Article spécial « Héroïnes »

Chers lecteurs, les chroniqueuses des mécaniques imaginaires vous livrent leurs coups de coeur, et chroniquent aussi parfois des livres qui furent importants pour elles, à travers des thèmes communs. Ce premier article partagé parle de femmes, de celles qui font des héroïnes inoubliables. Amélie, Alice et Justine vous livrent leur choix aussi dissemblables que puissants !

Le choix d’Amélie

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 » C’est tout de même plus chouette de vivre quand on est désiré(e)« 

Pour ce premier article partagé dont le thème est le « livre dont le héros est une femme », j’ai choisi de vous présenter une BD autobiographique de Désirée et Alain Frappier. Dans ces pages, deux histoires s’entrelacent, celle de Désirée et celle  » de la conquête du droit des femmes à choisir de procréer ou non » (Annie Ernaux). Sujet a priori difficile à traiter encore aujourd’hui mais l’investissement personnel des auteurs est total et rend compte de façon originale et exhaustive d’un pan de notre histoire.

Cet ouvrage se compose de la façon suivante : la BD en elle-même, suivie de bonus comprenant notamment des documents d’époque, des références bibliographiques et des témoignages. J’ai également découvert les BOL grâce à ce livre, de sont des « bandes originales de livre ». Celle-ci a été réalisée par Philippe Guerrieri. Vous pourrez l’écouter sur son site.

Voici un petit résumé :  même si elle a des parents, l’enfance de Désirée est marquée par l’instabilité, elle enchaîne les foyers jusqu’à ce que « Le Bonheur » la prenne sous son aile. Mais on le sait tous, le bonheur n’a qu’un temps et elle devra reprendre le chemin des foyers… C’est au sein de l’un d’eux qu’elle va découvrir le féminisme par le biais de Mathilde qui partage sa chambre et fait partie du MLAC (Mouvement pour la Libération de l’Avortement et de la contraception).

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C’est les années 70, et les femmes, à tous les niveaux, se battent pour leur liberté : dans la rue, elles défilent, reconnaissent qu’elles ont avorté ; au niveau politique, Simone Veil défend un projet de loi dépénalisant l’IVG En 1975, le combat porte ses fruits et une loi dépénalisant l’avortement est adoptée.

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Désirée traverse ces années et son histoire la confrontera directement à l’IVG. Les émotions ressenties, les regards, les jugements son retranscrits avec réalisme et sensibilité. Le texte est très présent dans cet ouvrage que je qualifierai de roman dessiné. Désirée nous livre dans ces pages une partie de sa vie. Je ne sais pas si Désirée est un héros ou tout simplement une femme avec ses non-dits qui marquent l’enfance et se poursuivent à l’âge adulte. J’ai beaucoup apprécié ce texte et pour poursuivre j’ai entamé La vie sans mode d’emploi – putain d’années 80 ! des mêmes auteurs.

Le Choix, de Désirée et Alain Frappier, a été édité à La ville brûle en 2015.

 

Le choix d’Alice

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Une dystopie dont le personnage central est une femme, écrite par une femme.

 

L’Amérique a mal tourné, très mal tourné, même : dictature militaire implacable, baisse de la fécondité à un point tel que seules quelques femmes parviennent encore à avoir des enfants. Ce sont des Servantes, affectées à des Commandants ; des « servantes écarlates » qui « font » les enfants des Epouses des Commandants, toutes stériles.

Le personnage principal ? Elle s’appelle Defred, elle est servante écarlate, elle « doit » des enfants à son Commandant. Elle s’appelle Defred car elle appartient à Fred : son corps ne lui appartient pas, elle ne connaîtra jamais ses enfants, son nom n’est pas le sien. La Servante qui l’a précédée s’appelait Defred, la prochaine s’appellera Defred.

«  Je ne m’appelle pas Defred, j’ai un autre nom, dont personne ne se sert maintenant parce que c’est interdit. Je me dis que ça n’a pas d’importance, un prénom, c’est comme son propre numéro de téléphone, ç a ne sert qu’aux autres. Mais ce que je dis est faux, cela a de l’importance« .

