Sur les tables des libraires : quelques livres sur l’esclavage en Amérique

Ma dernière critique portait sur le bestseller de Colson Whitehead, Underground Railroad. Le thème de l’esclavage nord-américain au 19e siècle inspire nombre d’auteurs contemporains, tant ce pan de l’histoire américaine et mondiale est encore douloureux, sensible, et actuel.

Alors que je lisais ce roman, j’ai repéré d’autres lectures proposées par mes libraires préférés sur le même thème : la fuite d’esclaves aux Etats-Unis. Voici deux titres vus sur leurs tables, qui vont rejoindre ma Pile A Lire !

♥ La librairie Saint-Martin à Bazas ♥

recommande un livre pour la jeunesse, qui « mériterait aussi un prix » :

Esclavage_Marche à l'étoileMarche à l’étoile, par Hélène Montarde, aux éditions Rageot (2017). A partir de 12 ans.

Résumé : Billy a quinze ans et il est esclave dans le Sud des Etats-Unis. Un soir d’automne, il s’échappe. Poursuivi, traqué, il entame une course folle au coeur d’un pays gigantesque. Jasper est un brillant étudiant américain, plutôt sûr de lui. Mais le jour où il trouve un vieux carnet qui raconte l’étrange histoire d’un esclave en fuite, son monde bascule. Qui est l’auteur de ce texte ? Et lui, Jasper, qui est-il vraiment ? Pour le découvrir, il doit à son tour prendre la route. Entre le passé et le présent, entre l’Amérique et l’Europe, deux voyages s’engagent.

 

♥ La librairie Ombres Blanches à Toulouse ♥

recommande un roman pour le moins truculent, National Book Award 2013 :

couv rivireL’oiseau du bon Dieu, par James McBride, aux éditions Gallmeister (trad. 2015).

Résumé : En 1856, Henry Shackleford, douze ans, traîne avec insouciance sa condition de jeune esclave noir. Jusqu’à ce que le légendaire abolitionniste John Brown débarque en ville avec sa bande de renégats. Henry se retrouve alors libéré malgré lui et embarqué à la suite de ce chef illuminé qui le prend pour une fille. Affublé d’une robe et d’un bonnet, le jeune garçon sera brinquebalé des forêts où campent les révoltés aux salons des philanthropes en passant par les bordels de l’Ouest, traversant quelques-unes des plus heures les plus marquantes du XIXe siècle américain. Dans cette épopée romanesque inventive et désopilante, James McBride revisite avec un humour féroce et une verve truculente l’histoire de son pays et de l’un de ses héros les plus méconnus.

 

 

Publicités

Bonus – Remèdes littéraires

Vous trouvez votre nez trop grand ? Vous traversez la crise de la quarantaine ? Vous êtes coincé dans une salle d’attente ? Vous ronflez ? Vous avez la gueule de bois ? Vous vous êtes trompé de métier ? Pas de panique ! Il existe des remèdes à tous nos petits maux et aux plus grands – la vie, n’est-ce pas – et ils se trouvent dans des livres !

Remèdes littéraires

Dans un livre, particulièrement, « Remèdes littéraires – Se soigner par les livres ». Une jolie métaphore du rôle que peut jouer la littérature dans nos vies, comme elle peut être source de réconfort, refuge, compagnon de route dans les moments difficiles. Et de vraies sources d’inspiration, quand les livres eux-mêmes traitent de ces maux de la vie !

Se soigner par les livres, ce n’est pas seulement une jolie métaphore ou une idée de livre amusante, c’est une véritable discipline paramédicale. La bibliothérapie est encore peu pratiquée en France, mais mais connaît un engouement dans d’autres pays. Vous êtes-vous déjà fait la réflexion que la lecture d’un livre avait changé votre vie, votre façon de voir les choses ? vous a redonné le sourire, ou l’espoir ? Il existe des livres-déclics, des livres thérapeuthes. A Londres, la School of Life pratique ces soins par les livres. Les deux auteures de « Remèdes littéraires » en ont fait partie.

