Dans la forêt

Une critique du bestseller de Jean Hegland, et quelques suggestions de lectures sur le thème de la forêt et des arbres : un article spécial des mécaniques imaginaires.

Dans la foret_JHegland

Alors que Jean Hegland était cette semaine en Gironde, dans le cadre du Festival Lettres du Monde, voici moment venu, chers lecteurs, de parler sapins, gibier et champignons.

Dans la forêt : critique de derrière les fagots

Le « nature writing« , littéralement « écrits sur la nature », est un genre développé aux Etats-Unis depuis Thoreau et son Walden, chef-d’oeuvre de méditation écologique qui survole les siècles. En ce début du XXIe siècle où les angoisses environnementales enflent, et où la réflexion écologique connaît un regain d’intérêt, le nature writing montre un dynamisme de bon aloi dans le milieu littéraire. Le retour à la terre, la redécouverte de l’environnement, la généralisation parfois abusive des préfixes « éco- » et « bio-« … les hommes s’intéressent à nouveau, par contre-coup peut-être, à la nature, pour connaître, comprendre, vivre, imaginer « écologique ».

Dans le genre de la science-fiction, et particulièrement de l’anticipation, les dystopies écologiques font aussi recette. Dans la forêt est donc dans l’air du temps, même s’il a été écrit il y a plus de vingt ans, alors que Jean Hegland était une jeune auteure, signant là son premier roman. Ce fut un grand succès aux Etats-Unis. Il a été traduit seulement cette année en France chez Gallmeister, une maison d’édition avisée spécialisée dans la littérature américaine, qui laisse une place de choix aux romans de la nature. Je trouve que le timing pour cette traduction est bon : je l’ai moi-même lu parce que le thème m’intéressait.

Dans la forêt est un carnet de survie, écrit par Nell, dix-sept ans. Elle écrit sa vie, et celle de sa soeur Eva, son aînée d’un an, au coeur de la forêt. Elle raconte l’avant, les parents et les expéditions dans la petite ville voisine à une heure et demi de route, la vie d’une adolescente en marge et brillante, les premiers émois ; le pendant, la lente dégradation de la qualité de vie, les coupures d’électricité, la pénurie d’essence, l’arrêt des télécommunications, et les indices de la déshérance dans laquelle est tombée l’Amérique. Elle raconte tout cela dans l’après, où livrées à elles-mêmes, dans la forêt, Nell et sa soeur doivent mobiliser leur courage, leur intelligence, leur volonté pour ne pas sombrer dans le désespoir, et apprendre à survivre, à vivre autrement dans la forêt.

A la fois roman d’apprentissage, éveil écologique et roman de survie, Dans la forêt est au croisement du roman d’adolescent, de la dystopie et du journal intime. La catastrophe se lit entre les lignes, mais le récit reste intime et centré sur la vie des deux soeurs, leur cellule familiale et leur quotidien. Ici le post-apocalyptique est discret, et tout à fait réaliste. Les allers et retours avec la passé donnent du relief au récit, du rythme également, même si j’ai trouvé la première moitié du roman assez lente, dans un état d’attente qui reflète la situation.

Mais à partir du moment où des éléments extérieurs, positifs ou dramatiques viennent troubler le quotidien pénible et monotone des deux soeurs, le récit démarre et la transformation s’amorce. La forêt, jusque là décor vaguement menaçant, gagne en présence. Nell et Eva, peu à peu, découvrent pour la première fois et s’approprient l’environnement dans lequel elles vivaient pourtant depuis leur naissance. C’est cette prise de conscience, sensible et progressive qui constitue pour moi l’intérêt principal du récit, que je recommande à ceux qui aiment les lectures d’ambiance. J’ai pour ma part un rapport contrasté à ce livre, que j’ai bien aimé malgré ses longueurs : j’y pense encore, parfois, quelques semaines après avoir achevé sa lecture.

