Promenons-nous dans les bois

Rigolade assurée avec ces ceux randonneurs du dimanche qui s’attaquent au Sentier des Appalaches

Note : 3,5/5

Promenons-nous-dans-les-bois

Bill Bryson est un bonhomme qui va dans des endroits du globe, essaye des trucs et les raconte ensuite avec beaucoup d’humour et de verve. Dans les librairies, on le retrouve dans le rayon littérature de voyage, mais s’il y avait un rayon « Rigolons un bon coup », on pourrait aussi l’y ranger – les librairies sont trop sérieuses.

C’est un esprit original, qui saute d’idée en idée, et qui n’a pas le caractère raisonnable de ses congénères humains, donc il saute de l’idée à sa réalisation, avec enthousiasme. Il se met en scène dans ses romans en éternel gamin un peu pénible, parfaitement inconscient mais sensible et ouvert à l’expérience. Le tout sous les yeux patients de son épouse, qui doit être une copine de la femme à Colombo.

Cette nouvelle aventure de Bryson se passe aux Etats-Unis, et a pour thème la randonnée. Bill Bryson, accompagné d’un acolyte improbable et aussi éloigné que possible du modèle du randonneur aguerri des montagnes, se lance à l’assaut d’un sentier historique long de près de 3500 km, le Sentier des Appalaches. Plus qu’une randonnée, c’est une odyssée. Il découvre un univers, ressent le paradoxe de la nature qui ne peut être naturelle, le tout entrecoupé d’infos sur l’histoire du sentier, et des rencontres faites au fil des étapes.

Avec beaucoup de mordant, Bryson décortique ce monde à part, celui des randonneurs, et nous brosse un tableau pas piqué des hannetons des randonneurs consommateurs, des pot de colle, des ovni. Il découvre aussi l’expérience forcément intime et solitaire de la marche.

J’ai reconnu l’ambiance particulière d’un sentier de grande randonnée, où tout le monde se suit plus ou moins, où les histoires circulent ; les abris et les étapes où les randonneurs se rassemblent, le besoin de solitude aussi, ce que déclenche la marche en réflexion. La découverte d’un rythme différent et d’une vie qui se résume au jour en train de se dérouler, et à s’assurer des besoins de base : marcher, se protéger de l’eau et des blessures, manger, trouver un endroit où dormir, se reposer. La sensation d’étrangeté aussi lorsque l’on retourne en ville. Evidemment, le duo Bryson-Katz fait des étincelles et la relation de ces deux loustics n’en finit pas de nous faire rigoler.

Le roman est un cadeau d’Alice, qui a pensé à moi en suivant les mésaventures de ces Pieds Nickelés des montagnes. Toute ressemblance avec ma propre traversée de la diagonale du vide en France serait fortuite !! Un livre chaudement recommandé aux patachons qui préfèrent passer leur week-end à bouquiner plutôt qu’à randonner !

justine3Promenons-nous dans les bois, de Bill Bryson. Petite Biblio Payot Irrésistibles.

 

 

Trois livres à offrir pour Noël

Alice, Fanny et Justine vous proposent trois coups de coeur, qui pourraient faire d’excellents cadeaux de Noël ! N’hésitez pas à nous faire part aussi des livres que vous avez offert… Bonnes fêtes à tous !

Motel Blues de Bill Bryson

Le conseil d’Alice

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Voici un livre que j’ai déjà prévu d’offrir à deux personnes pour ce Noël. Ne le cherchez pas dans le rayon des romans : Motel Blues est un récit de voyage. Bill Bryson écrit principalement des récits de voyage, aux USA, en Angleterre, en Australie… Il est américain et vit en Angleterre ; à la trentaine, il retourne aux Etats-Unis pour un vaste road-trip en voiture. Motel Blues collationne en 400 pages la traversée de 38 états, plus de 22000 km et une quantité invraisemblable de fous rires. Sans plaisanter, je crois que ma voisine de train m’a maudite sur plusieurs générations tellement je me bidonnais en lisant Motel Blues.

