Les infâmes

Une galerie de personnages tous plus rétamés les uns que les autres, une ambiance à couper au couteau, un passé louche, une secte, des tatouages, de l’alcool… Bienvenue au fin fond des États-Unis pour un épatant roman noir !

Note : 4,5/5

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Cette chronique est écrite dans le cadre du Prix littéraire des Chroniqueurs web, catégorie Livres de Poche, sous-catégorie (que j’invente) : thriller/black is back (2).

Ahhh, le voici, le roman que j’attendais en participant au prix des chroniqueurs web : celui qui vous dépoussière son lecteur, qui l’attrape par la manche en lui promettant que ça va secouer. Un tour de rodéo ? Une plongée dans la « vraie » Amérique bien glauque qui boit, qui rote, qui tue… Ambiance bien lourde version True detective (première saison).

Freedom Oliver travaille dans un bar minable d’une mini-ville de l’Oregon, où elle se planque depuis une vingtaine d’années : elle est témoin assisté, bénéficiant du programme de protection du FBI. Elle a changé de nom et de vie depuis que son mari, policier, a été tué dans des circonstances très louches. Si elle a été définitivement acquittée de ce meurtre, les gorilles du FBI et sa belle famille restent persuadés que c’est elle qui a appuyé sur la gâchette… En particulier Matthew, l’un des frères de feu son mari, qui a été accusé du meurtre et a écopé de la peine de prison. Or, au début du roman, Matthew sort de prison et n’a qu’une idée : la retrouver, la tuer.

Freedom n’a pas perdu que son identité dans l’affaire : ses deux enfants lui ont été enlevés et adoptés par un pasteur et sa femme. Freedom les suit de loin, via le site web de ce pasteur qui vire très radical et franchement sectaire… et écrit à ses enfants des lettres qu’elle ne leur envoie pas. Or, au début du roman, sa fille Rebekah disparaît, enlevée alors qu’elle venait de quitter la communauté.

Freedom sait que quitter sa couverture pour chercher sa fille est suicidaire, parce qu’elle a maintenant les fous dingues de sa belle-famille à ses trousses. Mais Freedom a déjà un fond suicidaire de toute façon, et elle est prête à tout pour sa fille.

Freedom est un formidable personnage. Elle nous apparaît d’abord comme une « dure », une brute : alcoolique, forte, très tatouée, violente, menée par ses pulsions… On découvre peu à peu ses nuances, son humour, son aveuglement, on apprend même au fur et à mesure qu’elle est très belle ! Et, dans une première vie, plutôt douée et très intelligente. Elle devient très attachante, très brutale mais sur un mode jouissif pour le lecteur, irrécupérable mais aussi un peu naïve. Et très courageuse.

Le pilier de ce roman, ce sont ses personnages. Une belle galerie de gens louches, barjos, l’une plus qu’obèse (et bête et méchante), certains complètements bêtes (et méchants et armés !), l’un est une sorte d’ange d’innocence, l’autre un monstre égocentrique… Des motards fana de hard rock, des ripoux, des skin heads, une vieille dame qui a n’a plus toute sa tête et qui manque régulièrement de carboniser son immeuble, des religieux fanatiques, des ratés, des moins ratés, des sales types, un bon flic.

Tout cela pourrait faire beaucoup, et faire cliché, mais le rythme de l’intrigue est enlevé et la narration est efficacement mise au service des personnages. Le roman est noir, mais pas du tout déprimant, il est sauvé par la quête de Freedom et la vraie profondeur du personnage. En toile de fond, résonnant plus sombrement que le reste, comme une note plus grave dans la mélodie : le viol et ses conséquences dévastatrices.

Un roman noir et enjoué à la fois, road-trip entre deux nulle-part américains, qui m’a bien convaincue.

Les infâmes, de Jax Miller. Ombres noires, 2015.alice

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