Dans la forêt

Une critique du bestseller de Jean Hegland, et quelques suggestions de lectures sur le thème de la forêt et des arbres : un article spécial des mécaniques imaginaires.

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Alors que Jean Hegland était cette semaine en Gironde, dans le cadre du Festival Lettres du Monde, voici moment venu, chers lecteurs, de parler sapins, gibier et champignons.

Dans la forêt : critique de derrière les fagots

Le « nature writing« , littéralement « écrits sur la nature », est un genre développé aux Etats-Unis depuis Thoreau et son Walden, chef-d’oeuvre de méditation écologique qui survole les siècles. En ce début du XXIe siècle où les angoisses environnementales enflent, et où la réflexion écologique connaît un regain d’intérêt, le nature writing montre un dynamisme de bon aloi dans le milieu littéraire. Le retour à la terre, la redécouverte de l’environnement, la généralisation parfois abusive des préfixes « éco- » et « bio-« … les hommes s’intéressent à nouveau, par contre-coup peut-être, à la nature, pour connaître, comprendre, vivre, imaginer « écologique ».

Dans le genre de la science-fiction, et particulièrement de l’anticipation, les dystopies écologiques font aussi recette. Dans la forêt est donc dans l’air du temps, même s’il a été écrit il y a plus de vingt ans, alors que Jean Hegland était une jeune auteure, signant là son premier roman. Ce fut un grand succès aux Etats-Unis. Il a été traduit seulement cette année en France chez Gallmeister, une maison d’édition avisée spécialisée dans la littérature américaine, qui laisse une place de choix aux romans de la nature. Je trouve que le timing pour cette traduction est bon : je l’ai moi-même lu parce que le thème m’intéressait.

Dans la forêt est un carnet de survie, écrit par Nell, dix-sept ans. Elle écrit sa vie, et celle de sa soeur Eva, son aînée d’un an, au coeur de la forêt. Elle raconte l’avant, les parents et les expéditions dans la petite ville voisine à une heure et demi de route, la vie d’une adolescente en marge et brillante, les premiers émois ; le pendant, la lente dégradation de la qualité de vie, les coupures d’électricité, la pénurie d’essence, l’arrêt des télécommunications, et les indices de la déshérance dans laquelle est tombée l’Amérique. Elle raconte tout cela dans l’après, où livrées à elles-mêmes, dans la forêt, Nell et sa soeur doivent mobiliser leur courage, leur intelligence, leur volonté pour ne pas sombrer dans le désespoir, et apprendre à survivre, à vivre autrement dans la forêt.

A la fois roman d’apprentissage, éveil écologique et roman de survie, Dans la forêt est au croisement du roman d’adolescent, de la dystopie et du journal intime. La catastrophe se lit entre les lignes, mais le récit reste intime et centré sur la vie des deux soeurs, leur cellule familiale et leur quotidien. Ici le post-apocalyptique est discret, et tout à fait réaliste. Les allers et retours avec la passé donnent du relief au récit, du rythme également, même si j’ai trouvé la première moitié du roman assez lente, dans un état d’attente qui reflète la situation.

Mais à partir du moment où des éléments extérieurs, positifs ou dramatiques viennent troubler le quotidien pénible et monotone des deux soeurs, le récit démarre et la transformation s’amorce. La forêt, jusque là décor vaguement menaçant, gagne en présence. Nell et Eva, peu à peu, découvrent pour la première fois et s’approprient l’environnement dans lequel elles vivaient pourtant depuis leur naissance. C’est cette prise de conscience, sensible et progressive qui constitue pour moi l’intérêt principal du récit, que je recommande à ceux qui aiment les lectures d’ambiance. J’ai pour ma part un rapport contrasté à ce livre, que j’ai bien aimé malgré ses longueurs : j’y pense encore, parfois, quelques semaines après avoir achevé sa lecture.

Lectures éclectiques pour passer du temps avec ou dans les arbres

Que ce soit en fiction ou non fiction, romans jeunesse ou pour adultes, documentaires, guides ou témoignages, les arbres jouent un rôle de plus en plus important dans nos vies et dans nos lectures. Les scientifiques ont fait de grandes découvertes ces dernières années : les arbres communiquent entre eux, s’entraident, développent des formes d’intelligence. On essaie de mieux comprendre comment ils fonctionnent : le documentaire L’intelligence des arbres, sorti cet automne, traduit pour le grand public les hypothèses tirées de ces recherches. Il y a un côté merveilleux à ces découvertes, qui font écho aux vieilles histoires d’arbres, qui parlent ou protègent. Des peuples animistes prêtaient déjà une âme aux arbres : à partir de là, tout est possible.