Bill Bryson est à la fois drôle, perspicace, méchant, délicieusement catégorique, pince-sans-rire, très américain et très critique des américains. Il est très fort : son livre est une vraie lecture plaisir, mais on y apprend en même temps énormément de choses. En cette période de (post)élections américaines, offrir Motel Blues c’est offrir à vos amis l’occasion de comprendre un peu mieux ces gens étranges…

Un extrait ? En voici un lors de son passage à New York, p. 197 ; je précise que le livre a été écrit en 1989.

Sur la 5ème Avenue je suis allé visiter la tour Trump, le nouveau gratte-ciel. Donald Trump, un promoteur immobilier, est progressivement en train de prendre le contrôle de New York en construisant partout des gratte-ciel qui portent son nom. Je suis donc entré pour voir à quoi ça ressemblait. Le hall d’entrée du bâtiment était du plus mauvais goût, tout en laiton et en chrome, avec du marbre blanc veiné de rouge rappelant ces trucs qui vous obligent à faire un détour quand on les voit sur le trottoir. Et là il y en avait partout, sur les sols, sur les murs, au plafond. On se serait cru dans l’estomac de quelqu’un qui vient de manger une pizza. « Incroyable », marmonnai-je, tout en poursuivant mon chemin.

Si avec ça vous n’en savez pas plus sur le nouveau président américain, il vous reste à offrir une édition du New York Times à vos proches pour Noël, ce qui est nettement moins sympa je trouve.

Et pour les esprits curieux que les récits de voyage rebutent, je conseille Une histoire de tout, ou presque, du même auteur.

 

Le pacte de Marchombres, de Pierre Bottero

Le conseil de Fanny

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Il est des livres comme des trésors. Cette trilogie en est un. Un magnifique trésor. En soulevant doucement sa couverture, de quelques centimètres, notre regard sera ébloui par la lumière des Mots qui filtrent de l’ouverture. Ouvrez-le en grand, vous serez aveuglé par l’éclat et la puissance de cette oeuvre de fantasy. Adolescents ou adultes, vous ne pouvez qu’être happé dans ce tourbillon de vie et de liberté.

Pourquoi aime-t-on autant cette oeuvre ?

A cette question, comme à toutes les questions, il y a deux réponses. Celle du savant et celle du poète. Laquelle souhaitez-vous que je vous offre en premier ?

Celle du savant ? Bien. Commençons par un bref résumé de l’histoire : une jeune enfant dont les parents se font assassiner par des guerriers effrayants est recueillie dans le monde des Petits. Un monde naïf, insouciant où elle devient Ipiutiminelle. Elle grandit et cherche des réponses sur son Histoire. Elle rejoint le monde des hommes et devient Ellana. Son histoire est riche d’aventures à travers les forêts et montagnes, de rencontres émouvantes, effrayantes (beaucoup de guerriers, de monstres), et enfin son maître Marchombre qui va lui trouver la Voie. Rempli de combats sanglants, du bruit des lames qui se heurtent, du sang qui coule à chaque détour de chemins, ce roman est épique.

Et la réponse du poète alors ? Ce livre est construit comme une épopée profondément humaine, faite d’amour, de haine, de trahison et de mort. Une quête philosophique sur le sens de la Vie, la recherche de sa Voie, de son destin. La poésie enveloppe chaque phrase, chaque action, chaque pensée d’Ellana. Les phrases de Bottero dansent et dessinent toute une palette d’émotions. Un vrai plaisir de lecture.

Je ne résiste pas à écrire moi-même une poésie marchombre. Attention, cette poésie ne se parle jamais, le souffle des mots abîmerait la profondeur du sens. Une poésie Marchombre s’écrit seulement, dans du sable ou sur de la pierre, dans la terre ou la poussière, se trace de la main qui incruste ainsi les mots directement dans l’Esprit.

