Dictionnaire visuel des arbres et arbustes communs

Un guide très pratique, pour commencer à être à même de comprendre un peu mieux ce qui nous entoure quand on se balade !

Note : 4/5.

Dictionnaire des arbres

Je l’avoue sans fard : je suis une quiche pour tout ce qui concerne la nature. C’est-à-dire tout ce qui nous entoure, l’écosystème, les bêtes, les plantes, les cailloux, tout ça… Et ça me frustre de plus en plus, parce que j’ai appris plein de choses à l’école primaire, que j’ai oubliées depuis, et je vis depuis des années et des années dans des grandes villes, où l’on ne pense que très rarement aux arbres, aux fleurs, aux nuages et à la lune. Cet été, à peine étais-je capable de reconnaître les chênes – grâce à leurs glands – et les platanes de Sully le long des routes.

Je me suis rendue dans la grande librairie du coin, pour chercher un livre qui me permettrait facilement d’identifier ce qui m’entoure. Pas besoin d’infos sur le concombrier du Vénézuela  ou les palmiers de Sibérie, juste les cyprès, les hêtres, les ormes et autres arbres de nos latitudes.

La littérature botanique est florissante, on trouve de tout, apparemment de qualité très inégale. Les ouvrages sur les arbres se répartissaient en différentes tendances. D’abord, les beaux livres, richement illustrés, mais avec une claire orientation esthétique et anecdotique. Bien pour un cadeau, mais pas très adapté à mon besoin.

La deuxième tendance, ce sont les encyclopédies des arbres, comme le Larousse des arbres, qui semble être une référence, mais j’ai trouvé ça difficile d’approche pour une néophyte : les titres d’articles désignent les arbres avec leur nom scientifique en latin, toutes les plantes du monde sont concernées, et la plupart des articles ne sont pas accompagnés d’illustrations ! Comment faire, alors, pour les reconnaître ? Ce type d’ouvrage est déjà un cran au-dessus de ce dont j’ai besoin, puisque je me situe au niveau « ras des paquerêttes ».

Une autre catégorie d’ouvrages, plus littéraire, explore les histoires, mythes, propriétés et la vie des arbres : soit sur un modèle abécédaire, soit sous la forme d’essais, comme le best-seller La vie secrète des arbres, de Peter Wohlleben, qui croule sous les critiques de lecteurs enchantés et qui donne envie. Mais là on est carrément au niveau « Jedi des arbres », et bien sûr, il n’y a presque pas d’images, alors que c’est bien d’un imagier dont j’ai besoin.

L’étagère consacrée aux arbres se terminait heureusement sur mon sésame, encore emballé sous cellophane. Ce dictionnaire de Maurice Reille, dont on retrouve les contenus illustrés sur le site Arbres de Lozère, est un dictionnaire de botanique accessible à tous, basé sur le visuel et recensant les plantes de nos contrées. Il est édité par Ulmer, une maison d’édition spécialisée dans les plantes et jardins, qui a sorti deux autres ouvrages par le même auteur : Dictionnaire visuel de botanique, Dictionnaire visuel des plantes de la garrigue et du Midi.

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C’est le nom usuel de l’arbre qui désigne chaque article, qui décrit les caractéristiques de l’arbres, en déclinant chaque aspect avec une photo : vue d’ensemble, troncs ou racines, écorces, feuilles, fleurs, fruits. Voilà un excellent outil pour commencer en botanique, agréable à regarder chez soi avant de partir en balade, fort utile pour la première étape de la compréhension : l’identification et la description. Encore un peu et je vais commencer un herbier !!

justine3Dictionnaire visuel des arbres et arbustes communs, par Maurice Reille, Editions Ulmer, 2015.

 

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Watership down

Laissez pousser vos oreilles, frétillez des moustaches, musardez dans les champs par petits bonds et… entrez dans la peau d’un lapin pour quelques pages !

Note : 4/5

watershipdown

Watership down... Un roman d’aventure, ça c’est sûr.

Une épopée même, avec ses distances infranchissables, ses décisions lourdes de sens qui font l’Histoire, sa bande de copains qui se transforme peu à peu en un peuple, ses hauts-faits militaires, ses moments de ruse, sa création d’un héros national.

Oui, de l’action, de l’épique, des histoires, mais… de lapins !! Vraiment : de lapins. Avec leur morphologie, leurs comportements instinctifs. Avec leurs motivations, leurs besoins, leurs mythes, leurs conquêtes, leurs batailles de lapins. Leurs pattes, leurs oreilles et leurs terriers. Heureusement, ces lapins-ci parlent français (enfin, anglais pour la VO). Ils glissent quelques mots-lapins, car il n’existe pas d’équivalent de farfaler dans notre langue (grignoter à l’air libre) !

