Saute

LE livre pour jouer avec les tout-petits

Note : 5/5

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Presque-panne de lecture cet été : j’ai relu quelques bouquins, beaucoup de BD de mon enfance chez ma mère, découvert 1 ou 2 livres qui ne m’ont pas assez plu pour être notés ici. Je me morigénais intérieurement : vacances d’été, et tu n’as pas lu Proust ? Pas fait de découverte ? Pas essayé un des livres des Mécaniques imaginaires ? C’est fin août, en vidant mes 2 sacs de livres pour enfants sur le comptoir de la médiathèque de mon village, que je me suis rendue compte que si, j’avais lu plein de nouveaux livres, des tonnes de nouveaux livres, dont plusieurs méritaient largement un 5/5. Bon, ma fille a 1 an et 1/2, donc certains de ses choix ne vont vous plaire, mais parmi toutes ses lectures se trouvent quelques bijoux qui lui plaisent autant qu’à nous, et que je serais ravie de vous faire découvrir. Une idée pour vos futurs cadeaux de naissance ?

La star incontestée de ces lectures : Saute, de Tatsuhide Matsuoka. Sur l’idée du photographe Philippe Halsman, qui photographiait des célébrités en train de sauter en l’air. Ici, ce sont des animaux qui sautent : sur une page, ils prennent leur élan. La suivante, ils sauuuttent ! Et deviennent tout à fait rigolos. Les dessins sont géniaux, avec une touche d’exotisme qui perturbe un peu nos habitudes visuelles. Il y a même du suspens : l’escargot parviendra-t-il à sauter ?? Il faudrait nous filmer quand on lui lit : on fait sauter le livre, on saute aussi, ma fille s’éclate… Seul reproche : c’est trop court !

Heureusement, Tatsuhide Matsuoka a poursuivi l’exercice avec Roule, dont vous avez tout de suite compris le principe.

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J’adore l’écureuil qui est très beau (bien roulé ??!) ; j’ai découvert qu’un cloporte savait très bien rouler ! Et dans les dernières pages, Matsuoka a la bonne idée de faire rouler un bébé et son doudou… ce que nous nous empressons de faire à chaque fois.

De la lecture plaisir, quoi ! De la lecture-action !

Saute et Roule, par Tatsuhide Matsuoka. L’école des loisirs, 2014 et 2016.alice

Lastman

Un manga à la française sympa pas que pour les ado.

Note : 3,5/5

 

Lastman couv 1

Pourquoi ce choix :

Pour ma première incursion dans l’univers des mangas, je me suis orientée vers  «Lastman ». Mon choix fut très simple : j’avais vu fin janvier un reportage sur les auteurs du sus-cité manga, qui racontaient leur histoire de baston. Le public visé était selon eux les teens mais les parents se laissaient gagner par la contagion. En me rendant à la bibliothèque quelques jours après je suis tombée sur leur livre mis en avant dans un présentoir : « Why not ?! » me suis-je dit. Eh oui, une vraie démarche de consommation primaire : la communication et le marketing, ça marche même pour les livres.

Le speech :

Au royaume, le grand tournois de lutte se prépare mais une nouveauté pour cette année : les combattants devront se présenter en duo sous peine de ne pouvoir y participer. Voilà comment se résume la rencontre d’un grand gaillard Richard Aldana avec le petit Adrian Velba jeune combattant sans talent, qui s’est fait planté par son coéquipier le jour J. Vous suivrez la progression de ce duo incongru dans des combats ésotériques pour les locaux et simplement brutaux pour Aldana, ce dernier ne maîtrisant pas les us et coutumes ambiants. En parallèle, vous découvrirez plusieurs personnages gravitant autour du binôme : la mère d’Adrian, forte, belle et célibataire (mmmmh mais que va-t-il se passer dans le prochain numéro…), le professeur de combat de la ville, éperdument amoureux de la maman et un très beau duo de combattants sosies des frères Bogdanov.

Mon avis :

Pour revenir à ma petite histoire initiale, contrairement à ma 1ère impression lors du visionnage du reportage,  « Lastman » n’est pas qu’un manga pour les ado mâles. C’est une lecture rapide, sans prise de tête, et j’avoue avoir ri. Côté graphisme, il ne faut pas s’attendre à du Gauguin mais je ne pense pas que ce soit cela que l’on attende de ce type d’ouvrage. Il y a une bonne maîtrise de la représentation des mouvements lors des scènes de combats et le phrasé est efficace. En conclusion, je n’ai pas été déçue par mon choix, la preuve : j’enchaîne avec les prochains tomes. A ce jour, ils sont au nombre de 8.

Pour aller plus loin :

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’univers de « Lastman », vous pouvez visiter la page officielle : https://www.facebook.com/LastmanlaSeriequiTabasse

Une version audiovisuelle est également en cours de préparation et sera diffusée sur France 4 début 2016.

 

Lamelieastman, tome 1 de Barak, Sanlaville et Vivès. Ed. Casterman, mars 2013.

 

 

 

Secrets d’étoffes

Un beau livre de contes aux superbes dessins pour émerveiller des enfants.

