Un parfum d’encre et de liberté

Une fresque historique oscillant entre 2 époques, entre guerre de Sécession et 2014, via deux personnages de femmes.

Note : 2,5/5.

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Cette chronique est écrite dans le cadre du Prix littéraire des Chroniqueurs web, catégorie Livres de Poche, sous-catégorie (que j’invente) : les grandes fresques historiques (1).

« Un parfum d’encre et de liberté » est un livre balancier : les chapitres sont dédiés les uns à Sarah de 1859 à 1865, les autres à Eden en 2014, en une alternance parfaite. Sarah, Eden, Sarah, Eden, Sarah, Eden, etc.

Sarah, c’est Sarah Brown, librement inspirée de la « vraie » Sarah Brown, fille d’un célèbre abolitionniste et abolitionniste elle-même, artiste et « féministe avant l’heure », comme l’assure l’auteure du roman.

Eden, c’est Eden Anderson, pure invention romanesque, femme en crise, particulièrement fragile et agaçante qui agresse tout ce qui l’entoure car elle ne parvient pas à avoir d’enfant.

Le lien entre les deux femmes ? Ce sont deux objets. Une maison, que Sarah a connue et dans laquelle Eden emménage. Une tête de poupée, retrouvée dans une cache sous la maison dès le début du roman par Eden en 2014 et qui traverse en pointillé la vie de Sarah, avec un suspens bien mené pour savoir quelle poupée croisée par Sarah va devenir la tête de poupée d’Eden.

Elles sont également liées par l’impossibilité d’enfanter.

Eden est d’une humeur massacrante car elle est passée par tous les traitements modernes, médecine, médecine douce, régimes, spiritualité, méditation, FIV, et qu’il ne se passe rien. Elle met de façon répétée ses sautes d’humeur sur le compte des hormones (ce qui a fini par m’agacer), mais elle est surtout décrite comme dépressive. Quand son mari arrive avec un chien, elle le rejette complètement puis finit par s’y attacher néanmoins, il devient sa bouée de secours. L’écrivaine explique à la fin que ce personnage est né d’une phrase qui l’a obsédée mais que je trouve un peu banale : « Un chien ne remplace pas un enfant ». Heureusement pour le lecteur, l’ambiance de la petite ville où Eden a emménagé, le mystère de la tête de poupée et surtout la présence du chien finissent par éclaircir un peu l’horizon et elle commence d’aller mieux.

Sarah est une battante. Elle est de son époque : elle obéit à ses parents, à des règles de vie qui ne sont plus les nôtres, mais elle est très moderne également. Indépendante, lettrée, courageuse. Son père est un abolitionniste actif, qui prône l’action armée ; on dirait un « terroriste » de nos jours. Le roman s’ouvre sur l’annonce de sa stérilité suite à une dysenterie. Son énergie maternelle, elle la convertit en art. L’idée de l’auteure est assez fine : pour aider les esclaves en fuite vers le nord (c’est le « Underground railroad », le chemin de fer souterrain dont Justine a parlé récemment), le réseau abolitionniste leur décrit les lieux de passage et leur donnent des cartes, mais la plupart ne savent pas lire. Sarah commence donc de peindre des paysages, avec des symboles codés qui donnent toutes les informations dont ont besoin ces esclaves : ici, une halte possible, là, un danger, etc.

Si le récit de la guerre de Sécession et de l’abolition m’a bien plu, avec une histoire d’amour peut-être convenue mais bien faite, en revanche l’histoire d’Eden m’a semblé superfétatoire, voire inutile. Peut-être parce que le personnage m’a un peu porté sur les nerfs ?

Les deux femmes sont décrites de façon trop caricaturale peut-être : Sarah est l’archétype de la vraie femme forte, trop forte peut-être ; on sent l’admiration éperdue de Sarah McCoy pour son personnage. Et Eden est son double, la fausse femme forte, la battante moderne qui a tout donné dans son travail de communicante et qui est incapable de surmonter les épreuves et les aléas de la vie, de réconcilier la tête et le corps, qui devient incapable de communiquer, et qui est sauvée par un chien, sa petite voisine et une libraire. Le coup du chien, quand même… On l’a déjà beaucoup lu, non ?