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Voici une sélection, non exhaustive, d’ouvrages sur ce thème, de quoi vous donner des idées de lecture (ou de cadeaux, comme les fêtes approchent) !

L’arbre généreux, un album émouvant pour les petits (à partir de 5 ans).

L’avis de notre chroniqueuse Sophie : « très émouvant, un peu trop d’ailleurs pour mon petit coeur ! »

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Résumé : métaphore de l’existence par les simples figures de l’arbre et de l’homme, L’Arbre généreux est « l’histoire d’un arbre qui aimait un petit garçon ». Le petit garçon devient jeune homme, le jeune homme un adulte, l’adulte un vieillard. A chaque étape de son existence, l’homme trouve auprès de l’arbre le réconfort nécessaire lui permettant de poursuivre sa quête sur le chemin de la vie. Un très beau conte d’essence philosophique pour tous les publics.

L’arbre généreux, écrit et illustré par Shel Silverstein. L’Ecole des Loisirs, 1982.

 

Tobie Lolness, héros miniature du peuple de l’arbre, devenu un classique de la littérature jeunesse (à partir de 9 ans).

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Résumé : Tobie et sa famille appartiennent au peuple de l’arbre qui réside dans un vénérable chêne, ruche de vie. Le jeune héros mesure quelques millimètres, ce qui lui rend la vie bien difficile. Le père de Tobie, grand savant, refuse de révéler sa dernière découverte scientifique qui pourrait bouleverser non seulement leur vie à tous mais aussi les projets de certains membres du Grand Conseil… Ce refus va entraîner la famille de Tobie dans la déchéance. Emprisonné, le jeune héros va se retrouver propulsé seul dans de terribles aventures…

Tobie Lolness, par Timothée de Fombelle. Gallimard Jeunesse, 2006.

 

♦ L’homme et le bois, beaucoup plus qu’un documentaire sur l’art et la manière de couper du bois.

Recommandation de Mariette, amie des mécaniques imaginaires : « Je l’ai offert à mon mari : il a adoré et rêve depuis de passer son temps à bûcheronner« .

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Résumé : Quel est LE secret de ce livre qui connaît un succès éditorial sans frontières ? Vous adorez les balades en forêt, vous habitez un petit appartement citadin dépourvu de cheminée, ou bien vous avez un poêle et faites chaque année votre bois pour l’hiver, et vous piétinez d’impatience à l’idée de faire vrombir votre tronçonneuse : Ouvrez ce livre ! Ce manuel ne quittera bientôt plus votre poche. Le bois, matière noble et ancestrale, au coeur des questions écologiques et environnementales, vous fera rêver et voyager. Henry David Thoreau écrit : « Chaque homme regarde sa pile de bois avec une sorte d’affection« . Seul un bûcheron zélé et talentueux romancier côtoyant les forêts les plus septentrionales d’Europe pouvait nous faire goûter ainsi la magie et les secrets du bois.

L’homme et le bois, par Lars Mytting. Gaïa Editions, 2016.

 

♦ Comment pensent les forêts, un livre d’anthropologie de la nature ambitieux, pour aller au-delà de l’humain.

comment pensent les forêtsRésumé : Les forêts pensent-elles ? Les chiens rêvent-ils ? Dans ce livre important, Eduardo Kohn s’en prend aux fondements même de l’anthropologie en questionnant nos conceptions de ce que cela signifie d’être humain, et distinct de toute autre forme de vie. S’appuyant sur quatre ans de recherche ethnographique auprès des Runa du Haut Amazone équatorien, Comment pensent les forêts explore la manière dont les Amazoniens intéragissent avec les diverses créatures qui peuplent l’un des écosystèmes les plus complexes du monde. Dans ce travail révolutionnaire, Eduardo Kohn entraîne l’anthropologie sur des chemins nouveaux et stimulants, qui laissent espérer de nouvelles manières de penser le monde.

Comment pensent les forêts. Vers une anthropologie au-delà de l’humain, par Eduardo Kohn. Editions Zones Sensibles, 2017.