Lectures éclectiques pour passer du temps avec ou dans les arbres

Que ce soit en fiction ou non fiction, romans jeunesse ou pour adultes, documentaires, guides ou témoignages, les arbres jouent un rôle de plus en plus important dans nos vies et dans nos lectures. Les scientifiques ont fait de grandes découvertes ces dernières années : les arbres communiquent entre eux, s’entraident, développent des formes d’intelligence. On essaie de mieux comprendre comment ils fonctionnent : le documentaire L’intelligence des arbres, sorti cet automne, traduit pour le grand public les hypothèses tirées de ces recherches. Il y a un côté merveilleux à ces découvertes, qui font écho aux vieilles histoires d’arbres, qui parlent ou protègent. Des peuples animistes prêtaient déjà une âme aux arbres : à partir de là, tout est possible.

IMGP6633 (800x600)

Voici une sélection, non exhaustive, d’ouvrages sur ce thème, de quoi vous donner des idées de lecture (ou de cadeaux, comme les fêtes approchent) !

L’arbre généreux, un album émouvant pour les petits (à partir de 5 ans).

L’avis de notre chroniqueuse Sophie : « très émouvant, un peu trop d’ailleurs pour mon petit coeur ! »

L'arbre généreux ok

Résumé : métaphore de l’existence par les simples figures de l’arbre et de l’homme, L’Arbre généreux est « l’histoire d’un arbre qui aimait un petit garçon ». Le petit garçon devient jeune homme, le jeune homme un adulte, l’adulte un vieillard. A chaque étape de son existence, l’homme trouve auprès de l’arbre le réconfort nécessaire lui permettant de poursuivre sa quête sur le chemin de la vie. Un très beau conte d’essence philosophique pour tous les publics.

L’arbre généreux, écrit et illustré par Shel Silverstein. L’Ecole des Loisirs, 1982.

 

Tobie Lolness, héros miniature du peuple de l’arbre, devenu un classique de la littérature jeunesse (à partir de 9 ans).

Tobie Lolness

Résumé : Tobie et sa famille appartiennent au peuple de l’arbre qui réside dans un vénérable chêne, ruche de vie. Le jeune héros mesure quelques millimètres, ce qui lui rend la vie bien difficile. Le père de Tobie, grand savant, refuse de révéler sa dernière découverte scientifique qui pourrait bouleverser non seulement leur vie à tous mais aussi les projets de certains membres du Grand Conseil… Ce refus va entraîner la famille de Tobie dans la déchéance. Emprisonné, le jeune héros va se retrouver propulsé seul dans de terribles aventures…

Tobie Lolness, par Timothée de Fombelle. Gallimard Jeunesse, 2006.

 

♦ L’homme et le bois, beaucoup plus qu’un documentaire sur l’art et la manière de couper du bois.

Recommandation de Mariette, amie des mécaniques imaginaires : « Je l’ai offert à mon mari : il a adoré et rêve depuis de passer son temps à bûcheronner« .

l'homme et le bois

Résumé : Quel est LE secret de ce livre qui connaît un succès éditorial sans frontières ? Vous adorez les balades en forêt, vous habitez un petit appartement citadin dépourvu de cheminée, ou bien vous avez un poêle et faites chaque année votre bois pour l’hiver, et vous piétinez d’impatience à l’idée de faire vrombir votre tronçonneuse : Ouvrez ce livre ! Ce manuel ne quittera bientôt plus votre poche. Le bois, matière noble et ancestrale, au coeur des questions écologiques et environnementales, vous fera rêver et voyager. Henry David Thoreau écrit : « Chaque homme regarde sa pile de bois avec une sorte d’affection« . Seul un bûcheron zélé et talentueux romancier côtoyant les forêts les plus septentrionales d’Europe pouvait nous faire goûter ainsi la magie et les secrets du bois.

L’homme et le bois, par Lars Mytting. Gaïa Editions, 2016.

 

♦ Comment pensent les forêts, un livre d’anthropologie de la nature ambitieux, pour aller au-delà de l’humain.

comment pensent les forêtsRésumé : Les forêts pensent-elles ? Les chiens rêvent-ils ? Dans ce livre important, Eduardo Kohn s’en prend aux fondements même de l’anthropologie en questionnant nos conceptions de ce que cela signifie d’être humain, et distinct de toute autre forme de vie. S’appuyant sur quatre ans de recherche ethnographique auprès des Runa du Haut Amazone équatorien, Comment pensent les forêts explore la manière dont les Amazoniens intéragissent avec les diverses créatures qui peuplent l’un des écosystèmes les plus complexes du monde. Dans ce travail révolutionnaire, Eduardo Kohn entraîne l’anthropologie sur des chemins nouveaux et stimulants, qui laissent espérer de nouvelles manières de penser le monde.