J’ai aussi trouvé la construction trop travaillée, trop visible ; on a l’impression que le roman sort tout droit d’un atelier d’écriture, tout est un peu téléphoné et sans surprise, comme si l’échafaudage était encore bien visible pour tenir la structure. Trop propre, trop léché.

Un détail enfin : c’est un livre très américain, on parle de Dieu à tous les coins de page, avis aux allergiques !

En résumé : une lecture légère, plutôt agréable, mais très téléphonée.

Je lirai quand même le premier roman de Sarah McCoy, Un goût de cannelle et d’espoir, par curiosité.

Un parfum d’encre et de liberté, par Sarah McCoy. Pocket, 2016.alice

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Une fille au manteau bleu

Une fiction historique réussie dans l’Amsterdam occupé de 1943.

Note : 4/5.

Une fille au manteau bleu

Au rayon ados, les tables des libraires regorgent de fantasy, de romans d’anticipation et de sagas post-apocalyptiques : la magie, les luttes de pouvoir, la résistance à un oppresseur orwellien règnent dans ce domaine. Une fille au manteau bleu nous fait sortir de ces sillons et redonne des couleurs au genre du roman historique pour adolescents.

Nul besoin de catastrophes dans un proche futur, pour résister dans la clandestinité contre un oppresseur, tout cela est déjà arrivé, dans le passé. Une fille au manteau bleu est construit comme un huis-clos en temps de guerre. Le théâtre de cette histoire est l’Amsterdam d’Anne Franck, occupé par les nazis. Les conditions de vie sont difficiles, entre les couvre-feux, les rationnements, les morts au combat, les rafles et la clandestinité forcée pour nombre de persécutés.

Notre héroïne, Hanneke, dix-huit ans, sous couvert d’un emploi pour une maison funéraire, parcourt Amsterdam à vélo pour chercher des produits au marché noir et les revendre à des particuliers. Ce talent pour dénicher ce qui est rare ou interdit en temps de guerre est mis à l’épreuve, lorsqu’elle est engagée pour retrouver une jeune fille juive qui se cachait chez l’une de ses clientes et qui a disparu. Pour Hanneke, cette mission dangereuse se transforme rapidement en lutte personnelle, elle qui cherche une forme de résilience et une manière de vaincre sa culpabilité, après avoir envoyé son petit-ami au front et à la mort, au début de la guerre. Une vie pour une vie en quelque sorte.

J’ai lu ce livre dans le cadre du Prix des Chroniqueurs Web. Aux mécaniques imaginaires, c’est plutôt Fanny la fan de littérature ado, surtout dans le genre girl power fantasy. Mais au moment de choisir les livres à chroniquer et pour lesquels voter, je suis sortie de mes sentes littéraires habituelles, pour essayer autre chose. Et je vous recommande aussi d’essayer, ce fut une belle surprise et une lecture très agréable. Les héros sont des adolescents qui ont grandi trop vite au milieu d’événements dramatiques. Il en résulte un mélange de naïveté et de maturité bien amenés. Je me suis modérément attachée au personnage d’Hanneke toutefois, qui était dans l’action mais aussi beaucoup dans ses états d’âme, même finement décrits. Reste que l’intrigue est très bien construite, on se laisse entraîner dans Amsterdam à la suite d’Hanneke, et les rebondissements, les moments de forte tension, les retournements de situation mais aussi les moments d’introspection, les menues tâches du quotidien occupé, font qu’on tourne les pages sans s’arrêter avant la fin, qu’on ne devine pas !

C’est que le livre joue beaucoup sur les vérités et mensonges, les faux-semblants, la dissimulation, mais aussi l’amitié et la solidarité. Derrière ce mystère et sous cette histoire de trahisons et d’entraide comme il y en a eu tant, on découvre l’Histoire, une ville et un quotidien dans une période extra-ordinaire. A lire et à offrir !