Vous vous retrouvez donc avec un petit pavé plein d’humour, bourré d’idées de lectures éclectiques, originales, surprenantes ou plus classiques. Certains articles contiennent des top 10, quand certaines situations donnent tout loisir de lire. Par exemple à l’article « Etre à l’hôpital », on vous recommande 5 livres sur les anges (humour douteux) et 5 livres d’aventure (pour s’évader) .

Les pathologies de la lecture sont aussi traitées, on vous propose des solutions, à prendre ou à laisser, lorsque vous êtes un acheteur de livres compulsifs, si vous avez peur de finir des livres auxquels vous vous êtes attaché, ou encore si vous avez plutôt tendance à lire plutôt que vivre…

Voici donc une excellente boîte à idées de lectures, pour compléter les idées glanées sur les mécaniques imaginaires, au cours de discussions avec vos amis, sur les étals de libraires ou sur des sites de critique, un livre qui vous propose des lectures s’adaptant à des situations de vie. Ou une bonne idée de cadeau, puisque les « Remèdes littéraires » m’ont été offerts par Fanny (allez savoir pourquoi ça lui a fait penser à moi !).

Si ce livre vous tombe entre les mains, il est intéressant de vous observer dans sa découverte. Quels articles irez-vous voir en premier ? Je vous livre mon premier article lu : pour « Etre fauché », on me recommande de lire Gatsby le Magnifique de Francis Scott Fitzgerald (l’argent ne rend pas heureux), et Money, Money de Martin Amis (pour se rappeler de quelle horrible manière l’argent peut salir et corrompre), pour ensuite mieux revenir à Gatsby pour faire ce que James Gatz aurait dû faire… vivre de peu, mais heureux !

 

justine3Remèdes littéraires, par Ella Berthoud et Susan Elderkin. Editions Jean-Claude Lattès, 2015.

 

Promenons-nous dans les bois

Rigolade assurée avec ces ceux randonneurs du dimanche qui s’attaquent au Sentier des Appalaches

Note : 3,5/5

Promenons-nous-dans-les-bois

Bill Bryson est un bonhomme qui va dans des endroits du globe, essaye des trucs et les raconte ensuite avec beaucoup d’humour et de verve. Dans les librairies, on le retrouve dans le rayon littérature de voyage, mais s’il y avait un rayon « Rigolons un bon coup », on pourrait aussi l’y ranger – les librairies sont trop sérieuses.

C’est un esprit original, qui saute d’idée en idée, et qui n’a pas le caractère raisonnable de ses congénères humains, donc il saute de l’idée à sa réalisation, avec enthousiasme. Il se met en scène dans ses romans en éternel gamin un peu pénible, parfaitement inconscient mais sensible et ouvert à l’expérience. Le tout sous les yeux patients de son épouse, qui doit être une copine de la femme à Colombo.

Cette nouvelle aventure de Bryson se passe aux Etats-Unis, et a pour thème la randonnée. Bill Bryson, accompagné d’un acolyte improbable et aussi éloigné que possible du modèle du randonneur aguerri des montagnes, se lance à l’assaut d’un sentier historique long de près de 3500 km, le Sentier des Appalaches. Plus qu’une randonnée, c’est une odyssée. Il découvre un univers, ressent le paradoxe de la nature qui ne peut être naturelle, le tout entrecoupé d’infos sur l’histoire du sentier, et des rencontres faites au fil des étapes.

Avec beaucoup de mordant, Bryson décortique ce monde à part, celui des randonneurs, et nous brosse un tableau pas piqué des hannetons des randonneurs consommateurs, des pot de colle, des ovni. Il découvre aussi l’expérience forcément intime et solitaire de la marche.

J’ai reconnu l’ambiance particulière d’un sentier de grande randonnée, où tout le monde se suit plus ou moins, où les histoires circulent ; les abris et les étapes où les randonneurs se rassemblent, le besoin de solitude aussi, ce que déclenche la marche en réflexion. La découverte d’un rythme différent et d’une vie qui se résume au jour en train de se dérouler, et à s’assurer des besoins de base : marcher, se protéger de l’eau et des blessures, manger, trouver un endroit où dormir, se reposer. La sensation d’étrangeté aussi lorsque l’on retourne en ville. Evidemment, le duo Bryson-Katz fait des étincelles et la relation de ces deux loustics n’en finit pas de nous faire rigoler.