Comment pensent les forêts. Vers une anthropologie au-delà de l’humain, par Eduardo Kohn. Editions Zones Sensibles, 2017.

 

Retrouvez également plusieurs recommandations botaniques dans l’article des mécaniques imaginaires consacré au Dictionnaire visuel des arbres et arbustes communs de Maurice Reille.

Publicités

Underground railroad

Un roman américain sérieux et documenté sur le réseau d’aide aux esclaves en fuite, qui à travers l’histoire de Cora donne une réalité à la métaphore du « chemin de fer clandestin ».

Note : 3,5/5.

Underground Railroad.jpg

Je l’annonce tout de suite, même si cela paraît même injuste à moi-même, tant ce roman est bien écrit, maîtrisé, entier : j’ai été un peu déçue par sa lecture. On aborde tous des romans avec des envies différentes, avec des goûts et une culture littéraire différents. Pour certains c’est la couverture du roman qui a d’abord attiré l’oeil, pour d’autres c’est le pitch, les quelques lignes qui tentent de saisir l’esprit d’un ouvrage ; pour d’autres encore parce qu’il a gagné un prix, le bandeau rouge « Prix Pulitzer » en imposant toujours autant. Il y a enfin le facteur hasard. Pour ma part j’avais envie d’un « grand roman américain », d’une lecture pleine d’intelligence, d’idées, d’humanité. J’ai trouvé tout cela dans Underground Railroad mais il manquait quelque chose, une part de romanesque, d’empathie, de souffle. Si je regarde le roman avec un peu de distance, je me dis qu’il y a tout cela. Alors pourquoi n’ai-je pas ressenti leurs effets ?

L’histoire de Cora est simple et extraordinaire. Dès sa naissance elle subit les conditions de vie effroyables dans les plantations de coton de Géorgie, avant la Guerre de Sécession. La première partie est dure, sèche, sans espoir. Puis vient un déclic, une force intérieure qui pousse Cora à s’enfuir : commence alors une fuite et autant d’essais de vie et de clandestinité, dans différents états esclavagiste ou libres, le long de l’ « underground railroad« , devenu pour le roman plus qu’une métaphore, un vrai train souterrain. Chaque partie du roman est inaugurée par un document d’archive, une petite annonce avec récompense pour retrouver et capturer des esclaves échappés. Cora, poursuivie par un chasseur tenace et cruel, tente de survivre et de se libérer de l’état d’esclave inculqué dès son plus jeune âge. Mais il ne suffit pas de s’échapper pour être libre…

Malgré une histoire aux multiples rebondissements, que j’ai lue presque d’une traite, il reste comme un voile, qui m’a empêchée d’avoir accès à Cora. Cela tient peut-être aussi à l’aura qui entourait ce livre très attendu outre-atlantique, son importance comme jalon littéraire sur la condition noire, les fondements du racisme américain et le face-à-face douloureux avec l’Histoire, le fait que ce soit Colson Whitehead qui l’écrive. Quand l’attente est si forte, le résultat est parfois en-deçà des impressions de lecture imaginées. L’auteur n’était pas très connu en France jusqu’à présent, mais il est un familier du gratin littéraire newyorkais, formé à Harvard, journaliste dans les titres les plus prestigieux, écrivain traduit régulièrement en français : c’est son huitième roman.

La première question que je me suis posée : pourquoi transformer la métaphore en réalité ? Je vous pose la question si vous avez lu le roman de votre côté, trouvez-vous que cela apporte beaucoup à l’intrigue ? A part, justement, un fil rouge, un « chemin de fer ». Alors que l’impression que le reste est rigoureusement collé à la réalité historique des archives, des sources, des faits historiques, ce chemin de fer surgit, incongru dans le récit. L’imaginaire a sa place dans le roman, la lecture par exemple est l’un des moteurs qui aide les personnages à avancer. Mais l’histoire est déjà suffisamment puissante, terrifiante, vertigineuse. J’ai vu ce chemin de fer comme un moyen commode pour l’auteur d’accélérer le récit, d’examiner différentes sociétés et situations, comme un truchement donc et non comme une idée puissante qui s’impose à nos esprits effarés, qui renverse le récit vers autre chose.