 

Retrouvez également plusieurs recommandations botaniques dans l’article des mécaniques imaginaires consacré au Dictionnaire visuel des arbres et arbustes communs de Maurice Reille.

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Sur les tables des libraires : quelques livres sur l’esclavage en Amérique

Ma dernière critique portait sur le bestseller de Colson Whitehead, Underground Railroad. Le thème de l’esclavage nord-américain au 19e siècle inspire nombre d’auteurs contemporains, tant ce pan de l’histoire américaine et mondiale est encore douloureux, sensible, et actuel.

Alors que je lisais ce roman, j’ai repéré d’autres lectures proposées par mes libraires préférés sur le même thème : la fuite d’esclaves aux Etats-Unis. Voici deux titres vus sur leurs tables, qui vont rejoindre ma Pile A Lire !

♥ La librairie Saint-Martin à Bazas ♥

recommande un livre pour la jeunesse, qui « mériterait aussi un prix » :

Esclavage_Marche à l'étoileMarche à l’étoile, par Hélène Montarde, aux éditions Rageot (2017). A partir de 12 ans.

Résumé : Billy a quinze ans et il est esclave dans le Sud des Etats-Unis. Un soir d’automne, il s’échappe. Poursuivi, traqué, il entame une course folle au coeur d’un pays gigantesque. Jasper est un brillant étudiant américain, plutôt sûr de lui. Mais le jour où il trouve un vieux carnet qui raconte l’étrange histoire d’un esclave en fuite, son monde bascule. Qui est l’auteur de ce texte ? Et lui, Jasper, qui est-il vraiment ? Pour le découvrir, il doit à son tour prendre la route. Entre le passé et le présent, entre l’Amérique et l’Europe, deux voyages s’engagent.

 

♥ La librairie Ombres Blanches à Toulouse ♥

recommande un roman pour le moins truculent, National Book Award 2013 :

couv rivireL’oiseau du bon Dieu, par James McBride, aux éditions Gallmeister (trad. 2015).

Résumé : En 1856, Henry Shackleford, douze ans, traîne avec insouciance sa condition de jeune esclave noir. Jusqu’à ce que le légendaire abolitionniste John Brown débarque en ville avec sa bande de renégats. Henry se retrouve alors libéré malgré lui et embarqué à la suite de ce chef illuminé qui le prend pour une fille. Affublé d’une robe et d’un bonnet, le jeune garçon sera brinquebalé des forêts où campent les révoltés aux salons des philanthropes en passant par les bordels de l’Ouest, traversant quelques-unes des plus heures les plus marquantes du XIXe siècle américain. Dans cette épopée romanesque inventive et désopilante, James McBride revisite avec un humour féroce et une verve truculente l’histoire de son pays et de l’un de ses héros les plus méconnus.

 

 

Lady Helen

Entre romance à la Jane Austen et Fantasy Noire.

Note : 5/5.

 

Je finissais justement ma correspondance à Lady Helen, quand je me suis dit que je pouvais vous faire une petite critique de ce roman coup de coeur !

Ma chère Lady Helen Wrexhall !

Comme il m’a été difficile de refermer le tome 2 de vos aventures, après 1148 pages en votre charmante et tonique compagnie, le petit doigt en l’air en tenant ma tasse de thé, et l’autre main sur mon couteau en verre caché sous mon ample jupon…

Qu’il a été délicieux de faire votre connaissance, très chère, vous, fille de Lady Catherine, comtesse de Hayden, dont on chuchote dans les cercles très privés qu’elle était atteinte de folie, et que sa mort tragique lui a évité de bien pires ennuis…., jetant ainsi sur votre douce personne un soupçon d’opprobre au relent délicat de scandale…

Recueillie par votre oncle, vous vous apprêtiez en cette année 1812, à Londres, à faire votre entrée dans le monde, en vous présentant à la cour devant la reine, dans le respect total et absolu de l’étiquette,

Ah oui, chère Lady, pour une entrée, elle fut fracassante !!!

Car cette aristocratie pudibonde cache en fait de sombres desseins, entre disparition, meurtres, tendances licencieuses, vous avez fort à faire, Lady Helen, vous qui êtes dotée d’étranges pouvoirs dont le Club des mauvais joueurs voudrait faire usage… Votre rencontre avec Lord Carlston, un homme à la réputation sulfureuse, va marquer la fin de votre vie superficielle et insouciante, pour vous plonger dans les pires ténèbres…

J’ai plus que hâte de vous revoir dans le tome 3.