Le roman est un cadeau d’Alice, qui a pensé à moi en suivant les mésaventures de ces Pieds Nickelés des montagnes. Toute ressemblance avec ma propre traversée de la diagonale du vide en France serait fortuite !! Un livre chaudement recommandé aux patachons qui préfèrent passer leur week-end à bouquiner plutôt qu’à randonner !

justine3Promenons-nous dans les bois, de Bill Bryson. Petite Biblio Payot Irrésistibles.

 

 

La. Pire. Personne. Au. Monde.

Un roman vache et défouloir, un bon moment de déconnade littéraire.

Note : 4

la-pire-personne-au-monde

C’est l’histoire d’un mec… il est comme un pied dans la porte : trop présent, indésirable, encombrant. L’anti-héros de ce roman suinte la bière, la méchanceté, la mesquinerie, et l’auto-suffisance. Une version masculine de Tatie Danielle. Un parfait spécimen mâle en pleine crise de la quarantaine. Je n’avais jamais lu Douglas Copland, mais je me suis dit en avançant dans le bouquin que seul un homme proche de la cinquantaine pouvait créer un tel personnage, un concentré caricatural des mécanismes psychologiques primaires de l’homme blanc occidental.

Vous l’avez compris, ce roman c’est du lourd, mais du lourd léger, qui se dévore aussi vite qu’un paquet de chips. Un peu gras, salé, mais délicieux et croquant. Ce livre est une farce. Une commedia dell’arte, version XXIe siècle, version industrie culturelle et monde de la télévision. Copland exploite toutes les ficelles grossières et efficaces du comique, il éructe le comique de situation, le comique de répétition, joue sur les contrastes évidemment grossiers entre les deux personnages principaux, deux versions opposées d’un même modèle. C’est une comédie de moeurs, un vaudeville, un roman de désapprentissage, une succession de saynètes qui m’ont fait rire franchement.

Raymond Gunt – oui, ça rime avec « cunt »- est un caméraman raté, sans travail. Son ex-femme, directrice de casting lui trouve un job pour tourner une émission de téléréalité dans une île lointaine du Pacifique. Surtout pour l’éloigner, car Raymond Gunt est La. Pire. Personne. Au. Monde. Au cours d’une scène d’anthologie, Gunt trouve un assistant sur un trottoir de Londres. Ensemble ils embarquent direction le Pacifique. Les pérégrinations de nos deux anti-héros vont évidemment de mal en pis, jusqu’à un final en apothéose. Rien ne nous est épargné dans cette succession de courts chapitres enlevés et plein de verves, mais c’est justement pour cela qu’on lit. A déguster avec une Heineken et des chips jusqu’à la fin.

justine3La. Pire. Personne. Au. Monde., par Douglas Coupland aux Editions Au Diable Vauvert.

La vie rêvée de Rachel Waring

Un roman anglais excentrique et tendre, qui dérange et met en joie tout à la fois.

Note : 3,5/5.

La-vie-revee-de-Rachel-Waring_mars 2016

Rachel Waring, une femme londonienne seule et effacée reçoit un beau jour en héritage de sa vieille tante une maison à Bristol. C’est le début pour elle d’une nouvelle vie, celle dont elle a toujours rêvé. Elle démissionne, déménage, engage un nouveau jardinier, redécore de fond en comble, pour une vie d’oisiveté romanesque, de chansons et d’exquise poésie. Peu à peu, les fantasmes prennent le pas sur la fadeur du quotidien, et Rachel Waring, littéralement, prend ses désirs pour des réalités, tandis que son entourage, si bon et généreux à travers ses yeux, tente de profiter de sa vulnérabilité.

Ce roman, traduit et édité à l’initiative de l’excellente maison d’édition Le Tripode, est un objet curieux. Le livre est truffé de références aux comédies musicales et aux chansons de Sinatra, Bing Crosby et Fred Astair  qui donnent le ton et traduisent les fantasmes naïfs de la narratrice vieillissante.

On oscille sans cesse entre pitié et admiration devant le courage et la candeur de la narratrice, cette détermination à remplir une vie jusqu’alors vide du fatras romantique des adolescentes nourries aux romans de Jane Austen. Bravement, Rachel se range du côté de la gaieté, et lutte contre le découragement. On comprend peu à peu le malaise entourant son étrange comportement dans les réactions d’autrui, rapportées par la narratrice sans distance et sans sourciller.

