La mort est une femme comme les autres

La Mort en a ras-la-faux et fait un burn-out : attention, c’est à mourir de rire !

Note : 3/5.

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Vous cherchez un petit roman court ? un peu barj et déjanté ? complètement marteau ? stop, n’allez pas plus loin ! Marie Pavlenko va vous surprendre…

Je connaissais déjà cette autrice pour La fille-sortilège, que j’avais déjà chroniqué sur le blog ; la voici dans un autre registre, un OVNI littéraire de passage dans le ciel du fantastique sarcastique.

Nous suivons l’histoire de plusieurs personnages : Emm, la Mort, sous les traits d’une jeune femme accompagnée de sa Faux qui lui parle, en situation de burn-out. Elle n’en peut plus de faire son travail harassant et sans relâche, trop d’humains désormais sur Terre, elle n’a plus le temps de rien… Anatole, un médecin beau et ténébreux, mais qui est en fait un vieux garçon sous la coupe d’une mère tyrannique et étouffante… Suzy, une jeune institutrice qui devrait mourir d’un cancer foudroyant…

Mettez tout ce petit monde dans un hôpital pris d’assaut par des vivants pas encore morts mais qui devraient l’être… Vous aurez un mélange détonnant d’humour trash et déjanté, des situations burlesques, et quelques moments d’anthologie (quand la Mort se rend chez un psy…).

Je n’en dis pas plus (ma critique est proportionnelle à la longueur du roman – 218 pages) : si un jour vous tombez sur ce livre, offrez-vous un moment surréaliste et barjo !

fannyLa mort est une femme comme les autres, par Marie Pavlenko. Pygmalion, 2015 ; J’ai Lu, 2018.

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Le doute

Une sombre histoire de jumelles, de couple, de mort et d’Écosse.

Note : 2/5

9782258110465

Cette chronique est écrite dans le cadre du Prix littéraire des Chroniqueurs web, catégorie Livres de Poche, sous-catégorie (que j’invente) : thriller/black is back (1).

À mon goût, l’un des avantages d’un prix littéraire comme celui des chroniqueurs web est de m’amener à faire des pas de côté, à lire des livres que je n’aurais jamais lu sans cette pichenette qui me projette hors de ma zone de confort. C’est ainsi que j’ai découvert des petites merveilles comme Camille, mon envolée ou La librairie de l’île.

Le doute fait tout à fait partie des romans que je ne lis pas d’habitude. Je n’ai rien contre un bon thriller, mais je m’y connais peu et je m’en tiens aux classiques, aux très-connus, aux recommandés-chaudement-par-une-bonne-âme. Avant d’aller dormir de S. J. Watson, par exemple, que j’ai adoré. Ou encore L’invité du soir, de Fiona McFarlane.

Le doute est définitivement un thriller, qui mélange plusieurs (trop ?) thèmes classiques du genre : la gémellité et son étrangeté, le deuil, les fantômes, l’isolement dans un lieu paumé (ici une micro-île du nord-ouest écossais), la folie, la défiance.

Sarah, Angus et Kirstie s’installent sur une toute petite île dont Angus a hérité afin de tourner la page du décès de Lydia, la sœur jumelle de Kirstie. Les conditions de sa mort accidentelle il y a plus d’un an sont floues : Lydia est tombée d’un balcon de la maison des parents de Sarah. La famille décide de quitter Londres pour l’Écosse, afin de retrouver son union et de se reconstruire.

D’emblée on sent que cela part mal : se réunir et tourner la page dans une mini île déserte, battue par les vents, à laquelle on accède en bateau, dans un cottage inhabité depuis 15 ans, avec une fillette traumatisée… Bof bof. Bon, la famille a vraiment besoin de fraîcheur, en plus ils n’ont plus de sous, donc ils y vont. Pour envenimer la situation, Kristie déclare à sa mère juste avant le départ qu’il y a erreur sur la personne, qu’elle n’est pas Kristie mais Lydia. C’est le premier doute : qui est la fille survivante ?

Pour faciliter les choses, personne ne parle à personne dans cette famille : la mère ne parle pas au père du doute sur l’identité, le père en veut à la mère sans que l’on sache trop pourquoi. Le roman est principalement raconté du point de vue de Sarah (« je »), avec quelques incursions dans la tête d’Angus (« il »). En passant de l’un à l’autre, on comprend vite qu’il existe un deuxième doute : que s’est-il réellement passé le soir de l’accident ?

La famille se convainc peu à peu que Lydia est bien là et que c’est Kristie qui est morte ; personne ne pense à amener la petite fille voir un psy pour l’aider à démêler tout cela. Non, à la place, on l’emmène à l’école où elle achève de se traumatiser.