Votre tendre amie,

Fanny

Vous l’avez compris, quand on se met à écrire à l’héroïne d’un roman, c’est que vraiment on est déjà bien atteint !

Atteinte, oui, par le style de l’auteure, nous plongeant dans ces années de Régence en Angleterre, où chaque petit détail sonne tellement juste ( l’auteure s’est beaucoup documentée pour écrire ce roman, sur la politique, la mode, la météo, les faits divers de l’époque… ), et la reconstitution nous permet de nous projeter facilement dans ce monde so british.

Atteinte, également, par l’héroïne, dont la mesure, l’intelligence, la délicatesse, la noblesse nous font l’aimer immédiatement et sans condition, bref nous sommes toutes des Lady Helen ! Son personnage évolue au cours de ces deux tomes, en maturité, en prestance, en assurance, elle se rend compte que de soumise, elle doit devenir leader, et cette prise de conscience est délicieuse à suivre, jusqu’à la scène finale du tome 2, où on lui tire notre chapeau : respect ! (nous, on se serait jeté sur le jeune homme en question sans réfléchir, mais pas elle ! non, non, un peu de tenue, bon sens !).

Atteinte, encore, par la palette de personnages principaux et secondaires, et une palme d’or spéciale au « boulet » de l’année, extraordinaire dans son rôle de pot de colle empêcheur de tourner en rond ! j’ai cité le duc de Selburn. Lord Carlston, lui, est d’un autre style, très mystérieux (et il entend le rester…).

Atteinte donc en plein coeur pour ces deux tomes à classer pour moi dans le registre « fantasy féministe », GRL PWR !

fannyLady Helen, Le club des mauvais jours (t.1) et Le pacte des mauvais jours (t.2) par Alison Goodman. Gallimard Jeunesse, 2016-2017.

La guerre des Clans

Critique de Margaux, 9 ans.

Note : 5/5.

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La guerre des Clans est un roman envoûtant, plein de suspens. Les chats de cette histoire ont beaucoup de courage pour pouvoir affronter les dangers qui les guettent. Le Clan de l’Ombre attaque et menace le Clan du Tonnerre. Le Clan résistera-t-il ?

Quand on commence, on ne s’arrête plus.

margauxLa guerre des Clans : retour à l’état sauvage, tome 1, par Erin Hunter. Pocket Jeunesse, 2007. Roman pour enfants de 9 à 12 ans.

Saute

LE livre pour jouer avec les tout-petits

Note : 5/5

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Presque-panne de lecture cet été : j’ai relu quelques bouquins, beaucoup de BD de mon enfance chez ma mère, découvert 1 ou 2 livres qui ne m’ont pas assez plu pour être notés ici. Je me morigénais intérieurement : vacances d’été, et tu n’as pas lu Proust ? Pas fait de découverte ? Pas essayé un des livres des Mécaniques imaginaires ? C’est fin août, en vidant mes 2 sacs de livres pour enfants sur le comptoir de la médiathèque de mon village, que je me suis rendue compte que si, j’avais lu plein de nouveaux livres, des tonnes de nouveaux livres, dont plusieurs méritaient largement un 5/5. Bon, ma fille a 1 an et 1/2, donc certains de ses choix ne vont vous plaire, mais parmi toutes ses lectures se trouvent quelques bijoux qui lui plaisent autant qu’à nous, et que je serais ravie de vous faire découvrir. Une idée pour vos futurs cadeaux de naissance ?

La star incontestée de ces lectures : Saute, de Tatsuhide Matsuoka. Sur l’idée du photographe Philippe Halsman, qui photographiait des célébrités en train de sauter en l’air. Ici, ce sont des animaux qui sautent : sur une page, ils prennent leur élan. La suivante, ils sauuuttent ! Et deviennent tout à fait rigolos. Les dessins sont géniaux, avec une touche d’exotisme qui perturbe un peu nos habitudes visuelles. Il y a même du suspens : l’escargot parviendra-t-il à sauter ?? Il faudrait nous filmer quand on lui lit : on fait sauter le livre, on saute aussi, ma fille s’éclate… Seul reproche : c’est trop court !

Heureusement, Tatsuhide Matsuoka a poursuivi l’exercice avec Roule, dont vous avez tout de suite compris le principe.