Le livre est traversé de traits lucides et cinglants (« Avec la distance, on trouve toujours quelque chose de touchant à l’échec d’autrui« ), qui alternent avec des scènes absurdes et du comique de situation. L’écriture retranscrit bien cette perte graduelle de lucidité.

Ce livre est drôle et pourtant il m’a un peu mise mal à l’aise. Il m’a beaucoup fait réfléchir. Je m’interroge souvent sur la frontière floue entre fantasme et réalité, sur la censure sociale aussi. Je pensais à Rachel pendant la journée, et à la solitude, au pouvoir de l’imaginaire.

« Personne n’acquiert jamais rien sans se battre. Défier, et non dénier. C’était le jeu. Je pensais l’avoir appris. Mais, non : voilà ce que j’avais appris : qu’il devenait de plus en plus difficile d’être courageuse devant les catastrophes. Résilience, gaieté et lucidité… étaient devenues exténuantes. Des qualités qui demandaient une force surhumaine. Et soudain, je me sentais fragile. Je ne pouvais continuer ainsi : être vaillante et rayonnante, vaillante et rayonnante, sans faillir, jour après jour. »

C’est que voyez-vous, ses réactions, en tant que femme sensible et aussi passée par le « fatras romantique des adolescentes nourries aux romans de Jane Austen », j’ai pu en avoir certaines d’analogues. Je me suis identifiée à l’héroïne. J’imagine que d’autres auront un ressenti totalement différent à la lecture. Mais je m’imagine très bien à son âge, seule et crédule, amoureuse d’un tableau dans une vieille maison, à me murmurer des blagues en prenant un air malicieux et en fantasmant sur le jardinier… Et peut-être que je ne m’en rends pas compte, mais que je suis déjà Rachel-Waringuisée !!!

Retrouvez la bande-originale du livre sur le site du Tripode. Je peux prêter le livre à qui le souhaite !

justine3La vie rêvée de Rachel Waring, par Stephen Benatar. Le Tripode, 2014.

 

Les cahiers d’Esther

Dans la tête d’une fillette de 10 ans.

Note : 5/5

CahierEsther

Dans cette BD, Riad Sattouf raconte le quotidien d’Esther, jeune parisienne de 10 ans. Chaque planche relate une histoire, dite avec les mots d’Esther. On a vraiment l’impression d’entendre cette fillette, pour qui tous les garçons sont « nuls » (surtout son grand frère) et dont le plus grand drame existentiel est de ne pas avoir le droit d’avoir un IPhone 6 avant le collège. C’est d’ailleurs bien le seul reproche qu’elle fasse à son père, qu’elle adore d’amour. Esther écoute Kendji Girac, qui est « gitanau », elle ne sait pas trop ce que ça veut dire, mais elle l’adore car il est « sensuel ». Esther est scolarisée dans une école privée car ses parents pensent que c’est mieux pour les filles, mais son frère va à l’école publique. Son plus grand drame existentiel, quant à lui, est de ne pas avoir le droit d’avoir une coupe de cheveux de footballeur !

On suit Esther tout au long de l’année de ses 10 ans : les vacances chez sa grand-mère à la campagne, qui lui fait découvrir Balavoine, un chanteur « trop trop vieux » mais qui a une voix « magnifique », à l’école où les garçons jouent de leur côté, sauf Mitchell qui colle les filles et se fait rembarrer systématiquement parce qu’il est trop nul (et le lecteur a trop de peine pour lui), en colo où elle sort avec un garçon (pendant au moins 15 minutes) et rencontre sa nouvelle meilleure copine qui ne veut pas qu’on l’appelle par son vrai prénom… La naïveté et la spontanéité d’Esther sont rafraichissantes, mais on tremble aussi devant la cruauté des enfants entre eux.

Le projet de Riad Sattouf est de continuer cette entreprise quasi-documentaire et de suivre Esther pendant 10 ans : vivement les histoires de son adolescence, ça promet d’être croustillant !

claireLes cahiers d’Esther : histoires de mes 10 ans, par Riad SATTOUF, Allary Editions, 2016.