L’exercice auquel se livre Whitehead est ambitieux. Je parle d’exercice, parce que je n’arrive pas à apposer des termes émotionnels à ce roman. Et c’est bien là ce que j’ai ressenti : l’idée dépasse la fiction. L’Histoire est trop forte pour le romanesque. Whitehead est un intellectuel qui cherche à apporter un éclairage humain à une histoire vue trop souvent du côté des Blancs. Et son texte est d’un très grand intérêt, j’ai appris beaucoup de choses sur le système esclavagiste, la réalité sociale de l’époque, les mécanismes de la haine, la peur, les idées qui circulaient, la « menace noire » due à un essor démographique rapide des esclaves, la Destinée Manifeste, les chasseurs d’esclaves en fuite, les expérimentations médicales, jusqu’à cette communauté utopique dans l’Indiana qui a, qui sait, peut-être existé. J’ai eu un cours d’histoire, nécessaire, superbement écrit, et une réflexion sur la condition humaine, ses émotions, ses mécanismes. Lisez-le pour échanger avec moi ensuite sur vos impressions de lecture !

Underground Railroad est dans la sélection du Prix Fémina, du prix JDD/France Inter, du Prix Médicis et du Prix du Meilleur Livre Etranger. Prix Pulitzer 2017.

justine3Underground Railroad, par Colson Whitehead. Albin Michel, 2017.

Le courage qu’il faut aux rivières

Spécial rentrée littéraire. Coup de coeur de Fanny.

Note : 4/5.

Le courage qu'il faut aux rivières

Premier roman d’une jeune auteure trentenaire et coup de coeur de mon libraire, ce récit vous emporte dans un pays des Balkans, où les femmes peuvent devenir des hommes en prêtant serment et acquièrent ainsi tous les privilèges rattachés au sexe fort.

Emmanuelle Favier s’est inspirée du phénomène des vierges jurées pour écrire ce roman. Elle a créé une héroïne, Manushe, qui pour avoir refusé le mariage arrangé auquel elle était destinée, se trouve obligée de prêter serment de rester vierge toute sa vie, tout en devenant un homme. Arrive un jour au village un mystérieux homme, Adrian, qui va bouleverser la vie trop bien régie de Manushe.

Si j’ai pu avoir peur de tomber sur un style documentaire, j’ai rapidement été rassurée par l’auteure qui m’a embarquée dans une atmosphère rêveuse et poétique, violente et douce, brutale et émouvante, jouant sans cesse sur l’ambiguïté féminin/masculin, nous perdant dans les identités et les genres, avec des personnages dont on ne sait plus vraiment s’ils sont femme ou homme. L’auteure joue également entre passé et présent, entre réalité et souvenir, alternant les points de vue de ces personnages tout au long du récit.

C’est l’histoire universelle du genre féminin qui est racontée ici, où seuls les hommes ont le choix de leur vie et de leur destinée, et si une femme se rebelle, elle ne peut finalement que devenir un homme. C’est l’histoire des femmes dans toute la splendeur de leur tragique destinée humaine, où chaque personnage féminin du roman porte une part du drame lié à leur sexe : violée, battue, prostituée, trompée, niée, tuée. C’est une histoire également de sexualité, de désir, d’altérité trompeuse et pourtant si vraie ; une magnifique histoire d’amour en somme.

Les mots coulent comme une rivière paisible entre vos doigts et le rythme hypnotique de cette histoire ne peut que vous emporter à travers une lecture qui vous laissera des petits pincements au coeur, même après avoir refermé ce livre.

fannyLe courage qu’il faut aux rivières, par Emmanuelle Favier. Chez Albin Michel, 2017.

Dans une coque de noix

Un huis-clos malin dans un vagin !

Note : 4/5.

Dans une coque de noix

Dans une coque de noix est l’un des livres emportés dans nos valises de vacances. Chaque soir, dans nos chaises longues, nous attendions la nuit en bouquinant, avec vue sur les Causses de Lozère. Nous allumions des bougies et nous embarquions dans nos lectures, le ventre plein d’aligot-saucisse. C’était  mon tendre qui avait ce roman dans les mains, de mon côté je ne me souviens déjà plus de ce que je lisais. J’entendais des rires soudains, les pages tourner régulièrement, je sentais une concentration joyeuse émaner de la chaise d’à côté.