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J’adore l’écureuil qui est très beau (bien roulé ??!) ; j’ai découvert qu’un cloporte savait très bien rouler ! Et dans les dernières pages, Matsuoka a la bonne idée de faire rouler un bébé et son doudou… ce que nous nous empressons de faire à chaque fois.

De la lecture plaisir, quoi ! De la lecture-action !

Saute et Roule, par Tatsuhide Matsuoka. L’école des loisirs, 2014 et 2016.alice

Lastman

Un manga à la française sympa pas que pour les ado.

Note : 3,5/5

 

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Pourquoi ce choix :

Pour ma première incursion dans l’univers des mangas, je me suis orientée vers  «Lastman ». Mon choix fut très simple : j’avais vu fin janvier un reportage sur les auteurs du sus-cité manga, qui racontaient leur histoire de baston. Le public visé était selon eux les teens mais les parents se laissaient gagner par la contagion. En me rendant à la bibliothèque quelques jours après je suis tombée sur leur livre mis en avant dans un présentoir : « Why not ?! » me suis-je dit. Eh oui, une vraie démarche de consommation primaire : la communication et le marketing, ça marche même pour les livres.

Le speech :

Au royaume, le grand tournois de lutte se prépare mais une nouveauté pour cette année : les combattants devront se présenter en duo sous peine de ne pouvoir y participer. Voilà comment se résume la rencontre d’un grand gaillard Richard Aldana avec le petit Adrian Velba jeune combattant sans talent, qui s’est fait planté par son coéquipier le jour J. Vous suivrez la progression de ce duo incongru dans des combats ésotériques pour les locaux et simplement brutaux pour Aldana, ce dernier ne maîtrisant pas les us et coutumes ambiants. En parallèle, vous découvrirez plusieurs personnages gravitant autour du binôme : la mère d’Adrian, forte, belle et célibataire (mmmmh mais que va-t-il se passer dans le prochain numéro…), le professeur de combat de la ville, éperdument amoureux de la maman et un très beau duo de combattants sosies des frères Bogdanov.

Mon avis :

Pour revenir à ma petite histoire initiale, contrairement à ma 1ère impression lors du visionnage du reportage,  « Lastman » n’est pas qu’un manga pour les ado mâles. C’est une lecture rapide, sans prise de tête, et j’avoue avoir ri. Côté graphisme, il ne faut pas s’attendre à du Gauguin mais je ne pense pas que ce soit cela que l’on attende de ce type d’ouvrage. Il y a une bonne maîtrise de la représentation des mouvements lors des scènes de combats et le phrasé est efficace. En conclusion, je n’ai pas été déçue par mon choix, la preuve : j’enchaîne avec les prochains tomes. A ce jour, ils sont au nombre de 8.

Pour aller plus loin :

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’univers de « Lastman », vous pouvez visiter la page officielle : https://www.facebook.com/LastmanlaSeriequiTabasse

Une version audiovisuelle est également en cours de préparation et sera diffusée sur France 4 début 2016.

 

Lamelieastman, tome 1 de Barak, Sanlaville et Vivès. Ed. Casterman, mars 2013.

 

 

 

Secrets d’étoffes

Un beau livre de contes aux superbes dessins pour émerveiller des enfants.

Note : 4/5

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Portée par l’envie de faire un cadeau à ma filleule de 10 ans, me voici devant les étagères de la grande bibliothèque du Havre. Je parcours le rayon jeunesse, à la recherche d’un roman adapté, mais pour quelle raison, je ne sais, tous me tombent des mains. Je me tourne alors vers les livres illustrés à vocation pédagogique : dinosaures, histoire de France en 150 planches ? Oh non, elle a déjà tout cela ! Et j’ai envie d’autre chose, plus vivant, plus coloré, plus en accord avec mon état d’esprit du jour et aux émotions que j’aimerais lui envoyer. Trois tours sur place, j’ouvre grand les yeux, prête à capter des couleurs et des formes qui me plairont … oui, voilà, je l’ai vu. Comment a-t-il pu m’échapper au premier abord ? Ce grand livre de contes illustrés est immense ! Je m’approche, touche la couverture de tissu et j’imagine déjà l’enfant ouvrir grand les bras pour en tourner les pages, ce que je fais immédiatement.