Hazel et Fyveer sont frères, ils vivent dans une garenne nommée Sandleford. Ils y vivent une confortable vie de lapin, sans faire partie de la Hourda (sorte de caste militaire qui fait régner un ordre tranquille sur la garenne) et en suivant les quelques directives de leur Maître Lapin. Toutefois Fyveer, comme certains lapins chétifs, a des visions, des prémonitions : la garenne va être détruite. S’il parvient à convaincre son frère et quelques autres lapins de l’imminence d’un désastre et de l’importance de fuir, le Maître n’en croit pas ses oreilles et leur interdit de tout départ.

Le petit groupe échappe in extremis à la Hourda, lancée à leurs trousses. Commence alors un vaste périple, ponctué de découvertes variées pour ces lapins qui n’ont connu qu’un paisible champ loin des hommes. Traverser des rivières, croiser des voitures, oser parcourir toujours plus de kilomètres et s’installer dans un territoire totalement inconnu, fonder une nouvelle garenne, piller une grange, lutter contre les sirènes du confort : ces lapins vont connaître toutes ces épreuves comme autant de rites initiatiques.

À chaque rencontre d’une nouvelle garenne – le groupe en découvre deux – ce sont des nouveaux systèmes politiques qui sont présentés par l’auteur. Une garenne qui a sacrifié sa liberté pour le confort et l’opulence, tout en refusant de regarder en face le prix à payer – serait-ce une allégorie du capitalisme qui nous est présenté dans ce conte ? Une autre qui subit un tout autre type de privation de liberté : elle est contrôlée par une junte militaire ultra efficace qui régit tout, de l’autorisation de se reproduire jusqu’à l’heure où l’on est autorisé à farfaler, dans le but de ne jamais se faire repérer par les prédateurs ou les hommes – peut-on lire entre les lignes un système communiste extrême ou la Corée du Nord ici ? (rassurez-vous, les allusions politiques sont subtiles et ne sont que l’une des grilles de lecture du roman).

L’héroïsme et l’ingéniosité vont intervenir et relancer l’intrigue quand notre vaillant groupe de rongeurs se rend compte… qu’ils ne sont que des mâles. Ah oui, tiens ! Quelle pérennité pour leur garenne toute neuve ? On a beau se reproduire comme des lapins, on ne peut pas le faire tout à fait tout seul… Il faut alors faire fi des vilou (les prédateurs de tous poils et toutes dents), s’allier avec d’autres animaux, repenser aux vieux contes racontés au coin du feu pour y puiser des idées, et prendre son courage à deux pattes. Plus question de tourner sfar, comprenez de devenir paralysé par la peur au point de ne plus pouvoir bouger : il est temps de trouver des hases.

Si ce livre n’est pas récent, je l’ai découvert récemment, dans son édition 2016. Cette édition a été l’occasion de revoir et corriger la traduction : vous ne retrouverez pas forcément les mêmes noms de personnages en fonction de la version que vous aurez entre les mains. Et pour qui n’aurait pas envie de se transformer en lapin pendant 544 pages, plusieurs adaptations TV (dont une annoncée par la BBC en 2016) existent !

Watership down, par Richard George Adams. Monsieur Toussaint Louverture, 2016.alice

 

Promenons-nous dans les bois

Rigolade assurée avec ces ceux randonneurs du dimanche qui s’attaquent au Sentier des Appalaches

Note : 3,5/5

Promenons-nous-dans-les-bois

Bill Bryson est un bonhomme qui va dans des endroits du globe, essaye des trucs et les raconte ensuite avec beaucoup d’humour et de verve. Dans les librairies, on le retrouve dans le rayon littérature de voyage, mais s’il y avait un rayon « Rigolons un bon coup », on pourrait aussi l’y ranger – les librairies sont trop sérieuses.

C’est un esprit original, qui saute d’idée en idée, et qui n’a pas le caractère raisonnable de ses congénères humains, donc il saute de l’idée à sa réalisation, avec enthousiasme. Il se met en scène dans ses romans en éternel gamin un peu pénible, parfaitement inconscient mais sensible et ouvert à l’expérience. Le tout sous les yeux patients de son épouse, qui doit être une copine de la femme à Colombo.

Cette nouvelle aventure de Bryson se passe aux Etats-Unis, et a pour thème la randonnée. Bill Bryson, accompagné d’un acolyte improbable et aussi éloigné que possible du modèle du randonneur aguerri des montagnes, se lance à l’assaut d’un sentier historique long de près de 3500 km, le Sentier des Appalaches. Plus qu’une randonnée, c’est une odyssée. Il découvre un univers, ressent le paradoxe de la nature qui ne peut être naturelle, le tout entrecoupé d’infos sur l’histoire du sentier, et des rencontres faites au fil des étapes.