Cette critique a été écrite dans le cadre du Prix des Chroniqueurs Web, catégorie Livres Jeunesse.

justine3Une fille au manteau bleu, par Monica Hesse. Gallimard Jeunesse, 2016.

Sur les tables des libraires : quelques livres sur l’esclavage en Amérique

Ma dernière critique portait sur le bestseller de Colson Whitehead, Underground Railroad. Le thème de l’esclavage nord-américain au 19e siècle inspire nombre d’auteurs contemporains, tant ce pan de l’histoire américaine et mondiale est encore douloureux, sensible, et actuel.

Alors que je lisais ce roman, j’ai repéré d’autres lectures proposées par mes libraires préférés sur le même thème : la fuite d’esclaves aux Etats-Unis. Voici deux titres vus sur leurs tables, qui vont rejoindre ma Pile A Lire !

♥ La librairie Saint-Martin à Bazas ♥

recommande un livre pour la jeunesse, qui « mériterait aussi un prix » :

Esclavage_Marche à l'étoileMarche à l’étoile, par Hélène Montarde, aux éditions Rageot (2017). A partir de 12 ans.

Résumé : Billy a quinze ans et il est esclave dans le Sud des Etats-Unis. Un soir d’automne, il s’échappe. Poursuivi, traqué, il entame une course folle au coeur d’un pays gigantesque. Jasper est un brillant étudiant américain, plutôt sûr de lui. Mais le jour où il trouve un vieux carnet qui raconte l’étrange histoire d’un esclave en fuite, son monde bascule. Qui est l’auteur de ce texte ? Et lui, Jasper, qui est-il vraiment ? Pour le découvrir, il doit à son tour prendre la route. Entre le passé et le présent, entre l’Amérique et l’Europe, deux voyages s’engagent.

 

♥ La librairie Ombres Blanches à Toulouse ♥

recommande un roman pour le moins truculent, National Book Award 2013 :

couv rivireL’oiseau du bon Dieu, par James McBride, aux éditions Gallmeister (trad. 2015).

Résumé : En 1856, Henry Shackleford, douze ans, traîne avec insouciance sa condition de jeune esclave noir. Jusqu’à ce que le légendaire abolitionniste John Brown débarque en ville avec sa bande de renégats. Henry se retrouve alors libéré malgré lui et embarqué à la suite de ce chef illuminé qui le prend pour une fille. Affublé d’une robe et d’un bonnet, le jeune garçon sera brinquebalé des forêts où campent les révoltés aux salons des philanthropes en passant par les bordels de l’Ouest, traversant quelques-unes des plus heures les plus marquantes du XIXe siècle américain. Dans cette épopée romanesque inventive et désopilante, James McBride revisite avec un humour féroce et une verve truculente l’histoire de son pays et de l’un de ses héros les plus méconnus.

 

 

Underground railroad

Un roman américain sérieux et documenté sur le réseau d’aide aux esclaves en fuite, qui à travers l’histoire de Cora donne une réalité à la métaphore du « chemin de fer clandestin ».

Note : 3,5/5.

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Je l’annonce tout de suite, même si cela paraît même injuste à moi-même, tant ce roman est bien écrit, maîtrisé, entier : j’ai été un peu déçue par sa lecture. On aborde tous des romans avec des envies différentes, avec des goûts et une culture littéraire différents. Pour certains c’est la couverture du roman qui a d’abord attiré l’oeil, pour d’autres c’est le pitch, les quelques lignes qui tentent de saisir l’esprit d’un ouvrage ; pour d’autres encore parce qu’il a gagné un prix, le bandeau rouge « Prix Pulitzer » en imposant toujours autant. Il y a enfin le facteur hasard. Pour ma part j’avais envie d’un « grand roman américain », d’une lecture pleine d’intelligence, d’idées, d’humanité. J’ai trouvé tout cela dans Underground Railroad mais il manquait quelque chose, une part de romanesque, d’empathie, de souffle. Si je regarde le roman avec un peu de distance, je me dis qu’il y a tout cela. Alors pourquoi n’ai-je pas ressenti leurs effets ?