Cette société est complètement aliénante : toute personne est standardisée, anonymisée : il y a des Epouses, des Anges (les forces militaires spéciales), des Gardiens, les Marthas qui sont les bonnes des maisons… Chacune sa place, son rôle, dans cet Ordre extrêmement oppressif. Toutes les autres femmes (trop âgées, infertiles, etc.) sont déportées dans les Colonies où elles manipulent des déchets toxiques. Toujours la question de leur fertilité est posée, jamais celle de leurs commandants… Les hommes ne sont pas mieux lotis d’ailleurs, mais Defred en parle peu : elle n’a pas le droit de leur parler, sauf dans certaines circonstances très cadrées.

« Il nous est interdit de nous trouver en tête à tête avec les Commandants. Notre fonction est la reproduction […]. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n’est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets ».

L’Ordre s’appuie sur la religion et la peur pour chasser toute pensée critique, garder chacun dans sa case et son rôle. La parole est cadrée, la communication interdite : parler, jouer au scrabble, échanger des mots sont des plaisirs prohibés. Pourtant Defred se pose des questions, se souvient, chercher du sens dans les petits signes de connivence qu’elle croit deviner chez d’autres esclaves de ce système. Malgré le carcan des codes, des règles, des interdits, elle lutte, elle espère.

Margaret Atwod développe dans ce roman une dystopie qui est l’excellent pendant féminin (féministe ?) du 1984 de George Orwell : un personnage qui n’a rien d’héroïque ouvre lentement les yeux sur l’inhumanité totale dans laquelle un système le force à vivre. Il n’a pas de liberté, perd son nom, son droit à développer des pensées qui lui sont propres, ne parvient pas à renverser ce système. Il tente, il se débat,… et le récit s’achève avec l’échec complet (1984) ou sans que l’on sache si Defred est sauve pour La servante écarlate :

 » Que ceci soit ma fin ou un nouveau commencement, je n’ai aucun moyen de le savoir. Et donc je me hisse, vers l’obscurité qui m’attend à l’intérieur ; ou peut-être la lumière« .

Sauf que Margaret Atwood attaque le thème sous l’angle de la féminité, du désir, de l’enfantement, de l’appropriation du corps, et que je ne peux m’empêcher de trouver cette approche encore plus efficace et terrifiante que celle d’Orwell. Et ce que l’on dit peu, c’est qu’Orwell s’est inspiré pour partie d’un roman publié 8 ans plus tôt, en 1940. Une suédoise, Kain Boye, passablement terrorisée par le nazisme, qui publie La Kallocaïne, première dystopie de ce style, avant de se suicider. Une femme, donc. CQFD.

La servant écarlate, de Margaret Atwood, a été publié dans sa version française chez J’ai lu, en 1985.

 

Le choix de Justine

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 » Je suis Chien du Heaume, fils à putain… »

 

« La dernière chose qu’entendit Manfred avant que la femme commence à remuer la pointe de flèche à l’intérieur de sa tête pour changer sa fierté et son art en bouillie grise, ce fut : – Je suis Chien du Heaume, fils à putain, et de l’autre côté tu sauras qu’il faut un dard plus puissant que le tien pour me percer le cuir. Et c’est ainsi que je commencerai mon histoire ».

Ce roman s’ouvre sur une scène choc, où la cible d’un archer tueur, pauvre nourrice sans défense, se transforme en une puissante machine à tuer et se retourne contre lui…

Vous êtes-vous jamais fait la réflexion, en lisant un livre qui vous semble familier d’entrée de jeu, qui s’accord si bien à vos goûts que si vous aviez été écrivain, c’est ce type de livre qui aurait jailli de votre imagination ? Chien du Heaume, pour moi, fait partie de ces livres-là.

Je l’ai découvert assez vite, alors que je commençais à peine à lire de la fantasy, une fois accrochée par l’univers truculent et flamboyant de Gagner la guerre de JP Jaworsky. En regardant ce qui se faisait par ailleurs en fantasy française, je suis assez rapidement tombée sur Justine Niogret et son roman. Je me suis laissée convaincre par le résumé, l’intérêt de découvrir justement une auteure femme qui a créé un univers moyenâgeux où évolue une héroïne mercenaire appelée Chien. Fallait oser !

« Elle se faisait payer en lits d’auberge, en nourriture, en contes aussi, parfois, car la femme aimait les histoires« .

Ce court roman ressemble à une fable, à un conte moyen-âgeux. Comme dans tout roman de chevalerie, l’héroïne, Chien, poursuit une quête. Elle est mercenaire et n’a d’autre maison que son propre corps. Au cours de son errance, elle fait des rencontres et plonge dans la forêt, des chemins creux, et des châteaux glacés où guettent l’ennui et la solitude. Dans le coeur de l’hiver, des histoires se racontent, celles du passé et celles qui n’ont plus d’âge. L’écriture respecte bien cet univers, elle est pleine de saillies, très imagée et rude, comme une sève épaisse et riche qui irrigue le roman et enfle au fil des chapitres.

