs motivations, leurs besoins, leurs mythes, leurs conquêtes, leurs batailles de lapins. Leurs pattes, leurs oreilles et leurs terriers. Heureusement, ces lapins-ci parlent français (enfin, anglais pour la VO). Ils glissent quelques mots-lapins, car il n’existe pas d’équivalent de farfaler dans notre langue (grignoter à l’air libre) !

Hazel et Fyveer sont frères, ils vivent dans une garenne nommée Sandleford. Ils y vivent une confortable vie de lapin, sans faire partie de la Hourda (sorte de caste militaire qui fait régner un ordre tranquille sur la garenne) et en suivant les quelques directives de leur Maître Lapin. Toutefois Fyveer, comme certains lapins chétifs, a des visions, des prémonitions : la garenne va être détruite. S’il parvient à convaincre son frère et quelques autres lapins de l’imminence d’un désastre et de l’importance de fuir, le Maître n’en croit pas ses oreilles et leur interdit de tout départ.

Le petit groupe échappe in extremis à la Hourda, lancée à leurs trousses. Commence alors un vaste périple, ponctué de découvertes variées pour ces lapins qui n’ont connu qu’un paisible champ loin des hommes. Traverser des rivières, croiser des voitures, oser parcourir toujours plus de kilomètres et s’installer dans un territoire totalement inconnu, fonder une nouvelle garenne, piller une grange, lutter contre les sirènes du confort : ces lapins vont connaître toutes ces épreuves comme autant de rites initiatiques.

À chaque rencontre d’une nouvelle garenne – le groupe en découvre deux – ce sont des nouveaux systèmes politiques qui sont présentés par l’auteur. Une garenne qui a sacrifié sa liberté pour le confort et l’opulence, tout en refusant de regarder en face le prix à payer – serait-ce une allégorie du capitalisme qui nous est présenté dans ce conte ? Une autre qui subit un tout autre type de privation de liberté : elle est contrôlée par une junte militaire ultra efficace qui régit tout, de l’autorisation de se reproduire jusqu’à l’heure où l’on est autorisé à farfaler, dans le but de ne jamais se faire repérer par les prédateurs ou les hommes – peut-on lire entre les lignes un système communiste extrême ou la Corée du Nord ici ? (rassurez-vous, les allusions politiques sont subtiles et ne sont que l’une des grilles de lecture du roman).

L’héroïsme et l’ingéniosité vont intervenir et relancer l’intrigue quand notre vaillant groupe de rongeurs se rend compte… qu’ils ne sont que des mâles. Ah oui, tiens ! Quelle pérennité pour leur garenne toute neuve ? On a beau se reproduire comme des lapins, on ne peut pas le faire tout à fait tout seul… Il faut alors faire fi des vilou (les prédateurs de tous poils et toutes dents), s’allier avec d’autres animaux, repenser aux vieux contes racontés au coin du feu pour y puiser des idées, et prendre son courage à deux pattes. Plus question de tourner sfar, comprenez de devenir paralysé par la peur au point de ne plus pouvoir bouger : il est temps de trouver des hases.

Si ce livre n’est pas récent, je l’ai découvert récemment, dans son édition 2016. Cette édition a été l’occasion de revoir et corriger la traduction : vous ne retrouverez pas forcément les mêmes noms de personnages en fonction de la version que vous aurez entre les mains. Et pour qui n’aurait pas envie de se transformer en lapin pendant 544 pages, plusieurs adaptations TV (dont une annoncée par la BBC en 2016) existent !

Watership down, par Richard George Adams. Monsieur Toussaint Louverture, 2016.alice

 

Promenons-nous dans les bois

Rigolade assurée avec ces ceux randonneurs du dimanche qui s’attaquent au Sentier des Appalaches

Note : 3,5/5

Promenons-nous-dans-les-bois

Bill Bryson est un bonhomme qui va dans des endroits du globe, essaye des trucs et les raconte ensuite avec beaucoup d’humour et de verve. Dans les librairies, on le retrouve dans le rayon littérature de voyage, mais s’il y avait un rayon « Rigolons un bon coup », on pourrait aussi l’y ranger – les librairies sont trop sérieuses.

C’est un esprit original, qui saute d’idée en idée, et qui n’a pas le caractère raisonnable de ses congénères humains, donc il saute de l’idée à sa réalisation, avec enthousiasme. Il se met en scène dans ses romans en éternel gamin un peu pénible, parfaitement inconscient mais sensible et ouvert à l’expérience. Le tout sous les yeux patients de son épouse, qui doit être une copine de la femme à Colombo.

Cette nouvelle aventure de Bryson se passe aux Etats-Unis, et a pour thème la randonnée. Bill Bryson, accompagné d’un acolyte improbable et aussi éloigné que possible du modèle du randonneur aguerri des montagnes, se lance à l’assaut d’un sentier historique long de près de 3500 km, le Sentier des Appalaches. Plus qu’une randonnée, c’est une odyssée. Il découvre un univers, ressent le paradoxe de la nature qui ne peut être naturelle, le tout entrecoupé d’infos sur l’histoire du sentier, et des rencontres faites au fil des étapes.