L’histoire de Cora est simple et extraordinaire. Dès sa naissance elle subit les conditions de vie effroyables dans les plantations de coton de Géorgie, avant la Guerre de Sécession. La première partie est dure, sèche, sans espoir. Puis vient un déclic, une force intérieure qui pousse Cora à s’enfuir : commence alors une fuite et autant d’essais de vie et de clandestinité, dans différents états esclavagiste ou libres, le long de l’ « underground railroad« , devenu pour le roman plus qu’une métaphore, un vrai train souterrain. Chaque partie du roman est inaugurée par un document d’archive, une petite annonce avec récompense pour retrouver et capturer des esclaves échappés. Cora, poursuivie par un chasseur tenace et cruel, tente de survivre et de se libérer de l’état d’esclave inculqué dès son plus jeune âge. Mais il ne suffit pas de s’échapper pour être libre…

Malgré une histoire aux multiples rebondissements, que j’ai lue presque d’une traite, il reste comme un voile, qui m’a empêchée d’avoir accès à Cora. Cela tient peut-être aussi à l’aura qui entourait ce livre très attendu outre-atlantique, son importance comme jalon littéraire sur la condition noire, les fondements du racisme américain et le face-à-face douloureux avec l’Histoire, le fait que ce soit Colson Whitehead qui l’écrive. Quand l’attente est si forte, le résultat est parfois en-deçà des impressions de lecture imaginées. L’auteur n’était pas très connu en France jusqu’à présent, mais il est un familier du gratin littéraire newyorkais, formé à Harvard, journaliste dans les titres les plus prestigieux, écrivain traduit régulièrement en français : c’est son huitième roman.

La première question que je me suis posée : pourquoi transformer la métaphore en réalité ? Je vous pose la question si vous avez lu le roman de votre côté, trouvez-vous que cela apporte beaucoup à l’intrigue ? A part, justement, un fil rouge, un « chemin de fer ». Alors que l’impression que le reste est rigoureusement collé à la réalité historique des archives, des sources, des faits historiques, ce chemin de fer surgit, incongru dans le récit. L’imaginaire a sa place dans le roman, la lecture par exemple est l’un des moteurs qui aide les personnages à avancer. Mais l’histoire est déjà suffisamment puissante, terrifiante, vertigineuse. J’ai vu ce chemin de fer comme un moyen commode pour l’auteur d’accélérer le récit, d’examiner différentes sociétés et situations, comme un truchement donc et non comme une idée puissante qui s’impose à nos esprits effarés, qui renverse le récit vers autre chose.

L’exercice auquel se livre Whitehead est ambitieux. Je parle d’exercice, parce que je n’arrive pas à apposer des termes émotionnels à ce roman. Et c’est bien là ce que j’ai ressenti : l’idée dépasse la fiction. L’Histoire est trop forte pour le romanesque. Whitehead est un intellectuel qui cherche à apporter un éclairage humain à une histoire vue trop souvent du côté des Blancs. Et son texte est d’un très grand intérêt, j’ai appris beaucoup de choses sur le système esclavagiste, la réalité sociale de l’époque, les mécanismes de la haine, la peur, les idées qui circulaient, la « menace noire » due à un essor démographique rapide des esclaves, la Destinée Manifeste, les chasseurs d’esclaves en fuite, les expérimentations médicales, jusqu’à cette communauté utopique dans l’Indiana qui a, qui sait, peut-être existé. J’ai eu un cours d’histoire, nécessaire, superbement écrit, et une réflexion sur la condition humaine, ses émotions, ses mécanismes. Lisez-le pour échanger avec moi ensuite sur vos impressions de lecture !

Underground Railroad est dans la sélection du Prix Fémina, du prix JDD/France Inter, du Prix Médicis et du Prix du Meilleur Livre Etranger. Prix Pulitzer 2017.

justine3Underground Railroad, par Colson Whitehead. Albin Michel, 2017.