Note : 4/5

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Portée par l’envie de faire un cadeau à ma filleule de 10 ans, me voici devant les étagères de la grande bibliothèque du Havre. Je parcours le rayon jeunesse, à la recherche d’un roman adapté, mais pour quelle raison, je ne sais, tous me tombent des mains. Je me tourne alors vers les livres illustrés à vocation pédagogique : dinosaures, histoire de France en 150 planches ? Oh non, elle a déjà tout cela ! Et j’ai envie d’autre chose, plus vivant, plus coloré, plus en accord avec mon état d’esprit du jour et aux émotions que j’aimerais lui envoyer. Trois tours sur place, j’ouvre grand les yeux, prête à capter des couleurs et des formes qui me plairont … oui, voilà, je l’ai vu. Comment a-t-il pu m’échapper au premier abord ? Ce grand livre de contes illustrés est immense ! Je m’approche, touche la couverture de tissu et j’imagine déjà l’enfant ouvrir grand les bras pour en tourner les pages, ce que je fais immédiatement.

Les superbes illustrations qu’il contient me séduisent immédiatement : tout prête à la rêverie dans ces lignes qui mettent en scène les contes dont le fil conducteur est le tissu. Si nous y pensons en effet, les contes traditionnels laissent toujours une place aux descriptions des vêtements. Peau d’âne et ses trois robes, Le petit chaperon rouge, mais encore des centaines d’autres contes de tous les continents, tirés des Mille et une nuits et d’autres recueils qui me sont inconnus, évoquent des parures, la confection d’un vêtement précieux ou symbolique ou encore la survenue d’un événement lors d’une fête où tous les convives portent des tenues de cérémonie.

Claude Fauque et Anne Lascoux, les deux auteures se sont unies pour écrire et réécrire des contes, en en modifiant l’angle de vue pour mettre en avant la part des tissus et du textile dans ces récits. Il est courant de parler de la « trame » d’une histoire et ces deux passionnées des étoffes ont pris cette image au pied de la lettre en les abordant par le prisme des textiles.

Claude Fauque a plusieurs ouvrages à son actif : Les mots du textile, Les mots du costume, chez Belin, La broderie, splendeurs, mystères et rituels d’un art universel, paru en 2007 aux éditions La Martinière, et des ouvrages consacrés à un tissu particulier : Le lin, La soie, aux éditions Gallimard dans la collection Droit fil. J’ai déjà lu plusieurs de ses ouvrages c’est aussi la raison pour laquelle j’ai eu envie d’offrir le livre.

Anne Lascoux est artiste et conteuse après une expérience de quinze ans comme orthophoniste, sa biographie la décrit comme passionnée par les mots et les histoires.

L’autre raison pour laquelle j’ai voulu donner ce livre à ma filleule est la suivante : je me souviens parfaitement qu’à une période entre l’enfance et l’adolescence je lisais énormément de contes, de tous les pays et de récits de mythologie, avec une sorte d’avidité. Pourquoi ? je ne sais pas, mais je me souviens avoir à ce moment découvert avec étonnement et enchantement que certains récits se croisaient : les contes polynésiens d’îles englouties me faisaient étrangement penser à la ville d’Ys, les histoires de filles de rois aux amours impossibles, les épreuves rencontrées par le héros, tout cela répondait aux contes traditionnels de Perrault et Grimm, que j’avais commencé à lire dans leur version originale, brutale et sans filtre.

Et je dirais que c’est à ce moment dans mes réflexions que je suis chagrinée par ce livre. J’ai lu les contes et ils m’ont laissée sur ma faim. Ils sont peut-être un peu trop écourtés, pour des raisons de mise en page sans doute ? Mais certains développements m’ont paru manquer, ou bien j’ai eu l’impression que des contes étaient aseptisés. A vrai dire, la réécriture est faite avec plus ou moins de bonheur selon l’histoire et le parti-pris est assumé cela est certain. Cependant j’ai eu la mauvaise sensation – parfois, de récits un peu vidés de leur substance. Habituellement, il se dégage une morale dans un conte, qui peut tomber comme un couperet comme dans La mort marraine des frères Grimm. Je crois que la volonté de captiver en restant centré sur les tissus et en voulant s’adresser aux enfants a conduit les auteurs à rester parfois en surface. Mais pour tempérer cette critique, je crois justement qu’aborder les contes à travers les étoffes leur donne un  nouvel aspect symbolique et que cela ajoute du sens à ces histoires, en les rendant plus proches au sens physique du terme, car nous abordons les tissus par le toucher en priorité.

Mais le regard d’un enfant sera bien sûr différent du mien et surtout, les dessins soutiennent admirablement tous les récits. L’imagière, Charlotte Gastaud – je la nomme ainsi car sur la couverture il est écrit « images » et non « illustrations » – tracent à elles seules de nouvelles histoires et ajoutent des couches de sens. Il y a des dessins en noir et or intégrés aux textes et des planches complètes en couleurs vraiment propices au voyage. Les couleurs sont éclatantes, il y a un réseau compliqué de formes inspirées bien sûr des motifs des tissus, bref allez les regarder, c’est un plaisir !

Le livre se conclu sur un historique des tissus, bien fait et intéressant, qui permet de s’approprier tout le vocabulaire et de comprendre certains aspects des contes qui auraient pu échapper au jeune lecteur et tout simplement d’apprendre et d’étendre ses connaissances.

Il s’agit d’un beau livre à offrir qui fera je l’espère grand plaisir à sa destinataire !

sophieSecrets d’étoffes par Claude Fauque, Annie Lascoux, Charlotte Gastaut. Albin Michel, 2015.