Grossir le ciel

Un bon roman d’ambiance, avec Gus, dans sa ferme reculée des Cévennes.

Note : 4/5.

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Il arrive qu’un livre se présente, par hasard, sur nos chemins de lecture. C’est le cas de Grossir le ciel, bien loin de mes sentes habituelles : la table des romans à ma librairie, les conseils des amis et parmi eux, ceux des chroniqueuses du blog… Je l’ai acheté parce que l’auteur était là, pour une signature à la bibliothèque de ma ville, à la sortie du travail.

Nous étions au milieu d’un festival de romans policiers : Polars en cabane. Je suis arrivée après la rencontre, aussi je ne savais pas du tout de quoi il s’agissait. Mais la présence tranquille de l’auteur, assis sur une petite table, discutant avec ses lecteurs, m’a plu. J’ai choisi le livre un peu au hasard, parmi d’autres romans de lui, et suis allée me placer dans la file des dédicaces. J’ai pu saisir au vol des bribes d’informations sur l’univers de l’écrivain, ses autres romans, ses projets.

Franck Bouysse est presque du coin. Il vit à Limoges et n’en est pas à son coup d’essai. Il a déjà écrit deux romans policiers, Vagabond, et Pur Sang. J’ai d’ailleurs failli entendre la fin de ce dernier livre, lorsqu’une indélicate s’est mise à poser des questions parce qu’elle n’avait pas compris la fin, quelque chose comme : « …. et c’est bien la soeur du beau-frère de la tante l’assassin ? ». Je me suis bouché les oreilles en disant : « … noooon ! Ne racontez pas la fin je l’ai pas lu ! ». J’ai par la manoeuvre récolté quelques regards vaguement réprobateurs et des remarques laconiques, comme quoi j’avais pas ce bouquin-là entre les mains (j’étais de toute évidence une « non-initiée »). De toute façon, la dame, elle avait rien compris.

Lorsque mon tour est arrivé, je me suis rendue compte que je ne savais pas ce que j’allais faire de ce livre, si j’allais le garder pour moi, ou l’offrir, ou même le lire. L’auteur attendait que je dise quelque chose, alors j’ai demandé : « Vous ne pouvez pas, plutôt qu’adresser votre dédicace à quelqu’un, dire que c’est de votre part ? ». L’auteur a trouvé ma demande étrange et a simplement souhaité une bonne lecture en compagnie de Gus, son héros, sur la première page.

Et c’en fut une. Le projet de l’auteur, qui vient de ce monde, est assez simple : faire causer des taiseux. C’est une image de Depardon, le premier plan de son film sur les paysans, qui lui a inspiré l’histoire. Le reste, il l’a observé, et ses personnages sont si justes qu’ils ont l’air de vivre leur propre vie, l’auteur ou le narrateur n’a pas à intervenir.

Je craignais un peu de me retrouver dans un roman du terroir, aspect négatif du terme, mais non. Faut pas se leurrer, hein, ça parle de paysans et de ces dramatiques secrets qui se passent de génération en génération. Avec des traces de sang et de pas dans la neige, des voisins qui se regardent en chien de faïence. L’ambiance est lourde, froide, mais on s’attache et j’ai lu très vite ce court roman que j’ai trouvé bien écrit.

Apparemment on a reproché à l’auteur sa richesse de vocabulaire. J’ai trouvé au contraire que le choix des mots participait à l’ambiance, que la musique de la langue arrivait aussi à créer. Une lecture qui change, avec un style et un regard. Sombres, forcément. Finalement, je l’ai offert, le bouquin.

justine3Grossir le ciel, par Franck Bouysse. La Manufacture de Livres, 2015. Le Livre de Poche, 2016.

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Animae

Une série française, originale et addictive, domaine fantastique ! 

Note : 4/5

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Voilà quelques heures que j’ai fini cette série de quatre livres, lue en quelques jours (je suis en vacances, j’en profite pour lire toute la journée !!!) et impossible d’abandonner mes nouveaux amis (les personnages du roman, comme vous l’aurez compris…). Avoir refermé la dernière page me met au désespoir, je m’étais mise à les apprécier tellement, Lou, Joshua, Camille, Benjamin, Arthur… toute l’équipe du Département des mystères de la DCRI (les services secrets français). Leur humour explosif va me manquer, c’est sûr !

Je suppose que vous voulez un résumé de l’histoire, et non m’entendre m’apitoyer… mais ne vous inquiétez pas, vous y passerez aussi quand vous aurez lu les 4 tomes…

Bon, la couverture ne paie pas de mine – ça fait un peu roman de kiosque de gare – avec des titres pas très sexy (L’Esprit de Lou T1, La trace du Coyote T2, Le cauchemar du chien T3 et Le rire de la hyène T4). J’aurais choisi plutôt : Les chroniques d’une Daïerwolf par exemple,… (tiens je pourrais peut-être faire un commentaire sur la page FB de l’auteure pour lui suggérer ?!)