Tour d’horizon des livres à lire cet été

L’été, on a le temps. On se repose, on lit. Voici un tour d’horizon des traditionnelles listes des meilleurs livres à lire cuvée été 2017, proposées par vos médias préférés (ou pas)

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Le Figaro sort l’artillerie lourde :

Les 10 best-sellers à lire cet été sont écrits par des noms déjà bien familiers des rayons de vos bibliothèques : on y retrouve les derniers opus de Marc Lévy, Jean-Christophe Rufin, Guillaume Musso, Anna Gavalda, Elena Ferrante… Le Figaro ne prend aucun risque pour vous assurer 100 % de satisfaction facile et agréable. Mon envie de lecture dans cette liste :

Le tour du monde du roi ZibelineJean-Christophe Rufin, Le Tour du monde du roi Zibeline : parce que pour avoir lu un ou deux autres de ses livres, je sais que son style est agréable, et qu’on est embarqué dans des aventures historiques où l’on ne s’ennuie pas un instant !

Résumé : Comment un jeune noble né en Europe centrale, contemporain de Voltaire et de Casanova, va se retrouver en Sibérie puis en Chine, pour devenir finalement roi de Madagascar… Sous la plume de Jean-Christophe Rufin, cette histoire authentique prend l’ampleur et le charme d’un conte oriental, comme le XVIIIe siècle les aimait tant.

Challenges remporte le prix de la diversité des suggestions littéraires

La sélection Challenges des 15 livres incontournables à lire cet été est un mélange intéressant, de livres pas forcément très récents, de romans, de récits, de styles, avec le petit livre d’actualité qui va bien à la fin. Une sélection intéressante, même si mes goûts personnels ne me feront pas aller vers la plupart de ces livres, qui me semblent assez sombres tout de même. Le livre qui a attiré mon attention, chez l’excellent éditeur Au Diable Vauvert :

COUV-BACIGALUPI-Water-Knife-PL1SITEPaolo Bacigalupi, Water Knife : parce que La fille automate, son ouvrage précédent, a largement été salué par la critique et que le thriller écologique d’anticipation est assez dans l’air du temps, le thème donne envie de lire cette histoire !

Résumé : La guerre de l’or bleu fait rage autour du fleuve Colorado. Détective, assassin et espion, Angel Velasquez coupe l’eau pour la Direction du Sud Nevada qui assure la survie de Las Vegas. Lorsque remonte à la surface la rumeur d’une nouvelle source, Angel gagne la ville dévastée de Phoenix avec une journaliste endurcie et une jeune migrante texane… Quand l’eau est plus précieuse que l’or, une seule vérité régit le désert : un homme doit saigner pour qu’un homme boive.

 

Dans les poches de l’Express

…il y a : 16 romans contemporains qui répondent aux canons de la détente estivale : exotisme, littératures du monde, romance, humour, aventure, voyage… Je me reconnais plus dans cette liste qui propose des auteurs déjà lus que j’aime beaucoup  : Chimamanda Ngozie Adichie dont je vous ai déjà parlé pour Americanah, Thomas Vinau que j’avais découvert par un recueil de poèmes, Andreï Kourkov, Irvine Welsh. Et ça tombe bien, si j’ai lu les auteurs, je n’ai lu aucun des titres proposés. un titre particulièrement qui se trouvait déjà sur ma liste d’attente (impatiente) :

l-autre-moitie-du-soleil-half-of-a-yellow-sun-par-chimamanda-ngozi-adichie_5896027Chimamanda Ngozie Adichie, L’autre moitié du soleil. Parce que la lecture est une expérience humaine avec cette auteure, son style rayonnant et ses personnages forts marquent, c’est en tout cas ce que j’avais ressenti dans Americanah.