Livre de magie et de lumière qui révèle la Voie

Profondeur des Mots jusqu’à l’Ame

Liberté

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants de Mathias Enard

Le conseil de Justine

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C’est le titre, d’abord, qui m’a attirée : Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, comme une formule magique qui nous transporte directement dans le monde des histoires, des contes et des mythes. Quand je lis ce titre, ou plutôt quand je le prononce à l’intérieur de ma tête, ce n’est pas une histoire qui me vient, c’est une couleur, l’or, et une sensation, une chaleur bienfaisante. Comme un conte des Mille et Une Nuits. La photographie de la couverture, Istanbul dans la brume crépusculaire, me transporte immédiatement dans un univers riche, doré et délicat, comme de ceux qu’on recherche en hiver, quand le froid et la nuit prennent leurs quartiers à l’extérieur.

Et quand on ouvre ce court roman, on se laisse embarqué par la poésie, la puissance et la délicatesse de l’écriture, de celle des histoires intemporelles :

La nuit ne communique pas avec le jour. Elle y brûle. On la porte au bûcher à l’aube. Et avec elle ses gens, les buveurs, les poètes, les amants. Nous sommes un peuple de relégués, de condamnés à mort. Je ne te connais pas. Je connais ton ami turc : c’est l’un des nôtres. Petit à petit il disparaît du monde, avalé par l’ombre et des mirages ; nous sommes frères. Je ne sais quelle douleur ou quel plaisir l’a poussé vers nous, vers la poudre d’étoile, peut-être l’opium, peut-être le vin, peut-être l’amour ; peut-être quelque obscure blessure de l’âme bien cachée dans les replis de la mémoire.

Michel Ange accepte une invitation du sultan Bajazet de Constantinople, pour lui dessiner un pont sur la Corne d’Or. Il laisse l’Italie, le pape et ses commandes non payées de retour. Au fil de courts chapitres, il découvre capiteux et troublant de l’Empire ottoman, dans une expérience sensible très bien rendue en mots par l’auteur. On assiste à l’éveil et aux mystères du désir. Et surgissant au milieu de cette myriade de couleurs et de sensations, l’inspiration créatrice, pour construire un pont de chimères entre l’Orient et l’Occident. Symboles, force, mais aussi détails et chronique de la vie à Constantinople, on pénètre dans la carte du désir, mais aussi celle de pouvoir et de l’art. A offrir avec des oranges et un carnet de croquis.

 

 

La lune est blanche

Partons à l’aventure en Antarctique !

Note : 4 / 5

Couverture de La lune est blanche

Les 2 frères Lepage, dont l’un est dessinateur et l’autre photographe, sont invités par l’Institut polaire français à voyager en Antarctique avec les scientifiques « hivernants » et à accomplir l’une de ces improbables aventures humaines qui fait briller les yeux des gens de caractère : le raid.

Le long voyage en bateau est bordé d’imprévus, de retards et de délais, car encore en 2012 les hommes sont facilement prisonniers des glaces et l’Antarctique reste un continent difficilement abordable. Chaque moment d’attente est l’occasion d’un retour dans l’histoire de la découverte et de l’exploration de l’Antarctique. Le livre est lourd et grand ! 256 de BD, de dessins, de photographies, d’histoire actuelles et passées. Les dessins sont tous plus magnifiques les uns que les autres.

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L’Astrolabe, le petit brise-glaces français qui réalise les aller-retours vers l’Antarctique, est l’un des personnages principal de la première moitié de la BD. Pris dans les glaces lors de son trajet précédent, on surveille sa balise GPS : va-t-elle enfin avancer ? Car s’il n’arrive pas, la participation des frères au raid sera annulée, ils seront cantonnés au camp Dumont d’Urville qui se trouve au bord de l’océan Antarctique. Le raid, c’est un trajet de 2 semaines environ dans d’énormes tracteurs vers la base Concordia, située 1200 km plus loin, vers le cœur du continent.

Nous avons mal au cœur avec le personnage principal, sur ce bateau conçu pour toujours revenir à la verticale et rouler (à moins que ce soit tanguer  ?) fortement, sur les mers très difficiles qui ceignent le grand sud. Nous avons froid avec tous !

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L’autre moitié du livre est consacré au raid, donc aux vues improbables de cet immense désert de glace qu’est l’Antarctique. C’est à la beau très beau et très brutal, on a la sensation de quitter le récit du monde réel pour embarquer dans un voyage sur une autre planète, pour rentrer dans la science-fiction, parler de survie, de ce qui fait de nous des humains.