La vie sur l’île devient de plus en plus difficile : le cottage est littéralement tout moisi, tout le monde se fait la tête (déjà qu’ils n’étaient pas causants avant…), voire se déteste franchement. Peu à peu les lieux deviennent le tableau des tempêtes intérieures : quels que soient les travaux que la famille y fait, tout se délabre. La fin du roman correspond au maelström d’une grande tempête finale.

Pour achever le tout, Lydia (ex-Christie) a un comportement de plus en plus aberrant et même carrément effrayant, passant d’une personnalité à l’autre, agissant comme si sa sœur était en face d’elle… nous entraînant dans une histoire de fantôme.

La trame est bien faite, laissant le lecteur dans l’expectative : quel est le vrai doute, celui qui compte vraiment ? Le nom de la fillette qui a survécu ? La cause de la mort ? La présence d’un fantôme ?

Mais je trouve la réalisation assez décevante : la psychologie des personnages est peu crédible, ainsi que les raisons de leurs silences (silences indispensables à l’intrigue). Certains indices laissés en cours de route sont transparents (en mode « Ne met pas tes doigts dans la porte, tu risques de te pincer très fort » : quand on lit ce genre de choses page 50 ou 100 d’un thriller, on peut être sûr que quelqu’un, page 300, met les doigts dans la porte et se pince très fort !). Le résultat est assez attendu, je n’ai pas frissonné, je n’y ai pas cru.

Par contre le paysage est convaincant ; d’ailleurs l’auteur a écrit le livre en résidence d’artiste sur une île similaire. Mais cela ne vous donnera pas envie d’aller vous exiler au fin fond de l’Écosse !

Le doute, de S. K. Tremayne. Pocket, 2017.alice

 

Alors vous ne serez plus jamais triste

Un médecin est décidé à mourir ; une vieille dame extravagante, conductrice de taxi, lui extorque 7 jours pendant lesquels il doit obéir à tous ses ordres.

Note : 3,5/5.

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Cette chronique est écrite dans le cadre du Prix littéraire des Chroniqueurs web, catégorie Livres de Poche, sous-catégorie (que j’invente) : la mort, le deuil et après (2).

Le Docteur – dont nous ne connaîtrons pas le nom – a perdu sa femme il y a un an, aux alentours de Noël. Il est décidé à mourir, tout est gris pour lui, il ne sait plus ce qui pourrait le motiver à bouger, il ne sait plus soigner.

La preuve ? En ce dernier jour de sa vie – il a prévu de mourir le soir-même – il se rend à son bureau pour ranger des documents. Faire de la paperasse ? Le dernier jour de son existence ? Il faut vraiment avoir perdu toute étincelle de vie ! Imaginez un astéroïde bondissant vers notre planète, qui doit tout anéantir demain : qui d’entre nous dirait : « Tiens, je vais en profiter pour faire ma déclaration d’impôts » ?

Il alpague le premier taxi qu’il voit pour se rendre à son bureau. Or son chauffeur est une vieille dame bourrée de rides et de dons, habillée en robe de gala, qui descelle dans les plis du visage du Médecin sa mort imminente. Elle passe un marché avec lui : il doit lui donner les 7 prochains jours de sa vie, faire ce qu’elle lui demande, et donc reporter son suicide d’une semaine.

Histoire jusque là très classique, mais le personnage de la vieille femme relève complètement l’intérêt de ce court roman. Les activités des 7 jours sont également assez sympa, et pas trop branchées philosophie ou spiritualité. D’ailleurs, le premier jour, elle… ne lui demande rien, car il faut bien préparer les activités des jours suivants, non ? Et elle a quelque chose de prévu avec sa famille, alors… Cette femme change de robe de soirée – et de couleur de cheveux – tous les jours. Elle entraîne le Médecin dans des situations qui sont destinées à son nouvel ami suicidaire mais qui ne sont pas non plus anodines pour elle : un enterrement par exemple, pour lui faire ouvrir les yeux sur les conséquences concrètes de son souhait de mort, mais l’enterrement de quelqu’un qu’elle connaît. Elle est aussi franchement perchée. Et peut-être immensément riche.

La 4e de couverture parle d’un « conte », à tendance philosophique. Rien de tel à mon avis : Alors vous ne serez plus jamais triste ne m’a pas amenée à reconsidérer l’existence ni à revoir mes priorités dans la vie. C’est néanmoins un sympathique petit roman, qui raconte une histoire que l’on a tous en tête de pacte avec le diable, de joie de vivre vs. dégoût de l’existence.

La persistance du Docteur dans son projet suicidaire maintient le suspens sur l’issue de l’histoire ; la fin est d’ailleurs assez bien trouvée, même si j’ai un peu regretté les explications finales qui lèvent le voile sur la plupart des mystères du récit.