Résumé : Lagos, début des années soixante. L’avenir paraît sourire aux sœurs jumelles : la ravissante Olanna est amoureuse d’Odenigbo, intellectuel engagé et idéaliste ; quant à Kainene, sarcastique et secrète, elle noue une liaison avec Richard, journaliste britannique fasciné par la culture locale. Le tout sous le regard intrigué d’Ugwu, treize ans, qui a quitté son village dans la brousse et qui découvre la vie en devenant le boy d’Odenigbo. 
Quelques années plus tard, le Biafra se proclame indépendant du Nigeria. Un demi-soleil jaune, cousu sur la manche des soldats, s’étalant sur les drapeaux : c’est le symbole du pays et de l’avenir. Mais une longue guerre va éclater, qui fera plus d’un million de victimes. 
Évoquant tour à tour ces deux époques, l’auteur ne se contente pas d’apporter un témoignage sur un conflit oublié ; elle nous montre comment l’Histoire bouleverse les vies. Bientôt tous seront happés dans la tourmente. L’autre moitié du soleil est leur chant d’amour, de mort, d’espoir.

 

 

Besoin d’autres idées ? Vous pouvez aussi consulter la liste des coups de coeur des livres sortis cette année par Le Monde des Livres, les livres de plage un peu « girly » tout de même sélectionnés par Elle, ou la sélection que pour ma part je trouve un peu snob des Inrocks. Sinon, à votre tour, recommandez-nous des lectures d’été dans les commentaires ! Bonne lecture et bonnes vacances !

Trois livres à offrir pour Noël

Alice, Fanny et Justine vous proposent trois coups de coeur, qui pourraient faire d’excellents cadeaux de Noël ! N’hésitez pas à nous faire part aussi des livres que vous avez offert… Bonnes fêtes à tous !

Motel Blues de Bill Bryson

Le conseil d’Alice

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Voici un livre que j’ai déjà prévu d’offrir à deux personnes pour ce Noël. Ne le cherchez pas dans le rayon des romans : Motel Blues est un récit de voyage. Bill Bryson écrit principalement des récits de voyage, aux USA, en Angleterre, en Australie… Il est américain et vit en Angleterre ; à la trentaine, il retourne aux Etats-Unis pour un vaste road-trip en voiture. Motel Blues collationne en 400 pages la traversée de 38 états, plus de 22000 km et une quantité invraisemblable de fous rires. Sans plaisanter, je crois que ma voisine de train m’a maudite sur plusieurs générations tellement je me bidonnais en lisant Motel Blues.

Bill Bryson est à la fois drôle, perspicace, méchant, délicieusement catégorique, pince-sans-rire, très américain et très critique des américains. Il est très fort : son livre est une vraie lecture plaisir, mais on y apprend en même temps énormément de choses. En cette période de (post)élections américaines, offrir Motel Blues c’est offrir à vos amis l’occasion de comprendre un peu mieux ces gens étranges…

Un extrait ? En voici un lors de son passage à New York, p. 197 ; je précise que le livre a été écrit en 1989.

Sur la 5ème Avenue je suis allé visiter la tour Trump, le nouveau gratte-ciel. Donald Trump, un promoteur immobilier, est progressivement en train de prendre le contrôle de New York en construisant partout des gratte-ciel qui portent son nom. Je suis donc entré pour voir à quoi ça ressemblait. Le hall d’entrée du bâtiment était du plus mauvais goût, tout en laiton et en chrome, avec du marbre blanc veiné de rouge rappelant ces trucs qui vous obligent à faire un détour quand on les voit sur le trottoir. Et là il y en avait partout, sur les sols, sur les murs, au plafond. On se serait cru dans l’estomac de quelqu’un qui vient de manger une pizza. « Incroyable », marmonnai-je, tout en poursuivant mon chemin.

Si avec ça vous n’en savez pas plus sur le nouveau président américain, il vous reste à offrir une édition du New York Times à vos proches pour Noël, ce qui est nettement moins sympa je trouve.

Et pour les esprits curieux que les récits de voyage rebutent, je conseille Une histoire de tout, ou presque, du même auteur.

 

Le pacte de Marchombres, de Pierre Bottero

Le conseil de Fanny

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Il est des livres comme des trésors. Cette trilogie en est un. Un magnifique trésor. En soulevant doucement sa couverture, de quelques centimètres, notre regard sera ébloui par la lumière des Mots qui filtrent de l’ouverture. Ouvrez-le en grand, vous serez aveuglé par l’éclat et la puissance de cette oeuvre de fantasy. Adolescents ou adultes, vous ne pouvez qu’être happé dans ce tourbillon de vie et de liberté.

