Watership down

Laissez pousser vos oreilles, frétillez des moustaches, musardez dans les champs par petits bonds et… entrez dans la peau d’un lapin pour quelques pages !

Note : 4/5

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Watership down... Un roman d’aventure, ça c’est sûr.

Une épopée même, avec ses distances infranchissables, ses décisions lourdes de sens qui font l’Histoire, sa bande de copains qui se transforme peu à peu en un peuple, ses hauts-faits militaires, ses moments de ruse, sa création d’un héros national.

Oui, de l’action, de l’épique, des histoires, mais… de lapins !! Vraiment : de lapins. Avec leur morphologie, leurs comportements instinctifs. Avec leurs motivations, leurs besoins, leurs mythes, leurs conquêtes, leurs batailles de lapins. Leurs pattes, leurs oreilles et leurs terriers. Heureusement, ces lapins-ci parlent français (enfin, anglais pour la VO). Ils glissent quelques mots-lapins, car il n’existe pas d’équivalent de farfaler dans notre langue (grignoter à l’air libre) !

Hazel et Fyveer sont frères, ils vivent dans une garenne nommée Sandleford. Ils y vivent une confortable vie de lapin, sans faire partie de la Hourda (sorte de caste militaire qui fait régner un ordre tranquille sur la garenne) et en suivant les quelques directives de leur Maître Lapin. Toutefois Fyveer, comme certains lapins chétifs, a des visions, des prémonitions : la garenne va être détruite. S’il parvient à convaincre son frère et quelques autres lapins de l’imminence d’un désastre et de l’importance de fuir, le Maître n’en croit pas ses oreilles et leur interdit de tout départ.

Le petit groupe échappe in extremis à la Hourda, lancée à leurs trousses. Commence alors un vaste périple, ponctué de découvertes variées pour ces lapins qui n’ont connu qu’un paisible champ loin des hommes. Traverser des rivières, croiser des voitures, oser parcourir toujours plus de kilomètres et s’installer dans un territoire totalement inconnu, fonder une nouvelle garenne, piller une grange, lutter contre les sirènes du confort : ces lapins vont connaître toutes ces épreuves comme autant de rites initiatiques.

À chaque rencontre d’une nouvelle garenne – le groupe en découvre deux – ce sont des nouveaux systèmes politiques qui sont présentés par l’auteur. Une garenne qui a sacrifié sa liberté pour le confort et l’opulence, tout en refusant de regarder en face le prix à payer – serait-ce une allégorie du capitalisme qui nous est présenté dans ce conte ? Une autre qui subit un tout autre type de privation de liberté : elle est contrôlée par une junte militaire ultra efficace qui régit tout, de l’autorisation de se reproduire jusqu’à l’heure où l’on est autorisé à farfaler, dans le but de ne jamais se faire repérer par les prédateurs ou les hommes – peut-on lire entre les lignes un système communiste extrême ou la Corée du Nord ici ? (rassurez-vous, les allusions politiques sont subtiles et ne sont que l’une des grilles de lecture du roman).

L’héroïsme et l’ingéniosité vont intervenir et relancer l’intrigue quand notre vaillant groupe de rongeurs se rend compte… qu’ils ne sont que des mâles. Ah oui, tiens ! Quelle pérennité pour leur garenne toute neuve ? On a beau se reproduire comme des lapins, on ne peut pas le faire tout à fait tout seul… Il faut alors faire fi des vilou (les prédateurs de tous poils et toutes dents), s’allier avec d’autres animaux, repenser aux vieux contes racontés au coin du feu pour y puiser des idées, et prendre son courage à deux pattes. Plus question de tourner sfar, comprenez de devenir paralysé par la peur au point de ne plus pouvoir bouger : il est temps de trouver des hases.

Si ce livre n’est pas récent, je l’ai découvert récemment, dans son édition 2016. Cette édition a été l’occasion de revoir et corriger la traduction : vous ne retrouverez pas forcément les mêmes noms de personnages en fonction de la version que vous aurez entre les mains. Et pour qui n’aurait pas envie de se transformer en lapin pendant 544 pages, plusieurs adaptations TV (dont une annoncée par la BBC en 2016) existent !

Watership down, par Richard George Adams. Monsieur Toussaint Louverture, 2016.alice

 

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Intérieur

Une très belle BD empreinte de poésie et de mélancolie.

Note : 5/5

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Aimez-vous les lapins ? En peluche, en tant qu’animal de compagnie, ou tout simplement à la moutarde (shame on you !). On a tous un souvenir nous rattachant à ces boules de poils dépourvues de malveillance. Et pour compte, on rencontre souvent ces animaux au cinéma, en littérature infantile. Pour en citer quelques-uns qui ont marqué mon enfance : le lapin blanc d’Alice au pays des merveilles, Pan-pan, Bugs Bunny… Je me permets une petite pensée aux lapins qui m’ont accompagnée de l’enfance à l’âge adulte : Pitou, Diablotine et Crakotte (Repose in peace).

Gabriella Giannelli vient enrichir ce domaine en nous présentant son lapin blanc au trait simple et enfantin qui rappellera par certains aspects le Nanabozo, personnage de la mythologie amérindienne, créateur de la terre, auquel il est fait référence au sein de cet ouvrage.

Cet animal nous fait découvrir l’intérieur d’un immeuble de banlieue de classe moyenne en errant d’appartement en appartement, nous permettant de sonder la vie de ses habitants. Le soir, lorsque l’immeuble s’endort il accomplit sa mission : connecter à l’immeuble le Grand Sombre du sous-sol pour qu’il puisse se nourrir des rêves de ses occupants.

Gabriella Giandelli - Interieur 01

J’ai eu un gros coup de coeur pour cette BD tant pour son dessin que pour son texte. Le trait de G. Giandelli est fin et arrondi, les douces couleurs choisies accentuent l’univers poétique et féérique de ce conte pour adulte.

Les pérégrinations du lapin nous font pénétrer l’intimité des habitants de l’immeuble en révélant leurs angoisses, leur routine et le vide de leur vie. La représentation du lapin blanc permet de prendre de la distance par rapport à la mélancolie qui se dégage de ces vies (de la vie tout simplement ?)

La vie parallèle qui se trame dans cette immeuble reste invisible à la majorité des habitants sauf aux enfants et ceux qui ont su garder la capacité de croire en la magie.

Pour ma part, le sous-sol de l’immeuble où je vis, abrite un parking avec un local à vélo mais bien en dessous un Grand Sombre se nourrit de nos rêveries. Je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer le lapin blanc, sans doute à cause de mon chat 😉 .

 

amelieIntérieur de Gabriella Giandelli. Ed. Actes Sud BD, 2010.