Mais qu’est-ce qu’une Daïerwolf ??? Au milieu des humains vit caché, dans le plus grand secret, le peuple des Daïerwolf, c’est-à-dire des humains capables de se transformer en un animal de leur choix  (des métamorphes), qui sont d’une force et d’une intelligence hors norme. Leur but est de tuer les affreux Chalcrocs (les méchants), des espèces de loup-garou qui aiment manger la chair humaine les soirs de pleine lune. Lou, une jeune Daïerwolf de 20 ans, est envoyée en mission pour infiltrer les services secrets français et tenter de découvrir les raisons d’une agitation suspecte de certains de ses semblables. Elle intègre le département des phénomènes inexpliqués, et collabore avec l’anti-terrorisme. De là, se noue une histoire d’amour et des enquêtes palpitantes, que l’intelligence pétillante de Lou va rendre pleine d’humour et de rebondissements.

D’un récit en apparence assez simple dans le 1er tome, l’auteurs réussit à tisser une intrigue qui se développe, s’enrichit et se complexifie sur les 4 tomes. Elle joue sur la simplicité de son écriture, pour nous percuter dans les sentiments et ressentis autour de ses personnages. On est avec eux, à 100 %, on respire avec eux, on rit avec eux, on tremble avec eux (surtout dans les tomes 3 et 4 où l’auteure atteint la maîtrise parfaite des personnages) ; j’ai même failli faire une crise cardiaque dans le dernier tome, tellement j’ai eu peur pour un des personnages. Bref, ils sont attachants et originaux, chacun dans un style personnel.

Je n’en dis pas plus pour ne pas gâcher tout ce qu’il vous reste à découvrir de cet univers. Un moment de lecture de pur plaisir (comme je recherche toujours), sans prise de tête ! Vous aurez le sourire tout du long ! A lire d’urgence pour détente assurée.

fannyAnimae, série en 4 tomes, de Roxane Dambre. T1 L’esprit de Lou ; T2 La trace du coyote ; T3 Le cauchemar du chien ; T4 Le rire de la hyène. Le livre de Poche, 2014.

 

Temps glaciaires

Un policier décevant qui ne parvient pas à générer la petite magie attendue des Vargas.

Note : 1/5

tempsglaciaires

Lorsque mon père me l’a prêté, je me suis dit : « Chouette ! Un nouveau Vargas ! » Ou encore : une promesse de voyage intérieur, d’anecdotes marquantes autant que décalées, de toutes petites remarques qui sonnent si vraies et de géniaux policiers aussi bizarres qu’attachants et irréalistes. L’avis plutôt négatif de mon père, je ne l’ai pas vraiment pris en compte.

Une partie des promesses est tenue : la trame est, comme toujours avec Vargas, à la fois étonnante et unique. Elle entremêle une disparition étrange en Islande et des meurtres parisiens que rien ne relie, sauf un signe mystérieux guillotine-like retrouvé à côté des assassinés. Mais d’emblée, le récit s’enlise dans des reprises de descriptions connues : Adamsberg est encore qualifié de « pelleteur de nuage », un peu trop souvent. Les bons mots à-la-Vargas sont bien présents, mais utilisés, repris, usés jusqu’à la trame, reformulés jusqu’à plus soif. Ils sortent amaigris, grisâtres du roman – alors que ceux de ses romans précédents me semblaient toujours sonner vrai et donner un peu plus d’épaisseur à mon quotidien. Le commissariat, de service décalé et sympathique, devient un agglomérat impossible, un appel au contrôle de gestion, une illustration de la faute professionnelle. Assez de celui qui ronfle, assez du chat qui ne veut plus bouger tout seul ! La force de vie et de mouvement qui, pour moi, caractérise l’écriture de Vargas, n’a pas réussi à imprégner ce livre, qui s’enlise dans sa narration, ses images et ses poncifs.

Et l’histoire ? Entremêlant Islande et Révolution française, brumes et guillotine, l’enquête est difficile à débrouiller, tel un nœud d’algues (vous en entendrez beaucoup parler, de ce nœud d’algues !). Les lenteurs de la narration font écho ad nauseam aux lenteurs de l’enquête.

Mon conseil : éviter ce roman et relire plutôt un autre Vargas, l’un des premiers par exemple !

aliceTemps glaciaires par Fred Vargas. Flammarion, 2015.