Mais c’est surtout le personnage de Chien qui m’a marquée dans ce roman. C’est un personnage qui est une femme, mais qui ne se définit en rien par sa féminité, mais plus par son humanité. Il est répété plusieurs fois qu’elle est laide. Elle a un métier d’homme, mas ne revendique rien, elle est ainsi. Elle ne poursuit pas l’amour, ne le cherche pas non plus. Et le fait qu’elle soit femme n’est pas un ressort de l’histoire. Elle est cruelle, violente, parfois mauvaise, peu sympathique. Mais au fil des saisons, elle découvre qu’autre chose peut nourrir une vie. On suit ses aventures, emportés par la langue de l’auteure et la ténacité de l’héroïne, dans cette quête qui l’anime, et nous tient en haleine.

Le roman m’a plongée dans une atmosphère végétale et minérale, mystérieuse, à la limite de la magie. On oscille entre plusieurs genres, conte horrifique, fantasy moyenâgeuse, roman d’apprentissage et de chevalerie. Dans mon univers imaginaire et littéraire, je mets ce livre aux côtés des autres histoires médiévales qui m’ont marquée : la sensibilité rêveuse du Domaine des Murmures de Carole Martinez, la magie celte de la nouvelle trilogie de Jaworski Rois du Monde, et les contes d’orfèvre d’Italo Calvino et de son Chevalier inexistant.

Chien du Heaume se lit comme une petite gâterie, une pomme de pain qu’on ramasse au cours d’une belle promenade pour en garder un souvenir vivant. Une histoire singulière qui se garde dans un coin de sa bibliothèque, pour le jour où un vrai feu de cheminée, au coeur de l’hiver, attisera l’envie d’une lecture grave, violente et belle.

Chien du Heaume, de Justine Niogret, a été publié chez J’ai Lu en 2010.

N’hésitez pas à nous faire part, à votre tour, de votre sélection dans les commentaires !

 

 

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La lune est blanche

Partons à l’aventure en Antarctique !

Note : 4 / 5

Couverture de La lune est blanche

Les 2 frères Lepage, dont l’un est dessinateur et l’autre photographe, sont invités par l’Institut polaire français à voyager en Antarctique avec les scientifiques « hivernants » et à accomplir l’une de ces improbables aventures humaines qui fait briller les yeux des gens de caractère : le raid.

Le long voyage en bateau est bordé d’imprévus, de retards et de délais, car encore en 2012 les hommes sont facilement prisonniers des glaces et l’Antarctique reste un continent difficilement abordable. Chaque moment d’attente est l’occasion d’un retour dans l’histoire de la découverte et de l’exploration de l’Antarctique. Le livre est lourd et grand ! 256 de BD, de dessins, de photographies, d’histoire actuelles et passées. Les dessins sont tous plus magnifiques les uns que les autres.

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L’Astrolabe, le petit brise-glaces français qui réalise les aller-retours vers l’Antarctique, est l’un des personnages principal de la première moitié de la BD. Pris dans les glaces lors de son trajet précédent, on surveille sa balise GPS : va-t-elle enfin avancer ? Car s’il n’arrive pas, la participation des frères au raid sera annulée, ils seront cantonnés au camp Dumont d’Urville qui se trouve au bord de l’océan Antarctique. Le raid, c’est un trajet de 2 semaines environ dans d’énormes tracteurs vers la base Concordia, située 1200 km plus loin, vers le cœur du continent.

Nous avons mal au cœur avec le personnage principal, sur ce bateau conçu pour toujours revenir à la verticale et rouler (à moins que ce soit tanguer  ?) fortement, sur les mers très difficiles qui ceignent le grand sud. Nous avons froid avec tous !

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L’autre moitié du livre est consacré au raid, donc aux vues improbables de cet immense désert de glace qu’est l’Antarctique. C’est à la beau très beau et très brutal, on a la sensation de quitter le récit du monde réel pour embarquer dans un voyage sur une autre planète, pour rentrer dans la science-fiction, parler de survie, de ce qui fait de nous des humains.