J’étais intriguée, aussi quand le livre fut posé sur une étagère, au retour, je l’ai pris avec moi. De l’extérieur et avant lecture : je voyais ce livre comme un exercice littéraire, un peu artificiel, par un auteur déjà célèbre, qui a toute liberté pour créer une petite fantaisie érudite. J’avais compris que le héros de l’histoire n’a même pas de nom, car c’est un foetus dans le ventre de sa mère, laquelle fomente de sombres projets. Le quatrième de couverture, sans ciller, parlait même d’une « brillante réécriture d’Hamlet in utero« . Autant dire qu’on connaît déjà une bonne partie de l’histoire avant même de la lire – comme une bonne vieille tragédie. Sauf qu’on est au XXIe s, et que la tragédie devient tragi-comédie, voire théâtre de boulevard, et qu’on n’est pas sûrs que tout le monde meure à la fin – je vous laisse lire, pour voir.

Après lecture : indéniablement bien troussé, drôle souvent. On voit tout le savoir-faire d’un écrivain à l’aise dans ses mocassins. La narration depuis l’utérus de l’intrigante est saisissante. La palette des sensations est riche et imaginative, pour un narrateur privé de vue et de toucher. Bien sûr le bébé a l’intelligence d’un homme mûr – d’où les développements littéraires, l’analyse de l’état du monde qui fait mouche, le palais subtil de l’amateur de bons vins, les piques au milieu littéraire – on devine bien sûr l’écrivain, parfois un peu trop présent, dans les pensées du bébé. Mais le récit avance allègrement, les personnages sont bien superbes comme il faut dans leur médiocrité humaine, et on lit le tout presque d’un trait, comme un bon cru.

J’ai aussi apprécié à la lecture le lexique et le style assez soutenus, le tout enchâssé dans une syntaxe fluide, adaptée à nos goûts actuels – on a en effet du mal pour la plupart d’entre nous, de nos jours, avec les longues phrases tarabiscotées et les descriptions interminables. C’est donc un livre qui se déguste, entre deux bouquins plus résistants, et qui passe aisément de main en main.

justine3Dans une coque de noix, par Ian McEwan. Collection du Monde Entier, Gallimard, 2017.

 

Faillir être flingué

Un western à la fois drôle, dur, magique, attachant… A ne surtout pas rater !

Note : 5/5

faillir être flingué.jpg

Le titre me titillait la mémoire… un titre qui fait postillonner quand on le prononce, dont les médias avaient un peu parlé… Ah oui ! Le prix du livre Inter 2014.

Faillir être flingué est un western « des origines » : des territoires intégralement vierges, des Indiens encore libres de circuler et de vivre à leur façon, la naissance d’une ville à partir de cahutes enracinées dans la boue, l’installation progressive de la civilisation au milieu de nulle part, des vraies brutes cruelles et sales, des flingues, et contre tout probabilité : quelque chose qui se construit dans l’Ouest sauvage.

La galerie de personnages est tout simplement extraordinaire : ils sont tous attachants à leur façon, ils sont variés, ils construisent quelque chose dont ils ignorent tout. On ne se situe pas que du point de vue des colons, on se promène entre Indiens, blancs, chinois… L’un n’a qu’une idée en arrivant dans la ville naissante : ouvrir une maison de bains. L’autre s’est fait dépouiller à deux reprises de ses biens – dont son cheval, alors qu’il n’est pas un piéton ! – et ne songe qu’à se venger. La troisième organise des concours de tir de fusil dans les portes de son saloon / bordel pour créer un peu d’animation pour ses clients. Eau-qui-court-sur-la-plaine prodigue ses talents un peu magiques au gré de ses errances et déplacements.

Tout le monde se croise, échange, se transforme, commerce, s’adapte, comme si le lieu dans lequel tout le monde évolue était un incubateur de possibles. La narration va vite, c’est souvent drôle (on peut penser au film Maverick), il y a de l’action, des fusillades, c’est également parfois dramatique, subtile…

Un très chouette livre, très divertissant, qui fait du bien et qui donne à penser ou à rêver après l’avoir refermé.