Avec beaucoup de mordant, Bryson décortique ce monde à part, celui des randonneurs, et nous brosse un tableau pas piqué des hannetons des randonneurs consommateurs, des pot de colle, des ovni. Il découvre aussi l’expérience forcément intime et solitaire de la marche.

J’ai reconnu l’ambiance particulière d’un sentier de grande randonnée, où tout le monde se suit plus ou moins, où les histoires circulent ; les abris et les étapes où les randonneurs se rassemblent, le besoin de solitude aussi, ce que déclenche la marche en réflexion. La découverte d’un rythme différent et d’une vie qui se résume au jour en train de se dérouler, et à s’assurer des besoins de base : marcher, se protéger de l’eau et des blessures, manger, trouver un endroit où dormir, se reposer. La sensation d’étrangeté aussi lorsque l’on retourne en ville. Evidemment, le duo Bryson-Katz fait des étincelles et la relation de ces deux loustics n’en finit pas de nous faire rigoler.

Le roman est un cadeau d’Alice, qui a pensé à moi en suivant les mésaventures de ces Pieds Nickelés des montagnes. Toute ressemblance avec ma propre traversée de la diagonale du vide en France serait fortuite !! Un livre chaudement recommandé aux patachons qui préfèrent passer leur week-end à bouquiner plutôt qu’à randonner !

justine3Promenons-nous dans les bois, de Bill Bryson. Petite Biblio Payot Irrésistibles.

 

 

Indian creek

Un hiver au milieu d’une forêt dans le nord des États-Unis, une histoire vraie entre récit d’apprentissage, roman d’aventure et de survie

Note : 4/5

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Indian creek n’est pas un roman très récent : il a été publié en 1993 et raconte l’hiver 1978. Une collègue me l’a mis entre les mains alors que l’on parlait de Jack London et de récits de voyage, me le présentant comme un classique des récits du Grand Nord, du froid et des trappeurs.

Si j’aime bien lire ce genre de récits, bien au chaud sous la couette, à me resservir une tasse de thé alors que le héros perd des doigts de pied après être tombé dans des rivières gelées (éventuellement avant de se faire agresser par un loup ou un ours), cela faisait quand même longtemps que je n’avais pas ouvert de roman de ce type. Je craignais de ne pas « rentrer dedans ». Or, ça marche : Indian creek marche, très bien même.

Parce que c’est une histoire vécue d’abord. Pete Fromm, avant et après la publication d’Indian creek, a écrit des fictions, qui fonctionnent moins bien m’a-t-on dit. Là, on est dans le souvenir noté dans un petit cahier et réécrit des années plus tard, dans l’âge un peu mûr qui regarde, étonné, cette première expérience et la revit de plein fouet.

Parce que le personnage principal, c’est vous, c’est moi, enfin vous et moi si vous aviez un jumeau (pas mon cas), que vous étiez fort en natation (certainement pas mon cas) et fasciné par l’idée de vivre tout seul ou presque pendant 7 mois dans la nature. Les 2 premiers éléments n’ayant aucune espèce d’impact sur le processus qui amène ce jeune homme, pas passionné par ses études, lecteur de romans de trappeurs, complètement inexpérimenté, à postuler pour un job étrange : garder un coin de rivière et les milliers d’œufs de saumon qui y reposent pendant 7 mois, loin de tout.

Donc, le personnage principal, c’est vous, c’est moi : je postule pour ce job un peu par hasard, j’essaye de réunir en quelques semaines tous les éléments qui me semblent nécessaires pour tenir 7 mois (des boîtes de haricots, du riz, et… ?), je fais la fête intensément pendant une semaine et un beau jour, en pleine gueule de bois, les gardes forestiers débarquent, remplissent le camion des denrées que j’ai réunies. Ils me larguent à côté d’une grande tente près de mon bras de rivière, et me posent des questions qui me font atterrir sans douceur :

Le garde commença à parler de bois à brûler. Je hochais la tête sans arrêt, comme si j’avais abattu des forêts entières avant de le rencontrer.
– Il te faudra sans doute sept cordes de bois, m’expliqua-t-il. Fais attention à ça. Tu dois t’en constituer toute une réserve avant que la neige n’immobilise ton camion.
Je ne voulais pas poser cette question, mais comme cela semblait important je me lançai :
– Heu… C’est quoi, une corde de bois ?

Le lecteur verra le personnage se transformer, s’adapter peu à peu, tout en restant un peu à côté de la plaque. Il croise des chasseurs, des trappeurs, apprend leurs techniques, vit un peu avec eux sans jamais réellement faire partie de leur univers.