Si cette BD est une incroyable aventure, que l’on a également la sensation de vivre, toutefois les doutes incessants du personnage et son immense déception à l’idée de ne pas pouvoir faire le raid – déception régulièrement remâchée, rabâchée – ternissent un peu la lecture. Entre récit d’aventure et introspection, la narration se cherche un peu. Il semble même étonnant, de mon point de vue, que l’auteur ne se satisfasse pas de l’incroyable aventure qu’il vit et veuille absolument ajouter le raid au reste de ses expériences, déjà tout à fait hors du commun – ou hors de mon commun.

Mais ce n’est qu’une petite retenue sur mon grand enthousiasme à cette lecture !

La lune est blanche, de François et Emmanuel Lepage. Futuropolis, 2014.alice

Pyongyang

A la découverte de la Corée du Nord

Note : 4,5 / 5

Couverture du livre

Vous pouvez souffler un peu, je ne vais pas parler de SF cette fois-ci, mais d’un « roman graphique », une BD, qui m’a beaucoup plu : Pyongyang, de Guy Delisle. Je l’ai découverte tout récemment en pillant la médiathèque de mon village, en même temps que ses deux titres plus connus, Chroniques de Birmanie et Chroniques de Jérusalem.  Le gros avantage de cet auteur, au-delà des pays où il se rend et de son style facile à aimer, c’est le regard naïf (dans le bon sens du terme) qu’il porte sur les pays qu’il chronique : pas de jugement a priori, pas de caricature, une approche humaniste, à l’écoute des gens et des rencontres possibles.

Savoir ce qui se passe en Corée du Nord ; la visiter, même à plusieurs années de là (G. Delisle publie la BD en 2003), voilà qui m’intriguait énormément : dictature militaire, d’accord, mais qu’est-ce que ça veut dire ? J’ai déjà découvert que quelques occidentaux pouvaient y séjourner pour des durées courtes, ce qui a été le cas de l’auteur.

Première étape pour tout étranger arrivant en Corée du Nord : déposer une gerbe de fleurs au pied de la statue gigantesque de Kim Il-Sung :

Kim Il-Sung, 22 mètres de bronze. C’est, pour chaque visiteur, un face-à-face disproportionné avec la gigantesque figure de la nation. Qui, même après sa mort (1912-1994), est demeuré le président.

Et plus on rentre le récit, plus c’est surréaliste ! Je vous ai dit que je ne parlais pas de SF, mais le parallèle avec 1984 d’Orwell est étonnant ; d’ailleurs Guy Delisle le fait lui-même, ayant amené le bouquin lors de son voyage.

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Pyongyang – extrait p. 2

La propagande est partout, on la dirait burlesque si c’était dans un roman. Là, dans la « vraie vie », ça devient complètement fou. Même si les contacts qu’il peut avoir avec des nord-coréens sont très limités, Guy Delisle parvient à délier quelques langues… Mais sans jamais savoir vraiment ce qu’ils pensent de leur pays.

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Pyongyang – extrait

Il ne peut jamais se déplacer seul, il est toujours accompagné d’un traducteur et d’un guide, qui ne le lâchent pas d’une semelle et dont il comprendra tardivement qu’ils sont complètement séparés de leurs familles pour cette mission et dorment dans le même hôtel que lui.

Pas de lumière le soir, des portraits du dictateur (père et fils) partout, des gens qui disparaissent corps et bien et dont on ne reparle plus… Mais aussi des moments de franche rigolade, un impossible décalage culturel, une légère ironie : on trouve tout ça, et plus encore, dans cette BD. Des règles improbables.

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Pyongyang – extrait p. 2

Je vous conseille donc très fortement cette lecture ! 176 pages de découverte dont on ne sort pas déprimé ou avec l’impression qu’on a subit une leçon de vie ou de politique, mais plutôt éberlué, complice de l’auteur et beaucoup plus conscient que naître dans un pays plutôt qu’un autre, ça change pas mal de choses…

 Pyongyang par Guy Delisle. L’Association, 2003.alice

Intérieur

Une très belle BD empreinte de poésie et de mélancolie.

Note : 5/5

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Aimez-vous les lapins ? En peluche, en tant qu’animal de compagnie, ou tout simplement à la moutarde (shame on you !). On a tous un souvenir nous rattachant à ces boules de poils dépourvues de malveillance. Et pour compte, on rencontre souvent ces animaux au cinéma, en littérature infantile. Pour en citer quelques-uns qui ont marqué mon enfance : le lapin blanc d’Alice au pays des merveilles, Pan-pan, Bugs Bunny… Je me permets une petite pensée aux lapins qui m’ont accompagnée de l’enfance à l’âge adulte : Pitou, Diablotine et Crakotte (Repose in peace).