Faillir être flingué, par Céline Minard. Rivages, 2013.alice

 

Tour d’horizon des livres à lire cet été

L’été, on a le temps. On se repose, on lit. Voici un tour d’horizon des traditionnelles listes des meilleurs livres à lire cuvée été 2017, proposées par vos médias préférés (ou pas)

David Hettinger, Woman reading.jpg

Le Figaro sort l’artillerie lourde :

Les 10 best-sellers à lire cet été sont écrits par des noms déjà bien familiers des rayons de vos bibliothèques : on y retrouve les derniers opus de Marc Lévy, Jean-Christophe Rufin, Guillaume Musso, Anna Gavalda, Elena Ferrante… Le Figaro ne prend aucun risque pour vous assurer 100 % de satisfaction facile et agréable. Mon envie de lecture dans cette liste :

Le tour du monde du roi ZibelineJean-Christophe Rufin, Le Tour du monde du roi Zibeline : parce que pour avoir lu un ou deux autres de ses livres, je sais que son style est agréable, et qu’on est embarqué dans des aventures historiques où l’on ne s’ennuie pas un instant !

Résumé : Comment un jeune noble né en Europe centrale, contemporain de Voltaire et de Casanova, va se retrouver en Sibérie puis en Chine, pour devenir finalement roi de Madagascar… Sous la plume de Jean-Christophe Rufin, cette histoire authentique prend l’ampleur et le charme d’un conte oriental, comme le XVIIIe siècle les aimait tant.

Challenges remporte le prix de la diversité des suggestions littéraires

La sélection Challenges des 15 livres incontournables à lire cet été est un mélange intéressant, de livres pas forcément très récents, de romans, de récits, de styles, avec le petit livre d’actualité qui va bien à la fin. Une sélection intéressante, même si mes goûts personnels ne me feront pas aller vers la plupart de ces livres, qui me semblent assez sombres tout de même. Le livre qui a attiré mon attention, chez l’excellent éditeur Au Diable Vauvert :

COUV-BACIGALUPI-Water-Knife-PL1SITEPaolo Bacigalupi, Water Knife : parce que La fille automate, son ouvrage précédent, a largement été salué par la critique et que le thriller écologique d’anticipation est assez dans l’air du temps, le thème donne envie de lire cette histoire !

Résumé : La guerre de l’or bleu fait rage autour du fleuve Colorado. Détective, assassin et espion, Angel Velasquez coupe l’eau pour la Direction du Sud Nevada qui assure la survie de Las Vegas. Lorsque remonte à la surface la rumeur d’une nouvelle source, Angel gagne la ville dévastée de Phoenix avec une journaliste endurcie et une jeune migrante texane… Quand l’eau est plus précieuse que l’or, une seule vérité régit le désert : un homme doit saigner pour qu’un homme boive.

 

Dans les poches de l’Express

…il y a : 16 romans contemporains qui répondent aux canons de la détente estivale : exotisme, littératures du monde, romance, humour, aventure, voyage… Je me reconnais plus dans cette liste qui propose des auteurs déjà lus que j’aime beaucoup  : Chimamanda Ngozie Adichie dont je vous ai déjà parlé pour Americanah, Thomas Vinau que j’avais découvert par un recueil de poèmes, Andreï Kourkov, Irvine Welsh. Et ça tombe bien, si j’ai lu les auteurs, je n’ai lu aucun des titres proposés. un titre particulièrement qui se trouvait déjà sur ma liste d’attente (impatiente) :

l-autre-moitie-du-soleil-half-of-a-yellow-sun-par-chimamanda-ngozi-adichie_5896027Chimamanda Ngozie Adichie, L’autre moitié du soleil. Parce que la lecture est une expérience humaine avec cette auteure, son style rayonnant et ses personnages forts marquent, c’est en tout cas ce que j’avais ressenti dans Americanah.