Il fait de grosses erreurs – pas tant que cela – et surtout devient un vrai homme des bois, devient une part de ce coin de bois. Il observe longuement les animaux, leurs habitudes. Il revoit de loin en loin ses amis, dont la vie commence de lui échapper : tant de choses se passent en ville alors que lui revit toujours, d’une certaine manière, la même journée !

J’ai beaucoup aimé ce livre qui a ouvert une petite porte sur une vie que j’aurais peut-être pu mener par hasard, pendant quelques mois, puisque même les étudiants ordinaires peuvent se transformer en trappeurs et en hommes des bois.

C’est bien écrit, on ne s’ennuie pas, on a même plutôt froid ! À lire avec une bouillotte, donc.

Indian creek, de Pete Fromm. Gallmeister, 2006.alice

La frontière du loup

Un roman brut et marquant sur la réintroduction du loup en Ecosse.

Note : 4/5.

la frontière du loup

Le jour de mon anniversaire, je me suis fait un petit plaisir. Je suis entrée dans la plus grande librairie de la ville, j’ai parcouru les tables et sélections, et suis repartie avec quatre romans dont je n’avais jamais entendu parler et qui, chacun dans son style, m’avait plu de prime abord. Le frontière du loup m’a d’abord attirée avec sa couverture sobre et un peu mystérieuse, une silhouette de loup se découpant sur fond gris.

Le loup est aussi une figure forte de la littérature, et je n’avais pas oublié le superbe roman de Nicholas Evans, Le cercle des loups, avec sa jeune héroïne qui débarque dans le Montana pour protéger les loups contre les rustres locaux (tous sauf un, le beau Luke Calder). Nicholas Evans y avait déployé tout son talent de conteur, sa capacité à nous transporter loin dans l’imaginaire romanesque des grands espaces américains.

Et un roman qui parle de loups, ça me touche forcément en ce début d’année où je suis toute à la préparation de vacances scientifiques dans la nature sauvage (avec loups, lynx, ours et surtout panthères des neiges !).  Le roman ne paie pas de mine, il est même un peu sévère dans le style des éditions Christian Bourgois, au format étroit, au papier blanc épais et à la mise en page assez rigide. Mais l’histoire elle-même semble une nouvelle histoire de loups avec des thématiques actuelles, écologie, progrès et politique.

Le résumé confirmait cette première impression : une biologiste spécialiste du comportement du loup, Rachel Caine est embauchée par un richissime propriétaire terrien de la frontière écossaise, pour réintroduire le loup gris en Grande-Bretagne, alors que l’Ecosse est sur la voie de l’indépendance (là, la fiction dépasse la réalité). Pour Rachel, ce contrat est aussi un retour aux sources, la Combrie, région où elle a grandi aux côtés d’une mère volage et d’un frère effacé.

J’ai eu un peu de mal avec le style au début du roman, très haché, quasi télégraphique à certains moments. Mais je me suis vite habituée et ce style est ce qui fait le charme un peu rude de ce roman. Pas de chichis, pas d’enrobage dans le style, pas de longues descriptions ni de souffles romanesques, juste une appréhension directe et brute des choses, avec des scènes parfois un peu trop crues à mon goût.

Le loup est le fil rouge de l’histoire, et on comprend beaucoup de choses, malgré l’économie du style, sur les étapes du réensauvagement, les difficultés dans un contexte cultivé et occupé par l’homme, le fonctionnement de l’animal.

Malgré cela, les loups passent peu à peu au second plan de l’histoire. L’héroïne n’obéit pas aux codes féminins habituels et doit aussi faire face, en parallèle, à sa propre réintroduction sur son territoire originel et recomposer sa vie, ce qui est tout aussi passionnant à lire, parce que son histoire pose des questions sur notre nature même et ce qui nous meut dans la vie.

Je vous laisse avec les loups et le début du roman : « Ce n’est pas souvent qu’elle rêve d’eux. Dans la journée, ils se montrent insaisissables, se cantonnant dans les hautes herbes de la réserve, disparaissant du périmètre de la tanière. Prestes ou paresseux, ils traversent leur paysage mordoré et s’en vont dormir sous des arbres tombés, indétectables dans les deux cas. Leurs éclipses se sont perfectionnées. Ils s’en reviennent nuitamment. Les caméras les filment, yeux rouges, museau obscur, retour d’une chasse. Ou bien elle les entend hurler, longue harmonique, le long de la zone tampon. L’un d’eux en tête, puis d’autres en nombre. La nuit, nul besoin d’imaginer, nul besoin de rêver. Ils règnent hors de l’esprit« .

justine3La frontière du loup par Sarah Hall. Christian Bourgois Editeur, 2016.