Gabriella Giannelli vient enrichir ce domaine en nous présentant son lapin blanc au trait simple et enfantin qui rappellera par certains aspects le Nanabozo, personnage de la mythologie amérindienne, créateur de la terre, auquel il est fait référence au sein de cet ouvrage.

Cet animal nous fait découvrir l’intérieur d’un immeuble de banlieue de classe moyenne en errant d’appartement en appartement, nous permettant de sonder la vie de ses habitants. Le soir, lorsque l’immeuble s’endort il accomplit sa mission : connecter à l’immeuble le Grand Sombre du sous-sol pour qu’il puisse se nourrir des rêves de ses occupants.

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J’ai eu un gros coup de coeur pour cette BD tant pour son dessin que pour son texte. Le trait de G. Giandelli est fin et arrondi, les douces couleurs choisies accentuent l’univers poétique et féérique de ce conte pour adulte.

Les pérégrinations du lapin nous font pénétrer l’intimité des habitants de l’immeuble en révélant leurs angoisses, leur routine et le vide de leur vie. La représentation du lapin blanc permet de prendre de la distance par rapport à la mélancolie qui se dégage de ces vies (de la vie tout simplement ?)

La vie parallèle qui se trame dans cette immeuble reste invisible à la majorité des habitants sauf aux enfants et ceux qui ont su garder la capacité de croire en la magie.

Pour ma part, le sous-sol de l’immeuble où je vis, abrite un parking avec un local à vélo mais bien en dessous un Grand Sombre se nourrit de nos rêveries. Je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer le lapin blanc, sans doute à cause de mon chat 😉 .

 

amelieIntérieur de Gabriella Giandelli. Ed. Actes Sud BD, 2010.

 

Un petit goût de noisette

Un roman graphique intime et délicat, histoires d’amour ébauchées qui s’égrainent au fil des pages.

Note : 5/5

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Je suis tombée par hasard sur cette BD au pied de mon lit, du côté masculin de mon lit (oui, mon mari et moi avons chacun nos piles de livres, de BD… car nous n’avons pas vraiment les mêmes goûts littéraires). La couverture du livre m’a tout de suite séduite, et je me suis assise pour l’ouvrir, découvrant alors un univers me rappelant Jiro Taniguchi, doux, lumineux, en noir et blanc avec une seule couleur différente selon chaque chapitre, qui donne la tonalité, l’intensité, l’intimité du récit.

Un petit goût de noisettes_1 mars 2016

Autre détail attirant : l’auteure de cette BD est une femme ! Voilà, me suis-je dit, mon petit moment de rébellion littéraire après le scandale du festival d’Angoulême : lire une BD écrite par une femme ! Bon, j’ai très peu de connaissances en BD : peut-être est-elle connue ? En tout cas, je compte dévorer ses autres oeuvres, car pour moi, cette BD en est une !

Ce roman graphique se compose d’une succession de petits morceaux de vie autour d’un personnage central, dont le portrait en pied, surmonté de son prénom, figure en pleine page au début de chaque chapitre.

Le fil rouge du livre m’a fascinée : ce ne sont que des histoires d’Amour qui n’auront jamais lieu, des instants de vie croqués, intimes, paisibles, mais dont la fin nous file entre les doigts sans qu’on puisse intervenir, des Histoires qui commencent mais qui ne finissent pas, où vont-elles ? Certaines ne se réaliseront jamais, on le sait d’avance, mais les autres ? Je reste suspendue entre certains instants, spectatrice de la naissance d’un sentiment entre les personnages, et je vois le manque, le geste qui aurait pu changer leur destin. Il n’a pas tendu la main…, elle aurait dû se retourner… Les mots ont le goût de l’espoir (d’où le titre du livre, inspiré de la première histoire que je trouve la plus belle).

Chaque histoire est reliée aux autres, et se lit pourtant indépendamment, le fil est plus ou moins fort, ténu, coloré, mais bien présent, comme pour dire que chacun n’est en fait qu’une partie d’un grand Tout…

Sur Wikipédia, on nous indique que ses BD sont apparentées à un mouvement créé en 2001 dénommé « La Nouvelle Manga« , je vais me hâter de découvrir les autres oeuvres de ce style !

fannyUn petit goût de noisettes, de Vanyda. Dargaud, 2014.