Pourquoi aime-t-on autant cette oeuvre ?

A cette question, comme à toutes les questions, il y a deux réponses. Celle du savant et celle du poète. Laquelle souhaitez-vous que je vous offre en premier ?

Celle du savant ? Bien. Commençons par un bref résumé de l’histoire : une jeune enfant dont les parents se font assassiner par des guerriers effrayants est recueillie dans le monde des Petits. Un monde naïf, insouciant où elle devient Ipiutiminelle. Elle grandit et cherche des réponses sur son Histoire. Elle rejoint le monde des hommes et devient Ellana. Son histoire est riche d’aventures à travers les forêts et montagnes, de rencontres émouvantes, effrayantes (beaucoup de guerriers, de monstres), et enfin son maître Marchombre qui va lui trouver la Voie. Rempli de combats sanglants, du bruit des lames qui se heurtent, du sang qui coule à chaque détour de chemins, ce roman est épique.

Et la réponse du poète alors ? Ce livre est construit comme une épopée profondément humaine, faite d’amour, de haine, de trahison et de mort. Une quête philosophique sur le sens de la Vie, la recherche de sa Voie, de son destin. La poésie enveloppe chaque phrase, chaque action, chaque pensée d’Ellana. Les phrases de Bottero dansent et dessinent toute une palette d’émotions. Un vrai plaisir de lecture.

Je ne résiste pas à écrire moi-même une poésie marchombre. Attention, cette poésie ne se parle jamais, le souffle des mots abîmerait la profondeur du sens. Une poésie Marchombre s’écrit seulement, dans du sable ou sur de la pierre, dans la terre ou la poussière, se trace de la main qui incruste ainsi les mots directement dans l’Esprit.

Livre de magie et de lumière qui révèle la Voie

Profondeur des Mots jusqu’à l’Ame

Liberté

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants de Mathias Enard

Le conseil de Justine

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C’est le titre, d’abord, qui m’a attirée : Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, comme une formule magique qui nous transporte directement dans le monde des histoires, des contes et des mythes. Quand je lis ce titre, ou plutôt quand je le prononce à l’intérieur de ma tête, ce n’est pas une histoire qui me vient, c’est une couleur, l’or, et une sensation, une chaleur bienfaisante. Comme un conte des Mille et Une Nuits. La photographie de la couverture, Istanbul dans la brume crépusculaire, me transporte immédiatement dans un univers riche, doré et délicat, comme de ceux qu’on recherche en hiver, quand le froid et la nuit prennent leurs quartiers à l’extérieur.

Et quand on ouvre ce court roman, on se laisse embarqué par la poésie, la puissance et la délicatesse de l’écriture, de celle des histoires intemporelles :

La nuit ne communique pas avec le jour. Elle y brûle. On la porte au bûcher à l’aube. Et avec elle ses gens, les buveurs, les poètes, les amants. Nous sommes un peuple de relégués, de condamnés à mort. Je ne te connais pas. Je connais ton ami turc : c’est l’un des nôtres. Petit à petit il disparaît du monde, avalé par l’ombre et des mirages ; nous sommes frères. Je ne sais quelle douleur ou quel plaisir l’a poussé vers nous, vers la poudre d’étoile, peut-être l’opium, peut-être le vin, peut-être l’amour ; peut-être quelque obscure blessure de l’âme bien cachée dans les replis de la mémoire.

Michel Ange accepte une invitation du sultan Bajazet de Constantinople, pour lui dessiner un pont sur la Corne d’Or. Il laisse l’Italie, le pape et ses commandes non payées de retour. Au fil de courts chapitres, il découvre capiteux et troublant de l’Empire ottoman, dans une expérience sensible très bien rendue en mots par l’auteur. On assiste à l’éveil et aux mystères du désir. Et surgissant au milieu de cette myriade de couleurs et de sensations, l’inspiration créatrice, pour construire un pont de chimères entre l’Orient et l’Occident. Symboles, force, mais aussi détails et chronique de la vie à Constantinople, on pénètre dans la carte du désir, mais aussi celle de pouvoir et de l’art. A offrir avec des oranges et un carnet de croquis.