Le ton est très léger ; contrairement à Camille, mon envolée, ici vous ne pleurerez pas ; ici, on parle principalement d’espoir et de vieillards loufoques, sous couvert de personnage suicidaire.

NB : ce roman est suivi dans l’édition de poche de la nouvelle La mort est une garce, qui n’est pas du tout du même niveau et n’a, à mes yeux, absolument aucun intérêt. Encore une histoire de médecin ; on devine que Baptiste Beaulieu est lui-même médecin et qu’il n’écrira probablement que des histoires de médecins. Pourquoi pas ? Mais je crains que cela ne tourne vite en rond…

Alors vous ne serez plus jamais triste, de Baptiste Beaulieu. Le Livre de Poche, 2015.alice

 

Camille, mon envolée

Un livre-témoignage très touchant, sans verser dans le pathos, sur la mort d’une jeune fille de 16 ans, écrit par sa mère.

Note : 5/5

9782253068747-001-T

Cette chronique est écrite dans le cadre du Prix littéraire des Chroniqueurs web, catégorie Livres de Poche, sous-catégorie (que j’invente) : la mort, le deuil et après (1).

Je ne voulais pas lire ce livre. J’en ai lu le résumé sur Babelio :

Dans les semaines qui ont suivi la mort de sa fille Camille, 16 ans, emportée une veille de Noël après quatre jours d’une fièvre sidérante, Sophie Daull a commencé à écrire.

Je suis bi-maman depuis 2 mois, ma fille a bientôt 3 ans, mon fils est un mini-bébé… Je ne voulais pas lire ce livre. Depuis que je suis maman, les histoires de mort-problème-torture-maltraitance-etc d’enfants, réelles, faits divers ou littéraires, me touchent à outrance. J’ai même pleuré comme une passoire en lisant Les gens heureux lisent et boivent du café, que je n’ai pourtant pas trouvé spécialement bien écrit ou intéressant. Alors, un livre-témoignage écrit à la première personne, racontant ce décès foudroyant d’une ado sympathique et épanouie, je ne voulais pas le lire. Je lirai les 9 autres livres de la sélection Poche, et puis voilà tout, pensais-je.

Sauf que les commentaires sont bons, qu’il y a dans le résumé un je ne sais quoi de rassurant, et que je me retrouve entraînée. C’est même le premier livre que je lis en rentrant chez moi. Sa faible épaisseur facilite son abord, 192 pages en édition de poche. Je le dévore en peu de temps.

Ce livre est une auto-fiction, écrite à partir d’un carnet rempli par Sophie Daull peu de temps après la mort de sa fille. S’il est court, c’est que l’auteure s’est promis d’arrêter son carnet lorsqu’elle ne parlerait plus de Camille, mais d’elle-même ; lorsqu’elle ne parlerait plus de sa fille, mais de sa peine à elle.

Là est toute la force de ce roman : on n’y veille pas une morte, on ne s’enfonce pas dans son absence, mais on découvre deux vies. Celle de Camille, à travers ces 4 jours de fièvre, celle de Sophie, 3 mois après le décès ; celle qu’elles partageaient, via quelques souvenirs.

Comme le dit si bien la 4e de couverture,

Loin de l’épanchement d’une mère endeuillée, Camille, mon envolée est le récit d’une résistance à l’insupportable, où l’agencement des mots tient lieu de programme de survie.

Les 4 derniers jours de Camille, c’est l’histoire d’une fièvre terrassant cette jeune fille, de l’absence d’écoute médicale, d’une mort inattendue et incongrue – d’autant plus bouleversante que nous, lecteurs, savons que Camille va mourir et que sa mère, la narratrice, en ignore tout.

C’est une histoire pleine de moments tendres, drôles aussi. La visite des différentes entreprises de pompes funèbres est un délice, c’est frais, c’est décalé. Le réseau d’amis autour de Camille et de Sophie étonne et donne envie d’avoir le même : que d’amitié ! Que de gens différents ! Sophie Daull est comédienne de théâtre, cela aide peut-être à avoir des entourages variés ?

Sophie Daull réussit l’exploit de nous faire aimer sa fille, de nous donner la sensation de la connaître ; elle la fait réellement vivre par ses mots et, de là, nous la pleurons également, nous pleurons sa perte.

Car, ne vous leurrez pas : vous pleurerez. Si ce livre vous touche, et je pense qu’il vous touchera, vous pleurerez.

Addendum : quelle est cette étrange coïncidence qui m’a amenée à lire ce livre deux jours avant d’apprendre la tragédie, similaire, qui touche le frère d’une très bonne amie ? Cette lecture m’a peut-être permis de mieux comprendre leur douleur.

Camille, mon envolée, par Sophie Daull. Le Livre de Poche, 2016.alice