Avec beaucoup de mordant, Bryson décortique ce monde à part, celui des randonneurs, et nous brosse un tableau pas piqué des hannetons des randonneurs consommateurs, des pot de colle, des ovni. Il découvre aussi l’expérience forcément intime et solitaire de la marche.

J’ai reconnu l’ambiance particulière d’un sentier de grande randonnée, où tout le monde se suit plus ou moins, où les histoires circulent ; les abris et les étapes où les randonneurs se rassemblent, le besoin de solitude aussi, ce que déclenche la marche en réflexion. La découverte d’un rythme différent et d’une vie qui se résume au jour en train de se dérouler, et à s’assurer des besoins de base : marcher, se protéger de l’eau et des blessures, manger, trouver un endroit où dormir, se reposer. La sensation d’étrangeté aussi lorsque l’on retourne en ville. Evidemment, le duo Bryson-Katz fait des étincelles et la relation de ces deux loustics n’en finit pas de nous faire rigoler.

Le roman est un cadeau d’Alice, qui a pensé à moi en suivant les mésaventures de ces Pieds Nickelés des montagnes. Toute ressemblance avec ma propre traversée de la diagonale du vide en France serait fortuite !! Un livre chaudement recommandé aux patachons qui préfèrent passer leur week-end à bouquiner plutôt qu’à randonner !

justine3Promenons-nous dans les bois, de Bill Bryson. Petite Biblio Payot Irrésistibles.

 

 

La lune est blanche

Partons à l’aventure en Antarctique !

Note : 4 / 5

Couverture de La lune est blanche

Les 2 frères Lepage, dont l’un est dessinateur et l’autre photographe, sont invités par l’Institut polaire français à voyager en Antarctique avec les scientifiques « hivernants » et à accomplir l’une de ces improbables aventures humaines qui fait briller les yeux des gens de caractère : le raid.

Le long voyage en bateau est bordé d’imprévus, de retards et de délais, car encore en 2012 les hommes sont facilement prisonniers des glaces et l’Antarctique reste un continent difficilement abordable. Chaque moment d’attente est l’occasion d’un retour dans l’histoire de la découverte et de l’exploration de l’Antarctique. Le livre est lourd et grand ! 256 de BD, de dessins, de photographies, d’histoire actuelles et passées. Les dessins sont tous plus magnifiques les uns que les autres.

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L’Astrolabe, le petit brise-glaces français qui réalise les aller-retours vers l’Antarctique, est l’un des personnages principal de la première moitié de la BD. Pris dans les glaces lors de son trajet précédent, on surveille sa balise GPS : va-t-elle enfin avancer ? Car s’il n’arrive pas, la participation des frères au raid sera annulée, ils seront cantonnés au camp Dumont d’Urville qui se trouve au bord de l’océan Antarctique. Le raid, c’est un trajet de 2 semaines environ dans d’énormes tracteurs vers la base Concordia, située 1200 km plus loin, vers le cœur du continent.

Nous avons mal au cœur avec le personnage principal, sur ce bateau conçu pour toujours revenir à la verticale et rouler (à moins que ce soit tanguer  ?) fortement, sur les mers très difficiles qui ceignent le grand sud. Nous avons froid avec tous !

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L’autre moitié du livre est consacré au raid, donc aux vues improbables de cet immense désert de glace qu’est l’Antarctique. C’est à la beau très beau et très brutal, on a la sensation de quitter le récit du monde réel pour embarquer dans un voyage sur une autre planète, pour rentrer dans la science-fiction, parler de survie, de ce qui fait de nous des humains.

Si cette BD est une incroyable aventure, que l’on a également la sensation de vivre, toutefois les doutes incessants du personnage et son immense déception à l’idée de ne pas pouvoir faire le raid – déception régulièrement remâchée, rabâchée – ternissent un peu la lecture. Entre récit d’aventure et introspection, la narration se cherche un peu. Il semble même étonnant, de mon point de vue, que l’auteur ne se satisfasse pas de l’incroyable aventure qu’il vit et veuille absolument ajouter le raid au reste de ses expériences, déjà tout à fait hors du commun – ou hors de mon commun.

Mais ce n’est qu’une petite retenue sur mon grand enthousiasme à cette lecture !