 

 

La dernière fugitive

Un patchwork réussi, plein de réalisme et de sensibilité.

Note : 4/5

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La lecture du best-seller de Tracy Chevalier, La jeune fille à la perle, et de La dame à la licorne, bâties sur le même principe d’une fiction inspirée d’une oeuvre d’art, m’avait laissé un souvenir agréable. Aussi, La dernière fugitive fit-elle partie de ma moisson lorsque, en quête de nouvelles lectures, je vis dernièrement, sur une table de mon libraire local, cet autre ouvrage de l’auteur anglo-saxon, sorti en 2013.

Mon goût pour les romans historiques serait-il de nouveau satisfait par une histoire se déroulant dans un contexte beaucoup plus exotique pour moi que la fin du Moyen-Age ou l’Epoque Moderne, à savoir l’Amérique des Quakers et de l’esclavage, au beau milieu du XIXe siècle ? Si l’arrivée des migrants européens au Nouveau Monde, la Conquête de L’Ouest et le déploiement du chemin de fer sur le continent, ou encore la fuite des esclaves noirs vers la liberté, me semblent des thèmes connus, Tracy Chevalier a l’art de nous plonger dans une époque en rendant compte de la diversité des individus qui s’y côtoient et de la complexité des situations.

Pourtant, complexité ne signifie pas lourdeur : apparemment très documentée, l’auteur ne fait pas un exposé historique sur « le chemin de fer clandestin » emprunté par les esclaves en fuite et sur les prémisses de la Guerre de Sécession (mais elle donne envie d’en savoir plus sur ces sujets). Elle me paraît surtout remarquable de justesse dans sa manière d’appréhender le temps : une année complète se déroule au rythme des saisons et on évolue avec les personnages au rythme de leurs déplacements à pied, à cheval et en chariot.

La vraisemblance de l’histoire tient également à la précision des détails qui émaillent le récit au sujet de la nature, des essences d’arbres, des espèces animales, des fruits et des légumes, des matières… Les chapitres portent d’ailleurs le nom de ces réalités très concrètes (Pissenlits, Bois, Maïs…).

La puissance évocatrice du style de Tracy Chevalier, traduit de manière assez fluide, doit surtout au point de vue adopté : un regard neuf sur l’Amérique, celui d’Honor, une jeune femme anglais débarquant dans l’Ohio et découvrant une nature encore sauvage, un nouveau climat, des maisons différentes, une autre alimentation… Au-delà de ces sensations, l’auteur restitue avec force les émotions de la jeune migrante confrontée à l’ inconnu et à l’adversité, en particulier à travers les lettres qu’elle adresse à ses parents et amis et qui closent chaque chapitre ; on y perçoit la lenteur des communications d’alors (bien exotique pour nous !) qui souligne avec cruauté la solitude de la jeune femme : elle continue en effet à recevoir pendant des semaines des courriers d’Angleterre de proches ignorant encore la mort de sa soeur qu’elle accompagnait en Amérique.

Comme dans les autres romans de Tracy Chevalier déjà cités, c’est donc la figure féminine centrale qui contribue le plus à la réussite de la Dernière fugitive en suscitant (peut-être chez les lectrices ?) une certaine identification : la première expérience charnelle ou encore les premiers temps de sa maternité sont évoqués avec une grande justesse. Avec ce roman, Tracy Chevalier mêle donc avec subtilité richesse documentaire, légèreté et émotion ; elle y a assemblé pour notre plus grand plaisir les pièces d’un patchwork aux coutures irréprochables, à l’image d’Honor, couturière hors-pair confectionnant les quilts traditionnels à la perfection.

severineLa Dernière Fugitive, par Tracy Chevalier. Quai Voltaire, 2013. Folio, 2015.