Poulet aux prunes

Qu’advient-il à un mélomane lorsque même son plat préféré ne lui est plus d’aucun réconfort… ? Critique de Suzane.

Note : 5/5

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Marjane Satrapi nous livre un petit bout de son enfance en relatant l’histoire de son oncle musicien, Nasser Ali Khan. Sous le coup de la colère, la femme de ce dernier brise en deux son précieux târ. Effondré, Nasser Ali part à la recherche d’un nouvel instrument, mais, même avec les târs les plus fameux et onéreux, la magie n’opère plus…

« Puisque plus aucun târ ne pouvait lui procurer le plaisir de jouer, Nasser Ali Khan décida de mourir. »

Pendant les huit jours durant lesquels il se laisse dépérir, on assiste au désespoir du musicien qui nous balade du passé à l’avenir. Nasser Ali jette un regard triste sur son existence, ses rêves brisés ou perdus. Les souvenirs s’écrivent sur fond de notes de musique qui composent une mélodie émouvante.

Plein d’amertume, Nasser Ali accuse son épouse du malaise profond qu’il éprouve. Sa rencontre avec l’ange de la mort l’invite à remettre en question son existence et sa quête de beauté. On découvre ainsi un artiste tourmenté qui voit tout par un prisme esthétique très puissant, et qui à force d’agir en égoïste, s’est coupé du monde et des réalités.

Les échanges avec la mort rendent une certaine humilité au personnage dont on découvre peu à peu les blessures. L’instrument de musique, sa véritable raison de vivre, se révèle être l’objet d’une belle passion.

Le récit est terriblement touchant, parfois drôle et ironique. Le dessin en noir et blanc et le minimum de décor mettent en avant des personnages sans fioritures. Les courbes arrondies apportent de la douceur au récit douloureux et mélancolique. L’auteur nous propose un conte où l’amour n’est jamais là où on l’attend. Une histoire sucrée/salée qui se déguste avec plaisir !

Autour du livre : Prix du meilleur album au Festival d’Angoulême 2005. Il existe aussi une adaptation cinématographique.

SuzanePoulet aux prunes de Marjane Satrapi. L’Association, collection Ciboulette, 2004.

Les cahiers d’Esther

Dans la tête d’une fillette de 10 ans.

Note : 5/5

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Dans cette BD, Riad Sattouf raconte le quotidien d’Esther, jeune parisienne de 10 ans. Chaque planche relate une histoire, dite avec les mots d’Esther. On a vraiment l’impression d’entendre cette fillette, pour qui tous les garçons sont « nuls » (surtout son grand frère) et dont le plus grand drame existentiel est de ne pas avoir le droit d’avoir un IPhone 6 avant le collège. C’est d’ailleurs bien le seul reproche qu’elle fasse à son père, qu’elle adore d’amour. Esther écoute Kendji Girac, qui est « gitanau », elle ne sait pas trop ce que ça veut dire, mais elle l’adore car il est « sensuel ». Esther est scolarisée dans une école privée car ses parents pensent que c’est mieux pour les filles, mais son frère va à l’école publique. Son plus grand drame existentiel, quant à lui, est de ne pas avoir le droit d’avoir une coupe de cheveux de footballeur !

On suit Esther tout au long de l’année de ses 10 ans : les vacances chez sa grand-mère à la campagne, qui lui fait découvrir Balavoine, un chanteur « trop trop vieux » mais qui a une voix « magnifique », à l’école où les garçons jouent de leur côté, sauf Mitchell qui colle les filles et se fait rembarrer systématiquement parce qu’il est trop nul (et le lecteur a trop de peine pour lui), en colo où elle sort avec un garçon (pendant au moins 15 minutes) et rencontre sa nouvelle meilleure copine qui ne veut pas qu’on l’appelle par son vrai prénom… La naïveté et la spontanéité d’Esther sont rafraichissantes, mais on tremble aussi devant la cruauté des enfants entre eux.

Le projet de Riad Sattouf est de continuer cette entreprise quasi-documentaire et de suivre Esther pendant 10 ans : vivement les histoires de son adolescence, ça promet d’être croustillant !

claireLes cahiers d’Esther : histoires de mes 10 ans, par Riad SATTOUF, Allary Editions, 2016.