Résumé : Lagos, début des années soixante. L’avenir paraît sourire aux sœurs jumelles : la ravissante Olanna est amoureuse d’Odenigbo, intellectuel engagé et idéaliste ; quant à Kainene, sarcastique et secrète, elle noue une liaison avec Richard, journaliste britannique fasciné par la culture locale. Le tout sous le regard intrigué d’Ugwu, treize ans, qui a quitté son village dans la brousse et qui découvre la vie en devenant le boy d’Odenigbo. 
Quelques années plus tard, le Biafra se proclame indépendant du Nigeria. Un demi-soleil jaune, cousu sur la manche des soldats, s’étalant sur les drapeaux : c’est le symbole du pays et de l’avenir. Mais une longue guerre va éclater, qui fera plus d’un million de victimes. 
Évoquant tour à tour ces deux époques, l’auteur ne se contente pas d’apporter un témoignage sur un conflit oublié ; elle nous montre comment l’Histoire bouleverse les vies. Bientôt tous seront happés dans la tourmente. L’autre moitié du soleil est leur chant d’amour, de mort, d’espoir.

 

 

Besoin d’autres idées ? Vous pouvez aussi consulter la liste des coups de coeur des livres sortis cette année par Le Monde des Livres, les livres de plage un peu « girly » tout de même sélectionnés par Elle, ou la sélection que pour ma part je trouve un peu snob des Inrocks. Sinon, à votre tour, recommandez-nous des lectures d’été dans les commentaires ! Bonne lecture et bonnes vacances !

Promenons-nous dans les bois

Rigolade assurée avec ces ceux randonneurs du dimanche qui s’attaquent au Sentier des Appalaches

Note : 3,5/5

Promenons-nous-dans-les-bois

Bill Bryson est un bonhomme qui va dans des endroits du globe, essaye des trucs et les raconte ensuite avec beaucoup d’humour et de verve. Dans les librairies, on le retrouve dans le rayon littérature de voyage, mais s’il y avait un rayon « Rigolons un bon coup », on pourrait aussi l’y ranger – les librairies sont trop sérieuses.

C’est un esprit original, qui saute d’idée en idée, et qui n’a pas le caractère raisonnable de ses congénères humains, donc il saute de l’idée à sa réalisation, avec enthousiasme. Il se met en scène dans ses romans en éternel gamin un peu pénible, parfaitement inconscient mais sensible et ouvert à l’expérience. Le tout sous les yeux patients de son épouse, qui doit être une copine de la femme à Colombo.

Cette nouvelle aventure de Bryson se passe aux Etats-Unis, et a pour thème la randonnée. Bill Bryson, accompagné d’un acolyte improbable et aussi éloigné que possible du modèle du randonneur aguerri des montagnes, se lance à l’assaut d’un sentier historique long de près de 3500 km, le Sentier des Appalaches. Plus qu’une randonnée, c’est une odyssée. Il découvre un univers, ressent le paradoxe de la nature qui ne peut être naturelle, le tout entrecoupé d’infos sur l’histoire du sentier, et des rencontres faites au fil des étapes.

Avec beaucoup de mordant, Bryson décortique ce monde à part, celui des randonneurs, et nous brosse un tableau pas piqué des hannetons des randonneurs consommateurs, des pot de colle, des ovni. Il découvre aussi l’expérience forcément intime et solitaire de la marche.

J’ai reconnu l’ambiance particulière d’un sentier de grande randonnée, où tout le monde se suit plus ou moins, où les histoires circulent ; les abris et les étapes où les randonneurs se rassemblent, le besoin de solitude aussi, ce que déclenche la marche en réflexion. La découverte d’un rythme différent et d’une vie qui se résume au jour en train de se dérouler, et à s’assurer des besoins de base : marcher, se protéger de l’eau et des blessures, manger, trouver un endroit où dormir, se reposer. La sensation d’étrangeté aussi lorsque l’on retourne en ville. Evidemment, le duo Bryson-Katz fait des étincelles et la relation de ces deux loustics n’en finit pas de nous faire rigoler.

Le roman est un cadeau d’Alice, qui a pensé à moi en suivant les mésaventures de ces Pieds Nickelés des montagnes. Toute ressemblance avec ma propre traversée de la diagonale du vide en France serait fortuite !! Un livre chaudement recommandé aux patachons qui préfèrent passer leur week-end à bouquiner plutôt qu’à randonner !

justine3Promenons-nous dans les bois, de Bill Bryson. Petite Biblio Payot Irrésistibles.