Les superbes illustrations qu’il contient me séduisent immédiatement : tout prête à la rêverie dans ces lignes qui mettent en scène les contes dont le fil conducteur est le tissu. Si nous y pensons en effet, les contes traditionnels laissent toujours une place aux descriptions des vêtements. Peau d’âne et ses trois robes, Le petit chaperon rouge, mais encore des centaines d’autres contes de tous les continents, tirés des Mille et une nuits et d’autres recueils qui me sont inconnus, évoquent des parures, la confection d’un vêtement précieux ou symbolique ou encore la survenue d’un événement lors d’une fête où tous les convives portent des tenues de cérémonie.

Claude Fauque et Anne Lascoux, les deux auteures se sont unies pour écrire et réécrire des contes, en en modifiant l’angle de vue pour mettre en avant la part des tissus et du textile dans ces récits. Il est courant de parler de la « trame » d’une histoire et ces deux passionnées des étoffes ont pris cette image au pied de la lettre en les abordant par le prisme des textiles.

Claude Fauque a plusieurs ouvrages à son actif : Les mots du textile, Les mots du costume, chez Belin, La broderie, splendeurs, mystères et rituels d’un art universel, paru en 2007 aux éditions La Martinière, et des ouvrages consacrés à un tissu particulier : Le lin, La soie, aux éditions Gallimard dans la collection Droit fil. J’ai déjà lu plusieurs de ses ouvrages c’est aussi la raison pour laquelle j’ai eu envie d’offrir le livre.

Anne Lascoux est artiste et conteuse après une expérience de quinze ans comme orthophoniste, sa biographie la décrit comme passionnée par les mots et les histoires.

L’autre raison pour laquelle j’ai voulu donner ce livre à ma filleule est la suivante : je me souviens parfaitement qu’à une période entre l’enfance et l’adolescence je lisais énormément de contes, de tous les pays et de récits de mythologie, avec une sorte d’avidité. Pourquoi ? je ne sais pas, mais je me souviens avoir à ce moment découvert avec étonnement et enchantement que certains récits se croisaient : les contes polynésiens d’îles englouties me faisaient étrangement penser à la ville d’Ys, les histoires de filles de rois aux amours impossibles, les épreuves rencontrées par le héros, tout cela répondait aux contes traditionnels de Perrault et Grimm, que j’avais commencé à lire dans leur version originale, brutale et sans filtre.

Et je dirais que c’est à ce moment dans mes réflexions que je suis chagrinée par ce livre. J’ai lu les contes et ils m’ont laissée sur ma faim. Ils sont peut-être un peu trop écourtés, pour des raisons de mise en page sans doute ? Mais certains développements m’ont paru manquer, ou bien j’ai eu l’impression que des contes étaient aseptisés. A vrai dire, la réécriture est faite avec plus ou moins de bonheur selon l’histoire et le parti-pris est assumé cela est certain. Cependant j’ai eu la mauvaise sensation – parfois, de récits un peu vidés de leur substance. Habituellement, il se dégage une morale dans un conte, qui peut tomber comme un couperet comme dans La mort marraine des frères Grimm. Je crois que la volonté de captiver en restant centré sur les tissus et en voulant s’adresser aux enfants a conduit les auteurs à rester parfois en surface. Mais pour tempérer cette critique, je crois justement qu’aborder les contes à travers les étoffes leur donne un  nouvel aspect symbolique et que cela ajoute du sens à ces histoires, en les rendant plus proches au sens physique du terme, car nous abordons les tissus par le toucher en priorité.

Mais le regard d’un enfant sera bien sûr différent du mien et surtout, les dessins soutiennent admirablement tous les récits. L’imagière, Charlotte Gastaud – je la nomme ainsi car sur la couverture il est écrit « images » et non « illustrations » – tracent à elles seules de nouvelles histoires et ajoutent des couches de sens. Il y a des dessins en noir et or intégrés aux textes et des planches complètes en couleurs vraiment propices au voyage. Les couleurs sont éclatantes, il y a un réseau compliqué de formes inspirées bien sûr des motifs des tissus, bref allez les regarder, c’est un plaisir !

Le livre se conclu sur un historique des tissus, bien fait et intéressant, qui permet de s’approprier tout le vocabulaire et de comprendre certains aspects des contes qui auraient pu échapper au jeune lecteur et tout simplement d’apprendre et d’étendre ses connaissances.

Il s’agit d’un beau livre à offrir qui fera je l’espère grand plaisir à sa destinataire !

sophieSecrets d’étoffes par Claude Fauque, Annie Lascoux, Charlotte Gastaut. Albin Michel, 2015.