La lune est blanche, de François et Emmanuel Lepage. Futuropolis, 2014.alice

La Horde du Contrevent

Un extra-ordinaire roman comme vous n’en lirez jamais d’autre

Note : 5/5

Alain Damasio - La Horde du Contrevent

Pourquoi lisons-nous un livre ? Parce qu’on nous l’a offert. Parce que c’est le nouveau livre d’un auteur qu’on aime bien. Parce qu’on l’étudie en cours. Parce que la personne dont est amoureux est aussi en train de le lire. Car il traîne dans les toilettes. Ou sur la table de chevet. Ou dans la salle d’attente. Car notre voisin dans le train le dévore et qu’on épie par-dessus son épaule. Car on a besoin de se détendre. Car on aime les scènes sanglantes. Pour voyager. Pour penser complètement à autre chose. Pour dire du mal de l’auteur. Par foi. Pour le relire une 4e fois, même si on le connaît pas cœur, justement car on le connaît par cœur. Pour épater la galerie : « Moi, j’ai réussi à le lire en entier ! »

La Horde du Contrevent, je l’ai lu parce que mon futur-libraire-préféré, qui n’était alors qu’un libraire inconnu, m’a écoutée parler deux minutes et m’a mis ce roman entre les mains : « c’est celui-ci qu’il vous faut ». Ou une phrase du genre. « Ça devrait vous plaire ». La couverture m’a plu.

Et depuis, je transporte toujours avec moi, quelque part dans un recoin du cerveau, dans un méandre du cœur, l’ambiance, les personnages, le souffle de la Horde. Il ne me quitte  jamais vraiment. C’est un livre incroyable, de ceux dont on ne croisera jamais l’équivalent même en lisant beaucoup, même en lisant tous les autres livres du même auteur. Une claque, une plongée soudaine et forcée dans un tonneau d’eau glacée, l’impression que l’on a ouvert les yeux une 2e fois.

Le monde est globalement inconnu ; des vents incessants balayent une vaste langue de terre, et plus on remonte contre le vent, plus il est fort, plus la vie est difficile.

Golgoth, Sov, Carcarole, Horst, Callirhoé, tous les autres, forment une Horde. Ils sont entraînés depuis l’enfance à braver les vents pour, à l’âge adulte, partir « en contre », marcher le monde en luttant contre toutes les formes de rafales et, arrivés à l’autre bout du monde, atteindre l’extrême-amont pour savoir enfin pourquoi la terre est striée par les vents : est-ce un vaisseau sans protection qui avance au milieu de l’espace ? Trouver l’origine des vents.

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Les 23 membres de la Horde : chacun a son signe

L’écriture est une dentelle, une prouesse qui n’y ressemble pas : comme la contorsionniste qui maîtrise tellement son art qu’elle semble plus faire le moindre effort. Tout dans ce livre implique le lecteur, le transforme en 24e membre de la Horde, en passager fantôme de l’aventure. Les rythmes de la narration enflent ou se réduisent, bruissent ou se saccadent, comme les vents qu’affronte la Horde. Elle « part en contre », et nous avec elle : la première page est numérotée 700. De page en page la Horde remonte vers la source des vents, et nous controns avec elle, nous remontons lentement les pages pour atteindre enfin la page n°1. Nous sommes une part de l’histoire, nous sommes impliqués de force, comme un Bastien entré dans l’Histoire sans fin et qui en modifie le cours.

Le lecteur, après quelques chapitres, pourrait penser qu’Alain Damasio a épuisé l’étrangeté du livre-monde qu’il nous propose. Mais il ne saurait y avoir de repos, de confort, dans cette lecture : de nouvelles singularités apparaissent, et soudain ce monde très plat, en deux dimensions, érodés par les vents, se déplie dans les airs ! L’avarice langagière de certains personnages ne laisse pas présager le morceau de bravoure qu’est la joute verbale au centre du roman !

La Horde du contrevent n’est pas un livre facile, un livre qu’on lit en passant, sans y penser. C’est un livre qui implique, qui donne à penser, qui donne beaucoup à rêver, qui nous transforme en nourrissons essayant de comprendre à nouveau le fonctionnement du monde, qui donne à  vivre. C’est un livre jubilatoire. C’est aussi un livre drôle. C’est un livre qui emprunte ses codes au rugby (la Horde face à la stèche, l’une des 9 formes du vent, se déploie comme une équipe de rugby ; elle a ses piliers, ses ailiers…) et qui vous convertit sans que vous ne vous en rendiez compte à la philosophie.

Qu’il est difficile de parler d’un roman que l’on aime particulièrement ! En général je l’offre à ceux dans mon entourage qui me semblent pouvoir l’apprécier, sans rien en dire, car toute glose sur ce roman en particulier me semble un peu bancale. Je peux quand même vous dire ceci : c’est un livre que je voudrais n’avoir jamais lu, pour avoir le plaisir de le découvrir de nouveau, de laisser l’émerveillement me saisir encore, pour me laisser surprendre à chaque page, pour me demander encore : « Est-ce que la fin, ce ne serait pas que… », pour réaliser finalement que j’avais deviné la fin mais que c’est un fait-exprès, que tout est fait pour que l’on devine la fin et que l’on se demande si, peut-être, ces 700 pages à rebours ne sont pas une puissante métaphore de nos vies particulières.

La Horde du Contrevent, d’Alain Damasio. 2004, La Volte ; 2007, Folio SF.alice