Si cette BD est une incroyable aventure, que l’on a également la sensation de vivre, toutefois les doutes incessants du personnage et son immense déception à l’idée de ne pas pouvoir faire le raid – déception régulièrement remâchée, rabâchée – ternissent un peu la lecture. Entre récit d’aventure et introspection, la narration se cherche un peu. Il semble même étonnant, de mon point de vue, que l’auteur ne se satisfasse pas de l’incroyable aventure qu’il vit et veuille absolument ajouter le raid au reste de ses expériences, déjà tout à fait hors du commun – ou hors de mon commun.

Mais ce n’est qu’une petite retenue sur mon grand enthousiasme à cette lecture !

La lune est blanche, de François et Emmanuel Lepage. Futuropolis, 2014.alice

Pyongyang

A la découverte de la Corée du Nord

Note : 4,5 / 5

Couverture du livre

Vous pouvez souffler un peu, je ne vais pas parler de SF cette fois-ci, mais d’un « roman graphique », une BD, qui m’a beaucoup plu : Pyongyang, de Guy Delisle. Je l’ai découverte tout récemment en pillant la médiathèque de mon village, en même temps que ses deux titres plus connus, Chroniques de Birmanie et Chroniques de Jérusalem.  Le gros avantage de cet auteur, au-delà des pays où il se rend et de son style facile à aimer, c’est le regard naïf (dans le bon sens du terme) qu’il porte sur les pays qu’il chronique : pas de jugement a priori, pas de caricature, une approche humaniste, à l’écoute des gens et des rencontres possibles.

Savoir ce qui se passe en Corée du Nord ; la visiter, même à plusieurs années de là (G. Delisle publie la BD en 2003), voilà qui m’intriguait énormément : dictature militaire, d’accord, mais qu’est-ce que ça veut dire ? J’ai déjà découvert que quelques occidentaux pouvaient y séjourner pour des durées courtes, ce qui a été le cas de l’auteur.

Première étape pour tout étranger arrivant en Corée du Nord : déposer une gerbe de fleurs au pied de la statue gigantesque de Kim Il-Sung :

Kim Il-Sung, 22 mètres de bronze. C’est, pour chaque visiteur, un face-à-face disproportionné avec la gigantesque figure de la nation. Qui, même après sa mort (1912-1994), est demeuré le président.

Et plus on rentre le récit, plus c’est surréaliste ! Je vous ai dit que je ne parlais pas de SF, mais le parallèle avec 1984 d’Orwell est étonnant ; d’ailleurs Guy Delisle le fait lui-même, ayant amené le bouquin lors de son voyage.

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Pyongyang – extrait p. 2

La propagande est partout, on la dirait burlesque si c’était dans un roman. Là, dans la « vraie vie », ça devient complètement fou. Même si les contacts qu’il peut avoir avec des nord-coréens sont très limités, Guy Delisle parvient à délier quelques langues… Mais sans jamais savoir vraiment ce qu’ils pensent de leur pays.

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Pyongyang – extrait

Il ne peut jamais se déplacer seul, il est toujours accompagné d’un traducteur et d’un guide, qui ne le lâchent pas d’une semelle et dont il comprendra tardivement qu’ils sont complètement séparés de leurs familles pour cette mission et dorment dans le même hôtel que lui.

Pas de lumière le soir, des portraits du dictateur (père et fils) partout, des gens qui disparaissent corps et bien et dont on ne reparle plus… Mais aussi des moments de franche rigolade, un impossible décalage culturel, une légère ironie : on trouve tout ça, et plus encore, dans cette BD. Des règles improbables.

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Pyongyang – extrait p. 2

Je vous conseille donc très fortement cette lecture ! 176 pages de découverte dont on ne sort pas déprimé ou avec l’impression qu’on a subit une leçon de vie ou de politique, mais plutôt éberlué, complice de l’auteur et beaucoup plus conscient que naître dans un pays plutôt qu’un autre, ça change pas mal de choses…

 Pyongyang par Guy Delisle. L’Association, 2003.alice